‹ Etude biographique sur M. Jean RaimbaultChapitre 19 sur 34 · AN · texte numérisé non relu

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Voiei un fait qui prouve jusqu'où sa grande sensibilité l’'emportait, lors même qu’il croyait pouvoir exercer sur luimême un empire parfait. Son père, ayant jugé à propos de convoler à de secondes noces, épousa, au mois de janvier 1798, une personne fort respectable qui se dévoua entièrement au soin de sa famille. De son côté, le jeune abbé professait à son endroit un respect et une sympathie sans bornes. Il a toujours tenu compte à cette belle-mère de l'intérêt constant qu'elle avait donné à ses jeunes frères. Lors de son décès (en 1810, au nrois d'août), M. Leprohon, qui se rendait à Montréal, au commencement des vacances, se montra plus jaloux d’être utile dans cette pénible circonstance que de s'associer à des marques de deuil froides et vaines.

Dès que la mort eût frappé sa belle-mère, il se rendit à la maison et s’y tint constamment en prières, la nuit comme le jour. Ayant assisté le lendemain à la sépulture du père

de Mgr. Plessis (a), honnête et industrieux paroissien de Montréal, il admira la grandeur d’âme du prélat, qui, quoique arrivé le matin même de Québec, voulut prendre part aux absoutes et adresser quelques paroles aux citoyens réunis autour des dépouilles mortelles du regretté défunt. Ce ne fut pas, à bien dire, l’éloge du défunt que fit le prélat ; il se borna à donner des avertissements aux uns el des encouragemen{s aux autres. Dans ce moment, le jeune abbé, ne consultant que son âme naturellement tendre et sensible, qui le portait facilement à tout ce qui était noble et bon, demanda à remplir quelque charge, le lendemain, aux obsèques de sa belle-mère. I] lui fut accordé de porter la croix au convoi funéraire. Mais ni la force de l'âge, ni celle de son caractère, pas plus que les précautions qu'il se ménagea (en s’enveloppant dans les rideaux d’une fenêtre) ne purent maîtriser son émotion quand il fut dans la chambre mortuaire, en présence des restes inanimés de cette bonne et vertueuse femme. Iléclata en sanglots. Un autre dut le remplacer, et 1l Jui fallut demeurer à la maison. Après le départ du convoi, se reprochant d’avoir trop cédé à la nature, il se mit en prières, suppliant le Seigneur d'accorder à sa pieuse bienfaitrice la béatitude des saints.

M. l'abbé Leprohon retourna, après les vacances de 1813, à sa chère solitude de Nicolet, d’où la voix du supérieur, qui voyait.en Jui tous les indices d’une vocation sainte, devait bientôt l'appeler. Pour lui être fidèle, il fallut quitter bien des amis, et se séparer aussi d’un homme bien vénérable par sa science et ses vertus, réunissant les talents et la simplicité de l’homme éminent, M. Raimbault, auquel le jeune

(a) M. Joseph-Amable Plossis-Bélair fut inhumé à Montréal, le 23 août1810. \

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abbé avait voué un attachement inviolable et un dévouement religieux. Ce ne fut pas sans alarmes que le modeste abbé vil arriver le jour heureux et solennel de sa promotion au sacerdoce. ;

C'est à Deschambault, le 6 février 1814, que Mgr. Plessis voulut ordonner M. Leprohon. M. Dénéchaud {a), le curé de cette paroisse, était allié à sa famille. Les parents et les amis se réunirent pour l’occasion; la joie, la satisfaction animait tous les visages. Ce fut une vraie fête de famille, et une vraie fête religieuse pour la belle paroisse.

M. le curé, alors souffrant d’une inflammation des yeux, qui menaçait de le conduire à une cécité complète, était chargé de la desserte de la paroisse de Saint-Charles des Grondines. M. Provencher était auprès de lui comme vicaire ; mais l'Evèque nomma ce dernier à la cure de Saint- François de la Longue-Pointe, dans l'Ile de Montréal, et voulut que M. Leprohon le remplaçàt auprès de M. Dénéchaud. |

Quoiqu'il lui fallut se faire à un nouveau genre de vie, à Deschambault, le collége de Nicolet conserva dans les affec- {ions du jeune vicaire une place privilégiée. Il préparait aux classes quelques élèves qui, plus tard, après avoir fait leur cours classique à Nicolet, rendirent d'importants services à l'Eglise. Nommons, entre autres, MM. Delisle, mort curé de la paroisse de Saint-François-Xavier, dans le comté de Charlevoix, Courteau, pendant plus de quarante ans employé aux missions du Golfe (6), J. Naud, le respectable curé de Saint-Laurent, Ile d'Orléans, etc.

(a) M. Chs.-Denis Dénéchaud, né à Québec, était le fils de Jacques Dénéchaud, écuyer, médecin, originaire de Bordeaux, et fit son éducation au petit séminaire de Québec. Il fut ordonné prêtre, à Québec, le 25 mai 1793. Il mourut à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 22 avril 1837, et y fut inhumé, vû le mauvais état des chemins, malgré les instances réitérées de ses paroissiens éplorés. Ils firent bien des démarches pour obtenir la faveur de faire dans leur église paroissiale l’inhumation du bon curé qui avait desservi Deschambault, pendant plus de quarante ans, avec un zèle constant et prudent.

(b) Mort au Cap Breton, au mois de mai, 1869.

Le jeune abbé Leprohon se livra, en outre, au ministère avec un courage admirable. Il partagea son temps entre l'étude, la prédication et la direction des consciences. De plus, il montrait en toutes choses un esprit d’ordre sans égal, une piété ardente et éclairée, qui s’alliait à un profond sentiment du devoir, relevé par un esprit calme et judicieux en toutes occasions. Dans ses discours, dans toute sa conduite, le jeune vicaire laissait apercevoir une grande sagesse qui captivait à la fois les esprits et les cœurs, et qui faisait concevoir les plus hautes espérances. Sa douce piété, sa fermeté, que tempérait sa douceur, enfin cette maturité de jugement, qu'il montrait dans les affaires difficiles, lui gagnaient Lout le monde.

Deschambaull offre un charmant paysage. C'était autrefois un de ces lieux enchanteurs et privilégiés que les touristes appréciaient davantage. Le Cap Lauzon, l’Anse, la limpidité des eaux du fleuve, les opulentes paroisses circonvoisines, les bosquets de pins séculaires qui couronnent les hauteurs à distance, offrent des scènes variées et attrayantes. M. l'abbé Leprohon appelait Deschambault sa sohitude enchantée. Il y invitait les prêtres du collége de Montréal, ses guides et ses modèles, pour lesquels il professait toujours une si grande vénération; etle vieux curé, M. Dénéchaud, éprouvait une Joie vive et indicible, lorsqu'il avait la bonne fortune d'accueillir dans les vacances quelques-uns de ces vieux directeurs de la jeunesse. Les prêtres étaient peu nombreux alors, leurs visites étaient rares. Cette époque est déjà bien reculée..….......… :

Un des admirateurs de cette paroisse, M. Jean-Ble. Bédard, prêtre, curé de Saint-Denis, dans une de ses visites à

ue 6.

Deschambaulf, avait composé les vers suivants, qui nous

. donnent une description chaste et précise de ce beau paysage.

Le bon curé Dénéchaud aimait à les mettre sous les yeux de ses visiteurs :

A solis radiis, super alti culmina montis

Pineti veteris te frigida protegit umbra.

Sub pedibus fluvii spatiosi volvitur unda :

Flatibus et Boreæ, fumive vaporibus actæ,

Coram te naves spectacula grandia currunt.

Te super et zephirus ludit stridentibus alis

Te felix sedes ars et natura decorant.

Voilà bien certainement des vers limpides et classiques, dont plus d’un amateur se plut à admirer les beautés; et, comme pour les plus modestes pièces, de même que pour les plus importantes, les traducteurs sont, d'ordinaire, les fléaux des auteurs, ils furent d’abord assez mal traduits en

français, mais, finalement, on les a rétablis comme suit :

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