‹ Etude biographique sur M. Jean RaimbaultChapitre 21 sur 34 · ER · texte numérisé non relu

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ses distributions. Il avait de l'expérience et croyait que, së la prudence est nécessaire, la confiance en. la: Providence est toujours de saison.

La solidité de ses principes défendait M. l'abbé Leprohon contre les procédés de l'ambition, contre les folles dépenses et contre les autres vaniteuses prétentions de l’amour-propre.. Elle avait en outre l'avantage de le fortifier contre l'abattement ; et c’est grâce à elle s’il se plaisait dans des milieux.

qui, d'ordinaire, ne sont guères agréables.

Rien ne le fatiguait, rien ne le rebutait, rien ne le contrariait. Ce modeste lévite, toujours actif, toujours zélé, toujours au service des autres, était cependant toujours eontent, toujours dévoué, toujours gaï, dispos et empréssé. Les éloges se multipliaient à son adresse, comme il multiplait ses œuvres ; mais # avait pris son parti, il ne les entendait pas, il y était parfaitement insensible.

Le jeune abbé se reposait un instant à genoux après chaque exercice, après l’étude, après la classe, et disait qu’il savourait en ce moment le plaisir qu’il avait éprouvé en rendant service. Dans une occasion, il ajouta qu’un mot de prière après un travail d'une heure lui donnait repos et consolation ; et que, de plus, il y trouvait zèle et courage pour entreprendre une autre tâche.

Lors de son arrivée à Nicolet, lorsqu'il y fut appelé comme régent et comme professeur de français, on remarqua de bonne heure que les récréations ordinaires, les jeux et les autres amusements auxquels se portent si impétueusement les jeunes gens, ne satisfaisaient qu'à demi le jeune ecclé-

siastique. Aussi ne ful-1l pas longtemps au Cofége avant de demander qu’on lui permit de faire une demi-heure de caté- <hisme tous les soirs, avant la prière ordinaire. Ces détails pourront paraître puérils à quelques-uns, mais ils montrent une imagination féconde en mesures propres à occuper et même à aiguillonner les natures les plus indolentes.

Et cette demi-heure que l'abbé passait au milieu d’une douzaine d'élèves, était employée à leur expliquer leurs prières, au développement des vérités de la religion et des ressources qu'elles offrent à l'homme pour son bonheur.

Pendant que les enfants, qu'il évangélisait avec le plus généreux amour, goûtaient son inépuisable sensibilité, les professeurs et les directeurs de Îa maison admiraient à la fois son incomparable modestie et ce zèle qui ne se ralen- {issait jamais. vs

Dans les récompenses qu'il offrait à ces jeunes enfants si candides, ses pieuses industries montraient encore.comme il était ingénieux à les soutenir et à lesstimuler. L'un devait servir la messe,—l'autre figurerait dans une procession, — celui-ci serait fleuriste, —celui-là porterait des parfums, etc., ete.

C'est par ces moyens qu'il faisait aimer aux enfants pieux les cérémonies du culte si pleines d’attraits pour tous les âges. Sur quelques-uns, déjà, il fondait des espérances flatteuses que ces jeunes gens ont justifiées pour ia plupart.

Tantôt il disait gravement:—Vous avez bien étudié cette semaine; eh bien, mes enfants, au prochain congé nous irons cuelllir des fleurs pour les auteis.

Tantôt il disait à l’un :—« Mon petit ami, vous aimez bien le bon Dieu, je vais placer vos fleurs à l'autel de façon qu'elles soient les plus rapprochées du Saint-Sacrement. » Puis à l’autre :—«Vosfleurs, mon cher, sont belles ; je veux les placer avantageusement ; mais tàchez, vous aussi, d’être toujours une belle fleur devant le bon Dieu. »

Quelques années plus tard, lorsque M. Leprohon fut mis

à Ja tête de l'institution, ik voulut que l’enseignement dæ gatéchisme se fit chaque jour pour les jeunes élèves ; et, assez. souvent, le pieux directeur se soustrayait à l& compagnie de ses confrères, ou disparaissait des salles, pour assister à la répétition des leçons de l’enseignement religieux, soit pour y encourager ses petits amis, soit pour soulager le régent auquel était dévolue la tâche de les catéchiser.

On a vu qu'à chaque succès, M. Leprohon réservait à ses élèves les agréments de quelque fête ou le plaisir d'aller cueillir nouvelle corbeille pour orner le sanctuaire de la chapelle des dépouilles parfumées des prés et des côteaux.

Avait-on fait bouquets et guirlandes pour longtemps, l’'abondance et la fraicheur des festons dispensaient de retourner si Lt à laprairie, au bois, au vallon. L'habile pédagogue offrait soudain à ses petits amis, si ingénus, et parfois fort turbulents, l'occasion d'aller faire cueillette de fruits, soit de fraises, soit de bluets, selon Ia saison. Des joies, des

trépiynements accueillaient d'ordinaire ces généreuses pa-

roles ; et, pendant ces heures Joyeuses, les fruits, comme aussi les fleurs champêtres, tombaient sous leurs doigts avides et besogneux. Chargés de butin conquis sur le règne végétal, la bruyante troupe venait encore déposer au pied: des autels bouquets et festons, après avoir savouré les déticieux fruits de la saison.

Comme aussi chaque saison amenait nouvelles fleurs et nouveaux fruits, le pieux catéchiste variait les récompenses et ses parures d’autels au retour des fêtes religieuses et des grands jours, trouvant ainsi moyen de changer les. ornements du modeste oratoire et d'enrichir les jeunes cœurs de la science religieuse,

L'hiver ét ses frimas ne pouvaient ravir au digne ecclésiastique des moments si précieux. Il avait aussi ses recettes pour conserver ses fleurs, ses ressources pour s'en procurer de vives, de fraîches et de suaves. À ses chers élèves, il donnait occasion de les entretenir, de les renouveler.

De plus, on voyait en eux l'intérêt s'accroître. Le goût se développait à ce petit labeur. Une sainte ambition les portait à multiplier leurs offrandes et la plus belle émulation soutenait leur ferveur. Il en résultait, pour le sanctuaire, plus fraîches et plus riches parures, pour les enfants d’innocentes occupations qu'allégeaient de délicieuses pensées, d’aimables conversations et de charmantes confidences qui provoquaient joyeux propos et naïfs épanchements. Pour la plupart, c'était leurs plus chères distractions, leurs fêtes les plus aimées etdes délassements dont ils se montraient le plus avides.

Ce besoin de parer l'autel de fleurs aux riantes couleurs, leur donnait le goût de les cultiver, de considérer leurs formes variées, leurs ramifications délicates, leur merveilleuse parure, d'examiner leurs habitudes, leurs propriétés, leur faisait aimer de plus en plus leur structure, leurs légions émaillées, diversifiées avec tant de grâces.

Cette habitude amena le goût de l’horticulture. On le favorisa, il se développa ; et, de son côté, M. Leprohon, qui l'activait, fit tant et si bien qu'il obtint aux écoliers d'abord un petit jardin, puis dans ce jardin, un pelit parterre à chacun, puis, enfin, des prix annuels aux plus dévoués, aux plus constants, aux plus laborieux.

Aujourd'hui, non seulement la rose et l'œillet s’empressent d'y naître, mais ces parterres embellis par tant de mains ingénieuses et rivales sont entremêlés de nappes verdoyantes de gazon, d’élégants bosquets où l’on trouve l'ombre, la fraicheur et le silence. Pour la jeunesse, ici toute la nature s’embellit. Ici, par elle, la grâce et la beauté remuent l'âme

sensible. Son grand secret c’est de plaire aux yeux pour gagner les cœurs. Ici donc, sans chagrin, on passe du loisir au travail, du repos à l'étude.

L'art de cultiver les fleurs a toujours été en honneur à Nicolet. On sait en apprécier les Jjouissances. On pratique, on aime cette aimable science par laquelle, dit un ancien, Dieu a voulu nous initier à l'amour du bon par l'amour du beau |

Dans ces petits parterres, cultivés avec intelligence, comme dans les frais vallons et dans les bois ombreux, M. Leprohon ne laissait pas ses petits élèves distraits et indifférents au milieu des merveilles de la nature. Il y trouvait des motifs de réflexions pieuses, de causeries agréables, d’élévation d'esprit vers l'intelligence divine qui régit, qui féconde et qui renouvelle toute la nature.

Dans la lumière, dans la verdure, que de merveilles, en effet! Que de beautés ! que d’harmonies! Comme le pieux directeur savait en dévoiler les grâces et les splendeurs ! Comme il aimait à exalter la Toute-Puissance de celui qui est le Père de tant d'œuvres glorieuses ! (a) de Celui qui a assigné à tant d'objets frèles et délicats, des lois constantes et pleines ‘d'harmonie !

Voilà comme il intéressait à la fois le cœur, l'esprit et l'imagination. | Et, plus de trente ans après cette époque, lorsqu'il eût Jaissé le collége, M. l’abbé, dans ses heures solitaires, après un travail: prolongé, se délassant en sage, aimait encore à promener parfois

| r1ùtEe DEN ARE PRE Ses regards attendris Sur ses bois, sur ses fleurs, sur ses enfants chéris,

i(g) ‘These are.thy glorious works, Parent of good, Almighty 1... MizTow, Paradis Perdu, Liv. V, v, 154,

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