‹ Etude biographique sur M. Jean RaimbaultChapitre 24 sur 34 · AIT · texte numérisé non relu

AIT

Le temps que l’on passe dans un collége est celui des développements les plus heureux et les plus rapides du cœur et de l'intelligence (a). L’imagination, l'esprit, la mémoire, les affections ont alors une surabondance de vie, de générosité et d'activité. C’est l'âge des amitiés pures ; l’époque de la piété envers son Dieu comme envers sa famille ; c’est, enfin, ce printemps de la vie où les sentiments ont plus de fraicheur et de sève, et où ils peuvent, s’ils ne sont pas pervertis, se porter avec moins d'effort vers tout ce que l'innocence des mœurs et la culture bien dirigée de l’âme peut produire de bon et d’aimable. M. l'abbé Leprohon comprenait tout cela. Son devoir était de protéger l'innocence de ses jeunes élèves contre les attaques, contre les ruses et les atteintes de ceux déjà gâtés par l’orgueil, déjà faussés par le mensonge, et dont les discours sont généralement si dangereux. Quoi de plus triste que de voir de beaux jeunes gens, véritables fleurs à peine écloses, que fane, que dessèchele souffle pestilentiel d’un esprit vicié ! Ces belles espérances sont éteintes dans leur germe, ces âmes vierges sont désolées par la corruption, et parfois, par une impiété précoce! M. Leprohon pouvait-il demeurer froid et impassible au milieu de ce travail de destruction de l'esprit mauvais? Pouvait-il sourire à ces misérables atteints par le vice, que la vertu effraie, et pour qui le bien est un problème ? Ceux-là ont trouvé M. le directeur sévère, ils ont trouvé en lui un esprit droit, qui ne savait pas mollir devant les défauts. Il démasquait, en effet, leurs hypocrisies, et des reproches sanglants, des expressions de mépris étaient adressés à ces enfants aveugles et pervers, tant pour modérer leur fougue, que pour mettre les autres en garde contre leurs pratiques dangereuses.

(a) L’Ami de la Religion, Tome LXXIV, page 353.— (Année 1832.)

Rien n’était négligé de la part de M. l'abbé Leprohon pour donner aux enfants l’édueation morale, pour les former aux habitudes de la vie chrétienne. Voilà pourquoi on a vu sortir de la maison de Nicolet un si grand nombre d'élèves qui se sont distingués par une foi vive, par une piété tendre et éclairée, par une vertu solide et par un sincère attachement à la religion.

Pendant vingt-cinq ans qu'il fut Directeur du Séminaire, beaucoup de prêtres ont été formés et préparés par lui au saint ministère, et ur grand nombre d'hommes de profession, également chers à l'Eglise et à l'Etat, ont été guidés, avec une rare sagesse, à travers les difficultés. du jeune âge.et disposés à la vie publique. Ce fut surtout dans l’art de former des prêtres, de peupler le sanctuaire de lévites fervents, réguliers, pieux el zélés,. qu’il montra de l’ardeur et de l’habileté. Son zèle infatigable l’excitait sans cesse et il en était venu au point de ne s’accorder que partiellement le repos de la nuit. L’œil constamment ouvert sur les besoins de chacun, toujours vigilant sur les faiblesses de ses chers enfants, tard dans la soirée, il visitait les dortoirs, s’assurait du bon ordre; et, au besoin, soignait les malades. Il consolait celui-ci, encourageait celui-là ; il exhortait les uns, stimulait les autres, à tous souhaitait bonheur, paix et repos. On le voyait chaque jour, comme dit le poëte :—

so... portant un peu de baume à la souffrance, Aux corps quelque remède, aux âmes l’espérance, Un secret aux malades, aux partants un adieu, Un soupir à chacun, à tous un mot de Dieu. (a) La bonté de son cœur était comprise des plus petits. La

noblesse et la générosité de son caractère n’excluait personne

(a) Lamartine.

6i de son amitié. Sa droiture, ses sentiments nobles et élevés, l'auraient décidé à donner sa vie plutôt que de souscrire à quoique ce fût qui portt atteinte au prochain.

Mais c’est surtout dans ce moment critique où Île jeune homme doit faire le choix d’un état de vie que M. Leprohon lui prodiguait les secours et les conseils les plus profitables. « Manus lassas roborastr. »

Quelques personnes pensent que ce n’est qu'après le cours intégral des études classiques que le sujet doit s’occuper du choix d’un état de vie, Non. Il n’en est pas ainsi. Le sage Directeur éveillait de bonne heure l'attention des jeunes gens sur ce point. Bien persuadé que de cette circonstance dépendait le bonheur individuel d’un jeune homme comme aussi celui de plusieurs membres de la société, qui lui sont attachés successivement par les liens du sang ou par les relations d’affaires, M. Leprohon s’empressait de leur rappeler ce point important et les exhortait à ne pas le perdre de vue pendant leurs études.

A tous, il donnait pour règle générale de n’écouter ni les rêves de l'ambition, ni les aspirations ardentes des passions. A tous, il apprenait à mettre leur conscience en sûreté, en cherchant, d'abord et avant tout, la volonté de Dieu, et à mériter, par là, le concours et l'assistance de l’Esprit Divin, qui souffle où il lui plait. De là ce retour à la sagesse, de là ce zèle pour la perfection qu’on remarquait de bonne heure chez un certainmombre de ses heureux élèves qui possédaient déjà ce charme intérieur, ce calme, cette paix de l'âme, cette sécurité qui fait le bonheur.

Avec une patience affectueuse, vigilante et de tous des moments, le pieux Directeur environnait de soins mulipliés

et délicats ces jeunes gens qui recouraient à son expérience. Il travaillait assidûment à diriger leur éducation morale et à la mettre en rapport avec l’état auquel ils se destinaient. H formait l'âme par la culture. I] développait les facultés, il appréciait les talents, mais lentement, avec sagesse, et se prononçait à l'instant Opportun, sans s'occuper jamais des avantages de la fortune. C’est ainsi qu'il prenait ses mesures, Sans indiquer une position déterminée à son jeune aspirant, Jui aidant à se donner à Dieu, à se donner au prochain, à être fidèle à la grâce et à correspondre aux vues du Seigneur.

Nous avons observé que Ce sage guide de la jeunesse procédait lentement, c'était dans le but d'acquérir une idée juste des penchants et du caractère d'un sujet. Mais quand Je moment était venu de 8 OCCuper directement, sérieusement, du choix d'un état, il consultait fort souvent le jeune écolier sur ses dispositions, sur les précautions qu'il prenait pour recevoir d'en haut la vraie lumière ; Il consultait les maîtres, les parents de ces enfants, il suivait tous les changements de l’âme et du corps, assistait de près à foules les phases de l'esprit, les surveillant, les dirigeant, provoquant les confidences, éclairant les doutes, dissipant les incertitudes, les tristesses, afin de décider avec justesse et d'assurer à ses jeunes amis une place utile dans Ja grande famille.

La détermination d'un jeune homme pour un emploi quelconque, cette époque si importante et si hérissée d'obstacles, si grave dans ses conséquences, cette circonstance à laquelle personne ne doit demeurer étranger, M. Leprohon voulait que chaque écolier s’en oCCupât pendant tout le cours de ses études, pendant ses prières, dans ses œuvres de religion, pendant l’année Scolaire, dans les retraites et même dans les vacances. A tout il faisait connaître leurs obligations envers la société et les diverses modifications que chaque Sujet pouvait apporter à ces obligations selon les circonstances où il se trouvait, Autant il prenait de soin à éclairer les vocations, autant il se donnait de garde deles contraindre.

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Tantôl il exposait à l'élève la rigueur des sacrifices qu'il lui

faudrait faire pour remplir exactement les devoirs de Pétat de vie auquel il se préparait. Tantôt il suggérait à l'adolescent, qui s’occupait de son avenir, les moyens d'obtenir lassistance du ciel. Aux aspiran(s ausacerdoce, il expliquait leurs obligations ; il les prémunissait contreles séductions ; il leur faisait entrevoir que la nature a des dégoûts et des répugnances qui obsèdent l'âme. Il savait que tous avaient besoin d'aide, desecours, d'encouragements, dans ces heures d’angoisses. Mais il est peut-être fastidieux de descendre dans ces détails auxquels bien peu sont familiers. Cependant, ce n’est qu'en énumérant les mesures de prudence auxquelles s’assujétissait M. Leprohon, que nous démontrerons combien son mérite était réel.

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