‹ Etude biographique sur M. Jean RaimbaultChapitre 25 sur 34 · XXXIIE · texte numérisé non relu

XXXIIE

Tel était le talent du vertueux directeur, qu'à sa parole, jes préjugés de toutes nuances s’évanouissaient. Non seulement ceux que l'air, presque rigide et peu sympathique de M. Leprohon, auraient refroidi, se reprochaient bientôt d'avoir agi avec embarras ou d’avoir hésité devant ses prévenançes, mais les protestants, les enfants des protestants

Jes plus éloignés du commerce des prêtres, l'aimaient comme

un frère et le vénéraient comme un père.

Dès le début de sa régence, à Nicolet, un étudiant, doué de talents précoces, le jeune Wm. Willard Moore, né à Greenfield, dans l'Etat de Massachusetts, et qui avait tant intéressé le vieux Ezra Carter, son maître d'école, lorsqu’à l'âge de huit à dix ans, 1l le prenait sur ses genoux pour lui faire réciter ses leçons de grec et de latin, vint se ranger sous la houlette de M. Leprohon, à Nicolet.

Ses parents, fiers et jaloux de ce petit prodige, voulurent

Aui faire apprendre le français. Ils le placèrent au collège “de Nicolet, où il émerveillait tous ses tondisciples par sa prodigieuse mémoire. Il ne fut guères qu’un an sous la direction si aimable de M. Leprohon. Il conversait avec Jui pendant toutes les récréations pour lui apprendre le français par la pratique ; et, le professeur dévoué lui donnait tout le temps dont il pouvait disposer, autant pour le récompenser de son application, en répondant à toutes ses questions, que pour faire son éducation tout en l’instruisant, L'abbé présumaîit bien que le jeune Bostonnais, comme on l'appelait, ne serait pas longtemps au collége et qu'il ne ferait ensuite son éducation que par la lecture, presque toujours dangereuse à ceux qui s’y adonnent sans discernement ou sans guide. Aux jours de congés, aux promenades, ‘aux moments libres, Moore était toujours avec M. Leprohon; et, à ceux qui lui conseillaient de prendre part aux jeux, aux, courses, aux ébats de ses condisciples, Moore répondait que M. Leprohon était plus amusant qu’eux, et M. Leprohon répondait selon la maxime de Fénélon :—« Heureux ceux qui s'instruisent en s'amusant ! »

L'enfant se prit d'un tel attachement pour son professeur qu’il voulut demeurer au Canada. Il se lia, au collége, avet MM. Antrobus, Maguire, Walsh et autres étrangers qui fréquentaient celte maison et qui avaient un grand respect pour M. Leprohon. M. l'abbé, de son côté, ne crut pas ‘devoir contrarier les vues de son élève. Ses parents le rappelèrent, mais il revint bientôt au Canada. C'est avec plaisir que M. Leprohon vit son élève se placer, à Montréal, dans l'étude d’un avocat distingué, alors le doyen du barreau, Stephen Sewell, écuyer, et y faire tout son droit. Il avait été admis à la pratique depuis quelques mois, lorsqu'il mourut à Montréal, le 15 janvier 1813, en regrettant de ne pouvoir donner à ses parents l’adieu suprême et serrer la main de son cher professeur de‘collége, comme il nommait M. Leprohon.

honneurs académiques à l’âge le moins avancé.

" férés, il soulint une discussion en hébreux avec le plus . ancien élève de sa classe. Après avoir laissé les cours de Darmouth il demeura quelque temps dans sa famille et prit une école à Peacham, dans l'état de Vermont. L'année révolue, le jeune Moore avait demandé admission à Nicolet,

mais ses parents, sans se refuser à ses vues, lemporisèrent

- encore, sans doute, dans l'espérance qu'il oublierait le … Canada, et le projet d'y aller étudier. Ils cédèrent néanmoins à ses instances réitérées, et c’est alors qu'il fit la connaissance de l’'estimable M. Leprohon, qui en parlait toujours avec sensibihté et de la manière la plus sympathique.

Quand léducation avait développé les facultés de l'intelligence chez le jeune étudiant, qu'il avait parcouru le pro- gramme classique indispensable à la bonne éducation, quand,

avec une persévérance toute chrétienne, il avait réformé ses penchants, qu'il avait été conseillé, prémuni, éclairé, M. Leprohon qui, à de grandes connaissances, Joignait le talent

. d’une longue expérience, l’aidait à opter pour telle ou telle » carrière. Il avait inspiré à son sujet une probité sévère, des - habitudes fortes de régularité et de piété, il le mettait en

voir la nécessité de choisir une profession et de l'honorer, füt-elle la plus modeste. Les tâches que réclamait cette carrière, la sagesse qu'il fallait montrer dans cet état, les

besoins que la famille et la société avaient d'hommes in-

; ss jeune re jou, été LU en 1804. à l'Université ? fs de Dartmouth, et l'on croit qu'il est, de ie les élèves te lauréats des eve des Etats-Unis, celui qui a reçu les

À l'âge de douze ans, lorsque les degrés lui furent con-

garde contre les entraînements de l'ambition. 1 lui faisait

us

tègres, moraux, et bien d’autres considérations étaient développées, débattues, remises plusieurs fois sous les yeux du jeune écolier. On l’invitait à diriger toutes les forces de son âme vers le but grand et noble qui lui était présenté ou vers lequel il tendait. Les doutes, les objections, les appréhensions étaient, de part et d'autre, exposés confidentiellement. Le maître et l'élève, confondant leurs intérêts, d'un commun accord, priaient ensemble.

Ces procédés, pleins de naturel et de délicatesse, refoulaient les élans indiscrets et trop généreux, repoussaient les aspirations absurdes, déjouaient les rêves décevants de l'ambition et ramenaient le calme et le bonheur dans une âme inquiète, indécise et tourmentée. Ces épanchements prévenaient les découragements, les abaissements et les misères individuelles et sociales. A la tristesse d’un esprit flottant dans l'incertitude, succédaient la Joie et les assurances qui consolent. À ces âmes pleines de vigueur et de pureté, la conscience parlait d’une voix ferme ; etsi, parfois, sa douceur était méconnue passagèrement, on revenait bientôt auprès du directeur bon et miséricordieux, s’enflammer de l’idée du bien. Vacillantes firmaverunt sermones tu.

Nous avons rencontré plusieurs fois de ces vertueux citoyens qui s’estimaient heureux d’avoir commencé leur vie sous l'égide de M. Leprohon, et d’avoir été guidés par l'expérience et soutenus par les avis et la sollicitude d’un si vigilant protecteur. Si ce digne prêtre a fait leur bonheur, eux, en retour, ont fait sa gloire. La mémoire de ce bienfaiteur de leurs jeunes ans, ils la chérissent et lui font constamment honneur. Leur guide est encore leur modèle. ‘A travers les événements de la vie, les relations de toutes sortes et les vicissitudes de la fortune, ils ont pu conserver la sécurité de la conscience qui leur a donné tant de jouissances

intimes, et qui les a défendus des tristesses et des dégoûts

de l'insuccès. Manus lassas roborasti.

te

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