XXX V
Les leçons, les avis de M. Leprohon, toujours soutenus par ses exemples, rendaient les élèves prudents, circonspects et réservés, même après leur sortie du collége. Quand ils n'étaient plus aux soins de M. le Directeur, il ne leur restail pas étranger pour tout cela ; ils lui étaient toujours chers, malgré la distance et le temps. Ils l’avouaient eux-mêmes, en mille occasions, et tous conservèrent, à ce vertueux mentor, l'affection la plus fervente. Disons aussi que tous, sans distinction, avaient une égale part à ses faveurs, à ses
bons offices; qu’à tous, il avait ménagé indistinctement des
avertissements, des conseils et des louanges, lorsque l'occasion le requérait. Toujours charitable, onctueux et amical au suprême degré, il tempérait la rigueur de ses admonifions par de discrètes initiales, s’il écrivait (a), et par des formes adoucissantes, s’il pouvait converser privément avec le jeune homme en défaut.
Les hommes superficiels diront peut-être à ces traits qu il eût pu s’épargner bien des peines en évitant plusieurs de ces objets qui n'étaient pas de son ressort, etc. Nous répondrons :—Mais ne savez-vous pas que tout ce qui peut concourir au maintien du bon ordre, de la santé et du bonheur des jeunes gens, est du ressort du prêtre ? Ne savez-vous pas que le sacerdoce chrétien, après qu'il a satisfait au devoir, ne croit pas avoir rempli sa tâche, être quitte envers la société. Tant qu'il reste du bien à faire, il se dévoue, il se
(a) M. l'abbé Leprohon écrivait amicalement à ceux qui avaient été sous sa direction lorsqu'ils le consultaient. Sa grande charité le portait à user des moyens les plus délicats lorsqu'il avait à réprimander, ou qu’il fallait désapprouver, pour ne pas compromettre son correspondant, si la missive fut tombée
æn des mains imprudentes, il lui écrivait à la troisième personne, ou encore,
ne signait sa lettre que de ses initiales.
sacrifie. a œuvres de dévouement, de chanté, apratient
partont, et le souffle divin le rend propre à toutes les. œuvres de miséricorde.
Non-seulement le prêtre, mais fort heureusement des + culiers, dans notre belle colonie, savent que la pratique des
œuvres de charité relève la condition de quiconque si. dévoue.
Si les œuvres de sa bienfaisance indi iquent l'intérêt | que ce vertueux prêtre avait pour ceux que la souffranee atteint, elle montrait aussi sa confiance en Dieu, et les vertus fécondes qui lui assuraient, non seulement l'affection de ses pupilles, mais aussi Ja reconnaissance des parents. Les sympathies de tous les honnêtes gens et l'admiration de tous les citoyens lui étaient acquises ; et plus d'un de ses élèves donneraiert, au besoin, une preuve irréfragable de cet avancé par le témoignage de gratitude qu’il garde à celui dont les services, peut-être incompris dans le jeune âge, ont été si vivement sentis, si hautement appréciés depuis. Toujours bienveillant pour les jeunes étudiants, M. Leprohon se mettait sans réserve à leur disposition. Ilentrait dans les moindres détails de ce qui les concernait, Enfin, c'était une âme toujours occupée de ceux auxquels elle pouvait être utile.
Dans les retraites annuelles, institution indispensable aux
maisons d'éducation, M. Leprohon s'efforcait d'arracher les uns au sommeil de l'indifférence, et d’inculquer aux autres une connaissance exacte des vérités saintes. A
cette époque de retour aux habitudes religienses pour plu-
sieurs, et de la résurrection de la foi dans bien des âmes atüèdies, il mettait tout en œuvre. La facilité de son élocu-
tion répondait à la grandeur de J’apondance de ses inspirations. Ses discours, moiss bril-
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lants que profonds, moins variés que solides, étaient toujours
exacts, lucides et substantiels. En effet, son élocution était | toujours facile et parfois très-animée. Doué d’une parole s0-
nore, il joignait dans ses sermons la belle diction à une grande simplicité, et à la noblesse du geste. Tantôt il attendrissait son auditoire, par l'exposé qu'il faisait des prodiges de l'amour de Dieu ; tantôt il expliquait avec calme les vérités du christianisme, esprit d'amour, qui rend doux et facile les préceptes les plus austères en apparence de la religion eéhrétienne. Son langage était simple et élevé à la fois, commela religion qui est elle-même un mélange incomparable d’élévation et de simplicité, ainsi que l’a remarqué un écrivain célèbre : élévation et simplicité dans les’ dogmes, élévation et simplicité dans la morale, élévation et simplicité dans les pratiques du culle. Quand il parlait de Dieu on voyait qu’il avait une grande joie à le faire connaître et un extrème désir à le faire servir.
Dans les tristesses de la vie présente, M. l'abbé Leprohon sugeérait à chacun la prière comme un moyen de porter devant Dieu, à toute heure, ses pensées, ses besoins et Îles anxiétés de son âne. Lui-même, quoique constamment recueilli en présence de Dieu, connaissant la merveilleuse puissance de la prière, présidait à tous les exercices Splrituels de la maison. De plus, il trouvait moyen d'aller bien souvent, dans la journée, se prosterner dans la chapelle,
contigüe à sa cellule, aux pieds de ce trône eucharistique
où Jésus-Christ réside, afin de lui demander grâce et pardon pour lui-même, conseils et lumière pour la direction de ses subordonnés, et enfin suceès et consolation pour tous.
M. Leprohon renouvellait, à diverses reprises, dans Îa journée au pied du modeste autel, l'offrande de son travail à Dieu, quoi qu'il eût, dès le matin, offert à celui qu’il appelait son bon maître, ses peines et seslabeurs. Aïnsison emploi, ses
s matières qu'il traitait, etàa
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occupations, les contretemps, les déboires mêmes n’interrompaient point son oraison. Oh! que de ferventes prières, parties de ce petit sanctuaire béni, se sont envolées vers Dieu !.... C’est ainsi que ce bon prêtre accomplissait le conseil que Notre-Seigneur donnait à ses disciples lorsqu'il leur disait qu’il fallait prier et prier sans interruption.