OUEN
coadjuteur, le grand-vicaire du district des Trois-Rivières,
le curé de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste de Nicolet, et le plus ancien des curés du distriet, avec l'autorisation d’acquérir des fonds qui assurent à la maison un revenu annuel de deux mille cinq cents livres.
Cette mesure d’incorporation du collége, ou petit Séminaire de Nicolet, était pleinement justifiée par les services que ce noble établissement avait déjà rendus au pays, comme
par la sagesse et le savoir des hommes éminents qui prési-
daient à sa direction. C'était un hommage offert en particulier à la prudence du grand Evêque, depuis tant d'années, patron de cette belle institution. Elle assurait l'avenir de celle maison qui avait mérité par l'excellence de son enseignement, ef par sa direction, à la fois, ferme et toute paternelle, la confiince des parents et l'affection des élèves.
XLIT.
Le jour où la consolante nouvelle de lincorporation du collège fut apportée à Nicolet, M. Leprohon voulut que ce fût un jour de fête dans la maison. (C'était pour donner aux élèves l’occasion de se réjouir de ce que le gracieux monarque exerçait, en faveur de la jeunesse canadienne, un de ses plus beaux priviléges, en décernant une marque de confiance à ses sujets catholiques du Canada. Ce futune fête à laquelle s’associèrent les élèves, les administrateurs, tout le personnel et les amis de l'établissement ; car tous ceux qui s’intéressaient à la noble cause de l'éducation, voyaient leurs efforts reconnus, appréciés et récompensés, et les services d'hommes expérimentés et dévoués assurés par là à leurs successeurs. Bien plus, ce fut une fête pour tous les bons catholiques qui voyaient dans cette nouvelle maison incorporée un asile stable, Gxe et assuré à leurs descendants.
Cette faveur si vivement désirée depuis plusieurs années, si impatiemment attendue, assurait au collége, outre des succès durables, des ressources qui le rendaient assez fort pour se soutenir et lui permettaient d’acquérir suffisamment pour se maintenir à l'abri d’éventualités funestes (a).
Un nouveau sujet de consolation et de satisfaction pour M. l'abbé Leprohon suivit de près la nouvelle de l'incorporation de son cher collége.
Au mois de mars suivant, on reçut un décret de Rome, autorisant, dans le collége de Nicolet, l'érection d'une congrégation en l'honneur de la sainte Vierge, et conférant anx associés les indulgences et faveurs spirituelles accordées antérieurement aux autres confréries de ce genre. Cette grâce du Saint Siége fat fort sensible au cœur du pieux directeur. Dès le 20 avril, les premiers agrégés furent réunis, et lon procéda à l’organisation régulière de la congrégation ;: car, depuis plusieurs années auparavant, on se réunissail, à l'instar des sociétés de ce genre, et l’on récitait l'office de la sainte Vierge, sans avoir d’autres bénéfices spirituels que
ceux inhérents aux œuvres et aux prières qu’on accomplissait (b).
(a) Cette charte à été amendée par une loi passée au Parlement Provincial, siégeant à Toronto, en 1858, sanctionnée par le gouverneur Sir Ed. W. Head, et intitulée : “ Acte pour modifier la composition du personnel de la corporation du collége de Nicolet.” :—( Voyez Statuts Provinciaux, 1858, XXIL Victoria, chapitre 68.)
(b) Le Cardinal de Bausset, dans son Histoire de Fénélon, Tome 1er, page 16, en parlant des congrégations, instituées d’abord dans les colléges, régies par les Jésuites, leur rend un judicieux et touchant hommage. Il s’en forma de semblables non-seulement dans la plupart des autres colléges, maïs encore dans un grand nombre de villes, où elles se maintiennent vivaces et florissantes au milieu de la dissipation et du tumulte du monde,
XLIT.
Cependant, ilfallait reconstruire le collége de Nicolet amélioré, réparé, agrandi même à diverses reprises, mais devenu trop étroit pour suffire aux exigences nouvelles. Quoiqu'on fit, les progrès de l'institution étaient entravés par une foule d'obstacles matériels. |
On sent de plus tout ce qu’il y avait d'inconvénient à être si près de la rivière, trop près de l’église paroissiale, et à bien dire, sur la grande route. Les exercices de la maison nuisaient aux fidèles recueillis aux pieds des autels, et les chants de l’église gênaient, parfois, les observances de la maison. D'ailleurs, le local, outre qu’il était trop étroit, était de plus sans apparence et répondait peu aux idées que s’en formaient ceux qui, dans les villes, avaient fréquenté des ins- Htutions du même genre.
La belle collecte que M. Leprohon fit pour cette œuvre fut d’une grande utilité. On se rappelle que dans l'été de 1824, l'évêque de Québec avait prié M. le directeur du collge de faire circuler une liste de souscriptions parmi les nombreux amis de l'éducation, dans les trois principaux districts de la province. Quitter sachère solitude, se mettre en évidence, étaient des sacrifices qui répugnaient au modeste abbé Leprohon. Mais, d’un autre côté, les supérieurs s'étaient prononcés, l'humilité de M. le directeur ne savait pas temporiser. &NT humilibus arduum.» (a) Il se mit à l’œuvre. Non-seulement Mgr. Plessis donna son appui à cette mesure, mais 1l voulut mettre son nom au haut de la liste de souscriptions, en y joignant un chiffre qui attestait son dévouement paternel à la maison de Nicolet. Cette abondante collecte, versée aux mains de M. le directeur du collége, est une preuve de la grâce avec laquelle ils’acquitta
(a) S. LÉON.—Serm. in Epiph.
de cette mission. Peut-êire y verrait-on encore une marque
d'affection et de gratitude de la part des élèves sortis de cette belle institution, et l'admiration du clergé canadien pour les hautes vertus de ce pieux ecclésiastique qui donnait l'exemple de tous les sacrifices. Ces résultats, si heureux et si importants, eurent les conséquencesles plus avantageuses et les plus solides.
Avec l'activité de M. Leprohon, le concours de M. Raimbault et la libéralité des amis de l'éducation, ilne fallait que quelques années pour ouvrir à la jeunesse studieuse el empressée un édifice plus beau, plus confortable et plus complet, et pour voir les élèves s'ébattre au milieu des cours agréables el spacieuses qui entourent le vaste bâtiment.
XLIIT.
La proposition de reconstruire Le Collége de Nicolet sur de plus grandes dimensions el sur un terrain mieux conditionné, fut partout accueillie avec enthousiasme.
Cependant, malgré l'empressement des paroissiens de Nicolet et le concours des citoyens des paroisses envirronnantes, de Saint-Grégoire, de la Baie du Febvre et d’autres, on proposa d'abandonner l'établissement effectué à Nicolet et de construire, dans un endroit plus central, une maison de haute édueation plus accessible à tous Iles habitants du district.
On n'avait pas éprouvé de désagréments à Nicolet, mais on objectait que le site du collége é'ait peu avantageux, d'un abord difficile. Ceux qui émettaient ces propositions étaient des personnages influents, haut placés, judicieux et bienveillants, tous dévoués et parfaitement désintéressés.
Ce projet rencontra, néanmoins, beaucoup de contradicfeurs,.
À ceux qui voulaient rapprocher le collége de la ville du district, en le conservant toutefois aux paroisses de la rive sud, on répondait qu'il fallait mieux respecter les intentions du fondateur et de ceux qui, à son exemple, avaient doté l'établissement.
À d’autres, qui pensaient qu’il valait plutôt mieux favoriser la ville en y transportant la fondation, on répliquait qu’on devait se conformer au goût si sûr de l’Evêque Plessis, qui avait toujours environné Nicolet desa haute protection— qu'en ceutralisant trop on ôtait l'importance croissante à des localités, de moindre considération il est vrai, mais où il y avait zèle et activité que, d’ailleurs, dans la Campagne, les élèves auraient plus de calme, plus de repos, plus de hberté, un air plus pur el en somme plus d'avantages réels.
Au reste, les sincères amis de l'éducation faisaient obser2 ver qu'on risquait moins en maintenant un établissement créé, fondé et agréé qu’en le déplaçant, puisque son transport ailleurs, outre qu'il entraînait des dépenses considérables, dispersait des sommes nécessaires à son soutien, irrilerait les esprits, ferait naître des jalousies et des préventions ou affermirait des préjugés, puis qu’on ne pouvait pas ravir le bénéfice d’une pareille institution à une paroisse, déjà en possession, pour conférer une faveur à une autre localité qui n’y avait pas de litres réels, patents et admis,
On allait même plus loin—on disait qu'après avoir obtenu des lettres d’incorporation et avoir travaillé à conserver à toujours cet établissement à la localité qui l'avait vu se développer, et en se rangeant de l'avis contraire on faisait perdre à cette fondation importante son caractère imposant, grave, que confère le temps aux choses publiques et d’une utilité générale—qu'on disposerait le peuple à ne plus apprécier ce caractère de fixité, de stabilité et de permanence des grandes institutions publiques qui commande toujours le respect. |
Enfin, après bien des Propositions soulevées, débattues et
rejétées, puis rajustées, discutées de nouveau puis écartées encore, on se décida à bâtir à Nicolet par respect pour des ‘droits acquis, pour donner plusd’aise, de comfort et d’agréments réels aux jeunes gens, pour conserver leur santé, pour leur ménager le repos et la solitude et surtout pour donner plus de garantie à ceux qui s’intéressaient davantage à la moralité de la jeunesse moins exposée à la campagne qu'au milieu du bruit, du mouvement et du tumulte ordinaire des villes.
Mais les raisons principales, celles que M. Leprohon avait émises avec tant de justesse, celles qui semblèrent réunir tous les suffrages, avaient un autre poids. Le Directeur disait qu’on devait conserver à cette paroisse son établissement d'éducation : 1° parce que cette fondation était l'œuvre d'un de ses curés, qu’elle avait progressé, sous la tutelle de ses pasteurs de façon à promettre de beaux développement; 2° parce que l'institution était maintenue et alimentée par les campagnes, et 3° entin, parce que à la campagne se frouvait le plus grand nombre de jeunes gens qui se destinaient à servir l'Eglise dans le clergé.
Le sage directeur exposait, de plus, que les populations rurales, vivant généralement dans une atmosphère plus pacifique et plus religieuse, préféraient voir leurs enfants auprès d'elles; que de plus, les citoyens les plus expérimentés, que les affaires ou les devoirs professionnels retenatent à la ville, aimaient mieux envover leurs enfants aux collèges, dans les campagnes, loin des embarras, des désordres, ou au moins de l’agitation des villes.
Il ajoutait que, d’ailleurs, les élèves se sentaient toujours du milieu où ils avaient reçu leur éducation: et que le luxe, les spectacles, les manœuvres des intriguants et des gens remuants ou vicieux (toujours plus nombreux dans les grands centres) donnaient trop d'occasions de trouble, de dissipation et puis dévoyaient souvent des intelligences trop
ere villes. | k DATA Ces principes, ces allégués . tn PhOEE Fa. Det AA parole si loyale et si sympathique, avait mission de faire ‘ | | prévaloir, étaient judicieux et soutenus de l'expérience. iCes ds excellentes idées furent, non-seulement bien accueillies, ::10 comme étant les accents d’une voix des plus autorisées, mais à
elles décidèrent péremptoirement tout le monde à yaccéder 0 EURE de bonne grace. | AE On se mit done à l'œuvre...
MX IV.
Nous avons parlé longuement ailleurs de la cérémonie de ja bénédiction de la première pierre du nouveau collége (a). La fête fut d'abord religieuse ; et, quoique tout se soit passé avec simplicité et sur un ton modeste, elle n’en eûl pas moins de retentissement dans la province. Are
Le jour de l'inauguration du nouvel édifice, comme celui de la bénédiction de la première pierre, a fait époque dans Pl l'histoire locale. Ces jours étaient des fêtes auxquelles les notabilités de tout Le district, aussi bien que les membres | du clergé, s'empressaient de prendre part. Tous voulaient é donner un témoignage tangible de leur reconnaissance à M. le directeur, pour son dévouement incessant à la jeunesse du pays. Ces solennités, sans précédent pour la plupart, ls étaient F'obiet d'une sympathie générale et d'une allégresse sans bornes. Les populations réjouies, les jeunes étudiants pt vifs et alègres, celte joie rayonnant sur tous les visages, A NE - attiraient les regards et l'admiration des citoyens. Si tout le NAS . monde était vivement impressionné de cette cordialité, sile »
(a) Notice sur M. Raimbault. Page 71.
SU
bonheur élait général, nul n’en ressentait autant que le bon M. Leprohon. Sa joie était, néanmoins, contenue par la crainte que quelqu'un n'éprouvât du He que quelque ami de l’éducation ne fut négligé. Le clergé, on s’en souvient, élait nombreux, le cortége immense ; mais, grace à la belle organisation que sut établir M. Leprohon, tout se passa sans confusion. Les fêtes furent belles, applaudies. Plusieurs amis des lettres et du bien publie versaient des larmes, tant la consolation et les jouissances qu'ils éprouvaient élaient grandes. Dès que les applaudissements furent permis, on put voir, à la vivacité des expressions, que l’enthousiasme était général et partait du cœur.
Mais supprimons tout ce qui se rattache ultérieurement à ces solennités. M. Leprohon ne consentait ces jours-Ià qu'à
s’effacer. Il redoutait l'éclat, même aux jours de fêtes de la
Maison. Qu'il nous suffise de dire qu'il avait donné aux constructeurs un concours continuel et efficace, qu’il éprouvail bien la plus grande somme de joie possible en voyant ses vœux si mullipliés, si ardents, se réaliser, à la grande satisfaction de ses concitoyens. (Content, toutefois, de remercier le ciel de ses bienfaits, il laissait aux autres l'honneur du Jour.
Les lettres touchantes que lui ont adressées tant de pères de famille reconnaissants de la manière dont leurs enfants avaient été façconnés à la vertu, lettres qui auraient fait la gloire de M. Leprohon, ce bon prêtre les brülait, et sa poitrine, émue en les lisant, faisait monter au ciel le cri de l'humilité.
Aux examens, M. Leprohon faisait distribuer par d’autres
mains des prix qui étaient le fruit de ses économies ou
cédés par l'amitié. Comme ces couronnes ne font pleurer personne, sa main bienfaisante savait les multiplier et les rendre plus précieuses en les faisant passer par des mains chéries et affeetueuses.
Chaque année, ees solennités publiques fournissaient des preuves multipliées du zèle de M. Leprohon, au point de vue de l’enseignement religieux et scientifique. Ces époques étaient vraiment désirées, non-seulement par les élèves: huréats, mais eneore par les amis de l'instruction publique. L'illustre Evêque Plessis, (et après lui, son successeur presque immédiat, le vénérable Evêque Signay,) s’y rendait
ordinairement dès la veille. Il y était reçu comme un prince’
de l'Eglise, et plus encore comme un père qui revient, après une Jongue absence, au milieu d'une famille aimée dont 1k
est le soutien. Aussi, faHait-il voir eomme ils étaient heu-
reux, professeurs et élèves, à la vue du vénérable prélat, que tous venaient recevoir hors de eelte maison qui lui devait tant ! Le lendemain, à la messe épiscopale, dans la: chapelle, qui n’était pas encore décorée de la noble architecture qui l'embellit aujourd'hui, il y avait musique, chant, décorations ingénieuses en fleurs et en verdures. Il faut em convenir. c'était un beau jour pour tous.
À Nicolet, comme dans tous nos collèges, on exerce une Rrge hospitalité. Un grand nombre d'anciens élèves sont eonduits au collége, ce jour là, par Pattraetion d’un souvenir agréable. En effet, on a reeu là, avec la religion qui moralise, la science qui conduit au progrès. La séance ouverte; des morceaux de Htiérature, essais heureux des jeunes élèves, étaient lus ou récités par eux-mêmes, avec une vérité
et un sentiment exquis. D’ordinaire, la cantate de circons-
tance, qu'il faut bien se garder de passer sous silence, était exécutée d'une manière admirable par les voix pures et fraîches des écoliers, qui réussissaient infailliblement à en= thousiasmer l'assemblée.
On se souvient encore de Féclat et de la splendeur de: