‹ Etude biographique sur M. Jean RaimbaultChapitre 3 sur 34 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Muni des lettres les plus flatteuses, appuyé de recommandations nombreuses et puissantes, M. l'abbé Raimbault quitta Londres le 12 mai 1795, pour s’embarquer à Portsmouth. I ne put néanmoins partir que le premier juin, el n’arriva à Québec que le six juillet. Dans la traversée, qui fut assez pénible, le jeune abbé fut traité avec beaucoup d’égards. Toute sa vie, il a conservé un touchant souvenir de M. Morrogh, de sa libéralité et des bontés dont il avait été l’objet de sa part.

M. l'abbé Desjardins (Louis-Joseph) arrivé en Canada l’année précédente (a), alors vicaire de la paroisse de Notre- Dame de Québec, l’alla visiter à bord du vaisseau anglais, dès qu’il eüt appris qu'un ecclésiastique français était au nombre de ses passagers.

Un jeune étudiant au Séminaire de Québec, M. Louis Ranvoyzé, plus tard notaire à Sainte-Anne de Beaupré, l'accompagnait. M. Raimbault crut voir en lui un jeune militaire. Son costume, l'antique capot bleu, lui plut parce qu’il élait modeste et décent; plus tard, il l’honora singulèrement cet habit, soit en le faisant respecter aux élèves du Séminaire de Nicolet, soit en le fournissant de sa bourse à plusieurs d’entre eux, trop pauvres pour se le procurer ou pour le renouveler à temps.

M. l'abbé Raimbault fut conduit au séminaire de Québec. Il fut reçu dans cette vénérable maison avec le respect dû au

(a) Né à Messas, département du Loiret ; décédé à l’Hôtel-Dieu de Québec, le 31 août 1848, à l’âge de 83 ans et quelques mois. Il avait près de 60 ans de prêtrise. Il était frère de M. Philippe-Jean-Louis Desjardins, vicairegénéral de Monseigneur l’Evêque de Québec.

dévouement: On lui eût bientôt fait oublier l’ancienne France, s’il lui eût été possible d'oublier sa patrie.

À Québec, les esprits et les cœurs étaient péniblement affectés en apprenant que les rigueurs et les mauvais traitements que l’on faisait endurer, en France, aux prêtres du Seigneur, ne se ralentissaient pas. On tâchait de consoler ces illustres proserits du chagrin profond qu'ils éprouvaient naturellement, eux qui avaient connu l’aisance et les douceurs de la sociélé, et qui se trouvaient exilés sur un autre continent, dans le dénüment le plus absolu, loin de leurs parents, de leurs amis et de leur troupeau ou perverti ou égaré. Tous ceshommes sensibles et généreux étaient affligés d’avoir à déplorer en même temps la perte de leur roi et les crimes de leur patrie.

M. l'abbé Raimbault raconta les malheurs et les calamilés de l'Eglise gallicane, les abaissements de sa patrie, les infortunes des familles puissantes et ses propres afflictions. D'autres vieux prêtres, bannis ou persécutés, en haine de la foi, l’entouraient et le pressaient de questions. Les confidences provoquèrent les confidences. L’émotion, bien des fois, alla Jusqu'à l’attendrissement et jusqu'aux larmes. Les prêtres, groupés autour de lui, écoutaient avidement le jeune lévite racontant les combats, les luttes des enfants de l'Eglise, la honte que subit la France livrée aux utopistes et dirigée par les élèves de Rousseau, et des autres bateleurs du siècle qu’on a appelés philosophes. La pensée s’arrête avec effroi sur les scènes dégoûtantes des anarchistes, sur les trames odieuses des impies, sur la conduite atroce des brigands impurs, des scélérats attroupés qui, sous le nom de patriotes, dirigeaient et activaient le pillage, le meurtre et l’iniquité, et qui répandaient partout la terreur à la lueur des bûüchers. Le jeune abbé leur apprit et leur rappela les actes de ces charlatans, de ces dissertateurs chimériques et insolents, qui ont légué à la postérité le souvenir de leurs révoltants excès et des ignobles complots

auxquels ils s'étaient associés, de ces prétendus réformaleurs, couverts de crimes et de sang, qui avaient assumé sans pudeur et par violence la direction des affaires de PEtat.

On écoutait ces récits avec d’autant plus d'intérêt que les journaux européens ne pénétraient pas dans notre colonie à cette époque, et que ceux qui y étaient publiés avaient pour consigne de ne reproduire que peu de ces matières propres à intéresser les descendants des Français et des cœurs catholiques.

M. Desjardins avait connu M. l'abbé Raimbault à Orléans et à Beaujency, Jolie pelite ville, située au fond d’un vallon qui borde la Loire, où, avec ses amis, M. Raimbault avait été à diverses reprises visiter les antiquités, entre autres la tour de Beaujencey, le grand pont et les autres merveilles que les curieux revoient encore avec intérêt. Il l’avait dans une autre occasion interrogé publiquement. C'était à un des examens annuels au collége d'Orléans ; aussi le reconnut-il dès son arrivée à Québec, et se hâta-t-il de l'introduire à l'Evêque Diocésain, Monseigneur Hubert, et au clergé de la ville. Ille présenta avec empressement à Monseigneur Pierre Denaut, Evêque de Canathe, qui faisait sa résidence ordinaire à Longueuil, mais qui, en ce moment, arrivait à Québec pour y prêter le serment d'office comme coadjuteur de l'Evêque. Cet illustre prélat honora l'abbé Raimbault de la confiance la plus entière. Il respectait en lui l'étranger, le perséeuté par la haine des ennemis du Christ, l'homme dévoué qui avait souffert pour conserver la pureté de la foi. De son côté, le jeune abbé se montra digne de la cause qu'il avait si généreusement embrassée.

Cependant, cet homme dévoué n'avait pas souffert les rigueurs de l'exil et les tribulations de toutes sortes auxquelles il avait été exposé pour consentir à rester oisif sur la terre étrangère. Il désirait quelque emploi. Toujours modeste, il attendit l'heure avec patience ; et, toujours.

réservé, il se montra néanmoins constamment prêt à l’action. Les convulsions politiques de son pays n'avaient pas pu le détourner de sa vocation au sacerdoce; malgré les dangers continuels, il y fut toujours fidèle. Aussi que de dédommagements l’attendaient !......…..

Monseigneur l'Evêque de Canathe emmena M. Raimbault à Longueuil, afin de le préparer aux saints ordres. Il le reçut pour hôte à sa table et sous son toit. Il avait une haute idée de sa vertu ; aussi, ce Jeune abbé vivait-il de la manière la plus édifiante. D'ailleurs, M. Raimbault s'acquit bientôt l'estime générale par ses lumières, par ses talents, et surtout par sa grande modestie, remarquable en toute occasion. Pensif, mélancolique, ou plutôt recueilli, il aimait le silence et ne pouvait se lasser de remercier le ciel de toutes les faveurs dont il avait été l’objet.

Le 19 juillet 1795, M. l'abbé Raimbault reçut les ordres mineurs et le sous-diaconat dans l’église paroissiale de Longueuil ; et, sur l’avis des Supérieurs, il continua, dans la retraite, à se préparer aux autres ordres.

Le 25 du même mois, M. Raimbault fut fait diacre, et, le lendemain, il fut élevé à la dignité du sacerdoce. C'était le jour où l’église célèbre la fête de sainte Anne, pour laquelle il eut toujours une singulière dévotion.

Quelles suaves émotions dût éprouver, en ce jour solennel, ce prêtre fervent, généreux et persévérant, lorsqu'il reçut les dons de Dieu avec l'imposition des mains du Pontife ! Quels doux sentiments durent agiter son cœur tout pénétré de la grandeur du sacerdoce! Il comprenait son bonheur et sa gloire en devenant le ministre de celui à qui appartient le ciel des cieux. (Ps. 113. v. 25.) Tantôt il appelle les plus amples bénédictions du Seigneur sur les œuvres qu'il va entreprendre, tantôt #l remercie Dieu qu l'a retiré des tribulations, et qui a mis fin à ses épreuves, le priant d’être son protecteur et son refuge. (Ps. 4. v. 1.) Que de fois, dans la ferveur de son âme, il renouvelle les protestations de persévérer

pieusement dans l'amour de la Sainte Eglise de Dieu qu'il était enfin appelé à servir !

M. l'abbé Raimbault fut le premier prêtre auquel Monseigneur Denaut imposa les mains. Ce prélat, si juste appréciateur du mérite, l’honorait d’une affection particulière, et se plaisait à l’admettre, pendant son séjour à Longueuil, dans sa société, composée des prêtres les plus instruits et les plus réguliers. Parmi eux, M. Raimbault ne paraissait pas étranger.

L'abbé Périnault, jeune prêtre canadien, ordonné en 1794, alors vicaire à Longueuil, eut l'avantage de faire, dans l'été de 4795, une petite excursion dans la Rivière Chambly, avec M. Raimbault, auquel le gracieux Evêque avait accordé quelques semaines de vacances, afin qu'il pût se remettre de ses fatigues. M. Périnault avait lui-même voyagé en France. Il avait même séjourné quelque temps à Tours, chez un oncle qui prenait soin de son éducation. Il avait réussi à s’échapper de la France au commencement des profanations de l'impiété, quand les tyrans eurent commencé leur œuvre de sang. Ce bon prêtre ne pouvait pas se rappeler, sans émotions, qu'il s'était trouvé à Paris le jour que le pieux Roi, Louis XVI, fut décapité (a). Ces souvenirs contrastaient avec les beautés et le calme des campagnes qu'ils traversaient. Partout, sur la route, coups d’œil ravissants, aspects enchanteurs, sites pittoresques, bocages touffus, fraîche verdure, vergers riches et nombreux, paysage romantique et varié, tout enfin portait ces deux jeunes prêtres à bénir le Seigneur qui leur avait réservé tant et de si douces jouissances. Ils goûtaient avec la sérénité de la saison les gouceurs de la paix.

(a) Lundi, 21 janvier 1793.

M. Raimbault fut, quelque temps après, placé au Séminaire de Québec, d’abord à titre de professeur. Il se livra à l’enseignement autant par devoir que par inclination. Il y mit celte application, cette patience avec laquelle il faisait toute chose, et sentait son zèle augmenter au contact des hommes érudits dans la compagnie desquels il vivait, et à la pensée des bontés des MM. du Séminaire, qui lui conseillaient toute espèce de ménagement, car ils voyaient que sa santé, affaiblie par le climat, menaçait de lui faire entièrement défaut. Et comment ce bon ecclésiastique se serait-il alloué quelque repos, au milieu de prêtres si actifs, dans une maison où, de tout temps, on se dévoue sans trève ni relâche? Aujourd’hui encore, on sait si les directeurs de cet ancien établissement sont fidèles aux austères traditions de la maison.

La chambre de M. Raimbault était voisine de l’ancienne bibliothèque, dont les appartements ont été, depuis bien des années, convertis en chambre pour MM. les étrangers, audessus des appartements du Supérieur. Il avait pour voisin, en face, M. le grand-vicaire Desjardins (b).

Les prêtres du Séminaire étaient alors en bien petit nombre, mais ils se multipliaient pour répondre aux devoirs qui leur étaient dévolus. Malgré le modique revenu annuel de

‘leur maison, et les réparations que nécessitaient les dépendances, bien détériorées par suite des malheurs dela guerre, ils exerçaient toujours l'hospitalité la plus cordiale.

Le supérieur, M. Antoine-Bernardin Robert, canadien de naissance, avait fait au jeune étranger l’accueil flatteur que

(b) M. Philippe-Jean-Louis Desjardins arriva en cette colonie en mars 1793, et repassa en France au mois de novembre 1802. Il mourut à Paris, en 1833.

lui méritaient ses épreuves, son caractère doux et aimable, sa prudence et sa modestie (a).

Il y avait alors au Séminaire de Québec, M. J. B. Lahaille, originaire de Tarbes, diocèse d'Acqs, Département des Hautes Pyrénées, alors déjà bien âgé (b), et M. Henri Gravé, directeur du Grand-Séminaire, vicaire-général du diocèse, comme lui, français d’origine (c).

Canadiens et Français étaient mus, dans cette maison, par les mêmes sentiments; {ous faisaient bon accueil aux confrères qui se présentaient; mais à M. Raimbault, que ses malheurs recommandaient, comme d’autres exilés qui, de temps à autre, y arrivaient, ils firent toutes sortes d'offres

(a) M. Ant. Bernardin Robert de la Pommeraye, supérieur du Séminaire de Québec, fut longtemps professeur de théologie, après avoir enseigné avec succès les mathématiques et l’astronomie, sciences dans lesquelles il se montra très-habile. Après avoir pris une part importante dans les affaires du diocèse, pendant les vingt-cinq années qui suivirent sa promotion au sacerdoce, il finit ses jours dans la retraite à un âge très-avancé. Il mourut à l’Hôpital-Général

de Québec, le 11 de janvier 1826. IL avait été ordonné prêtre le 20 -octobre

1782. Sa carrière fut une des mieux remplies. Quoique nourri d’études solides, il ne se passait pas de jours sans qu'il fortifiât son esprit de lectures, de recherches et d’études. Professeur de théologie, à un âge où d’ordinaire ceux qui y atteignent recherchent le repos, le modeste Grand-Vicaire, entouré des jeunes aspirants au sacerdoce, les intéressait par des développements nombreux, pleins de variété, de pensées utiles, de suggestions, de détails et d’appréciations heureuses. C’était un homme estimable à bien des titres, quoique son extérieur annonçât beaucoup de sévérité.

(b) M. Lahaille est mort à l’Hôpital-Général de Québec, mercredi, le 24 mai 1809.

(c) M. Henri-François Gravé, Vicaire-Général, Supérieur du Séminaire de Québec, mourut, en cette ville, le 4 février 1802, à 72 ans. Les lignes suivantes, que nous aimons à reproduire, feront mieux eonnaître cet homme de mérite : “ Ce vieillard, partout vénéré, sut allier à la plus haute vertu, une, gaieté charmante; à la vivacité, la modération; au savoir, la modestie. Dévoré de la passion du bien, il s’est consumé à le faire sans rechercher ni s’épargner jamais. Il était animé d’un zèle brûlant et infatigable. Directeur d’une haute capacité, il possédait à un degré éminent le don de la prédication. IL était vraiment orateur dans l’action. Il avait vécu quarante-huit ans dans la Province. Il a mérité invariablement la confiance publique, et, sans la poursuivre, il l’obtint. L’étude était son élément, mais il n’a rien tant et si heureusement étudié qu’à sortir de la vie par une mort sainte.”—(Guzette de Québec).

de service. C’est que de tout temps, en cette sainte maison,

on a su honorer ceux qui servent la cause de la religion. D'ailleurs, comme on l’a déjà remarqué, les talents et les infortunes de M. Raimbault inspiraient partout de l'intérêt. Ses goûts littéraires, ses habitudes méditatives, ses aptitudes pour les beaux-arts lui méritèrent bientôt des liaisons intimes et prolongées avec M. Desjardins, vicaire-général de l'Évêque de Québec, qui donnait alors aux élèves du Grand Séminaire des leçons de théologie et-d’écriture sainte. Ces deux:amis des lettres, qu’une heureuse conformité de caractère et des épreuves communes réunissaient, étaient bien dignes l’un de l’autre. Ils disaient ensemble ‘chaque soir l'office divin, puis lisaient les livres sacrés. Homère avait ensuite son tour, i-en fallait traduire quelques pages; et, après quelques instants de conversation, on se séparait. Ces détails suffisent pour attester les prédilections littéraires et religieuses de ces deux vertueux ecclésiastiques.

Un autre excellent prêtre français était aussi attaché, à cette époque, au Séminaire de Québec en qualité de professeur. C'était M. Jean-Baptiste-Marie Castanet, homme aimable, et surtout fort érudit, arrivé à Québec au mois de juin 1794, et qui mourut quatre ans après. M. l'abbé Raimbault avait une haute estime pour cet -excellent caractère, pour ce bon ami, enlevé prématurément aux lettres qu’il ‘avait honorées, et à l'Eglise, au service de laquelle il avait-mis une intelligence éclairée, un zèle brûlant, un cœur généreux et affectueux.

M. Raimbault avait aussi de grandes relations avec bon nombre d’autres prêtres français ; il était si sensible, si généreux, si compatissant! Les épanchements de la confiance fortifiaient ces âmes attristées par les mêmes malheurs.

Les procédés délicats, les ménagements et les égards soutenus dont M. Raimbault était l’objet, et qui contrastaient si étrangément avec ce qu'il avait éprouvé dans son pays, D

J0 étaient bien propres à le consoler et à le fortifier. Aussi, exprimait-1l, en tout temps, la vive reconnaissance dont il était pénétré pour une conduite si généreuse à son égard. Enfin, l'accueil favorable et les attentions dont on usait à son endroit, ie dédommagèrent des peines et des souffrances qu'il avait éprouvées pendant plusieurs années.

I y avait un an que M. l'abbé Raïmbault jouissait ainsi au Canada des douceurs du repos, après ses longues épreuves, lorsqu'un jour, revenant de l'Ile d'Orléans à Québee, il rencontra, en mettant pied à terre, sur la place du débarquement, à la basse-ville, M. Vincent Fournier, son compatriote et son ami, qui débarquait d'un vaisseau anglais. Il avait erré quelque temps en Angleterre, s'était rendu à Londres, et, grâce à quelques secours qui lui furent octroyés, il s'était embarqué pour le Canada, où il savait qu'il y avait des Français et des prêtres Sulpiciens.

M. Fournier, accueilli au Séminaire de Montréal, y continua ses études théologiques et fut ordonné prêtre en 1797, puis employé au ministère des saints autels jusqu’en 1835, époque à laquelle ses infirmités l’obligèrent de demander sa retraite. Il est mort en 1839, à Saint-Antoine de la Baie du Fèbvre, où il s’était retiré au milieu du troupeau qu'il avait desservi pendant près de trente ans. M. l'abbé Raimbault voulut honorer son ami jusqu'au-delà de Ja tombe: il lui rendit les derniers devoirs en confiant ses cendres à Ja terre, et nous a laissé, dans les journaux du temps, un charmant petit article nécrologique sur son bon compatriote, qu'il avait toujours aimé etservicommé un frère affectionné.

ol

Le séjour au Séminaire de Québec étant contraire à la santé de M. Raïimbault, sur avis, 1l dût se livrer au ministère pastoral. Il était alors prêtre agrégé au Séminaire de Québec et chapelain des Dames Ursulines de la même ville.

Vers cette époque, Monseigneur Hubert, qui avait signé sa démission à PEvêché de Québec, se retira au Château- Richer, où il devait remplacer son frère, M. Louis Hubert, qui avait été jusqu'alors simultanément curé de la Visitation, du Château-Richer et de l’Ange-Gardien.

Le pieux prélat, avant de se rendre dans cette solitude, plus conforme à ses goûts et surtout plus en rapport avec les soins que réclamaient incessamment son tempérament débile et sa mauvaise santé, voulut s'assurer les services de M. Vabbé Raimbault, qu’il s’attacha en qualité de vicaire et de secrétaire.

Voici en quels termes M. Raimbault annonça aux paroissiens du Château-Richer les arrangements que Monseigneur P'Evèque venait de prendre pour la desserte de leur paroisse. C'est, à bien dire, les premiers avis qu'il ait donnés en public :

«Le respectable prélat qui a conduit pendant un temps, hélas! trop court, ce vaste diocèse, avec tant de sagesse et de succès, après en avoir remis l’administration dans les mains d’un digne successeur, a choisi cette paroisse pour sa retraite. Tandis que tout son troupeau regrette la perte de son Pasteur, quia prodigué sa santé pour le gouverner, vous seuls, portion privilégiée, vous avez à vous féliciter de le posséder au milieu de vous et de l'avoir à votre tête comme votre pasteur particulier. Vous l'avez vu, il ya peu de

temps, venir rendre les derniers devoirs à un frère dont ! le nom rappellera toujours à votre souvenir un curé plein 4 de zèle et d’ardeur pour votre salut ; et, c’est pour succéder à ce digne frère, et perpétuer parmi vous l'esprit de paix, de charité et de religion, qu’il vient maintenant prendre la conduite de cette paroisse. Hélas! pourquoi ses forces ne lui permettent-elles pas de suivre les élans de son ardeur pour votre satisfaction et de s’adonner aux travaux du Saint Ministère ! Vous sentiriez bientôt les effets de son zèle, desa sollicitude pastorale et de cette affection qu'il vous porte et dont sa démarche ne vous laisse aucun lieu de douter. En retour de cette prédilection qu'il vous témoigne, il vous demande le secours de vos prières. Il veut que vous demandiez au Ciel que sa volonté s’accomplisse à son égard pour la santé ou la maladie, pour la mort ou pour la vie.

«Mais tandis que sa conformité et sa résignation aux ordres de la Providence ne lui permettent pas de rien demander davantage pour lui, vous devez, vous, mes frères, (et j'aime à croire que le vœu que je vais vous dicter est aussi conforme à vos sentiments qu'il l’est à votre propre intérêt,) vous devez, dis-je, implorer le secours du Ciel et demander au Seigneur avec instance qu’il rende à votre Pasteur les forces du corps qu'il a perdues en travaillant au gouvernement de cette Eglise, afin qu’il devienne en élat de travailler de nouveau à guérir les infirmités spirituelles de son troupeau ; c’est le vœu particulier que } adresserai à l'autel, dans le saint sacrifice de la messe, toutes les fois que je l’offrirai dans cette église.

«En attendant qu’il plaise au Seigneur de lui rendre Ja vigueur et la santé, vous trouverez dans mon faible ministère toute l'assistance qu'il dépendra de moi de vous donner. Aïdé du secours. du Ciel, et de vos prières, que vous ne me refuserez pas, guidé par les conseils de votre sage pasteur que je me ferai un devoir de consulter dans tout ce qui concernera l'administration de cette paroisse,

je m’efforcerai de répondre à la confiance dont il m’honore et de vous procurer tous les secours spirituels que vous avez droit d'attendre de mon ministère................,...... cos 0. 0.00)

* Cependant, cet arrangement n'offrant point à cet illustre personnage les résultats qu’il se promettait, et les douleurs ne lui laissant aucunement les moyens de s'occuper à quoique ce füt de sérieux, Sa Grandeur se retira à l'Hôpital-Général de Québec, laissant à M. Raimbault la direction de la paroisse de l'Ange-Gardien (a).

Le 16 novembre suivant, M. Raimbault prit possession de la cure de l’Ange-Gardien, à laquelle il avait été nommé le 6 septembre précédent. C'était une charmante solitude que ee presbytère, antique déjà, remplacé depuis par une construction plus spacieuse, mais peu éloignée de l’ancienne résidence des curés. L’Ange-Gardien est une pelite paroisse, la première de la Seigneurie de Beaupré, sur la rive nord du grand fleuve, un peu au-dessous de Québec. L'endroit est des plus romantiques. La vallée, resserrée par le fleuve et par les montagnes, est fort étroite. Les terres, livrées à la culture, descendent des montagnes et ont une pente rapide. A quelques arpents plus bas que l'église, cette pente s’adoucit. Tout le long de ces pentes sont échelonnées des maisons blanches et proprettes, mais isolées el parfois encaissées dans le roc. Là aù les descentes sont moins raides, se trouvent de grands vergers où la main du cultivateur, ménageant l’espace, entretient un jardin ou une prairie. Une population laborieuse, bienfaisante, économe, de mœurs douces et pacifiques, y vivait dans l’abondance, fidèles à la foi et aux habitudes champêtres. C'était une véritable campagne canadienne sans mélange de mœurs et d’habitudes étrangères. M. Raimbault y trouva des souve-

(a) Mgr Jean-François Hubert, neuvième Evêque de Québec, donna sa démission au siége épiscopal de cette ville, le ler sept. 1797, et mourut à l’Hôpital-Général, le 17 octobre suivant.

nirs, des usages qui le touchèrent en bien des occasions, en lui rappelant la vieille France. On y retrouvait les descendants des anciens colons, et ces familles patriarcales conservaient les légendes, les traditions, les usages de leurs ancêtres. Ajoutons, enfin, que, dans les entretiens, on rappelait fréquemment avec le souvenir de leurs pasteurs, le nom et les avis de l’austère M. Dufournel et les sévérités de sa vie d’anachorète (a).

Pour faire diversion à la monotonie des heures sérieuses de sa petite solitude, M. Raïmbault avait ouvert sa porte à plusieurs jeunes gens studieux qui avaient sollicité admission auprès de lui, après s'être pourvus des recommandations Les plus puissantes.

On aimera à retrouver ici leurs noms, depuis chers à la Religion et à l'Histoire.

C'était M. François-Mathias Huot, jeune homme timide et distrait, mais pieux. Doué d’un esprit solide, 1l ne s’occupait que des choses graves, se délassant des heures d'étude par quelques quarts-d'heure d’oraison devant le Saint-Sacrement. Après avoir fait d'excellentes études, sous M. Raimbault, 1l fut ordonné prêtre et desservit avec courage les pénibles missions de Caraquet et autres, dans le Nouveau-Brunswiek. I mourut, au mois d'août 1827, à l'Hôpital-Général de Québec. Il n’était âgé que de quarantetrois ans, et desservait depuis quelques années la paroisse de la Visitation du Sault au Récollet, au diocèse de Montréal. Sa mémoire est encore en bénédiction dans cette excellente paroisse. M. l'abbé Huot était originaire de la paroisse de FAnge-Gardien.

(a) M. Gaspard Dufournel fut nommé curé de l’Ange-Gardien, le 11 oct. 1694. Il y desservit près de 60 ans avec un zèle, une piété qui firent l’édification constante de ses paroissiens au milieu desquels il mourut en cdeur de

vertu, le 30 mars 1747, à 94 ans, 6 mois et 17 jours, ayant été privé par la faiblesse et les infirmités séniles d’exercer le ministère pendant les trois

dernières années de sa belle carrière. M. Jos. Baz. Parant, qui avait eu la .

consolation d’être vicaire auprès de lui pendant cinq ans, lui succéda à l’Ange-Gardien en qualité de curé.

Il n'était pas vif et pétulant, comme son compagnon d’études, le célèbre Henry Hardinge, qui, plus tard, se distingua sur un plus grand théâtre. Cet ami de Wellington, et son successeur dans les plus hauts emplois de l'Etat, décoré

des ordres des potentats de l'Europe, mêlé aux plus grands

événements de ce siècle, cet homme illustre a toujours conservé de M. Raimbaull un souvenir affectueux (a).

Pour ces élèves, M. le curé de l'Ange-Gardien était tout dévoué. Il composa, dans leur intérêt, un cours de mathématiques, d’après la méthode de Sauri, un traité élémentaire d'architecture et d'autres ouvrages sur diverses branches de l’enseignement. Les élèves copiaient les leçons du maître. Ces divers travaux, ces études variées, auxquelles il dût se livrer, témoignent des ressources de son esprit.

À peu près dans le même temps, se trouvaient, sous Île même toit, les jeunes Chs.-Frs. Painchaud, Jos.-M. Bélanger, Chs. Huot, Louis Marcoux et autres. M. Raiïmbault vivait au milieu d'eux, modèle du prêtre, d’une ardeur infatigable pour le travail, grave et digne dans ses fonctions, traitant la parole dé Dieu dans la rectitude de la vérité et selon les beautés et les grandeurs de la foi. Toujours modéré, par sagesse et par expérience, inspirant à ses élèves un profond respect pour les prescriptions de l'Eglise, un goût ardent pour la culture de lesprit et des sciences sacrées, une généreuse émulation pour le développement des qualités qui font honorer davantage le saint ministère devant Dieu et devant les hommes. M. Raimbault se donnait tout à eux sans trève, sans merel.

Maintenant un mot, mais un mot seulement sur chacun de ces élèves du vertueux ecclésiastique.

M. Painchaud, prêtre, curé de Sainte-Anne, s’est depuis immortalisé par son dévouement à la jeunesse canadienne,

(a) Il est mort en 1856, à 70 ans.

en faveur de laquelie il a fondé, au prix de sacrifices immenses, une des institutions les plus glorieuses du pays. Ce noble ami des lettres, ce généreux ami de son pays, est mort au mois de février 1839, à 56 ans.

Comme M. Raimbault parlait avec sensibilité de cet illustre élève. Comme il se plaisait avec lui, en voyant les belles et heureuses dispositions qu'il annonçait! Ce qu'il admirait le plus en lui, comme étudiant, c'était la facilité avec laquelle son esprit ardent s’occupait à la fois de l'étude de plusieurs sciences, de l'algèbre, de la versification latine, dans laquelle il excellait, et des sciences physiques pour lesquelles il se passionnait. Son caractère franc et ouvert, son empressement à rendre service, ses aptitudes, ses inclinations nobles et généreuses plaisaient souverainement au vertueux mentor.

M. Louis Marcoux, mort il y a quelques années, ancien curé de Maskinongé (a), se rappelait avec des émotions indicibles les heureux temps qu'il avait passés sous la direction du vénéré M. Raimbault. Doux, conciliant, doué d’un jugement sûr, cet excellent ami de M. Painchaud était fort estimé du précepteur. M. Raimbault s’intéressait à lui parce que cet élève lui témoigna toujours un attachement filial, et surtout parce qu’il avait un cœur généreux, compatissant et toujours ouvert aux idées de bienfaisance.

Là se trouvait, dans le même temps, le pieux Joseph- Marie Bélanger, de la paroisse de Saint-Valier, au diocèse de Québec, qui mourut peu de temps après son entrée au sacerdoce (b).

(a) Né à Beauport, en février 1785, ordonné prêtre à Montréal, en 1811, M. Marcoux est mort à Saint-Joseph de Maskinongé, au mois d'octobre 1859. II avait été pendant longtemps missionnaire au Nouveau-Brunswick.

(o) M. Bélanger est mort le 11 décembre 1813. Après avoir étudié quelque temps chez M. Raïmbault et au Séminaire de Québec, il fut ordonné prêtre, et employé, comme vicaire, aux Cèdres, chez M. Laurent Aubry, puis à Saïint- Pierre du Portage (1’Assomption), chez M. Roy. Il venait d’être nommé curé de Saint-Joseph de la Beauce lorsqu’il fut atteint d’une maladie de poitrine

L'ér 2 s

Plus tard, mais encore à l’Ange-Gardien, M. Raimbault eut pour élève un frère du digne curé, M. F. M. Huot. Nous voulons parler de Charles P. Huot, écuyer, notaire à la Baie Saint-Paul, au comté de Charlevoix, homme de probilé, qui a toujours marché d’un pas sûr dans la voie du devoir.

Nous nous garderons bien d’omettre, en énumérant les

. noms des élèves de ce digne instituteur, le jeune P. Schuyler,

le fils du général Schuyler, de New-York, qui s’est distingué en lant d'occasions dans la guerre de l'indépendance des Etats-Unis.

Ces jeunes gens faisaient l'édification de la paroisse et la joie du vénérable prêtre à qui était échue la charge de diriger leurs âmes dans les douces voies du Seigneur.

Tous ces élèves avaient pris à son école des habitudes laborieuses et régulières, quoique leur âge et leur caractère

auraient porté à croire qu’ils en fussent peu susceptibles.

C'est qu’en effet, M. Raimbaull avait un talent extraordinaire pour gagner l'affection de ses élèves et pour les former à la vertu. Chez lui l'amour de l’ordre était sans égal. Les fonetions qu'il remplissait auprès de ses chers élèves gènaient beaucoup leur professeur; mais il savait se gèner pour être utile. Dévouement austère, continuel et parfois bien ingrat, que la société ne sait pas toujours apprécier et qui n’a sa récompense que dans la vertu même !

Pour reconnaître publiquement les précieux services que ce bon lévite rendait à la religion, Monseigneur Plessis lui donna la satisfaction de voir conférer les ordres sacrés aux élèves du curé de l'Ange-Gardien, dans l'église même de cette

qui l’obligea de retourner dans sa famille, où il mourut. Il ne faut pas confondre ce monsieur avec son homonyme, l’abbé Jos. M. Bélanger, né à Québec, ordonné prêtre en mars 1813, après avoir terminé ses études théologiques au Séminaire de Québec, et qui, après avoir été quelque temps vicaire à Saint- Laurent, près de Montréal, remplaça M. l’abbé Païnchaud dans sa mission de Carleton et devint successivement curé de Saïint-Paschal, Saint-François du Lace, de Saint-Paul de Lavaltrie, etc. Ce dernier est mort à Montréal, le 5 mai 1856.

paroisse, lant de fois témoin de leur piété, de leur ferveur et de leurs vœux. L'illustre Evêque avait élevé M. l'abbé Painchaud à la prêtrise, dans cette modeste église, le samedi des Quatre-Temps de septembre, (21 septembre 1805,) et, le mème jour, M. François-Mathias Huot était introduit dans la milice du sanctuaire, et récevait la tonsure cléricale. Grande fut la fête : nombreux clergé, affluence considérable de peuple, démonstrations les plus sincères, tout concourut à relever l'éclat du Jour. Les paroissiens attendris, qui avaient vu grandir sous leurs yeux ces deux précieux sujets, se montrèrent bien reconnaissants envers leur digne curé auquel ils se croyaient, avec raison, redevables d’une si belle cérémonie.

Quelles douces pensées, quels sujets de consolation pour M. Raimbault qui prenait encore plaisir, plus de trente ans après, à raconter cet évènement! &Etle lendemain, disaitl, l'abbé Painchaud chantait sa première grand’messe, et je faisais prêtre-assistant. Je prêchai. ce jour-là, sur les avantages de servir Dieu dès sa jeunesse. »

Ce n’était pas, au reste, la seule fois que lillustre et bienveillant prélat accordait pareille faveur à M. l'abbé Raimbault. M. Painchaud avait été tonsuré dans cette même église, le 1er février 1801, le jour mème que M. Charles-J. Hot y fut ordonné prêtre.

Monseigneur Denaut, Evêque de Québec, voulant, à cette époque, utiliser davantage les services et le zèle de M. l'abbé Girouard, alors curé de la Pointe-aux-Trembles de Montréal, l’appela à la direction de la vaste paroisse de Saint-Hyacinthe, où ce digne prêtre a laissé des traces impérissables de son dévouement au bien public (a), et M. Raimbault düt lui succéder à la Pointe-aux-Trembles, le 1:r octobre 1805. L'Evèque, par cet arrangement, se flattait d’avoir

(a) M. Girouard était depuis quinze ans curé de la Pointe-aux-Trembles. Ce digne prêtre, ce fondateur de deux maisons de haute éducation, est mort, à Varennes, en 1832.

auprès de lui ce vertueux prêtre dont il appréciait hautement la sagesse et la prudence, et qu'il se proposait de mettre souvent à contribution.

Nous renonçons à parler du départ du digne curé, de sa paroisse de l’Ange-Gardien. Les liens étroits qui l’unissaient à ses chers paroissiens ne furent pas rompus sans douleur. Et ceux qui connaissent l'attachement que, de tout temps, les bons paroissiens de l’Ange-Gardien ont témoigné à leurs pasteurs, comprendront facilement notre réserve.

Dans sa nouvelle paroisse, M. l’abbé Raimbault fit le bien d’une manière solide et durable, comme le font les ministres des saints autels, remplis de l'esprit de leur état. Ses paroissiens éprouvèrent bientôt les effets de sa charité, et, lorsqu'il en partit, 1l en emporta les regrets vifs et profonds, quoiqu'il n’eùt été qu'environ un an au milieu d'eux.

M. l'abbé Raimbaull avait des connaissances solides en droit canonique, en histoire, et paraissait fort versé dans les études philosophiques, comme aussi dans les sciences mathématiques et autres. Evidemment, son savoir et ses hautes capacités faisaient regretter aux amis des lettres que sa mauvaise santé ne lui permit pas de donner son concours aux maisons de haute éducation, selon les vues des Supérieurs Ecclésiastiques et les goûts de ce sujet précieux. Ces vœux, cependant, ne devaient pas tarder à se réaliser.

Au mois d'octobre 1805, Mgr. Denaut érigea en collège eu petit séminaire l’école fondée à Nicolet, par M. Brassard, ancien curé de cette paroisse (a). Sa Grandeur nomma M.

(a) La famille Brassard, originaire de Candoue, dans l’ancienne province du Poitou, en France, a fourni, dans le siècle dernier, comme dans celui-ci, plusieurs ouvriers à l'Eglise du Canada. M.Ls.-Marie Brassard, dont il s’agit ici, naquit en décembre 1725, à Québec. Il était fils de Sr. J.-Bte. Brassard et de Dame Me. Hupé-Lagroix. Ayant terminé son cours classique au Séminaire de Québec, en 1747, M. Brassard y continua ses cours de théologie, fut ordonné prêtre le 21 décembre 1749, par Mgr. de Pontbriand, et fut envoyé à Charlesbourg, en qualité de vicaire, auprès de M. Morisseau, qu’il aida pendant près d’un an (Régistre de Charlesbourg.) Nous lisons quelque part qu’il passa près de deux années aux missions du Cap-Breton, où il recueillit de nouveaux

Alexis Durocher, alors curé de cette même paroisse, pour en être le Supérieur, et M. l'isbé Roupe pour en diriger les

mérites; mais nous croyons qu’il s’agit plutôt de M. Frs.-Xavier Brassard, prêtre, ordonné en 1744, qui fut curé de Saint-Michel, etc., etc. Quoiqu'il en soit, au ler octobre 1750, M. Ls.-M. Brassard fut chargé de la desserte des paroisses de Saint-Jean-Baptiste de Nicolet, et de Saint-Antoine de la Baïe du Fèbvre. Ce ne fut que plus de trente-cinq ans après qu’il fut déchargé du soin de cette dernière paroisse, ayant à donner ses services aux familles qui déjà formaient un établissement assez considérable entre Bécancour et Nicolet, et que les Supérieurs érigèrent plus tard en paroisse sous le vocable de Saint- Grégoire.

Vers la fin de l’année 1793, M. Al. Durocher fut envoyé auprès de lui, en qualité de vicaire, d’abord, et, dans la suite, il lui continua ses services sous le titre de curé d’offce.

M. Brassard mourut des suites de ses infirmités, dans sa maison privée, à Nicolet, le 27 décembre 1800; et, le 29, il fut inhumé dans le sanctuaire de l'église paroissiale, au côté de l’Evangile.

M. le curé Brassard a occupé la partie du vieux collége la plus rapprochée de l’église paroissiale, le bout nord. Ayant acheté une terre de trois ou quatre arpents de front sur quarante de profondeur, sur la rive N. E. de la rivière Nicolet, il en avait donné une partie à la fabrique, en échange de la terre sur laquelle était construite l’ancienne église. M. Brassard était, depuis quelques années, attaqué d’une paralysie qui le minait tellement qu’en 1794, il ne pouvait plus marcher, ni même manger seul.

Par son testament, en date du 27 janvier 1787, M. Brassard donnait sa maison et les biens qui en dépendaïent pour faire une école paroissiale, mais qui serait sous les auspices et même sous le contrôle de Mgr. l’Evêque de Québec. Ce testament n’ayant pas été trouvé valable, ses biens revenaient de droit à un frère de M. le curé Brassard. Ce parent, pour se conformer aux louables intentions du respectable défunt, voulut lui-même faire de nouveaux titres de donation, de cession, etc. à Mgr. Denaut. Cet établissement s’étant trouvé enveloppé dans la succession de l’Evêque de Québec, fut racheté par son successeur. (C’est cette école qui, sous la protection spéciale, par la munificence de Mgr. Plessis et par la coopération de deux de ses successeurs, a toujours grandi et a pris un rang si distingué parmi les hautes institutions du pays, sous le titre de Collége de Nicolet.

Outre le frère aîné de M. le curé Brassard, que nous avons mentionné, comme ayant servi l'Eglise en qualité de prêtre, nous devons citer deux de ses sœurs qui entrèrent au monastère des Ursulines de Québec. L’une, Dile Charlotte Brassard, prit en religion le nom de Sainte-Claire. L’autre, Dlle Me.-Anne, en religion Sainte-Madelaine, fit son entrée chez les Dames Ursulines en décembre 1755. Elle mourut en 1815, âgée de 80 ans, dont 59 passés au monastère et consacrés presque tous à l’enseignement.

Tout le monde sait que trois prêtres de ce nom et de cette famille contribuent à faire l’ornement du clergé de Montréal. L’aîné, M. Moyse Brassard,

études (a). Ce dernier n'était alors que sous-diacre ; cependant il fut bientôt vrdonné prêtre et continué dans cet em- ploi pour lequel il avait bien toutes les aptitudes, mais que sa faible complexion l’obligea d'abandonner quelque temps après.

Monse'gneur Denaut étant mort à Longueuil, le {7 janvier 1806, eut pour successeur immédiat, au siége épiscopal de Québec, Mgr. Jos.-Oct. Plessis. Dès son installation au siége pontifical, le grand prélat songea à visiter Nicolet, et à y effectuer des arrangements qui devaient donner plus d’étendue et plus de stabilité à l'établissement qui était ouvert à la jeunesse canadienne. S'y étant rendu, dès le mois de mars suivant, le prélat célébra les saints mystères dans l’église paroissiale, et donna au peuple recueilli une instruction sur les avantages de l'éducation religieuse. Les élèves de cette maison, et les fidèles présents à cette cérémonie, recueillirent avec intérêt et piété les avis et les conseils du Supérieur Ecclésiastique, conseils auxquels son accent pénétré et son ton paternel ajoutaient une nouvelle force.

Peu après, pour donner plus de relief à l'établissement,

aujourd’hui curé de Saint-Roch de l’Achigan, a été pendant plusieurs années procureur au Collége de Nicolet. M. Léandre Brassard, curé de Saint-Paul de Lavaltrie, a trouvé, comme son frère aîné, dans son patriotisme et son désintéressement, d’amples ressources au profit des colons. Et’ M. Th. Brassard, curé de Saint-Michel de Vaudreuil, a toujours montré un zèle effectif pour le soutien de la cause de l’éducation.

(a) M. J.-Bte. Roupe, né à Montréal, ordonné prêtre le 27 janvier 1805, fut le premier directeur du Collége de Nicolet. Il en avait rempli les fonctions, n'étant que sous-diacre. Il passa peu après au vicariat de Varennes, puis alla ensuite exercer les mêmes fonetions pendant trois ou quatre ans à Saint- Régis. Ce vertueux ecclésiastique obtint bientôt la permission de s’agréger au Séminaire de Montréal. Au collége, ce prêtre, toujours si laborieux, faisait une classe aux élèves, la conférence aux ecclésiastiques de la maison, préchait chaque dimanche dans la chapelle après la récitation de l’office de la Sainte Vierge, et souvent à l’église paroissiale. Il y confessait beaucoup de personnes et y chantait la grand’messe chaque second dimanche. Aussi, y fut-il beaucoup regretté lorsque sa mauvaise santé l’obligea de quitter ce poste pour se livrer au ministère paroissial. M. l’abbé Roupe est mort, à Montréal, le 4 septembre 1854. :

l'Evèque voulut d’abord en augmenter le personnel, puis en élever le niveau des études afin d'imprimer à toutes choses un nouvel essor. Le judicieux prélat, pour réaliser ses vues, crut devoir s'assurer le concours de M. l'abbé Raimbault, parce qu'il trouvait réunies en ce digne ecclésiastique les aptitudes et les éminentes qualités qu'exigeait cet important objet Cette belle intelligence mise au service de cette maison offrait les meilleures garanties de prospérité et de stabilité. Aussi les succès de cette grande institution ne tardèrent pas à justitier les prévisions du pontife.

Monseigneur l’Evèque de Québec ne devait pas laisser plus longtemps inutiles à la cause publique les capacités éminentes de M. l'abbé Raimbault. Dans les divers postes qu'il avait desservis, 1l avait fait preuve de talents remarquables et d'une science exacte, toujours relevée par des formes brillantes. Il était partout reconnu pour un homme du premier mérite qui joignait à une grande fermeté beaucoup de douceur, et, à une habitude consommée des affaires, un esprit de conciliation qui ne pouvait manquer de lui assurer dans son nouveau poste la grande autorité qui lui était nécessaire.

En septembre 1806, M. Raimbault fut donc nommé curé de Nicolet. Il laissait la Pointe-aux-Trembles, qu'il n'avait pas desservie pendant une année entière, pour aller remplacer, à Saint-Jean-Baptiste de Nicolet, M. Alexis Durocher (a),

(1) M. Alexis Durocher, premier supérieur du collége de Nicolet, naquit à Saint-Pierre du Portage (L’Assomption), le 31 mai1767. Son père, Sieur J.-

B. Durocher, était marchand, et fut, dit-on, assez heureux dans les affaires. Il fit ses humanités sous M. Curateau, à la Longae-Pointe, puis à Montréal, +

qui devait lui succéder à la Pointe-aux-Trembles. La Providence enlevait l'abbé Raimbault à l'affection d’une paroisse, pour qu’il allât faire Le bonheur d’une autre, où ses aimables qualités ne pouvaient que rendre son ministère très-efficace. Elle lui fournissait, en outre, l'occasion de rendre d’incalculables services à la cause de l'éducation. Enfin, un autre ordre d'événements paisibles s’ouvrait devant lui. Il sut en mesurer l'étendue du premier coup d'œil et se maintenir à la hauteur des circonstances.

Nommé Supérieur et Procureur du Collége de Nicolet, dès son arrivée en cette paroisse, cette institution devint bientôt florissante sous son administration si fructueuse, et

et alla, pour ses cours de philosophie et de théologie, étudier au séminaire de Québec, en 1788.

M. l’abbé Durocher fut ordonné Drate, le 9 avril 1791.

Après son ordination, ses services ayant été requis au séminaire de Québec, M. Durocher était chargé de dire la messe conventuelle, chez les Dames Ursulines ; et, sur la fin de l’année 1793, Mgr. Hubert l’envoya comme vicaire auprès de M. le curé de Nicolet, M. Louis-Marie Brassard, devenu paralytique.

Depuis quelques années déjà, M. le curé de Nicolet faisait le service religieux dans l’église paroissiale actuelle.

M. Brassard, archiprêtre, curé de Saint-Jean-Baptiste de Nicolet, bite sa propre maison. C'était la partie du vieux collége qui s'étend depuis la porte d’entrée jusqu’à l’extrémité nord de l’édifice, simple corps de logis, solide, mais modeste, en pierre, et qui mesurait 50 pieds sur 30. C’est en 1807, par les soins de Mgr. Plessis, que cet édifice fut allongé et plus convenablement approprié à sa destination.

Les infirmités qui minaient le vieux curé, et les incommodités qui en sont la suite, l’obligèrent, au commencement de l’année 1799, de se démettre de son bénéfice; alors M. l’abbé Durocher commença à y exercer les fonctions curiales ; mais ce ne fut qu’en 1801, qu’il fut nommé curé titulaire de Nicolet, car, jusque là, l’évêque de Québec, Mgr. Denaut, avait en vue d’effectuer des arrangements qu’il ne put compléter, toutefois, que bien plus tard.

M. Durocher avait été témoin du zèle et du dévouement de M. Brassard pour l’éducation des enfants de ses chers paroissiens de Nicolet. Il avait été contristé de voir qu’après son décès, ses intentions bienveillantes avaient été sur le point d’être frustrées ; aussi, avait-il dirigé les choses prudemment sous les auspices de l’évêque qu’il informait régulièrement de la disposition des esprits. Le testament du bon curé n’était pas fait en tout point selon les exigences de la loi. Un arrangement fut conclu avec M. Pierre Brassard, frère du curé, et son héritier naturel.

Grâces à l’activité de M. Durocher, l’établissement fut maintenu, les héritiers se montrèrent pleins de libéralité et de bonne foi. Ce fut alors qu’on y donna des cours classiques réguliers et que s’y commença l’enseignement du latin ; enfin, la maison reçut une nouvelle organisation et prit un nouvel essor, Toute sa vie, M. Durocher se montra fort sensible à ce déplacement auquel il ne s'était pas attendu. Il s’était beaucoup intéressé à la fondation et au développement de l’école paroissiale faite par son vénérable fondateur.

L’évêque de Québec l’avait nommé Supérieur ‘du collége, dès 1803. M. Durocher mourut à la Pointe-aux-Trembles, le 30 juin 1835, à 68 ans.

si remarquable par l’activité et la persévérance qu'ii déploya dans la charge de Supérieur. En effet, M. Raimbault est devenu une des gloires de notre pays par les divers talents dont il a fait preuve dans le poste qui lui avait été confié, et par le grand nombre d'hommes distingués que ce savant a vu sortir de cet établissement auquel il se voua sans réserve.

Il s’attacha, de bonne heure, à former les jeunes gens aux connaissances et aux vertus du ministère ecclésiastique. Pendant plus de trente ans, il vit se succéder dans cette maison un grand nombre de sujets qui lui conservèrent toujours le plus profond respect et le plus religieux attachement. Comme procureur, sa tâche était plus laborieuse. Il lui fallait pourvoir à tout, avec prudence et avec ménagement, consulter les goûts des individus, ne pas blesser les susceptibilités et se conformer aux vœux des administrateurs de la maison. Tout était à faire, à créer; il n'y avait alors ni organisation à maintenir, ni système arrêté. Les moyens pécuniaires faisaient défaut ; on ne comptait ni ressources puissantes, ni appui.considérable. Le procureur ne pouvait procéder, établir, organiser, qu'avec hésitation, au hasard, qu'après des tâätonnements inévitables, et presque toujours isolément, et encore avec une parcimonie déplorable, mais imposée par les circonstances. Combiner patiemment, améliorer sans cesse, c’est là, il faut en convenir, un grand mérite. M. Raimbault fut au niveau de ce devoir, quoiqu'il fût encore peu familier avec les habitudes et les usages des populations agricoles, et malgré que les moyens de communication fussent assez difficiles, 11 y a quarante ou cinquante ans. Ceux qui lui ont succédé à cette charge, à laquelle il avait eté pendant plus de vingt ans attaché, ont été heureux de profiter de ses indications et de ses données.

M. Raimbault, malgré ses nombreux devoirs, desservit sa paroisse avec une piété toujours soutenue, se distinguant par cet esprit d'ordre et de régularité qu'il avait partout mis

en honneur. Prédicateur onctueux et persuasif, il eut bientôt conquis l'estime et l'affection de ses ouailles. Sa cordialité franche lui acquit en peu de temps une juste influence; et les anciens paroissiens de Nicolet rappellent encore avec plaisir les rapports qu’ils ont eus avec cet excellent pasteur. Nous regrettons de ne pouvoir suivre dans leurs détails les renseignements que nous avons eus sur sa sagesse dans l'administration des paroisses.

Il y avait environ trois ans que M. Raimbault était à Nicolet lorsque M. Joseph-Onésime Leprohon fut envoyé comme régent du Collége. Bientôt M. le Supérieur se lia d'amitié avec ce vertueux ecclésiastique, et le er octobre 1816, il le vit placer auprès de lui comme directeur du Collége de Nicolet, remplaçant en cette capacité M. L. Archambault, le même qui, plus tard, fut curé de Saint-Michel de Vaudreuil (a).

Né à Montréal, le 6 février 1789, et élevé au collége de cette ville sous les auspices des MM. de Saint-Sulpice, M.

(a) M. Paul-Loup Archambault, né à Saint-Joseph de la Rivière des Prairies, au diocèse de Montréal, le 27 septembre 1787, étudia au Séminaire de Montréal. Il avait d’abord été envoyé (en 1809) au Collége de Nicolet pour y enseigner les humanités. Il y revint ensuite en 1813 en qualité de Directeur; M. Archambault fut ordonné prêtre en octobre 1812, et dirigea la maison de Nicolet jusqu’au mois de septembre 1816, qu’il fut nommé curé de Saint-Michel de Vaudreuil, où il s’est constamment distingué par la pratique des plus rares vertus. En 1841, Monseigneur l’Evêque de Montréal, appréciant la douceur, le zèle, la piété et les autres vertus sacerdotales qui relevaient le beau caractère de M. Archambault, lui donna des lettres de Vicaire-Général avec le titre * de Chanoïine-Honoraire de la Cathédrale de Montréal. Ce digne ot pieux prêtre mourut à Vaudreuil, samedi, 20 février 1858. Qu'il nous soit permis d’ajouter ici quelques lignes qui nous furent adressées au moment de sa moft. ‘ Le curé de Vaudreuil m’a toujours paru fort aimable, plein de douceur et de piété. Doué d’une franchise qui allait presque à la belle naïveté, d’un cœur compatissant, d’un esprit de sacrifices qui ne connut pas de bornes, comme l’attestent ses fondations, il était bon confrère, bon ami, bon concitoyen et qui plus est, le vrai bienfaiteur des pauvres. Est-il étonnant que de pareils hommes, si richement doués, soient aimés do tous pendant leur vie et qu’ils emportent les regrets de toute une population en mourant..."

Leprohon avait été ordonné prêtre au mois de février 1814 (a).

On sait les services qu'il a rendus à la maison de Nicolet pendant plus de vingt-cinq ans qu'il la dirigea. Il mourut au presbytère de Nicolet, le 19 mai 1844, ayant succédé à M. Raimbault comme curé de cette paroisse. Humble, mais dévoué, pieux et prudent, lui seul ne se doutait pas de son mérite transcendant. Plein de douceur et de modestie, al joignait le caractère le plus aimable aux connaissances les plus étendues. Ses occupations constantes auprès des sujets de la maison ne lui firent jamais oublier ses devoirs, ni l'esprit de son état. Il a fini ses jours dans les sentiments de la piété qui l’a toujours animé, après avoir préparé au ministère des autels un grand nombre de saints prêtres qui chérissent le souvenir de ce vertueux directeur. Nul mieux que lui n’a réussi à se concilier la confiance de ses supérieurs, l'affection de ses confrères et le respect des fidèles.

C'est à l'éducation de la jeunesse que ces deux prêtres consacraient leurs talents, leurs forces et leur savoir; et le public sait qu’ils ont dignement rempli leur mission. Tous deux ont donné à la noble cause de l'instruction et de l'éducation des gages que nul ne saurait méconnaître.

Malgré les travaux de tous genres auxquels M. Raimbault se livrait, ce digne ecclésiastique ne négligeait en rien le petit Séminaire auquel il était fort attaché; et quoiqu'il le dirigeñt avec une affection toute paternelle, il ne lui fit pas oublier ce qu’il devait à sa paroisse. )

(a) M. Joseph-Onésime Leprohon avait été professeur au Collége de Nicolet en 1809. Ordonné prêtre en 1814, il fut quelque temps vicaire à Deschambault. Depuis le mois de janvier 1816 jusqu’au mois de septembre de la même année, il avait desservi la paroisse de Saïint-Mathieu de Belœil. Il avait dirigé ce collége pendant vingt-cinq ans, lorsqu’en 1841 il prit l’administration de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste de Nicolet, où il mourut en odeur de vertu. On ne pouvait pas donner un plus digne successeur à M. Raimbault.

Simple dans ses mœurs, dans ses goûts, dans son ameublement et dans tout ce qui se rattachait à sa personne, M. Pabbé Raimbault trouvait le moyen d'aider à soutenir le collége, à en améliorer les constructions dépendantes. Les travaux que sa générosité a soutenus sont innombrables. Mais, nous devons dire aussi qu’il eut souvent recours à la bourse de ses amis. |

M. l'abbé Raimbault s’intéressait vivement aux jeunes talents. Il s’occupait néanmoins plus spécialement des aspirants au sacerdoce, et, à plusieurs, il a rendu des services signalés. Il encouragea les vocations et de ses conseils et de ses revenus ; car toute sa vie il surveilla ses dépenses avec la plus stricte économie. C’est cette économie sévère qui donnait à ce respectable prêtre le moyen de contribuer si largement à l'embellissement de la maison du Seigneur, et qui lui permettait d'ouvrir sa bourse à toutes les bonnes œuvres de ce genre.

Nous nous garderons bien de passer sous silence les - services que M. Raimbault a rendus comme missionnaire des cantons du Sud. Si nous nous rendions coupables de cet oubli, les habitants de ces importantes et populeuses localités nous reprocheraient bien légitimement de méconnaître les services du premier missionnaire de Drummondville, au canton de Grantham, où le colonel Herriot vint déployer sa tente en 4815, et que M. Raimbault alla visiter peu après, sur l’ordre de l'Evêque de Québec, et à la demande du chef de cette colonie naissante. Pendant cinq années consécutives, M. Raimbault y continua ses visites comme missionnaire, se rendant avec ponctualité, à la fin de l’été et chaque hiver, dans ces cantons.

Toujours recueilli, patient et généreux, ce bon prêtre se faisait tout à tous pour faciliter à ses chères ouailles l’exercice des devoirs religieux. Il revenait toujours de cette excursion avec la joie sur le visage et avec le désir de faire davantage pour ces courageux colons. « Je suis bien,

malgré mes fatigues, disait-il dans ses laborieuses journées, un peu de sommeil sous le chaume me remet.» On a bien eu raison de dire: « Securos prœbet casa somnos.» Certes, la vie du missionnaire, si elle a ses consolations et ses dédommagements pour le soldat de Jésus-Christ, est, il faut l'avouer, toute hérissée de soucis, de tribulations et de labeurs. Et, surtout à l’époque où ce digne ecclésiastique parcourait ces nouveaux établissements, la visite en était extrèmement fatigante et pénible au suprême degré pour le missionnaire.

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