VIT
Muni des lettres les plus flatteuses, appuyé de recommandations nombreuses et puissantes, M. l’abbé Raïmbault quitta Londres le 12 mai 1795, pour s’embarquer à Portsmouth. Ilne put néanmoins partir que le premier juin, el n’arriva à Québec que le six juillet. Dans la traversée, qui fut assez pénible, le jeune abbé fut traité avec beaucoup d’égards. Toute sa vie, il a conservé un touchant souvenir de M. Morrogh, de sa libéralité et des bontés dont il avait été l’objet de sa part.
M. l'abbé Desjardins (Louis-Joseph) arrivé en Canada l’année précédente (a), alors vicaire de la paroisse de Notre- Dame de Québec, l’alla visiter à bord du vaisseau anglais, dès qu'il eût appris qu’un ecclésiastique français était au nombre de ses passagers.
Un jeune étudiant au Séminaire de Québec, M. Louis Ranvoyzé, plus tard notaire à Sainte-Anne de Beaupré, l’accompagnait. M. Raimbault crut voir en lui un jeune militaire. Son costume, l'antique capot bleu, lui plut parce qu'il était modeste et décent ; plus tard, il l'honora singulièrement cet habit, soit en le faisant respecter aux élèves du Séminaire de Nicolet, soit en le fournissant de sa bourse à plusieurs d'entre eux, trop pauvres pour se le procurer ou pour le renouveler à temps.
M. l'abbé Raimbault fut conduit au séminaire de Québec. Il fut reçu daus cette vénérable maison avec le respect dû au
(a) Né à Mesens, département du Loiret ; décédé à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 21 soût 1548, à l'âge de 63 ans ot quelques mois. 13 avait pois de 09 ons
dévouement. On lui eût bientôt fait oublier l’ancienne France, s’il lui eût été possible d'oublier sa patrie.
À Québee, les esprits et les cœurs étaient péniblement affectés en apprenant que les rigueurs et les mauvais traitements que l’on faisait endurer, en France, aux prêtres du Seigneur, ne se ralentissaient pas. On tâchait de consoler ces illustres proscrits du chagrin profond qu'ils éprouvaient naturellement, eux qui avaient connu l'aisance et les douceurs de Ja société, et qui se trouvaient exilés sur un autre continent, dans le dénûment le plus absolu, loin de leurs parents, de leurs amis et de leur troupeau ou perverti ou égaré. Tous ceshommes sensibles et généreux étaient affligés d’avoir à déplorer en même temps la perte de leur roi et les crimes de leur patrie.
M. l'abbé Raimbault raconta les malheurs et les calamilés de l'Eglise gallicane, les abaissements de sa patrie, les infortunes des familles puissantes et ses propres afflictions. D'autres vieux prêtres, bannis ou persécutés, en haine de la foi, l'entouraient et le pressaient de questions. Les confidences provoquèrent les confidences. L’émotion, bien des fois, alla jusqu'à l’attendrissement et jusqu'aux larmes. Les prêtres, groupés autour de lui, écoutaient avidement le jeune lévite racontant les combats, les luttes des enfants de l'Eglise, la honte que subit la France livrée aux utopistes et dirigée par les élèves de Rousseau, et des autres bateleurs du siècle qu'on a appelés philosophes. La pensée s’arrête avec effroi sur les scènes dégoütantes des anarchistes, sur les trames odieuses des impies, sur la conduite atroce des brigands impurs, des scélérats attroupés qui, sous le nom de patriotes, dirigeaient et activaient le pillage, le meurtre et l'iniquité, et qui répandaient partout la terreur à la lueur des büchers. Le jeune abbé leur apprit et leur rappela les actes de ces charlatans, de ces dissertateurs chimeriques et insolents, qui ont légue à la postérité le souvenir de leurs révoltants excès et des ignokles complots
auxquels ils s'étaient associés, de ces prétendus réformateurs, couverts de crimes et de sang, qui avaient assumé sans pudeur et par violence la direction des affaires de PEtat.
On écoutait ces récits avec d’autant plus d'intérêt que les journaux européens ne pénétraient pas dans notre colonie à cette époque, et que ceux qui y étaient publiés avaient pour consigne de ne reproduire que peu de ces matières propres à intéresser les descendants des Français et des cœurs catholiques.
M. Desjardins avait connu M. l'abbé Raimbault à Orléans et à Beaujency, jolie petite ville, située au fond d’un vallon qui borde la Loire, où, avec ses amis, M. Raimbault avait été à diverses reprises visiter les antiquités, entre autres la tour de Beaujency, le grand pont et les autres merveilles que les curieux revoient encore avec intérêt. Il l'avait dans une autre occasion interrogé publiquement. C'était à un des examens annuels au collége d'Orléans ; aussi le reconnut-il dès son arrivée à Québec, et se hàta-1-il de l’introduire à l’Evêque Diocésain, Menseigneur Hubert, et au clergé de la ville. Ille présenta avec empressement à Monseigneur Pierre Denaut, Evêque de Canathe, qui faisait sa résidence ordinaire . à Longueuil, mais qui, en ce moment, arrivait à Québec pour y prêter le serment d'office comme coadjuteur de l'Evêque. Cet illustre prélat honora l'abbé Raimbault de la confiance la plus entière. Il respectait en lui l'étranger, le perséeuté par la haine des ennemis du Christ, l'homme dévoué qui avait souffert pour conserver la pureté de la foi. De son côté, le jeune abbé se montra digne de la cause qu'il avait si généreusement embrassée.
Cependant, cet homme dévoué n'avait pas souffert les rigueurs de l'exil et les tribulations de toutes sortes auxquelles il avait été exposé pour consenlir à rester oisif sur la terre étrangère. 11 désirait quelque emploi. Toujours modeste, il attendit l'heure avec patience ; et, toujours
réservé, il se montra néanmoins constamment prêt à l’action. Les convulsions politiques de son pays n'avaient pas pu le détourner de sa vocation au sacerdoce; malgré les dangers continuels, il y fut toujours fidèle. Aussi que de dédommagements l’attendaient !......…..
Monseigneur l'Evèque de Canathe emmena M. Raimbault à Longueuil, afin de le préparer aux saints ordres. Il le reçut pour hôte à sa table et sous son toit. Il avait une haute idée de sa vertu ; aussi, ce jeune abbé vivait-il de la manière la plus édifiante. * D'ailleurs, M. Raimbault s’acquit bientôt l'estime générale par ses lumières, par ses talents, et surtout par sa grande modestie, remarquable en toute occasion. Pensif, mélancolique, ou plutôt recueilli, il aimait le silence et ne pouvait se lasser de remercier le ciel de toutes les faveurs dont il avait été l'objet.
Le 19 juillet 1795, M. l'abbé Raimbault reçut les ordres mineurs et le sous-diaconat dans l’église paroissiale de Longueuil ; et, sur l’avis des Supérieurs, il continua, dans la retraite, à se préparer aux autres ordres.
Le 25 du même mois, M. Raimbault fut fait diacre, et, le lendemain, il fut élevé à la dignité du sacerdoce. C'était le jour où l’église célèbre la fête de sainte Anne, pour laquelle il eut toujours une singulière dévotion.
Quelles suaves émotions düt éprouver, en ce jour solennel, ce prêtre fervent, généreux et persévérant, lorsqu'il reçut les dons de Dieu avec l'imposition des mains du Pontife ! Quels doux sentiments durent agiter son cœur tout pénétré de la grandeur du sacerdoce! II comprenait son bonbeur et sa gloire en devenant le ministre de celui à qui appartient le ciel des cieux. (Ps. 113. v. 25.) Tantôt il appelle les plus amples bénédictions du Seigneur sur les œuvres qu'il va entreprendre, tantôt il remercie Dieu qui l'a retiré des tribulations, et qui a mis fin à ses épreuves, le priant d'étre son protecteur et son refuge. (Ps. 4. v. 1.) Que de fois, dans la ferveur de son âme, i renouvelle les protestations de persévérer
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