ALCOOL
Au moment où je priais M. Courchet de me guider dans le choix d’un sujet de thèse, une Commission venait de se réunir, en Algérie, pour déterminer le rendement en alcool que pourrait fournir l'Asphodèle, qui abonde dans cette région sur le littoral ; mais, pour des mouûfs divers, cette Commission ne crul pas devoir poursuivre ses investigations, et la question étant demeurée ainsi sans solution, M. Courchet me proposa d'en faire le sujet de mon travail.
Je consullai tout d’abord les ouvrages qui avaient traité de l'Asphodèle à ce point de vue, et le seul article important que nous avons rencontré à cet égard est une note de Chevalher «sur les tubereules d'Asphodèle et leur emploi», dont je cite in-ertenso le passage qui concerne le rendement en alcool:
«De l'emploi de lAsphodèle pour obtenir de l'alcool (1). — La fabrication de l'alcool avec de l’Asphodèle à été mise en pratique dans diverses localités. M. Desplat, préparateur du cours de physique et de chimie au lycée St-Louis, qui avait reçu de M. Forcili 100 grammes de tubercules d’Asphodèle de Corse dite talabello, en avait retiré un litre d'alcool à 30° de Cartier. M. Leret, qui a expérimenté sur cette racine qu'il désigne sous le nom de tabello, dit avoir obtenu de l’eau-devie à 18° dans la proportion de 5 à 10 0/0.
«M. Laurens, pharmacien-chimiste à Marseille, qui a expé-
(1) Note sur les tubercules d’Asphodèle et sur leur emploi, par M. A. Chevallier fils. Journal de chimie, de pharmacie et de toxicologie. (T. I, 4 série, 1855).
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rimenté sur l’Asphodèle, dit que 100 kilogrammes d'Asphodèle, d’après ses expériences, donnèrent 6 litres 08 d’alcool absolu, soit 7 litres 12 d'alcool à 85°. Mon père, qui a expérimenté sur les mêmes lubereules, ne porte qu'à 4 litres d'alcool
-“bsolu la quantité de ce liquide fourni par 100 kilogrammes
d’Asphodèle.
«M. Régnard, qui a eu occasion d'employer de l'Asphodele pour la fabrication de l’alcool dans le département du Cher, a obtenu en moyenne 7 à 8 litres à 86° par 100 kilogrammes de racines sèches.
«M. Clerget, qui à fait des essais sur l'extraction de l'alcool de l’Asphodèle, à constaté que ses lubercules frais ont donné S1 0/0 de jus, qui, traité par 2 0/0 de levure, à fourni par la distillation 8 0/0 d'alcool en volume. Par l'emploi de la cosselte, le même auteur n'a obtenu que 5 litres d’alcooi absolu
pour 25 kilogrammes de cossettes, représentant 100 kilo-
grammes de lubercules. M. Clergel à aussi vu qu'on pouvait substituer à la levure de bière la vinasse produit de la distillalion (méthode Champonnois).
«Des renseignements que nous avons obtenus du département de l'Hérault contiennent la descripüion du mode de faire des distillateurs de cette contrée, qui retirent l'alcool de lAsphodèle. Ils broient les tubercules à l’aide d'une meule de moulin à huile; lorsque la masse est amenée à l’état de pâte, ils la mettent dans des cabas et ils la portent à la presse pour en obtenir le jus ; ce jus ainsi obtenu, ils le font fermenter en le portant à une tempéralure de 30° et en y ajoutant 1 kilogr. et demi ou 2 kilogrammes de levure de bière pour 700 litres de jus ; le troisième jour, il faut surveiller la fermentalion, car si la fermentation était dépassée, il y aurait perte d’alcool.
«La fermentation étant terminée, on procède à la distilla-
tion comme on le fait pour le vin. La pâle qui est retirée: des
ee cabas subit une seconde opération de fermentation : le produit qui provient de ce dernier travail est remis dans l'appareil distillatoire dont on se sert pour fabriquer le 3/6 de marc de raisin.
«Nous savons que dans le département de l’Héraull, à: Frontignan, M. Combes s'est occupé de l'extraction de l’alcool de l'Asphodèle ; à Villeveyrac, M. Guerre. Il y à aussi des fabriques de ce genre à Poussan et à Vernet (Hérault) (1).
«On s'occupe de l'extraction de l'alcool d’Asphodèle à Palerme, à Poitiers (Vienne) et dans le Cher».
Nous avons également trouvé dans le Dictionnaire des sciences de Privat, Deschanel el Focillon (2) les renseignements suivants : «un hectare moyennement garni d’Asphodèle peut donner de 25 à 30.000 kilogrammes de tubercules représentant 20 à 25 hectolitres d'alcool, ce qui correspondrait à 8 litres d'alcool par 100 kilogrammes».
Nous avons vainement essayé de nous procurer des documents nouveaux à l'appui des lignes qu'on vient de lire; nous n'en avons trouvé nulle part.
Nous avons étudié tout d’abord (ce qui n'avait pas été fait Jusqu'ici) le pouvoir réducteur et le pouvoir rotatoire de la matière sucrée contenue dans ces tubercules, el nos expériences ont successivement porté sur les lubereules récoltés en Algérie, en Corse et dans l'Hérault, au mois de février, avant que la plante entre en végétation. Nous avons opéré de la facon suivante :
(1) La Société d'encouragement a reçu des bulbes d'Asphodèle de cette localité : les unes récoltées prés de l'étang de Thau et sur la plage qui est entre l'étang de Thau et la mer Méditerranée, les autres récoltées dans les garrigues de Loupian, de Villeveyrac ; l’'Asphodèle des garrigues de Loupian est plus rouge que celui de Villeveyrac.
(2) Loc. cit., article Asphodèle,
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{ kilogramme de lubercules d'Asphodèle, préalablement nelloyés et débarrassés du sable et de matières terreuses qui y adhéraient, a élé râpé et soumis à la presse. Il nous a fourni un suc Jaunâtre, onctueux au toucher, que nous avons recueilli, après filtration, dans une éprouvette graduée, et nous en avons déterminé la densité.
1 kilogramme de tubercules nous à donné: