‹ Etude Chimique De L'Acide TartriqueChapitre 7 sur 11 · SYNTHÈSES DE L'ACIDE TARTRIQUE · texte numérisé non relu

SYNTHÈSES DE L'ACIDE TARTRIQUE

1° Æn partant de l'acide succinique — MM. Perkin et Duppa sont parvenus à préparer l'acide tartrique synthétiquement au moyen de l’acide bibromosuccinique.

On chauffe dans des tubes scellés à la lampe, à 180 degrés, 12 parties d'acide suecinique, 33 parties de brome et 11 parties d'eau. Après la réaction, toute la masse s’est transformée en petits cristaux grisâtres. Quand on ouvre les tubes, il s’en échappe des torrents d'acide bromhydrique. On purifie le produit, en le lavant à l'eau, dans le tube même, en ouvrant du côté du tube en pointe eflilée, de manière qu’il forme une espèce d’entonnoir. Le produit lavé est ensuite dissous dans l’eau bouillante et traité par le charbon animal. Par le refroidissement, on obtient de grands cristaux très-blancs d'acide bibromosuccinique. Les eaux mères en donnent dè nouveau par l’évaporation lente ou par le refroidissement des liquides concentrés à chaud.

Une fois cet acide obtenu, il est facile d'obtenir le bibromosuccinate d'argent. Une ébullition peu prolongée dans l’eau a suffi pour décomposer ce sel, et il s'est formé du bromure d'argent et un acide ayant ponr formule CfH$0", en un mot de l'acide tartrique. On filtre la solution et on précipite par l'hydrogène sulfuré; on filtre de nouveau et l’on évapore pour chasser l'excès de réactif, on neutralise ensuite au moyen de l’ammoniaque, on chasse l'excès d'ammoniaque par évaporation et on précipite par le chlorure de baryum.

Le tartrate de baryte ainsi obtenu est décomposé paï l'acide sulfurique, on n’a ensuite qu'à évaporer la solution et on obtient des cristaux d'acide tartrique. Cet acide tartrique n’a aucune acuon sur la lumière polarisée, et, de l'avis de à. Pasteur, ce n'est

ARTE = pas de l’acide tartrique ordinaire, mais bien de l'acide paratar trique.

2 En partant du gaz oléfiant. — C'est à M. Jungfleisch que nous devons cette admirable synthèse; je vais donc le suivre pas à pas dans les différentes phases de son travail. Î n’a pas mis en œuvre moins de 3800 grammes de bibromure d’éthylène parfaitement pur, qu’il a transformé par portion de 300 grammes en dicyanure d’éthylène, au moyen du cyanure de potassium. Il à ensuite changé ce cyanure en acide succinique, d’après la méthode de Maxwell Simpson.

Après la séparation du bromure de potassium formé, le produit d’une première opération ayant été traité par la potasse, la réaction n’était pas terminée après huit jours d’ébullition, et le dégagement d’ammoniaque était encore sensible. M. Jungfleisch a alors traité le dicyanure d’éthylène par de l'acide azotique, ce qui a donné lieu à de l'acide succinique pur et bien cristallisé- Il a alors changé ce corps en acide bibromé d’après le procédé indiqué par M. Kékulé, c’est-à-dire en chauffant en vase clos à 130 degrés de l'acide succinique avec de l’eau et du brome. Après refroidissement, 1l a séparé l'acide bibromé incolore et cristallisé de la liqueur aqueuse.

M. Jungfleisch, au lieu d'opérer exactement comme MM. Perkin et Duppa, a saturé, d’une façon complète, par de la soude, l'acide bibromosuccinique, puis il a ajouté en excès du nitrate d'argent à la liqueur et porté le tout à l'ébullition, jusqu’à ce que le précipité fût complétement transformé en bromure d'argent ; ce qui correspond à la cessation de tout dégagement gazeux. Il à précipité alors par de l'acide chlorhydrique l'argent tenu en dissolution, et filtré. Le liquide obtenu, réuni aux eaux de lavage du résidu argentique, est neutralisé par l’ammoniaque, puis rendu franchement acide par l'acide acétique, et additionné d’un sel de chaux; ce liquide, dis-je, a donné dans les vingt-quatre heures un dépôt cristallin et incolore de tartrate de chaux.

M. Jungfleisch, en opérant ainsi sur une quantité totale de 127 grammes d'acide suceinique provenant de l’éthylène, a obtenu 62 grammes de tartrarte de chaux incolore et cristallisé.

Le tartrate de chaux oblenu par ce procédé est identique avec celui fait au moyen de l'acide succinique du commerce. C’est'un mélange de racémate et de tartrarte inactif de chaux, le tartrate décomposé par l'acide sulfurique, et la solution filtrée et éva-

porée, donnent des cristaux très-beaux d'acide tartrique. En résumé, l'acide tartrique provenant du gaz oléfiant jouit des mêmes propriétés que l'acide tartrique d'origine naturelle ; il peut engendrer directement ou indirectement les acides tartriques droit et gauche symétriques entre eux et doués du pouvoir rotatoire.

BELLOUARD, A

Page 1