CHAPITRE V
OARAOTÊRES. — RECHERCHES. — DOSAGES.
I. — CARACTÈRES DE LTODE ET DE SES SELS : lODURES , lODATES, HYPERIODATES.
L’iode peut exister à l’état libre, soit sous forme solide, soit sous forme de vapeur ; il peut se trouver en dissolution dans certains liquides ou en combinaison avec les métalloïdes et les métaux. Quelle que soit la forme sous laquelle il se trouve, on peut toujours le réduire à l’état d’iodure de potassium, au moyen d’un peu de potasse ou do carbonate de potasse exempts d’iode. 11 suffit de faire bouillir la dissolution alcaline en présence de la combinaison indurée ; on évapore ensuite et on calcine. Dans tous les cas, l’iode se trouve ramené à l’état d’iodure de potassium.
Lorsqu’on a affaire à une combinaison organique, on décompose la substance en présence de la chaux pure ou de la potasse pure dans un tube de verre chauffé au rouge. L’iode se trouve à l’état d’iodure alcalin soluble. On peut encore détruire la matière organique par l’eau de chlore en excès, traiter ensuite la solution par un agent réducteur, zinc et acide sulfurique, l’iode est mis à nu. C’est ainsi qu’on opère généralement lorsque l’iode se trouve en présence du tannin, de l’acide gallique, de Porcine, toutes substances qui empêchent ses réactions de se manifester.
L’iode libre peut facilement être reconnu à la belle couleur violette
qu’il communique à certains dissolvants, tels que le chloroforme, le sulfure de carbone, la benzine. Si l’idcle est en très-faible proportion, le dissolvant prend seulement une teinte rose. Mais le meilleur réactif pour reconnaître ce corps est assurément la dissolution de l’amidon dans l’eau chaude (que l’on appelle empois (i’omirfon). C’est le réactif proposé dès l’année 1814 par M. Gaultier de Claubry, Les plus faibles quantités d’iode peuvent être reconnues par ce moyen à la formation du produit bleu caractéristique connu sous le nom dHodure d'a-’ midon.
Nous examinerons maintenant quelles sont les réactions qui permettent de distinguer les sels formés par ce métalloïde tels que les iodures, les iodates, les hyperiodates.
CARACTÈRES DBS lODDRBS.
Les iodures insolubles peuvent être transformés en sels solubles en les calcinant avec du carbonate de potasse ou en les faisant bouillir avec une solution de ce sel, ou bien encore en les traitant par le zinc et l’acide sulfurique étendu; la dissolution obtenue se prête alors à l’emploi des réactifs. Les iodures donnent les caractères suivants : ®
Sels d'argent. — Précipité caillebolé jaunâtre, insoluble dans l’acide nitrique, presque insoluble dans l’ammoniaque qui le fait devenir blanc. L’iodure d’argent se dissout dans les iodures alcalins, les cyanures alcalins, l’hyposulfite de soude.
Sels de plomb. — Précipité jaune, soluble dans les iodures alcalins, soluble dans l’eau bouillante d’où il se dépose à l’état cristallisé.
Sels mercureux. — Précipité vert jaunâtre d’iodure mercureux.
Sels mercurîques. — Précipité jaune qui devient rouge par l’agitation. Ce précipité se dissout avec la plus grande facilité dans un excès d’iodure alcalin et dans un excès de sel mercurique.
Sel cuivreux. (On opère avec une dissolution de sulfate de cuivre en présence d’un excès diacide sulfureux). — Précipité^ blanc d’ibdure cuivreux. Ce précipité se forme à froid et est alors caractéristique pour les iodures ; le chlorure et le bromure cuivreux se précipitent seulement sous l’influence de la chaleur.
Nitrate de protoxyde de palladium. — Précipité brun rougeâtre, presque noir d’iodure de palladium qui se dépose complètement au ; bout de quelque temps.
Protochlorure de, palladium. Même précipité;, seulement’il ne se dépose , pas bien et,, resté longtemps en suspension. Ce précipité d’iodure de palladium est insoluble dans l’eau, l’acide azotique étendu et dans les chlorures alcalins. Le bromure de palladium, au contraire, se dissout dans les chlorures alcalins. Cette réaction des sels de palladium ,esi extrêmement sensible ; mais elle prêté à l’erreur à cause de la réduction facile des sels de palladium par les matières organiques.
Perchlorure de fer. — Traités à l’ébullition par ce réactif, les iodures donnent des vapeurs dotale qui, colorent en bleu le papier d’amidon humide.
Eau.de chlore. — Si à une dissolution d’iodure on ajoute de l’eau de chlore, l’iode sera mis en liberté ; si alors on agite avec un des dissolvants, chloroforme, sulfure de carbone, benzine, ces derniers se coloreront en pourpre. En opérant en présence’ de l’eau d’amidon, il se développe une coloration bleue intense.
A l'emploi de l’eau chlorée on peut substituer un mélangé d’hypochlorite de soude et d’acide chlorhydrique.
Un excès de ces réactifs fait disparaître la couleur bleue ; pour la reproduire, on ajoute avec .précaution un cprps rédopteu.r, .tel que l’hydrogène sqlfuré, l’acide sulfureux et, mieux l’acide arsénieux dissous dans l’acide c|ilorbydrique. D’après M. O. Henry, la coloration se reproduit avec beaucoup plus de certitude en ajoulant à la disso- Iqtion de l'acide. s.ulfunquV étendu et un petit morceau de zinc de manière à déterminer un trèsrfaib|le dégagement ,d’hydr,ogêne.
Acide eîÜQrhydriqm- ■^ .fc’3pit|e .chlorhydr^^^ la
dissolution d’ün ipd,ure pur ruçide. fenferme seu^ des
traces de chlore ou si l'iodure contient de petites quantités d’iodate, aussitôt l’iode, est mis â nu et l’amidon prend une teinte bleue, ou seulement une faible coioration violette, ou rougeâtre.
Açide sulfurique.— L’acide sulfurique très-étendu n’allaque pas les
iodures, mais si l’acide est un peu coneentré, en présence de l’amidon, il se forme de l’iodure bien.
Chauffés avec l’acide sulfuriqué'et le' biokÿde*'^o' màngianèse, les iodures laissent dégager des vapeurs d’iode ^u’îl est facile de caractériser.
Acide azotique. —L’acide azotique lorsqu’il n’est pas trop étendu^ produit une coloration bleue dans les iodures qui contiennent de l’amidon. On peut même en'ajouter un léger excès sans qué'la couleur sè détruise, pourvu qii’on opéré à froid. —L’acidè nitrique pur, trèsétendu, en réagissant sur les iodures n’en sépare pas d’iode libre ; mais' s’il contient seulement des traces très-faibles d’àcide nitreux, l’iode est aussitôt mis à hü. Lorsque l’acide azotique contient de l’acide chlorhydrique, il détruit facilément l’iodure d’amidon.
Cette réaction de l’acide nitrique est do la plus hàuie'importance ; en effet, l’acide azotique est plus facile à maniét* que l’eau de chlore pour la recherche de petites quantités d’iode et surtout pour la formation d’iodure d’àmidpn } mais lorsqué la liqueur contiéùt des chlorures, l’eau de chlore donné de raeillèors résultats, en opérant toutefois avec de grandes précautions.
Toutes les réactions que nous venons d’indiquer sont très-sensibles ;' mais il faut opérer avec des quantités notàblës d’iode. Nous exposerons plus loin des modes opératoires plus délicats qui permettent de reconnaître des quantités presque infinitésimales d’iode.
CARAOTÉRXS DES lODAiTESi
Les iodates sont en général péu solubles pu insolubles, excepté pourtant les iodates' alcalins. Soumis à l’action de la chaleur, l’iodate d’argent et les iodates alcalins donnent des iodures; les autres se décomposent.
Avec les réactifs, les iodates donnent les caractères suivants;
Chlorure de barium. — Précipité blanc iiUmédiat d’iodate de bàrÿte.
Chlorure de palladium. — Pas de précipité, mais après addition d’àcide sulfureux, précipité noir d’iodùre dé palladium.
Nitrate de protoxyde de palladium. — Précipité immédiat, volumineux, abondant, de couleur blanche avec”une légère teinte jaunâtre. Ce précipité est soluble dans l’acide chlorhydrique et dans l’acide azotique. Par l’acide sulfureux, il est transformé en iodure de palladium noir, même dans ses dissolutions acides.
Azotate d'argent. Précipité blanc d’iodate d’argent presque insoluble dans l’eau, insoluble dans l’acide nitrique, mais soluble dans l’ammoniaque. Il ne noircit pas à la lumière. Traité par l’acide sulfureux, il est transformé en iodure d’argent jaunâtre, qui ne se dissout pas dans l’ammoniaque, mais qui devient blanc par ce réactif.
Acides. — Les acides purs, chlorhydrique, sulfurique, azotique ne décomposent pas les iodates alcalins, même à chaud. L’empois d’amidon ajouté ne se colore pas en bleu ; mais cette coloration se produit si on ajoute à la dissolution de l’acide sulfureux.
Agents réducteurs. — Si l’on fait agir l’acide sulfureux sur les iodates alcalins et l’acide indique, l’iode devient immédiatement libre et se précipite ; l’empois d’amidon ajouté se colore aussitôt en bleu.
L’hydrogène sulfuré, môme à froid, produit une réaction analogue.
Si on traite une dissolution d’iodate par l’acide sulfurique et un petit morceau de zinc ou d’étain, l’acide indique est réduit et l’iode est entièrement séparé. L’empois d’amidon se colore en bleu et le sulfure de carbone en violet. Ce dernier réactif parait alors plus sensible, car la chaleur produite détruit souvent l’iodure d’amidon.
La morphine réduit l’acide jodique et l’iode est précipité. Lorsque le corps oxydant est en excès, cét iode ne bleuit pas toujours l’amidon, cependant il est enlevé par le sulfure de carbone.
Lorsqu’à une dissolution d’un iodale on ajoute un iodure alcalin, aucune réaction ne se manifeste,; mais si on ajoute un acide quelconque (chlorhydrique ou sulfurique), i’iode devient libre ; la liqueur çe colore ou laisse déposer l’iode suivant la proportion d’iodure par rapport à l’iodate. Ce moyen permet de reconnaître avec certitude les plus petites quantités dS'odate contenues dans une grande quantité d’iodure.
Caractères des hyperiodates. — Les hyperlodates , traités par le zinc et l’acide sulfurique étendu donnent aussi de l’iode libre j toutefois œtte réaction s’opère moins rapidement qu’avec les iodates, et la présence de l’iode ne peut être reconnue qu’au bout d’un certain temps et plus facilement avec le sulfure de carbone qu’avec l’empois d’amidon.
Le nitrate d’argent permet de distinguer ces deux sels ; l’hyperiodàte d’argent est un précipité brun soluble dans l’acide nitrique, l’iodate (î’argent est blanc et insoluble dans l’acide azotique.
ESSAIS DE l’iODDBE DE POTASSIUM DU COMMEBGE.
L’iodure de potassium joue un rôle trop important dans la thérapeutique pour qu’on ne cherche pas à obtenir ce sel avec tout le degré de pureté désirable. Nous croyons utile d’indiquer les corps étrangers que l’on y rencontre généralement et les moyens de les reconnaître.
L’iodure de potassium peut renfermer du carbonate de potasse, de l’iodate de potasse, des chlorures et des bromures alcalins.
En traitant par de l’alcool, dans un tube, l’iodure de potassium mêlé de carbonate de potasse, ce dernier se sépare en un liquide dense qui fait effervescence avec les acides. On tolère généralement dans l’iodure commercial 4 à 5 de carbonate, ce qui permet d’obtenir un iodure en cristaux opaques et moins altérables.
L’iodate se reconnaît facilement à la coloration bleue que donne riodure soupçonné lorsqu’on le traite par l’eau d’amidon et l’acide chlorhydrique pur. Il est très-important que eu sel soit privé d’iodate ; dans ce cas, en effet, il donnerait de l’iode libre au contact des acides de l’estomac.
Pour rechercher la présence des chlorures, on précipite la solution par l’azotate d’argent et on reprend le précipité par l’ammoniaque qui dissout seulement le chlorure d’argent. La liqueur filtrée est additionnée d’acide nitrique en léger excès j elle laisse alors précipiter le chlorure d’argent.
Si l'on traite par l’acide sulfurique et le bichromate de potasse du mélange de chlorure et d’iodure, il se dégage d’abord du chlore, puis
des vapeurs d'iode; mais il ne se forme ni chlorure d’iode, ni acide chlorochromique. Ce dernier corps se produit cependant lorsque la quantité de chlorure est prédominante (1).
Pour s’assurer si l’iodure contient du bromure, on en dissout quelques centigrammes dans l’eau, on ajoute du sulfure de carbone ou du chloroforme, puis quelques gouttes d’acide chlorhydrique et on y verse peu à peu une solution d’hypochlorite de chaux. Par l’agitation le dissolvant se colore en violet par l’iorle mis en liberté. Si l’on continue à ajouter l’hypochlorite en agitant de temps à autre, la solution se décolore complètement; puis, s’il y a du brôme, par une nouvelle addif tion d’hypochlorite, ce métalloïde est mis en liberté et le dissolvant prend une teinte jaune très-persistante. La benzine qui est si sensible pour reconnaître de petites quantités d’iode ne peut être employée dans cet essai. Le brÔme mis en liberté l’attaque aussitôt et ne la colère nullement.
Le procédé recommandé par M. Personne consiste à traiter la disâô-^ lution par le sulfate de cuivre, puis par l’acide sulfureux ; tout l’iodure est précipité à l’état d’iodnre cuivreux blanc. On filtre et dans la liqueur filtrée, on recherche la présencè du brôme par l’eau de chloré et le sulfure de carbone.