HISTORIQUE
Vers le milieu de l’année 1811, un habile manufacturier de Paris, Courtois, traitait les sels extraits des cendres des varechs, afin d’appliquer k la fabrication du salpêtre les composés qui fournissent de la potasse (chlorure de potassium, sulfate de potasse), et de livrer le sel marin au commerce. Essayant alors de décomposer les eaux-mères par l’acide sulfurique (1), il remarqua la précipitation d'une poudre noire brillante qui attaquait le fond des bassines etqui, sous l’influence de la chaleur, répandait des vapeurs violettes magnifiques. Ces vapeurs, recueillies dans une allonge et un récipient, se condensèrent sous la forme de lames cristallines très-brillantes et d’un éclat égal à celui du sulfure de plomb cristallisé. Courtois entreprit aussitôt quelques expériences sur cette nouvelle substance ; il reconnut qu’elledonne avec le phosphore un composé rouge assez stable, avec l'ammoniaque une poudre noire, terne, floconneuse, très-fulminante et. presque inlac-' tile lorsqu’elle est sèche. Mais de nombreuses occupations ne lui péril) Annales de chimie (1813), t. 88, p, 304..
mettant pas de donner suite à ses expériences, il fit part de sa découverte à Clément et ii Desp/mes en les engageant à poursuivit les recherches qu’il avait commencées
La nouvelle substance fut peu à près nommée iode par Gay-Lussac à cause de la belle couleur violette de ses vapeurs (luS'vn, violet).
Celte découverte fut annoncée par Clément, le 29 novembre 1813, à la séance de la première classe de l’Institut. Dans la même note, Clément donne quelques-unes df# prepMélél4é l’iode. 11 annonce que la chaleur rouge ne change nullement sa nature, môme en présence de l’oxygène, Mais l’hydrogène opère un changement complet dans les apparences de ce corps : sous l’influence de la chaleur, en présencede l’hydrogène, la couleur violette de la vapeur disparaît, et ou recueille un gaz incolore, qui se dissout dans l’eau en lui communiquant des propriétés acides. Clément parle ensuite de l’action de l’iode sur le phosphore, le soufre, Its métaux, les oxydes alcalins. Il étudia donc quelque^ propriétés de l’iofie, mais sans se douter qu’il était en présepee d’un corps simple.
Le ,6 déperobre 1813, Gay-Lussac.cpmmiinlque à rinslitul les principaux fésultats des recherphea qu’il a entreprises d’après l’invitation de Clémpot, sou arpi, Il confirme les expériences de ce dernier et insiste sur Ip combinaison de l’iode avec le phosphore sec, « copibinaison analogue à pelle de l’acide njuriatique oxygéné (cft/ore) avec le phosphore >, U montre que la formation du gaz acide n’a lieu qu’au contact de l’eau,et propose de préparer,l’acide iodhydrique en distillant, en présence de l’eau^ le produit qui résulte de l’actipn de Tiède sur le phosphore. Après avoir donué les propriétés et les caractères de cet aeide gazeux et de sa dissolution, Gay-Lussac ,étudie l’action de l’iode sur l’hydrogène sulfuré et sur l’acide, sulfureux. Le premier décoloré Tiode ep le faisant passer à Tétat d’acide avec dépôt de soufre : l’acide sulfureux humide convertit l’iode en acide en passant Iui-mêi|ie à Tétat d’acide sulfurique. Il en conclut que dans les sels de varechs, où il y a beaucoup de sulfites sulfurés, Tiode est à Tétai d’acide et ne peut
se idamfe3t3tr d3n& le» eimx-mères que lorsque les sulfites sont dé-
En terminant soit rapport, Gay-Lussac compare l’iode à l’acide muriatique oxygéné (eft^ore)^ .e^.le pouvel acide à l’acide muriatique. Il feiti remarquen que: l’hydrogène, est conslamnient,nécessaire pour faii4 passer ce corps à l’état d’acide ; enfin il conclut que l’iode est une substanoe simple analogue au chlore, qt .il propose pour le nouvel acidei le nona d’acide hydriodique, « Tous ces faits, dit Gay-Lussac. * peuvent s’expliquer en supposant que l’iode est un élément et qu’il « forme un- acide en se combinant àvl’hydnogène, ou bien que ce dernier «'acidesest un composé d’eau, et d’une base inconnue, etque l’iodé « est cette base unie à rpxygàne. La première hypothèse nous paraît «' plus prebable que-l’autre, et elle sert en même temps à donner pl'iis « de vraisemblance à celleidan^ laquelle on considère l’acide muriatique « oxygéné comme un;corps simple- En l’adoptant, le nom qui
<t conviendrait au nouvel apide serait celui d’ocide hydriodiquè » (^2). G?est donc à Gay-Lussac que revient l’honneur d’avoir reconnu l’iodé comme un corps simple et de l’avoir rapproché^ du chlore.
Quelquesijours après, 16-20 décembre 1813, Gay-Lussac annonce la découverte: d?une combinaison d’iode et d’oxygène, et propose de l’appeler acide iodique, « J’ai formé,, dit Gay-Lussac, comme l’a fait « M. Davy, un sel détonant, en dissolvant l’iode dans une solution de « potasse} il se précipite une poudre blanche, soluble dans l’eau, fusarit Cl sur les-charbonsdétonant mais faiblement par le choc avec le « soufre et le charbon,,donnant une grande quantité de gaz oxygène à < un degré de chaleur semblable à celui qui décompose le muriate oc suroxygéné dé potasse {chlorate de potasse). La liqueur surnageant t> ce sel contient de l’hydriodate de potasse ; de sorte que la théorie de3 € sels, fuminants,que forme l’iode-est entièrement analogue à celle dés .« muriates suroxyjgéaés » . Le savant chimiste indique en même
(1) Annales de chimie, t. 88, p. 317.
(2) Même recueil, p. 318.
(3) Môme recueil, p. 320.
temps la préparation de l’acide iodique, en décomposant l’iodate de baryte par l’acide sulfurique; puis il donne les caractères de cet acide, sa réduction par l’acide sulfureux avec précipitation d’iode en grande quantité; enfin il propose de l’appeler acide iodique, « acide qui paraît avoir des affinités très-fortes, puisque l’acide sulfurique le déplace difficilement. »
Peu de jours avant cette communication, dans une lettre adressée au chevalier Cuvier (1), sir Humphry Davy résumait quelques propriétés de l’iode comme résultats généraux de ses recherches. Il annonçait qu’en agissant sur les alcalis fixes, IHodine forme un composé ternaire peu soluble, qui se précipite en cristaux, et en même temps un composé binaire du métal de Valcali et de la substance qui reste dissous. Ces composés ternaires chanfiés donnent uné grande quantité d’oxygène ; le résidu est le composé de l’iodine et du métal.
Davy indique bien la formation desiodates, mais il n’isole pas l’acide iodique comme le fait Gay-Lussac. Davy ajoute : < Plusieurs chimistes • s’occupant aujourd’hui de l’iodine, il est probable qu’une partie de « mes conclusions auront été trouvées par eux, et principalement par « M. Gay-Lussac, dont la sagacité et l’habileté doivent nous faire espérer c une histoire complète de cette substance. > Cependant les insinuations des journaux anglais tendant à reporter sur leur compatriote la priorité de ces découvertes, Gay-Lussac crut devoir rétablir les faits dans son grand mémoire sur l’iode, publié l’année suivante.
A peine l’existence de ce corps nouveau était-elle établie, que Colin et Gaultier de Claubry s’empressaient d’étudier son action sur les matières végétales et animales (2). Sur les unes, telles que les acides, les gommes, les sucres, l’iode n’agit qu'a la température à laquelle elles se décomposent; sur les autres, qui contiennent un excès d’hydrogène, substances résineuses et huileuses, l’iode, en présence de l’eau, passe à l’état d’acide hydriodique, même à une température inférieure à 100». Dans le même travail, ces chimistes faisaient connaître l’action curieuse
(1) Lettre datée de Paris (11 décembre 1813) et lue à l’Institut le 13 décembre.
( 2 ) Annales de chimie, t. 90, p. 87.
que l'iode exerce sur l’amidon. La combinaison que forme ces deux corps est d’un bleu plus ou moins foncé, selon la quantité d’iode. Sous l’influence de la chaleur en présence de l’eau, l’iodure bleu se décolore; il passe à la distillation de l’eau renfermant une certaine quantité d’iode, et la liqueur incolore qui contient le composé d’iode et d’amidon, reprend sa couleur bleue par l’addition d’un acide ou du chlore. Ils attribuaient ce phénomène à la formation d’un sous-iodure d’amidon incolore.
En môme temps, divers chimistes : Colin, Vauquelin, décrivaient certaines combinaisons de l’iode avec les métaux et les oxydes ; mais le travail le plus important sur ce sujet fut le mémoire présenté par Gay-Lussac à l’Institut, le I" août 1814 (1), mémoire si souvent et si justement cité comme un modèle.
Dans ce beau travail devenu classique, l’illustre chimiste résume tout ce qui a été fait sur l’iode et il y joint ses propres expériences. Après avoir étudié les propriétés physiques de l’iode, il décrit avec le plus grand soin ses combinaisons acides, hydrogénée et oxygénée ; son action sur les métaux, les oxydes, les acides. Il fait ensuite une longue étude des sels formés par les combinaisons acides de l’iode, iodates, hydriodates et iodures. Pour Gay-Lussac, les hydriolates et les iodures ne sont pas des corps identiques; les premiers, résultant de la combinaison de l’acide hydriodique avec les oxydes, renferment de l’hydrogène et de l’oxygène; mais, si on soumet à l’évaporation leur dissolution aqueuse, l’hydrogène de l’acide et l’oxygène de la base se combinent à l’état d’eau et il reste un iodure (2). Faisant agir l’acide hydriodique sur l’alcool absolu, il obtient un liquide alcoolique parfaitement neutre, incolore et limpide. Cette liqueur, mêlée à l'eau, se trouble et laisse précipiter des globules, qui s’agglomèrent et produisent un liquide transparent beaucoup plus dense. Le corps ainsi formé est Véther hydriodique: c’est le premier composé organique obtenu dans lequel il entre de l’iode. Gay-Lussac a décrit toutes ses propriétés, et sa décom-
(1) Annales de chimie, t. 91, p. 6.
(2) Loco citato, p. 37-40.
position par la chateur lui a donné de l‘acidé bydriodiqne et do gaz carburé inflammable.
En terminant cét important travail, Gay-Lussac revient sur la nature de l’iode, qu’il regarde comme un corps simple, et sur sa ressemblance tantôt avec lé sourré; tantôt avec le chlore. Jé citerai textuellement les conclusions de ce saVant : « Comme eux, en elîèt, M forme deux acides, « l’un en se combinant avec l’oxygène, Tautre en se combinant avec « l’hydrogène, et l’on aura pu remarquer que les acides forméa slmul- € tanément par la combinaison du chlore, de l’iode et du soufre avec c les éléments de l'eau, présentent cette propriété remarquable que, « lorsque Tacide formé avec l’oxygène a ses éléments très-cond'ensési a celui formé avec l’hydrogène a les siens très-^fàiblement unis. Ainsi, « le soufre enlève l’oxygène à l'iode et l’îode l’enlève au chlore; mais; (X à son tour, le chlore enlève l’hydrogène à l'iode*, et celui-ci Péniève « au soufre. .. .............
. a Les autres rapports qu’a Piode avec le soufre et le chlore
a sont très-nombreux : quelijues iodates se rapprochent entièrement < des chlorates; mais là plupart ont plus d’analogie avec lés suifàtèSi « Les iodures, les sulfures et les chlorures se comportent, en général; « de la même manière avec l’eau, ét l’action du-soufre, dé l’iode et dU « chlore sur les oxydes, avec ou sans le concours, de l’eau, est entiè* « rement semblable. En un mot, toutes les propriétés de l’iode' se a classent parmi celles du soufre et du chlore. » (1)
J’insiste sur le mémoire de Gay-Lussac, car il est un dès travaux les, plus importants de la chimie de cette époque, et l'histoire de l’iodë y est présentée avec la plus grande netteté. C’est bien lui qui a reconnu la véritable nature de ce curieux métalloïde et ses analbgies avec lè chlore, analogies qui ont été rendues encore plus évidentes lorsque lë brôme, découvert en tSSüG'par M. Balard, est venu s’interposer entre eux.
Les beaux travaux dé Humphry Davy sont postérieurs à céux du chimiste français, et ils sont en quelque sorte là confirmation des idées
(l) Annales de chimie, t. 91, p. 95 et 96.
émises par Gay-tussac. .Dans un mémoire déposé à la bibliothèque britannique (l), Davy expose toutes les combinaisons déjà citées dans le travail de Gay-bussac, avec les métalloïdes, les métaux, les alcalis, combinaisons qu’il a reproduites et étudiées sur les instigations d’Atopère et de Cléaienl, qui l’avaient prié de soumettre la nouvelle substance à l’action des réactifs chimiques. Voici quelles sont les conclusions du savant anglais : « Il y a toute espèce de raisons de considérer cette * subslance cotnme un corps non décomposé; dans sa pesanteur spécif .fiqne, sop lustre? sa couleur, le nombre élevé qui représente ia quan- « tilé dans laquelle elle entre en combinaison, cette substance ressemble » à un métal; mais, dans ses affinités chimiques, elle est plus analogùe « à l’oxygène et à la chloripe ; elle n'est pas conductrice de l’électricité; « elle possède, ainsi que ces corps, l’énergie électrique négative rela- « tivement aux métaux inflammables el aux substances alcalines. . . . € Mais elle a une énergie positive relativement à la chlorine. ....
« Ceci correspond aussi avec l’énergie d’affinité relative de ces deux < substances; la chlorine chasse l’iodine de toutes les combinaisons « que j’ai soumises à l’expérience...
« La forme solide de ce oorps el son grand poids comme élément « spécifique expliquent pourquoi il y a si peu de chaleur et si rarement « de lumière produites dans ses différentes combinaisons.
«Les pouvoirs de saturation et de neutralisation de la nouvelle ■ substance, paraissent être plus grands que ceux de l’oxygène et « moindres que ceux de la chlorine. >
Telles sont les conclusions de Humphry Davy. Il en fait un corps aimplecommeGay-Lussac, et comme lui aussi, il le range entre le chlore et l’oxygène; mais mieux que le chimiste français, il sait préciser son énergie électrique et fait déjà remarquer la faiblesse de son pouvoir thermique, question si importante au point de vue des combinaisons de l’iode, comme nous le verrons plus lard. Eu terminant son mémoire, Davy annonce comme très-probable la présence de Tiode dans plusieurs
(1) Annales de chimie, t. 92, p. 89.
combinaisons de la nature et < c'est surtout dans les produits des végé- € taux marins et dans l’eau de la mer qu’on doit le rechercher. »
Aussi, après quelques essais infructueux sur l’eau de la Méditerranée, il publie que celle eau, soumise au courant électrique dans une coupe d’or, lui a donné une petite quantité d’une poudre noire qu’il croit composée d’iode et d’or, mais il n’affirme pas sa présence dans l’eau de la mer.
Vers la même époque, Gaultier de Claubry, dans une thèse présentée devant la faculté des Sciences (janvier 1815) (1), annonce que l’eau de la Manche, prise au Hâvreet à Fécamp, ne contient pas d’iode. C’est lui qui indique l’amidon comme le réactif le plus sensible de ce corps; un peu d’amidon et quelques gouttes d’acide sulfurique concentré dans une liqueur qui en contient seulement des traces, déterminent sur-lechamp une coloration bleue. C’est à l’aide de ce réactif qu’il reconnaît qu'avant la combustion, l’iode se trouve dans les plantes marines à l’état d’hydriodate de potasse. •
André Fyfe répète les expériences de Davy. Il soumet h l’action de la pile l’eau de la mer contenue dans un vase d’argent (2)i Le métal est noirci et il obtient un léger dépôt noir, mais il ne peut y découvrir la présence de l’iode. Il a ensuite recours à l’emploi de l’amidon et il trouve seulement l’iode dans les plantes cryptogames qui croissent près de la mer, dans certains fucus et dans les éponges commerciales. André Fyfe affirme que, dans les éponges, l’iode n’est pas au même état de combinaison que dans les plantes; il n’est pas soluble dans l’eau ; on ne peut le retrouver que dans les cendres.
Ce ne fut qu’en 1824 que M. Balard indiqua l’eau de chlore pour mettre l’iode en liberté et faire constater sa présence par l’amidon. Voici quelles sont les précautions indiquées par M. Balard pour éviter un excès de réactif qui ferait disparaître la couleur bleue: on ajoute l’eau de chlore de manière qne les liqueurs ne se mêlent pas; à la surface de séparation on voit se manifester une zone bleue qui rie peut
(1) Annales de chimie, t. 93, p. 73.
(2) Annales de physique et de chimie (2), t, 12, p. 405.
être méconnue. Si l’on agite très-légèrement, la coloration bleue augmente; mais bientôt elle disparaît, si le chlore est en excès (1). C’est par ce procédé que M. Balard découvre l’iode dans divers mollusques marins nus ou testacés, tels que les doris, les vénus,les huîtres, etc., dans plusieurs polypiers et végétaux marins, les gorgonia, les zostera marina, etc., et notamment dans l’eau-mère des salins alimentés par ta Méditerranée. Il soupçonne l’iode de se trouver dans l’eau de mer à l’état d’hydriodate de potasse.
L’année suivante (1825), Vauquelin, en analysant des minerais argentifères venant du Brésil, y découvre l’iode à l’état d’iodure d’argent, au milieu d’autres substances, soufre, argent, plomb, carbonate de chaux (2).
Presque en même temps. M. Boussingault, dans une lettre datée de Bogota (3), annonce avoir rencontré dans la province d’Antioquia, une eau-mère provenant d’une saline de la Cordillère : c’est un liquide de couleur jaune, d’une saveur piquante, d’une odeur d’eau de mer trèsprononcée, appelé dans le pays, à cause de sa consistance, aceyle de sal (huile do sel), D = 1,2349. Il y trouve de l’iode sans doute à l’état d’hydriodate de magnésie ? car, après calcination, le résidu salin n’en contient plus.
Peu après, M. Liebig (4), dans une lettre adressée à Gay-Lussac, lui apprend que toutes les eaux salées du pays de Darmstadt contiennent de l’iode. Pour le reconnaître, il se sert d’amidon et d’eau régale étendue de soixante fois son poids d’eau. L’eau de la saline de Théodorshall,près do Kreutzuach, est remarquable par la grande quantité d’iode qu’elle contient.
Tandis que ces divers chimistes s’occupaient de rechercher ce corps nouveau dans plusieurs salines et surtout de constater sa présence dans l’eau de la mer, l’étude de ses combinaisons exerçait la sagacité de plusieurs autres savants.
(1) Annales de physique et de chimie (2), t. 28, p. 180. ,
(2) Môme recueil (2), t. 29, p. 99.
(3) Môme recueil (2), t. 30, p. 91.
(4) Môme recueil (2), t. 31, p. 337.
Dès l’année 1820, dans un mémoire lu à la Société royale de Londres (1), Faraday annonce la formation d’un composé d’iode, de carbone et d’hydrogène, qu’il propose d’appeler hydrocarbure d'iode. Il l’obtient en exposant aux rayons solaires des cristaux d’iode dans du gaz oléfiant : il se forme peu à peu de longues aiguilles blanches sans production d’acide iodhydrique ; le ^az oléfiant a donc été entièrement absorbé par l’iode. Faraday donne quelques-unes des propriétés de ce composé que nous appelons aujourd’hui iodure d’éthylène
Dans le môme mémoire, l’illustre chimiste annonce la découverte du protochlorure et du perchlorure de carbone.
Quelques années après, Sérullas (2), chimiste français de Metz, cherchant à obtenir de l’iodure de potassium pur, fait réagir sur une solution alcoolique d’iode un alliage de potassium et d’antimoine, préparé par la calcination de l’émétique, pur. Sérullas opère d’abord avec une solution étendue d’iode dans l’alcool faible, et il obtient en effet de l’iodure de potassium très-blanc et très-pur ; mais employant ensuite une dissolution saturée d’iode dans l’alcool concentré, il voit la liqueur s’épaissir et laisser précipiter des flocons jaunes. Le nouveau composé obtenu, auquel il donne le nom d'hydriodure decarbone, est en paillettes nacrées, très-brillantes, d’un jaune de soufre, d’une odeur aromatique se rapprochant de celle du safran, d’une saveur sucrée, facilement décomposable par la chaleur. Sérullas cherche à analyser ce corps, mais il n’arrive à aucun résultat positif: il y constate cependant les trois éléments : iode, carbone et hydrogène, et déclare que ce nouveau composé est différent de celui obtenu par Faraday. Quelques mois plus tard, dans une lettre adressée à Gay-Lussac (3), Sérullas annonce la formation du môme composé jaune en traitant simplement une solution alcoolique d’iode par une dissolution alcoolique de potasse. Mais la composition de ce corps nouveau ne fut établie qu’en 1834 par M. Dumas (4), qui lui donna le nom d'iodoforme, sous lequel nous le con- ‘
(1| Anijales de physique et de chimie (2), t. 16, p. 88.
(2) Môme recueil (2), t. 20, p. 163.
(3) Lettre de Metz (22 mars 1823).
(4) Annales de physique et de chimie (2), t. 56, p. 122.
naissons aujourd’hui. M. Dumas le représenta par la formule C®HP et lui donna le nom d’iodoforme, parce que sous l’influence dé la potasse, ce corps se transforme eu iodure de potassium et en formiate de potasse.
Sérullas passe ensuite à l’étude d’autres combinaisons de l’iode. C’est ainsi qu’en 1824 (1), il découvre le cyanure d’iode en faisant réagir l’iodé sur le cyanure de mercure et fixe en même temps la Composition de ce nouveau corps Cyl. Puis il dirige ses recherches sur l’iodure d'azote (2), les chlorures d’iode (3), Yacide iodique (4), dont il étudie les combinaisons avec les alcalis végétaux. Il signale en môme temps ce corps comme un réactif extrêmement sensible de la morphine qui le réduit immédiatement en mettant l’iode à nu.
En même temps, les iodures métalliques étaient aussi l’objet de travaux très-importants. En 1822, Caillot, pharmacien à Paris (5j, indique la préparation del’iodure de potassium en décomposant l’iodure de fer par le carbonate de potasse. C’est le procédé encore employé aujourd’hui et recommandé par le Codex français pour la préparation de cet iodure. Caillot étend ce mode de préparation à tous les iodures, môme à celui de mercure.
En 182*7, Polydore Boullay (6) présente à l’Académie des sciences un. travail très-important sur les iodures doubles. Dans ce mémoire, il décrit les combinaisons que forment entre eux certains iodures tels que ceux de potassium, de mercure, de plomb, d’argent, combinaisons trèsremarquables, mais d’une stabilité très-faible et que le contact de l’eau suffit souvent pour décomposer. L’acide iodhydrique lui-même ne fait pas exception ; il peut se combiner en effet avec l’iodure de mercuré pour former un sel double.
Tandi 3 que ces savants se livraient à l’étude intéressante des nom-
(1) Apnalps de physique et de chimie.(2). 4. ,27, 184.
(2j Môme recueil (2), t. 42, p, 200. .
(3) et (4) Môme recueil (2) t. 43, p. 208 et 216.
(5) Journal de pharmacie (2), .t> 8. p,'473.
(6) Annales de physique et de chimiç (2), t 34, p. 337.
breuses combinaisons de l’iode, le docteur Coindet,deGenève, enlSIQ, en faisait une importante application à la thérapeutique.
L’emploi médical des substances iodifères remonte à une haute anti* quité. Leur usage paraît s’ôtre perpétué par tradition dans la médecine populaire des différents pays, et les peuples, à l’insu les uns des autres, employaient dans les mêmes cas les plantes marines, l’éponge, le fucus, les eaux-mères des salines, l’huile de foie de morue, etc. Il est certain aujourd’hui que les Chinois faisaient usage contre lo goîtré, depuis un temps immémorial, de plantes marines et d’épongeS, (î ). Dioscoride, au I®''siècle de notre ère, et Gallien, au a® siècle, recommandaient aussi l’éponge plutôt carbonisée que réduite en cendres. Arnauld de Villeneuve, qui vivait au xiii' siècle, traitait le gûître par l’éponge brûlée. Russel, médecin à Oxford vers la fin du xvm® siècle, conseillait la poudre du chêne marin (fucus vesiculosus). Cette substance torréfiée et réduite en poudre était désignée sous le nom d’ethiops végétal. M.Boussingault nous a appris que les habitants de la Colombie se servent depuis bien longtemps, comme préservatif du goitre, sous le nom de sel de mira, du sel extrait de salines iodifères qui se trouvent à la base du Chimborazzo; au contraire, on rencontre des goitreux dans les endroits où l’on consomme le sel de la mer du Sud (2). Dans d’autres parties de l’Amérique, où règne également le goitre, les stipes d'une laminaire se vendent aussi, depuis une époque impossible à préciser, pour combattre cette infirmité. La découverte des propriétés fondantes des productions marines iodifères dans le goitre est d’autant plus curieuse que cette affection n’existe point sur les côtes maritimes, mais seulement dans l’intérieur des terres.
C’est au docteur Coindet, de Genève, que nous devons l’introduction de l’iode dans la matière médicale. En cherchant dans le formulaire de Cadet de Gassicourt, il y trouva que Russell conseillait contre le goitre le varecR torréfié (fueus vesiculosus); soupçonnant alors que cette subs-^ tance, ainsi que l’éponge, pourraient bien ne devoir leurs propriétés
(1) Note de M. Stan.-Julien, professeur de chinois, au Collège de France.
(2) Annales de physique et de chimie (2), t. 54, p. 163.
qu’à l’iode, il essaya ce dernier, et les succès étonnants qu’il obtint l’encouragèrent à poursuivre ses recherches. Quelques mois après, le 25 juillet 1820, Coindet communiquait sa découverte à la Société helvétique des sciences naturelles réunie 'a Genève (1). Deux autres mémoires de Coindet parurent encore quelque temps après et vinrent démontrer que l’iode est le véritable spécifique du goitre, et que c’est un remède souverain dans le traitement des scrofules et des maladies du système lymphatique. Voici ce que dit Coindet en terminant son deuxième mémoire: « Je regarde donc l’iode comme un remède qui « doit être placé parmi les plus utiles que nous connaissions. Quelles « que soient les attaques dirigées contre son emploi ou les préventions « dont on a voulu l’entourer, il partage le sort de tous les remèdes ac- « tifs dans l’origine de leur découverte. Il est nécessaire de bien l’étu- « dier pour le bien connaître (2). »
Après les travaux de Coindet viennent ceux du docteur Lugol ; c’est surtout aux recherches cliniques que M. Lugol afaitesk l’hôpital Saint- Louis, que l’on doit une méthode de traitement des maladies scrofuleuses par les préparations indurées (3).
Tels sont les faits principaux apportés par chacun de ces savants à l’étude de cet important métalloïde.
(1) Annales de physiqùe et de chimie:(2), 1.16, p. 58 et 59
(2) Môme recueil (2), t. 16, p. 266. .. ,
(3) Môme reoueiH?), t. 42, .p. 302.