‹ Etude chimique de l'iodeChapitre 7 sur 21 · PROPRIÉTÉS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES

L’iode obtenu par sublimation est en paillettes ou en lames cristallines, fragiles, brillantes, d’un bleu grisâtre foncé. Pour l’obtenir en cristaux volumineux, on abandonne dans un vase imparfaitement fermé un soluté concentré d’iode dans l’acide iodhydrique. Obtenus par sublimation ou par dissolution, ces cristaux ont toujours la môme forme : ce sont des octaèdres aigus à base rhombe et fortement aplatis (1). L’iode est dichroïque : par réfraction, sa couleur intérieure est orangée; par réflexion, il a un aspect métallique et sa couleur superficielle est violette. La lumière qui produit cette coloration est polarisée perpendiculairement au pian d’incidence comme pour la tourmaline (2). On peut constater cette propriété sur l’iode obtenu par évaporation de sa solution élhérée; il forme alors des cristaux transparents agrégés comme des feuilles de fougère (8).

(1) Mibtcheblich. — Annales de physique et de chimie (3), t. 46, p. 301.

(2) Haidinoer — Môme recueil (3), t. 42, p, 262.

(3) JoBRaENSBN. — Bulletin de la Sooiétô chimique, 1870 (1) p. 182.

Son odeur est forte, suffocante, rappelant un peu celle du chlore. Saveur très-âcre et persistante. L’iode fond à \0T en formant un liquide presque noir; pendant sa cristallisation, il présente une température constante de 113%6. Il bout à 175” en produisant des vapeurs d’un très-beau violet. Ces vapeurs possèdent une tension très-sensible à la température ordinaire. D’après des expériences récentes de M. Salet (1), la vapeur d’iode chauffée dans un tube fermé, émet des radiations d’un rouge étincelant. Sa densité de vapeur = 8,716; elle est plus forte que celle de tous les gaz connus. Un litre de cette vapeur pèse Il gr. 33. La densité de l’iode à 15” = 4,946. Sa chaleur spécifique = 0,05413. Son équivalent est exactement 137 ('DumasJ 136,857 (Stas).

D’après M. Stas, l’iode très-pur obtenu par décomposition de l’iodure d’azote est noir à l’état liquide et à l'état solide. Sa vapeur saturée est d’un bleu intense. Il fond vers 115“ et ne bout pas encore à 200®. Il parait représenter un état isomérique.

L’iode est très-peu soluble dans l’eau 1/7000» (11 à 12 cgr. par litre) ; cependant il communique à ce fluide une couleur ambrée. Exposée à la lumière, cette solution s’altère à la longue en donnant de l’acide iodhydrique. Cette décomposition explique pourquoi l’eau iodée exposée an soleil en présence d’un excès d’iode, se colore davantage ; l’acide iodhydrique formé facilite la dissolution d’une nouvellequantité du métalloïde. Il est très-soluble dans l’alcool, l’élber, qui prennent une teinte brun foncé. Le sulfure de carbone, la benzine, le naphte, le chloroforme le dissolvent en prenant une teinte violette fort belle. Ce métalloïde se dissout abondamment dans les solutions d’acide iodhydrique et d’iodures des métaux alcalips. Sa dissolution dans l’iodure de potassium porte le nom dHodure ioduré. Les chlorures, les brômures alcalins, le sulfate et le chlorure d’ammonium augmentent aussi sa solubilité dans l’eau.

L’iode libre, dans quelque liquide qu’il se trouve dissous, est précipité par le carbone qui le fixe à la surface de ses molécules. C’est le noir de fumée calciné qui paraît posséder ce pouvoir précipitant au

(1) Comptes rendus de l’Institut, t. 74 p. 1240.

pins haut degré. Le charbon qui a servi à précipiter ce corps le retient h sa surface avec ténacité, de même qu’une étoffe retient la matière colorante. L’adhérence entre ces deux corps est tellement puissante que,: par une forte chaleur, ce char^bon ne laisse échapper que de légères traces d’iode. Le chlore lui-même ne l’enlève pas au carbone, même par. l’intermédiaire de la chaleur. L'eau froide où chaude n’enlève pas at< carbone la moindre trace d’iode ; il en est de même de l’alcool. Mais, au contraire, le charbon cède facilement cette substance à une solution de potasse ou à une solution de sulfate ferreux contenant de l’oxyde de fer en suspension.

CèS curieuses propriétés absorbantes du charbon vis-à-vis de Tiede avaient déjà été signalées par Berzélius j: elles ont été mises à profit par M. Béclii, de Florence, pour extraire l’iode, contenu dans les eaux minérales (1). , •

L’idde a une opacité considérable; les lamelles cristallines qui'se forment sous le microscope avec une épaisseur moindre qu’un demiri millième de millimètre n’ont aucune translucidité. Sa dissolutioo dans le sulfure de carbone est suffisamment opaque pour arrêter la lumière du soleil en plein midi. Chose étonnante, cette dissolution qui jouit de la propriété d’intercepter complètement les rayons lumineux et visibles, se laisse au contraire traverser par tous les rayons calorifiques et invih slbles. L’iodé a donc un pouvoir diathermique très-considérable ; aussi sa poudre n’absorbe pas de chaleur rayonnante. Celte dernière se réfiê-i chit entièrement sur les surfaces limites des particules (2). .

L’iode colore la péau en jaune, mais cette coloration disparaît spop'i îanément au bout de peu de temps. II.détruit les matièees.colorantes Vé^tales, mais avec beaucoup moins d’énergie que le chlojre et ie brème, A la température ordinaire, la couleur d’une dissolution d’in« digd n’est détruite qu’au bout d’un temps fort long par Tiode en spspfension dans l’eau : à chaud la décolbration èsLrapide. Le papier 4e tournesol n’est pasblanéhi à fooid par l’iode, en solution aqueuse .oq aîcoollqoe.

(1) Journal do pharmacie et de chimie (3) i. èÔ,'p. t.

(2) Tyndall. — Chaleur et froid (1867), p. 118.

^ L’iode réhgit sur plusieurs substances organiques, notamment sur i’amidon avec lequel il forme un composé bleu particulier connu sous le nom d'iodvre d'amidon. Ce composé bleu n’est pas soluble dans l’eau qui retient en dissolution des sels et des acides ; il esten partie soluble dans l’eau pure. La belle liqueur bleue ainsi obtenue présente un phénomène singulier : chauffée à 60 ou 65“ elle se décolore, mais après refroidissement la coloration bleue reparaît. Cependant, si l’on chauffe trop fortement ou si l’on fait bouillir quelque temps, la couleur bleue ne reparaît plus par refroidissement, soit parce que l’iode s’est en partie volatilisé, soit aussi parce qu’il est transformé en acide iodhydrique. La plupart des chimistes considèrent aujourd’hui ce composé comme de l’amidon dont les couches sont imprégnées physiquement d’iode. D’après M. Personne (1), l’iodure d’amidon est une sorte de laque qtii se décolore à l’ébullition parce qu’alors l’amidon devient soluble et n’es tp s imprégné par l’iode. L'iodure d’amidon sec et soluble ne Se décolore pas h 100“ et 160“} son iode est enlevé par tous les dissolvants, alcool, éther, sulfure de carbone et môme par un simple courant d’air.

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