‹ Étude chimique et pharmaceutique du PyramidonChapitre 19 sur 34 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Étude pharmaceutique du pyramidon.

Les incompatibilités du pyramidon.

Les différentes réactions chimiques que nous avons passées en revue nous font déjà soupconner que le pyramidon sera d'un emploi restreint dans les associations médicamenteuses et qu'il doit offrir de nombreuses incompatibilités. En effet, parmi les réactifs précédemment signalés, quelques-uns sont des produits de nature essentiellement pharmaceutique et constituent des médicaments que le pharmacien emploie journellement et dont le médecin prescrit

l'usage.

Leur association avec le pyramidon pourra parfois se concevoir dans les formules médicales, et notre but sera, en même temps que de signaler l’incompatibilité, d'en indiquer le remède toutes les fois que cela sera possible.

Mais d'ores et déjà, nous pouvons mettre un peu

eg LUE

d'ordre, — j'entends un ordre nouveau, — dans le genre de réactifs que nous venons d'employer, et en présentant maintenant quelques-uns de ces derniers comme des substances médicamenteuses, nous établirons les huit classes suivantes d’incompatibles du pyramidon. d

Nous trouvons en effet parmi ces derniers :

1° Les oxydants ;

2 Les halogènes et leurs dérivés ;

3° Les produits organisés influencés par les bases faibles ;

4° Les tannins et certaines matières astringentes ;

»° Les composés mercuriels ;

6° Les diverses combinaisons argentiques usitées en médecine ;

7° Les alcaloïdes facilement décomposés par les alcalis ou les sels alcalins ;

8° Les phénols.

Nous allons étudier maintenant pour chacune de ces diverses classes les corps incompatibles de nature à intéresser la science pharmaceutique.

Le Oxydants. — Nous avons vu que lorsqu'on soumet le pyramidon à l’action d’agents d'oxydation (eau oxygénée, acide azotique, gummoxydase, etc:} il se produit une belle coloration violette.

C'est ainsi, par exemple, que le pyramidon se colore en violet lorsqu'on le mélange à une solution gommeuse.

Cette réaction est intéressante, car elle a été déjà observée dans la pratique pharnraceutique et elle est

sr 0 ee

de nature à être renouvelée fréquemment si l’on ne prend pas les précautions nécessaires.

Comme le pyramidon est assez soluble dans l’eau, bien des praticiens prescrivent, de préférence à des cachets, une solution de pyramidon sous la forme pharmaceutique de potion ou de julep gommeux (1).

M. Tanzi a signalé le premier l'incompatibilité de la gomme et du pyramidon (2), incompatibilité toute d'apparence, il faut bien le dire.

La potion suivante avait été formulée :

Pyramidon . . . . . 20 centigrammes.

Bromure de sodium. 25 — Julep gommeux. . . 130 grammes.

M. Tanzi,en exécutant l'ordonnance, fut frappé de la série de colorations qui ne tarda pas à se produire. Et, de fait, ayant essaÿé nous-même d’entreprendre cette préparation, nous avons observé les phénomènes suivants : au bout de cinq minutes, la potion prend une couleur bleu pâle, passant rapidement au violet clair, puis au rose, et finalement, au bout de sept à huit heures, au jaune.

M. Tanzi tira de ce fait la conclusion suivante : incompatibilité de la gomme et du pyramidon.

M. Denigès, étudiant de plus près cette réaction,

(1) D'une manière générale, en effet, les cachets, outre qu'ils ne conviennent qu'à des adultes, ont l'inconvénient de porter à un seul endroit de l'estomac toute la substance active, d'où il peut résulter, dans certains cas, une irritation de la muqueuse stomacale,

(2) M. Tawzi, Rép. de Pharmacie, 1902, p. 5##.

Ro ee

l’attribua au ferment oxydant de la gomme et en donna la preuve indiscutable (1).

M. Gabriel Bertrand a montré, en effet, que la gomme arabique vraie est accompagnée d'une manière assez générale (mais non constante) d'une oxydase (laccase) dont la présence est pour ainsi dire universelle chez les végétaux (2).

Voyons en quoi consiste cette gummoxydase et quel est son mode d’action.

L'oxydase de la gomme arabique est, selon l’expression de M. Bourquelot, une aéroxydase, possédant les propriétés des ferments oxydants directs.

Elle prend l'oxygène à l’air pour le fixer sur les corps oxydables (3).

M. Bourquelot admet que les oxydases sont un mélange de deux ferments qui sont :

1° Une hydroxydase ;

2 Une aéroxydase.

Le premier de ces ferments serait susceptible de transformer l’eau en peroxyde d'hydrogène :

Page 1