‹ Etude chimique et physiologique du ricinChapitre 14 sur 28 · ACTION DES ALCALIS · texte numérisé non relu

ACTION DES ALCALIS

1° Concentrés. Si à de l’huile de ricin on ajoute la quantité de potasse exactement nécessaire pour la saponifier et qu’on chauffe, ou mieux encore, si l’on chauffe du ricinolate de potasse, il distille une grande quantité d’aldéhyde capryliquc presque pur et il reste dans la cornue un sel alcalin dont l’acide aurait pour formule G 40 II 18 O 4 (isomère de l’acide campholique) ; cet acide, découvert par M. Bouis, n’a pas encore reçu de nom.

Dans cette réaction, il ne se produit ni acide sébacique, ni alcool caprylique et il ne se dégage pas d’hydrogène.

En chauffant l’huile de ricin avec un excès d’alcali, on peut à volonté obtenir de l’alcool ou de l’aldéhyde capryliquoj.

Si l’on élève assez brusquement la température vers 265°, de manière à fondre l’alcali, il y a formation d’alcool à peu près pur; en même temps, il se dégage de l’IJ et il se forme de l’acide sébacique, comme l’indique l’équation suivante.

Si l’opération est conduite très-lentement, si la température ne dépasse pas 225 ou 230, le produit de la distillation se com r

posera, malgré un grand excès d’alcali d’un mélange à proportions variables d’alcool et d’aldéhyde. Le résidu renfermera d’autant moins d’acide sébacique qu’il y aura plus d’aldéhyde, par suite, moins d’alcool.

Le premier, M. Bouis a reconnu que traitée par la potasse, l’huile de ricin donne de l’alcool caprylique. Moschnin confirma les résultats de M. Bouis. De ses expériences, Wils conclut à la formation d’alcool œnanthylique et donna la manière de le préparer. En 1855, Limpricht avança que dans cette réaction il ne se produit ni alcool caprylique, ni alcool œnanthylique, mais bien de l’aldéhyde caprylique. Enfin en 1856, M. Bouis reprit la question, l’étudia avec le plus grand soin et arriva aux résultats consignés plus haut (1). ,

2° Étendus. — L’huile de ricin a une grande tendance à se combiner avec les alcalis fixes.

Une partie de lessive de savonniers suffit pour saponifier cinq parties de ricin, tandis que les huiles d’olives et d’amandes exigent la moitié de leur poids.

Si l’on prend 8 parties d’huile, 2 parties de potasse caustique dissoute dans 2 parties d’eau distillée et si l’on soumet le tout à la chaleur du bain-marie, la saponification s’opère avec une grande facilité, et, dans l’espace de quelques minutes, la masse devient transparente, homogène, de consistance visqueuse, soluble dans l’eau. Ce savon étendu de beaucoup d’eau et traité par l’acide chlorhydrique à lroid, donne 0.94 d’acido gras et 0.08 de glycérine. Ces acides gras sont constitués par de l’acide margarilique dans la proportion de 0.002 et d’acide ricinolique.

Acide margarilique. — L’acide margaritique a été découvert par MM. Bussy et Lecanu et étudié par Saalmüller. Ce dernier chimiste, tout en lui trouvant des rapports tantôt avec l’acide stéarique, tantôt avec l’acide margarique, n’a pu arriver à déterminer exactement sa formule élémen-

1. Dans plusieurs ouvrages, on trouve que M. Bouis crut plus tard à la formation d’alcool œnanlliylique, c’est là une erreur, M. Bouis m’a dit lui-mémo n’avoir jamais avancé ce fcdt. Pour s’en convaincre, il suffit du reste de consulter les comptes-rendus à l’Académie des sciences.

taire. Plus tard Scharling, ayant analysé un dépôt d’huile, en a retiré un acide solide fondant à 72° et ayant les plus grands rapports avec l’acida margarique dont il a la composition élémentaire.

Acide ricinolique. — Cet acide a d’abord été considéré par MM. Bussy et Lecanu comme un mélange de deux acides, les acides ricinique et élaïodique. Ces deux acides existent-ils en réalité, ou bien le produit obtenu par l’action de la chaleur seule sur l’huile n’est-il aussi que de l’acide ricinolique, c’est ce que j’ignore. Saalmüller l’isola et le purifia par le procédé de Gottliebb, c’est-à-dire en le faisant passer à l’état de sel de plomb soluble dans l’éther. On le décompose par l’acide chlorhydrique.

Saalmüller lui donna la formule C 38 H 30 O°. La véritable C 30 !! 3 O 3 a été donnée par Svanberg et Iiolmodin. M. Bouis a constaté son exactitude et l’isomériede cet acide avec l’acide ricinélaïdique.

L’acide ricinolique est huileux, jaunâtre, sans odeur, d’une saveur fort âcre et persistante. Sa densité est 0.94 à 15°. A—0° ou —10° il se prend en une masse composée d’agrégats sphériques. Il so mélange en toutes proportions à l’alcool et à l’éther.

Nicklès, a remarqué que l’hydrate de chaux donnait un coagulum avec les huiles d’abricot et de ricin et rien avec les huiles d’olives et d’amandes. Ce coagulum n’est pas un savon, ni un composé de l’huile ; il est fusible au bain-marie et alors est liquide et limpide ; il est soluble à chaud dans les huiles et le sulfure de carbone (Thèse Fr. Chatin).

Traitée par la litharge et l’eau à la manière de l’emplâtre simple, l’huile de ricin s’y combine lentement et forme une masse cmplaslique sèche, cassante et peu adhérente, qui n’éprouve pas de changement notable en la maintenant longtemps à l’air et à la lumière.

L’ammoniaque agit sur l’huile de ricin comme sur tous les éthers d’acides végétaux ; c’est-à-dire qu’elle forme un amide ; l’acide qui forme la majeure partie de l’huile de ricin étant l’acide ricinolique, nous aurons le ricinolamide G 30 Il 3 û AzII 4 = C 3 a ii 3 3 AzII 4 0 4 —IT 2 0 2 .

Pour obtenir le ricinolamide, on fait passer un courant de gaz ammo-

niac sec dans u e solution alcoolique d’huile de ricin et on abandonne le mélange à lui- îéme. Il se forme deux couches distinctes dont l’une disparaît petit à petit ; l’on voit ensuite se déposer sur les parois du vase une ïnatière blanche ; quelquefois le tout se prend en masse, si la quantité d’alcool n’est pas assez forte pour dissoudre l’amide formé. Après 3 ou 4 mois de contact, on évapore au bain-marie la liqueur alcoolique et l’on obtient une masse blanche que l'on exprime et que l’on purifie par cristallisation.

On arrive beaucoup plus vite au même résultat en opérant dans une bouteille très-forte, bien bouchée et chauffée dans un bain d’eau salée ;

3 ou 4 jours suffisent pour la transformation totale de l’huile (Carlet).

Le chlorure de chaux, suivant M. Chautard, exerce sur l’huile de ricin une métamorphose analogue à celle des différents alcools ou de leurs aldéhydes; il donne naissance à une liqueur jouissant de toutes les propriétés caractéristiques du chloroforme.

Caractères. — Sous ce nom je réunis quelques-unes des propriétés les plus saillantes de l’huile de ricin et qui serviront à faire reconnaître sa présence.

Elle est soluble dans l’alcool, insoluble dans les éthers de pétrole.

Chauffée à 28o°, brusquement, avec la moitié de son poids ■ de potasse, elle donne de l’acide sébacique et de l’alcool caprylique. L’acide sébacique est très-peu soluble dans l’eau froide 1 et très-soluble dans l’eau chaude. Le sébate ferrique a une couleur chair ; le sébate de plomb est insoluble. L’alcool cnprylique est insoluble dans l’eau ; son éther chlorhydrique a une odeur de fruit très-aromatique ; traité par l’acide azotique, il donno de l’acide butyrique.

J’ai déjà indiqué l’action des acides.

En mélangeant 1 partie d’ammoniaque avec 100 parties 1 d’huile en poids, on obtient une couleur blanc de lait ; la masse devient peu épaisse et très-unie.

En versant du bisulfure de calcium sur l’huile (3 ou 4 gouttes), il se forme un savon jaune d’or, se décolorant par l’agitation et devenant jaune-serin ou jaune-pâle.

Avec le chlorure de zinc, coloration jaune rosée; avec le bichlorure d’élain fumant, coloration jaune, jaune-d’or instantanée ; puis la masse se solidifie et a une couleur jaune-pâle.

Avec l’azolate mcrcuriquc, coloration blanche. Si après l’addition de ce sel, on ajoute de l’acide sulfurique, il se forme un précipité et la liqueur qui surnage a une couleur jaune-d’or puis jaune-serin ; dans ces opérations, il y a eu dégagement de vapeurs nitreuses.

L’azolate d’argent jaunit l’huile de ricin.

Falsifications. — On falsifie l’huile de ricin en la mélangeant, avec des huiles d’un prix moins élevé qu’elle, et principalement avec l’huile d’œillette. Cette falsification sera facile à reconnaître en raison de sa grande solubilité dans l’alcool, et de son insolubilité dans les éthers de pétrole. Mélangée à son volume d’alcool à 0S°, elle s’y dissoudra entièrement, tandis que l’huile ajoutée par fraude se séparera. Additionnée de 10 volumes d’éthers do pétrole, elle ne se dissoudra pas ; en décantant le carbure et l’évaporant, on aura l’huile ayant servi à la sophistication. Ce procédé pourra très-probablement servir à un essai qualitatif et quantitatif.

M. Bouis a conseillé un mode d’essai de l’huile do ricin basé sur la décomposition par la potasse aidée de la chaleur. On met dans une cornue 25 gr. d’huile de ricin ; on y ajoute de 10 à 12 gr. de potasse caustique, dissoute dans le moins d’eau possible; on chauffe, et il distille un liquide volatil plus léger que l’eau, dont le volume doit s’élever pour la quantité d'huilo soumise à l’expérience, à environ 5 centimètres cubes. Le mélange avec uno huile étrangère sera d’autant plus considérable que la proportion du liquide recueilli sera plus minime.

Le seul caractère que l’on ait donné jusqu’ici pour reconnaître l’addition d’huile de crolon, consiste dans les figures do cohésion. D’après M. Chalin on peut reconnaître une forme différente

avec une gouüe d'huile de ricin que l'on touche à peine avec une hagiicllcde ver e n'ayant qu'effleuré lasurface del’huile de croton.

J’ai répété ces expériences en prenant toutes les précautions de propreté et de température indiquées par l’auteur. Un mélange de 30 gr. d’huile de ricin et de 4 gouttes d’huile de cro- Ion, mesurées avec un compte gouttes ayant 3 millimètres de diamètre extérieur, s’étale légèrement plus vite que l’huile de ricin pure. En portant jusqu’à dix gouttes la proportion d’huile de croton, la réaction n’est guère plus nette. Passé ce terme, la falsification n’a plus lieu d’être, si déjà même elle peut exister dans ces conditions.

Le procédé suivant dont l’idée première m’a été suggérée par M. Portes me semble présenter des garanties plus sérieuses. Il est fondé sur la propriété qu’a l’acide crotonique, comme tous les acides de celte série, de se transformer sous l’influence de l'hydrogène naissant, en l’acide do la série supérieure, c’est-àdire en acide butyrique. J’ai d’abord essayé le sodium, la réaction est difficile à conduire; elle serait probablement beaucoup plus facile avec l’amalgame. Avec une solution d’acide iodhydriquo, on réussit très-bien. La réaction s’opère bien au-dessous dé la température à laquelle se décompose ordinairement cet acide; elle a lieu à la chaleur du bain-marie. Je mets dans un tube 1 cc. d’huile, 1 cc. solution iodhydrique obtenue en faisant passer jusqu’à refus un courant d’hydrogène sulfuré dans 100 g. d’eau tenant en suspension 50 gr. d’iode. On chauffe au baipmario. L’acide sulfhydrique se dégage d’abord, puis on sent l’odeur de l’acide butyrique. Cette odeur se produit quand il y amne goutte d'huile? de croton dans 30 gr. d’huile de ricin; quand il y a 5 gouttes, elle est excessivement nette. Peut-être pourrait-on même passer la limite desensibililé plus loin, en opérant sur une plus grande quantité. « ;

• Dosage. Le dosage de l’huile de ricin se fait comme celui

des autres huiles, au moyen des appareils de déplacement ou du digeslcur Payen, tel qu’il a été décrit par l’inventeur, ou qu’il a été modifié pourM. Cloez. A cause de la viscosité de l’huile, il faut prendre la précaution de délayer dans le sulfure de carbone les amandes pilées avant de les introduire dans l’appareil.

M. Vaulherin a fait la remarque que la solution de l’huile dans le sulfure de carbone étant plus légère que le sulfure de carbone, le déplacement des couches était contrarié par les différences de densité. Pour remédier à cet inconvénient, il a proposé un appareil dans lequel le véhicule arrive par en bas et sort par en haut après avoir dissous l’huile.

Pour remédier à la lenteur avec laquelle se fait le déplacement, M. Cloez augmente la pression ; pour arriver au même effet, M. Fleury propose un appareil dans lequel la pression se fait automatiquement : il m’a servi pour mes analyses.

Cet appareil se compose d’un ballon et d’une éprouvette réunis par un tubo recourbé deux fois à angle droit et plongeant jusqu’au fond de l’éprouvette. A cette extrémité, on adapte un linge fin recouvert d’un papier à filtre. Chacun des deux vases est en outre muni d’un tube faisant communiquer leur partie supérieure avec l’atmosphère et pouvant se boucher. On place la substance et le sulfure de carbone dans l’éprouvette dont on ferme le tube ; on la porte au bain-marie, tandis que le ballon est placé dans un réfrigérant. La tension de sa vapeur oblige le sulfure de carbone à passer dans le ballon. On laisse refroidir; on met l’éprouvette dans le réfrigérant, et le ballon au bain-marie en ayant soin de fermer le tube du second vase et d’ouvrir celui du premier. Le sulfure de carbone repasse par distillation dans l’éprouvette et laisse l’huile dans le ballon. En recommençant trois ou quatre fois, le dosage se trouve terminé en cinq ou six heures presque sans surveillance.

Usages médicaux. — L’huile de ricin est un purgatif doux très-

employé, qui jouit aussi de propriétés anthelmintiques ; sou odeur fade et nauséeuse provoque chez certaines personnes des vomissements opiniâtres. Divers moyens ont été proposés pour la dissimuler.

M. Jcannel ajoute trois gouttes d’essence d’amandes amères pour 100 gr. d’huile.

> Grcgay a trouvé qu’un des expédients les plus commodes consiste à mêler l’huile à une infusion de graine de lin. édulcorée et aromatisée. Il a eu aussi recours avec succès à un mélange d’huile de ricin, de mucilage de gomme aromatisé avec quelques gouttes d’esprit de menthe poivrée ou d’un autre arôme. Il s’est bien trouvé d’additionner l’huile de ricin de quelques gouttes de chloroforme et d’essence d’anis qu’il mêle à un mucilage de gomme et dont il fait avec l’eau une liqueur de 00 grammes.

On a proposé un mélange à parties égales d’huile de ricin et de glycérine aromatisée avec quelques gouttes d’essence de cannelle.

On diminue les nausées, en prenant l’huile pure entre deux petits verres d’cau-dc-vie.

On arrive plus sûrement au résultat en renfermant l’huile dans des capsules de gélatine.

On a remarqué que l’essence de térébenthine augmentait singulièrement son effet. Un mélange de 8 gr. d’essence et de 24 gr. d’huile peut détruire les constipations les plus opiniâtres. 1 Cette même préparation sert avantageusement contre le ténia.

On a encore administré l’huile de ricin sous forme d’émulsion: ; quelques auteurs prétendent que sous cette forme, elle cause plus fréquemment des vomissements; mes essais semblent confirmer cette manière de voir. Sur 44 fois, l’huile de ricin n’a produit que 5 fois des vomissements : l’émulsion a produit des vomissements 9 fois sur 15.

Voici le tableau de ces dernières expériences :

Mars 23 St-Clément 41

Avril 10 St-Clément 8 » id. 23 13 St-Ferdinand 1 » St-Clément 8 15 St-Ferdinand 8 « id. 13

17 Ste-Marie 9 » id. 25 » St-Bruno 14 v id. 7

18 St-Clément 9 » id. 15

Dose d'huile émulsionnée

Nausées. Une seule selle.

Point de nausées. 5 à 6 selles.

Vomissement une demi-heure après l'administration.

Nausées faibles. Purgation convenable.

Point de nausées. 5 selles.

Vomissement 20’ après l’administration, 1 Vomissement très-abondant. 5 selles..

Vomissements. Selles.

Nausées. Point d’effet purgatif.

Vomissements réitérés ayant commencé aussitôt après l’administration.

Nausées légères. 7 vomissements.

Nausées. Purgation très-convenable.

Vomissement 1/4 d’heure après l'administration.

L’huile de ricin de Munich, qui est moins désagréable et purge mieux sè compose, d’après Bûcher, de 27 parties d’huilo de ricin et de 28 part, d’alcool.

Sous le nom d’huile de ricin artificielle, les formulaires désignent le mélange d’une goutte d’huile de croton avec 30 gr. d’huile d’œillette.

Certains pharmacologistes, croyant la propriété purgative due à-de la résine, fait général dans les eupborbiacécs, ont proposé l’emploi de la teinture alcoolique. C’est là une grave erreur, cette préparation ne jouit d’aucun effet laxatif.

On a reproché à cette huile d’être lourde et indigeste. C’est un reproche qui s’adresse à toutes les huiles et à la plupart des laxatifs.

Les Arabes l'emploient en frictions pour faire disparaître les taches de rousseur ; les Indiens, avant l’accouchement ; M. Gartner dans la fièvre puerpérale et la suppression des lochies ; aux Antilles, en frictions contre les douleurs locales et les maladies de là peau. Au Brésil, d’après Pison, on l’emploie contre les tintements d’oreilles, les maux de nerf, les douleurs froides, contre les vers, en les appliquant sur le nombril des enfants. Dans plusieurs régions de l’Asie, on expose les parties douloureuses à la vapeur de la décoction de feuilles de ricin ; trempées dans ile vinaigre, ces feuilles ont été conseillées aussi en application pour guérir la gale.

Du reste, presque toutes les parties de la plante ont été employées. Au Sénégal, au Cap, au Malabar, on se sert des feuilles contre la céphalalgie. Il est reconnu que ces mêmes feuilles jouissent de propriétés éméto-calhartiqucs. En Chine, on emploie les pousses vertes de celte plante ainsi que les capsules non mûres, comme purgatives.

En dehors de son usage comme purgatif, l’huile de ricin est employée dans la préparation du collodion élastique à cause de sa solubilité dans l’alcool.

D’après M. Chereau, l’huile de ricin mélangée à l’axonge dans la proportion d’une partie d’huile pour 4 parties d’axonge, empêche cette dernière de rancir.

Usages. — L’huile de ricin sert à falsifier le baume de Copahu. Cette falsification peut se reconnaître par plusieurs procédés.

1 ° Par l’ébullition (Henry) ;

2° Par la potasse caustique (Blondeau) ;

3° Par l’hydro-carbonate de magnésie (Blondeau) ;

4° Par l’ammoniaque. La réaction doit être faite à la température de 10à 15 degrés;

5° Paf l’alcool (Fluckiger).

Ces différents procédés se trouvent décrits dans la dernière édition de Guibourt, revue par M. Planchon.

- J’ai essayé lé procédé de Fluckigcr avec des copahu renfermant depuis 0,05 jusqu’à 0,20 d’huile de ricin, et jamais je no suis parvenu à isoler l’huile d’une manière convenable ; j’ai toujours obtenu un produit résineux très-épais.

6 ° Le docteur Wagne propose le moyen suivant comme le plus sûr : on traite le copahu falsifié par 3 fois son volume de benzine de pétrole. Le mélange devient laiteux ; par le repos il s’éclaircit peu à peu et se sépare en deux couches ; l’huile occupe la partie inférieure.

Mes expériences m’ont démontré que tel qu’il vient d’être décrit, ce procédé no donne pas des résultats nets ; il faut augmenter beaucoup la quantité de carbures, et môme dans ce cas, l’on ne peut compter sur lui d'une manière absolue,, car si l’on dose la quantité d’huile séparée, on la trouve toujours trop faible. Voici les essais qui m’ont amené à ces conclusions.

Exr. n° 1. — 10 gr. copahu renfermant 0,05 d’huile ont été traités par 50 c.c. carbures passant avant 80°.

Point d’huile après 24 heures.

Exp. n° 2. — 2 gr, même mélange ont été traités par 30 c,c. du même pétrole.

Résultat négatif.

Exp. n j 3. — 5 gr. copahu renfermant 0,20 huile ont été traités par 100 c.c. du même pétrole.

J’ai obtenu 0,250 m d’huile au lieu de 1 gr. 000.

Exp. n” 4. — 5 Gr. copahu renfermant 0,20 d’huile ont été additionnés de 50 c.c. pétrole distillant entre 80 et 110 degrés.

J’ai obtenu 0,500 d’huile au lieu de 1 gr. 000.

Exp. n° — 10 gr. copahu à 0,10 d’huile traités par 50 c Garbures distillant entre 110 et 140 ont donné après 24 heures une liqueur trouble, mais n’ayant rien laissé séparer:

Exp. n° 6 . — 5 gr. copahu à 0,20 d’huile traités par 100 c.c. du même pétrole se sont dissous complètement.

Devant ces incertitudes, j’ai cherché un 7 me procédé. Il est fondé sur la réaction si féconde des alcalis concentrés sur l’huile de ricin, indiquée par M. Bouis.

Je prends 10 gr. de copahu renfermant 0,05 d’huile ; je les mets dans une capsule de porcelaine assez grande avec 10 gr. de lessive de soude concentrée et je chauffe : l’essence de copahu se dégage, la réaction de l’alcali commence et l’odeur de l’alcool caprylique se fait sentir; bientôt.elle cesso; on arrête le feu, on reprend par un peu d’eau, on ajoute dé l’acide sulfurique de manière à laisser la liqueur un peu alcaline; on filtre : on ajoute un excès d’acide sulfurique, on porte à l’ébullition, et on filtre le liquide bouillant; si on n’a pas ajouté une trop grande quantité d’eau, par refroidissement on obtiendra de l’acide sébacique cristallisé ; dans tous les cas, on constatera facilement dans la liqueur les caractères de cet acide.

Je me suis assuré préalablement que, dans ces conditions, le baume de copahu ne fournit pas d’acide sébacique.

J’opérais d’abord dans une cornue, et j’espérais arriver de cette manière à constater à la fois les caractères de l’alcool caprylique et ceux de l’acide sébacique; mais il y a là plusieurs inconvénients. 11 se produit beaucoup de soubresauts qui souvent font casser la cornue; le produit qui distille n’est jamais de l’alcool caprylique pur et quand on cherche à obtenir son éther chlorhydrique, au lieu d’avoir une odeur aromatique de fruits, on a

une odeur poivrée des plus âcres et des plus désagréables pour l’observateur.

Si l’huile de ricin était meilleur marché, on l’emploierait pour la fabrication d’un savon très-propre au décrassage de la soie. La parfumerie l’utilise pour la fabrication des savons de toilette, avec une addition de quelques gouttes d’essence de jasmin, de rose et elle se vend sous les noms les plus divers tels que : huile de macassar, huile antique etc.; mêlée à un égal volume d’alcool concentré, elle donne une flamme très-belle, tres-éelairante et très-chaude. Dans les pays peu civilisés, elle sert pour l’éclairage et d’après M. Boussingault, en Amériquo, on choisit souvent les graines les plus grosses, on en forme une espèce de chapelet, en les enfilant au moyen d’un fil de fer et on s’en sert comme d’un flambeau en allumant le graines. En Chine, en Tarlaric, dans l’Inde, à Cayenne, aux Antilles, on cultive le ricin pour un usage analogue.

Traitée chimiquement pour la préparation des acides gras, on obtient une axonge d’un blanc légèrement azuré, qui mêlée à 2/3 de graisse de mouton rectifiée produit une bougie de la plus grande beauté.

Enfin l’emploi le plus important de l’huile de ricin est dans l’industrie comme moyen de graissage ;des machines. Elle a sur toutes les matières employées successivement pour cet usage, l’immense avantage de rester adhérente au métal qu’elle protège efficacement contre le chauffage résultant du frottement et contre l’usure qu’il occasionne ; moins oxydable que l’huile d’olives, elle ne durcit pas et n’encrasse pas presque immédiatement les pièces mécaniques par la formation d’un cambouis. Elle a été reconnue d’un emploi tellement avantageux que les ingénieurs anglais et américains l’ont prescrite de préférence sur les chemins de fer de l’Inde cl de l’Amériquo. Elle est employée exclusivement pour le graissage des machines ù bord des bâtiments à

vapeur qui pa-courent les mers et les fleuves de ces deux pays. Les Anglais vont s’approvisionner à Surate, Bombay, Calcutta, mais surtout à la pointe de Galles qui est le grand entrepôt asiatique où de nombreux navires viennent charger.

L’Amérique écoule ce produit, qui pour elle aussi est l’objet d’un commerce considérable à la Nouvelle Orléans principalement et dans les autres ports des Étals du Sud.

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