‹ Etude chimique et physiologique du ricinChapitre 5 sur 28 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La plante qui nous occupe a été connue dès la plus haute antiquité : dans les prophéties de Jonas (800 av. J.-C.), on trouve le mot *ou mais sa signification est incertaine. Ce mot de y.r/t qui a passé dans le greO appartient à la langue hébraïque ou à une langue orientale. Dans Hippocrate (400 av. J.-C.), il en est question de manière à ne laisser aucun doute. Théophraste a reconnu que la forme des feuilles variait avec l’âge de la pian te. Hérodote la connaissait. Dioscoride (premier siècle de l’Ère chrétienne) l’a parfaitement décrite et a réconnu que trente graines purgent ■vïolemtnent. Il prescrivait ses semences contre les taches du visage et les marques dé la vérole. L’huile était déjà connue et ôn savait qu’elle n’était pas comestible ; on s’en servait pour l’éclairage et la préparation des emplâtres. Pline, contemporain de Dioscciride, en a aussi parlé dans plusieurs chapitres^ Il nous apprend môme comment on prépare l’huile ; on fait bouillir les semences avec de l’eau et on enlève le corps gras qui surnage. Cependant, dit-il; en Egÿpte où l’on trouve le 'Ricinus en grande abondance,après avoir fait tremper sa graine dans de l’eau et du sel, on en retire Phnilé sans la mettre sur le feu.

Gailien et MesUé font aussi mention du ricin, sous différents noms, dafts leurs ouvrages.

M. Caillaux en a trouvé des semences dans des sarcophages égyptiens, cè qui prouve que cette plante est connue depuis au moins 4000 ans et indique combien elle était estimée par ce peuple qui renfermait, dans ses sépultures, les Objets les plus précieux.

Conrad Gesner (1516-1565), après avoir rappelé les Usages déjà indiqués par Dioscoride, cibis fœdum, tucenils emplastrisque Utile, coristate que les feuilles purgent aussi, sed imbecillius. Cette propriété, aujourd'hui bien oubliée, prend de l’importance depuis que le docteur "Waghe a reconnu la présence de ‘1a ricirtihé dans Ces mêmes feuilles.

Bellon et de Lécluse savaient que le ricin, vivace dans les pays chauds;

était annuel dans les régions plus froides. Ils attribuaient à l’huile la vertu de faire croître les poils.

Valerius Cordius lui a consacré quelques lignes, et nous apprend qu’il était cultivé dans les jardins comme plante d’ornement.

Pomet (1658-1699) blâme ceux qui font le commerce de l’huile de Palma-Christi.

. Manget dans sa « Bibliotheca pharmaceutico-medica, » nous dit que les Gaulois et les Germains cultivaient le ricin, non-seulement comme plante d’agrément, mais aussi parce qu’ils lui attribuaient la propriété d’éloigner les taupes.

L’huile de ricin ne pénétra chez les apothicaires, d’une manière un peu générale, que vers 1776 ; ce fut Odier, médecin de Genève, qui, dans un voyage fait à cette époque en Angleterre, l’y vit employer sous le nom dû. Castor’ Oil, qu’elle porte à la Jamaïque, et il en préconisa l’usage dans sa patrie. Ses bons effets firent lever l’espèce d’anathème lancé contre ce mé-> dicament, par les médecins de cette époque. Encore, même en 1801, Bichat la regardait comme un purgatif dangereux.

Pierre Canvane, auteur anglais, appelait l’huile do ricin, antimoine végétal, à cause des effets qu’il lui attribuait, et dans sa dissertation de 1777, il indique les procédés de préparation par décoction et expression ; il donne le premier comme fournissant une huile facile A,rancir.

Valmont de Bomare (1731-1807) pense que Dioscoride a fait erreur en, parlant de trente graines* car,dit-il, trois graines suffisent pour causer une purgation si désagréable et si laborieuse, qu’elle semble bouleverser tout l’estomac. Les habitants du Brésil, qui sont beaucoup plus difficiles à émouvoir; que ceux de notre climat, disent qu’il y a du danger d’en donner plus de sept; grains. Le savant Rolfincius, voyant que des Indiens môme étaient morts en usant de ce purgatif, conseille aux médecins sensés de ne point faire usage de ces graines. »

Enfin, dès les premières années du xixmo siècle, l’huile de ricin devient l’objet d’observations et de travaux continuels.

En 1807, Planche en France, Rose en Allemagne découvrent sa propriété si particulière, d’être soluble dans l’alcool.

En 1809, Planche, encore, indique ses principales propriétés, les modes de préparation employés dans les Indes, sa solubilité dans l’éther ordinaire et l’éther acétique.

Hagueneau à Montpellier, Fournier, pharmacien & Nîmes, s’occupent de préparer l’huile indigène.

En 1810, Deyeux attribue à l'embryon les propriétés cathartiques des semences de ricin ; par ses expériences Limousin-Lamothe montre que cette opinion est erronée.

En 1812, Charlard nous donne, avec détails, le procédé des colonies, nous en indique un nouveau et considère comme mauvais le procédé de l’extraction par expression à froid.

Fournier, en 1814, constate la présence des pignons d’Inde dans les semences destinées à l’extraction de l’huile ; mais ce n’est pas à eux, mais bien à la pellicule du ricin lui-même, qu’il attribue les effets quelquefois trop énergiques de l’huile.

En 1820, Théodore de Saussure publie son grand travail sur les huiles, et celle de ricin fut comprise dans ses études. — La même année Faguier propose l’alcool comme dissolvant pour obtenir le produit qui nous occupe.

C’est en 1827 que paraît le travail si remarquable de MM. Bussy et Lecanu, et dont je ne dis rien ici, car j’aurai souvent l’occasion d’y revenir.

En 1856, M. Bouis fait do l’huile de ricin une étude des plus complètes, et découvre l’alcool caprylique.

A dater de cette époque, l’huile de ricin, en elle-même, n’a été, à ma connaissance, l’objet d’aucun travail spécial.

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