PRÉPARATION
Toute l’huile employée en France était autrefois tirée exclusivement de l’Amérique et des Indes, principalement du Brésil et des Antilles. Elle était presque toujours pourvue d’une grande âcreté,ctde propriétés purgatives excessives, qui ont été attribuées à certaines parties de la graine, à sa rancidité, aux moyens défectueux employés à son extraction, mais qui était dues surtout aux semences de pignon d’Inde (Gurcas purgans-adanson) qui étaient toujours mêlées en quantité plus ou moins considérable aux semences 'de ricin. D’après Merat et do Lcns, il faut ajouter à ces causes la variété de ricin employée qui est celle nommée Karapat. Aujourd’hui la fabrication de l’huile de ricin est devenue une industrie surtout italienne, et voici le procédé généralement suivi :
On brise à l’aide de cylindres ad hoc les enveloppes testacées des semences de ricin ; on les sépare au moyen du van ; on pile les amandes ou on les passe au moulin ; et on les soumet à l’action de la presse dans des sacs en coutil; la pression doit être d’abord très-ménagée, car l’huile étant très-visqueuse et ne coulant que très-lentement, on ferait infailliblement crever les sacs en allant un peu vite. M. Mayet conseille de se servir d’un filet à larges mailles fait avec la corde dite petit-fouet. Après une première expression on remanie le tourteau et on le soumet à l’action de la presse. On obtient un peu plus d’un tiers en poids des semences employées, soit environ 20 kilogr. par hectolitre de graines non décortiquées.
Si l’on ne tient pas à avoir une huile incolore, il n’est pas nécessaire de se débarrasser de l’épisperme ; dans ce cas, le produit a une couleur citrine.
Pour la clarification, il suffit de filtrer, soit à l’aide de la chaleur de l’étuve, soit avec un entonnoir spécial disposé pour la filtration à chaud.
Avant ce procédé, bien d’autres ont été décrits et employés ; j’ai rapporté, d’après Pline, la manière dont les Egyptiens opéraient pour se procurer cette huile.
Dans une lettre de M. Cassigny au ministre de la marine, on trouve décrit le mode opératoire employé à l’Sle de France au commencement de ce siècle.
Les fruits du ricin sont d’abord exposés au soleil qui dessèche le péricarpe ; les coques se détachent d’elles-mémes et mettent la semence en liberté. Ces graines, débarrassées des impuretés, sont soumises entières à l’action de l'eau bouillante. On décante l’eau et on fait sécher les graines une seconde fois au soleil. Lorsqu’elles sont sèches, on les réduit en pâte qu’on humecte avec un peu d’eau chaude, et on introduit cette pâte dans une chaudière remplie d’eau bouillante : on continue l’ébullition pendant quelque temps ; l’huile vient surnager sous forme d’écume, qu’on enlève avec une cuiller. Cette écume est mise dans une bassine ; on la porte à une douce chaleur, jusqu’à ce que l’eau soit entièrement évaporée, puis on la verse dans des vases où les parties mucilagineuses et charnues se déposent par le refroidissement ; il reste à la partie supérieure une huile claire et peu colorée.
Dans le procédé usité autrefois dans l’Inde, la chaleur était un peu plus élevée ; au lieu d’exposer les fruits du ricin au soleil, pour détacher le péricarpe, on leur faisait subir une légère torréfaction ; pour cela, on les étendait sur des plaques de fer poli, que l’on appelle platmis. Ces platmis étaient placés à la profondeur de 12 à 16 centimètres dans des fourneaux à peu près semblables à ceux que nous connaissons dans nos laboratoires sous le nom de galères. On communiquait à ces 'plaques une douce chaleur, les graines isolées étaient ainsi torréfiées légèrement, puis réduites en pâte et soumises à l’action de l’eau bouillante; l’opération était ensuite conduite comme dans le procédé précédent.
L’huile obtenue était colorée ; car la torréfaction produisait des matières
colorantes qui se dissolvaient dans l’huile; mais dans les deux cas, elle était douce et do bonne conservation. D’après Planche, elle serait moins sujette à rancir que celle produito par simple expression à froid, qui contient toujours un peu de mucilage.
En 1809, lors dit blocus continental, la difficulté avec laquelle on recevait le produit des îles, les falsifications qu’on lui faisait subir, son prix élevé, le soin qu’il fallait avoir de' le faire bouillir avec de l’eau, afin de chasser le principe âcre et volatil, dû à la présence des pignons d’Inde, engagèrent les pharmaciens du Midi de la France à préparer l’huile avec les ricins indigènes.
Haguenot à Montpellier et Fournier, pharmacien à Nîmes, furent les premiers à fournir ce produit au commerce ; ce dernier torréfiait légèrement les semences pour donner à l’huile une odeur d’amande brûlée, destinée à masquer sa saveur.
Dans le courant de la même année, Limousin-Lamothe la prépare en dépouillant les semences de leur épisperme, et les soumettant à l’action de la presse. Il la mêle ensuite à une certaine quantité d’eau et porte à l'ébullition. Il constate qu’il ne se dégage aucun principe âcre, comme on l’avait avancé.
L'extraction de l’huile de ricins indigènes fit à ce moment do tels progrès que sa préparation ne se borna plus aux départements du midi de la France, et que Charlard, en 1812, décrivit les divers procédés employés en indiquant celui qui lui semblait préférable.
Dans ses expériences, il constate que le procédé des colonies, qui consiste à faire subir aux graines une légère torréfaction, doit être abandonné, Par expression à froid, l’huile extraite est peu abondante, chargée de mucilage dont onia débarrasse difficilement et pourvue d’une grande âcreté; il donne la préférence à la préparation de l’huile au moyen do l’eau bouillante ; ce procédé, appelé procédé Charlard, diffère par quelques modifications de celui indiqué par Planche, comme étant suivi à l’Ile de France.
Voici en quoi il consiste :
Les semences sont d’abord criblées, puis mondées à la main, pour en séparer les substances étrangères, On les lave à l’eau chaude; on décante l’eau de lavage qui sort colorée, et on répète ces lotions jusqu’à ce que. l’eau sorte claire; les semences sont mises à égoutter; on les sèche, puis on les réduit en pâte dans un mortier, et on ajoute une quantité d’eau suffisante pour en faire une émulsion. On décante le liquide, on lave le, résidu, et l’on réunit les deux liqueurs que l’on passe à travers une étamine
peu serrée, le liquide est porté à l’ébullition pendant un quart d’heure, et il se ramasse à sa surface une matière épaisse et huileuse qu’on enlève avec soin ; cette matière est recueillie dans une bassine d’argent, on la soumet à l’ébullition jüsqu’à ce que le mucilage soit coagulé, et que toute l’eau interposée soit évaporée ; on passe alors au blanchet, et on obtient une huile très-douce, très-limpide et peu colorée. Les semences donnent par ce procédé un tiers de leur poids d’huile.
Il résulte aussi des expériences nombreuses, faites par Henry sur l’huile
• de ricin indigène, obtenue des semences récoltées dans les jardins de la Salpétrière, de l’Hôtel-Dieu et de l’hôpital de la Pitié, qu’elle possède les mêmes propriétés que celle des colonies, qu’elle est douce et purgative.
Le procédé d’extraction, qu’il a suivi, diffère un peu de celui de Charlard. Les graines sont légèrement torréfiées, broyées au moulin, et bouillies avec huit fois leur poids d’eau ; on enlève l’écume qui se forme et on
• remplace, de temps en temps, l’eau qui s’évapore de manière que le niveau de liquide soit à peu près constant. Henry, a, en effet, remarqué que cette addition d’eau lui donnait un rendement d’huile plus considérable. Cette écume recueillie dans une bassine d’argent est traitée comme dans le procédé Charlard. Dix kilogr. de semences donnent 3 k. 200 à 3 k. 300 d’huile. Il vaut mieux torréfier que laver à l’eau bouillante, car souvent le lavage rend l’huile opaque et difficile à éclaircir.
Par l’expression à froid, l’huile |qu’il avait obtenue, était louche, d’une ■ filtration lente et difficile, mais qu’on pouvait activer en portant l’huile dans une étuve chauffée à 35°. Cette huile n’était pas constamment douce si l’on voulait en retirer toute la quantité que la graine peut fournir, car le marc, soumis à une nouvelle pression, donne une huile d’une grande âcreté ; ce qui lui faisait préférer l’extraciton à chaud.
- En 1822, Faguier a indiqué un procédé d’extraction de l’huile de riciri, tout différent de ceux employés jusqu’alors et basé sur la propriété remarquable que possède cette huile d’ôtre soluble dans l’alcool fort ; cette propriété a été découverte, à peu près à la môme époque, par Planche, en France, et par Rose, en Allemagne.
Les ricins, privés de leur enveloppe testacée, sont réduits en pâte avec la moitié de leurs poids d’alcool à 95». On soumet le mélange à la presse, et le liquide obtenu est distillé au bain-marie, jusqu’à ce qu’on ait obtenu la moitié en poids de l’alcool employé. Le résidu de la distillation est lavé plusieurs fois à l’eau froide, l’huile surnage, on la décante et on la porte sur un feu doux pour la priver de l’humidité qu’elle contient, puis on la filtre
au papier dans une étuve chauffée à 30-35°. L’huile obtenue ainsi, d’après Faguier, est douce, claire et presque incolore. Les semences, soumises à ce mode d’extraction, fournissent 0,50 de leur poids d'huile.
En résumé, les différents modes d’extraction de l’huile de ricin peuvent se réduire à trois :
1° Préparation par simple expression à froid (Codex, 1866);
2° » par la chaleur (procédé américain, Charlard, Henry, etc.);
3° » par les dissolvants (Faguier).
L’extraction de l’huile de ricin par la chaleur, qui était préférée, et presque exclusivement employée, par ceux qui se sont occupés les premiers de la fabrication de l’huile de ricin indigène, se recommandait par sa rapidité, sa grande facilité d’exécution; mais les expériences faites par Boutron- Charlard, sur la congélation de l’huile, l’ont conduit à penser qu’elle se congelait d’autant moins, qu’elle avait été soumise plus longtemps à l’action de la chaleur. D’un autre côté, Bussy et Lecanu, dans leurs savantes recherches sur l’huile de ricin, entreprises en 1827, ont démontré que la torréfaction, une ébullition prolongée, une longue exposition à l’air développaient dans l’huile des acides particuliers, pourvus d’une grande âcretô et nuisibles à sa bonne conservation. Soubeiran ajoute, que par ce procédé, il y a moins de résine d’entraînée, et, c’est à cette résine qu’il attribue la propriété purgative, du reste, sans en avoir fait l'expérience.
Pour éviter ces causes d’altération, il faut avoir recours à l’expression à froid; cette méthode présente le seul inconvénient de demander beaucoup de temps, inconvénient largement compensé par la bonne qualité du produit obtenu.
Beaucoup de personnes se sont préoccupées de l’influence de l’épisperme; nous démontrerons, ailleurs, qu’il n’a d’autre effet que de colorer légèrement l’huile, et de changer un peu sa saveur, grâce à l’acide gailique qu’il renferme.
Deyeux avait proposé do clarifier l’huile, en la battant avec de l’eau bouillante ou en lui faisant subir une ébullition dans l’eau ; ce qui la décolore et la rend douce en goût. Mais il arrive aussi qu’après cette opération, elle ne purge plus.