‹ Etude chimique et physiologique du ricinChapitre 8 sur 28 · PROPRIÉTÉS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES

L’huile de Ricin est un liquide ayant à peu près la consistance du Baume de copahu. On peut avoir une idée de son peu de fluidité par l’expérience suivante :

Si un poids quelconque d’eau distillée met 9 secondes pour s’écouler à travers un orifice étroit, à la température de 15°, le même poids d’huile de Ricin mettra 1890 secondes. On a ainsi trouvé qu’à

7°,5 l’huile de Ricin est 377 fois moins fluide que l’eau.

. Cette dernière observation est due à M. Bouis.

Sa couleur est assez variable suivant le mode de préparation. Les huiles d’Amérique ont une couleur jaune, souvent même •assez foncée. Colle obtenue par le procédé du Codex, en opérant avec soin, est presque complètement incolore, ou a quelquefois une légère teinte verdâtre ; sa transparence est parfaite.

Elle a une odeur fade particulière, un peu nauséabonde.

Sa densité a été prise par un grand nombrp d’auteurs, qui presque tous ont donné des chiffres différents.

Température Densité

Bouis. ... 19° 0.960 Huiles de diverses provenances.

Massie. ... 15» 0.9G12

Schubler. . . » 0.9611

Cloez .... » 0.96329 Huile indigène.

— . . . . » 0.96357 Huile d’Amérique.

Vautherin . . » 0.967

Saussure... 12» 0.9699

MM. Bouis et Silbermann ont constaté qu’elle ne déviait pas le plan de la lumière polarisée. Popp a trouve qu’une solution d’huile de ricin à 0,1 dans l’alcool absolu, donnait une déviation à droite de 10°; mais il ajoute que son huile rcnfermaitde l’azotô dû probablement à la présence d’un alcaloïde et que le pouvoir rotatoire doit être attribué à ce dernier corps. Biot avait déjà constaté ce pouvoir rotatoire de certaines huiles de ricin.

A 21°, son indice de réfraction est 1,4775.

A la température de 15° l’huile de Ricin ne forme pas le chapelet ; à 30° elle donne un petit chapelet formé de deux rangs de bulles : -dans les mêmes conditions l’huile d’œillette donne 7 à 8 rangées.

Une goutte d’huile de ricin déposée à la surface de l’eau, s’étale lentement jusqu’à la circonférence du verre en produisant de belles irrisations argentées et en laissant sur les bords quelques gouttelettes peu nombreuses et qui y restent adhérentes. Ce phénomène a été étudié par M. F. Chatin sous le nom do figures de cohésion.

Sous le nom de globularité, M. Vautherin, dans sa thèse sur l’huile de croton, désigne la propriété qu’a un liquide do prendre la forme sphérique et de ne pas se mélanger immédiatement quand on le fait tomber par gouttes dans une masse de même nature que lui.

L’huile de ricin ne jouit pas de cette propriété à la température ordinaire, mais j’ai constaté qu’à 60° cette expérienco réussissait parfaitement.

L’acool absolu la dissout en toutes proportions. L’alcool à 90° en dissout les 3/5 de son poids. On peut la mélanger avec les teintures résineuses, sans qu’il s.e forme aucun précipité.

Elle est soluble, en toutes proportions, dans l’éther éthylique, le chloroforme, l’essence de térébenthine, la benzine, le sulfure de carbone.

L’éther acf'ique en dissout plus de huit parties. 100 part, bsprit de pélr.de dissolvent 10D vol. huile do ricin (Popp). La benzine do pétrole ne la dissout pas (D r Wagne).

On désigne sous le nom d’esprit ou éther de pétrole les carbures bouillant avant 100° et sous celui de benzine de pétrole Ceux qui passent à la distillation entre 100° et 140°.

Les deux faits que je viens de citer semblent en contradiction l’un avec l’autre, car il est difficile d’admettre que des corps aussi Semblables que doiventl’ètrel’éther.etla benzine de pétrole, jouissent do propriétés dissolvantes si différentes. Quelques essais m’ont donné la clef de ce petit problème. J’ai vu que l’huile de ricin dissout 0, 7 de son volume d’élher ou de benzine de pétrole et qu’il faut GO volumes d’éther de pétrole pour dissoudre 1 volume d’huile et plus de 100 volumes de benzine de pétrole.

L’huile de ricin dissout 1/105 de phosphore, le brome, l’iode, 4/15 de soufre; c’est une des huiles qui en dissout le moins ; 1/3000 d’acide arsénieux (Méhu, cxp. inédites). Il est à remarquer que de toutes les huiles qu’a essayées M. Méhu, c’est l’huile •de ricin qui dissout le plus d’acide arsénieux et le moins de •phosphore.

Elle dissout parfaitement les essences, et par un contact avec •les eaux distillées prolongé un ou deux jours, elle leur enlève * leur odeur et leur saveur.

L’huile de ricin se congèle à 14° d’après Bcrzelius ; mais le •plus grand nombre des auteurs disent à'—-18°; encore faut-il la maintenir à cette température pendant un temps assez long.

Nous avons vu que d’après de Saussure la densité de l’huile est à 12° 0,9099, à 25° 0,9575, à 94° 0,9081, En calculant d’après ces chiffres le coefficient dilatation, on le trouve égal.

" Entre 12 et 25° à 0,00153078.

! Entre 25 et 94° à 0,00078997.

Gomme on le voit, ce coefficient est très-irrégulier; mais ce

qu’il présente surtout de remarquable, c’est sa valeur qui est plus grande que celle de toutes les autres huiles et qui entre 12 9 et 25° est presque la moitié de celle des gaz (0,003670).

Planche, ayant soumis l’huile de ricin d’Amérique à l’action d’un mélange réfrigérant marquant—21° vit, que l’huile avaitconservé la môme consistance. Ces expériences furent reprises par Boulron-Charlard, qui constata que l’huile étrangère soumise à un froid de —20° ne subissait aucun changement, tandis que l’huile indigène donnait un dépôt bien marqué à quelques degrés au-dessous de 0°. Cette différence de propriété tenait au mode de préparation de l’huile, car l’huile obtenue des ricins indigènes par le procédé des Iles, ne donnait aucun dépôt par le refroidissement.

Ce dépôt, séparé de l’huile et pressé entre deux feuilles de papier joseph, a donné une matière blanche qui présentait quelques caractères de la stéarine, neutre au tournesol, soluble dans l’alcool absolu, fusible à 37°, se combinant avec la potasse et la soude pour donner un savon.

MM. Bussy et Lecanu dans leurs recherches sur l’huile de ricin, n’ont pu obtenir cotte matière blanche en quantité suffisante pour vérifier les expériences do Boutron-Charlard, mais beaucoup plus tard Scharling ayant eu à sa disposition des flacons qu’on avait remplis avec des restes d’huile de ricin, vit se former dans ces flacons un dépôt de cristaux cubiques, qu’il trouva composés d’une matière grasse, soluble dans l’alcool chaud, so séparant par refroidissement en une masse amorphe fusible à 44° et ayant l’apparence de la cire.

Cotte matière blanche saponifiée par un alcali a donné un acide fusible & 72° ; cet acide combiné à l’oxide d’argent et soumis à l’analyse par Scharling, lui aurait donné une formule correspondante à C 32 II 33 O 4 , et son point de fusion lui donnerait une des propriétés de l’acide trouvé par Saolmuller en saponifiant l’huile do ricin, acide dont la composition se rap-

procherait de celle de l’acide margarique G 32 H 32 O 1 . Ce dernier acide fondant à 60®, il est probable cependant qu’il n’y a pas identité entre ces deux acides. Ce sujet réclame de nouvelles recherches, mais la difficulté consiste à se procurer du dépôt.

Action de la chaleur.

Cette huile se charbonnc beaucoup plus vite que les autres. Si on élève progressivement sa température jusqu’à 265° en ayant soin de chauffer lentement, et de munir l’appareil d’un récipient refroidi, l’huile peut distiller complètement sans se boursoufler et l’on obtient plus d’aldéhyde œnanthylique et moins de carbures d’hydrogène que dans le cas suivant (Bouis).

Si on élève*la température un peu rapidement, il passe d’abord peu de gaz, des liquides volatils (œnanthol, eau, acide acétique) puis un liquide fixe, (mélange d’acide ricinique et élaïodique) avec dégagement d’une odeur pénétrante toute particulière. Quand le tiers environ de l’huile est passé à la distillation, si l’on continue à chauffer il y a un dégagement très-abondant do gaz (hydrogène, carbures d’hydrogène, acroléine, un peu d’acide carbonique) ; la matière restée dans la cornue s’épaissit sans se colorer, se boursoufle tout à coup sans qu’il soit presque possible d’éviter cet effet en la soustrayant à l’action de la chaleur ; il se forme une substance spongieuse, élastique, qui le plus souvent se trouve entraînée jusque dans l’intérieur du récipient.

Dans cette opération, on obtient pour 100 d’huile, 03 de résidu solide et34 de produit liquide formé d’œnanlhol pour la moitié environ. La perte s’élève à 0,03 à 0,04.

Le résidu de la distillation, qui se produit soit on opérant à l'air, soit dans un courant d’hydrogène, peut être comparé à de la mie de pain mollet, est sans odeur ni saveur, coloré légèrement en jaune, élastique et adhérent un peu aux doigts. Traité par l’alcool fort qui dissout les dernières traces

d'huile, ce résidu devient sec et friable.il est insoluble dans les huiles fixes èt volatiles, dans l’alcool et l’éther même à chaud; il est décomposablepar la chaleur et brûle avec une flamme vive.

Les acides sulfurique, azotique et chlorhydrique n’ont pas d’action sur lui ; il en est de même des alcalis caustiques en solution étendue.

Traité par une solution de potasse ou de soude contenant une partie de soude pour 4 parties d’eau,, ce résidu se dissout promptement en donnant une liqueur claire présentant les propriétés d’une dissolution de savon. Cette liqueur traitée par l’acide chlorhydrique est décomposée; il se forme une matière yiqueuse insoluble dans l’eàu, très-soluble dans l’alcool fort, de propriétés acides, donnant avéc la magnésie un composé insoluble dans l’eau et l’alcool. Cet acide est liquide à la température de 18» à 20°. Isolé par MM. Bussy et Lecanu, qui no lui ont pas donné de nom particulier, ni déterminé sa composition, l’étude de cet acide a été reprise par M. Bouis dans ses diverses recherches sur l’huile de ricin. Il lui a attribué la formule C 30H32O<>. ,

La matière spongieuse analysée par le même auteur possède la composition suivante :

Carbone.73.2

Hydrogène.10.0

Oxygène. 15.8

Le produit condensé, distillé pour on séparer les parties volatiles (acide •acétique, œnanthol, eau), donna pour résidu un produit liquide fixe, d’un jaune foncé, d’une odeur faible, d’une saveur âcre, jouissant de propriétés acides, soluble en toute proportion dans l’alcool, l’élher et dans une eau alcaline. Il se solidifie à 0°.

Ce liquide traité à 100» par 0,1 de magnésie forme une combinaison soluble dans 4 fois son poids d’alcool à 90°, ce qui le distingue des acides oléique et margarique, dont les combinaisons magnésiennes sont très-peu solubles dans l’alcool môme à chaud.

Par l’évaporation spontanée de la solution alcoolique, il s’est produit des cristaux blancs qui, rocueillis, à mesure de leur formation et décomposés par l’acide chlorhydrique, ont donné des acides gras solides possédant un point do fusion différent. Les premiers cristaux recueillis ont donné un acide : gras fusible de 15 à 20», les derniers se liquéfiant à 0».

- Ce liquide parfaitement privé d’huile volatile fut considéré par MM. Bussy et Lecanu, comme formé d’un mélange de deux acides gras, l’un solide $ l’autre liquide, qu’ils ont désigné par un nom particulier.

L’acide solide, appelé acide ricinique, est d’un blanc nacré, d’une saveur âcre et persistante qui ne se développe pas instantanément ; il est fusible à 22° et se présente alors sous la forme d’un liquide incolore, limpide, se prenant en masse par le refroidissement; d’une réaction très-acide, soluble dans le tiers de son poids d’alcool fort à 12°, une partie se dépose par refroidissement, soluble aussi dans le tiers de son poids d’éther à 18°, mais déposant en partie à 0°. Chauffé dans une cornue, il distille à une température peu élevée. La potasse, la soude forment avec cet acide un savon soluble dans l’eau et l’alcool, et précipité à l’état de sel insoluble par les sels calcaires. La magnésie s’y combine aussi pour donner un savon insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et cristallisant par évaporation spontanée de sa solution alcoolique en aiguilles blanches et nacrées.

Avec l’oxyde de plomb, il forme une combinaison très-soluble dans l’alcool et d'une réaction alcaline, sa composition centésimale est la suivante :

Carbone.73.56

Hydrogène. 9.86

Oxygène.16.58

Il diffère des acides stéarique et margarique par sa solubilité dans l’alcool, et par celle de ses 'composés magnésiens dans- le- môme liquide.

L’acide liquide, appelé acide ’élâïddiqu'e, â été isolé en soumettant le mélange des deux aeidès à un froid 'prolongé, qui solidifiait l’acide ricinique ; il possède une saveur âcre, est soluble en toutes proportions dans l’alcool, l’éther, dans l’eau légèrement alcaline ; il se solidifie â quelques degrés au-dessous de 0°.

Ses combinaisons avec la potasse et la soude sont solubles dans l’eau et l’alcool. Avec la magnésia et l’oxyde, de plomb, le produit formé est insoluble dans l’eau, mais soluble-dans-l’alcaol/ •

Il résulte de Ces‘expériences que-les produits'de décomposition de l’huile de ricin ne sont pas identiques aux acides oléïque, margarique et sébacique qui sont produits dans la décomposition de l’huile d’olives par la chaleur, .fie qui indique une composition particulière pour l’huile de ricin. Il est

remarquable que l’huile qui sert à préparer l’acide sébacique, n’en fournisse pas par la chaleur.

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