‹ Etude clinique de l'absinthisme chroniqueChapitre 5 sur 9 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Nous aurons à décrire dans ce chapitre d’une part les lésions de la tuberculose consécutive à l’absinthisme, d’autre part celles qui sont produites par l’intoxication elle-même.

A ces deux points de vue, il n’y a pas de différences à établir entre l’absinthisme et l’alcoolisme ordinaire.

Les lésions tuberculeuses observées dans les poumons des absinthiques sont caractérisées par une phthisie ulcéreuse granuleuse. Au sommet on trouve des excavations plus ou moins étendues entourées de tissu infiltré de g’ranulations confluentes. La lésion est en g^énéral beaucoup plus avancée d’un côté que de l’autre.

Dans les parties inférieures, les g*ranulations beaucoup moins rapprochées sont en g’énéral disposées en séries linéaires le long* des vaisseaux. La muqueuse des bronches et le voisinag-e des ramifications bronchiques sont en g’énéral indemnes. Ce mode de distribution des lésions est bien en rapport avec sa cause. Le tissu pulmonaire semble donc bien atteint par un défaut de nutrition g*énérale et non pas, comme dans certaines autres formes de phthisie, par des altérations en rapport avec son fonctionnement.

La g*énéralisation de la tuberculose est exceptionnelle; cependant dans deux cas les g*ang*lions mésentériques étaient malades et dans une de nos observations (obs. VI) un rein et les voies séminales présentaient des tubercules.

Quant aux altérations déterminées par l’absinthisme lui-même, on peut, comme pour l’alcoolisme, les caractériser d’un mot en disant que ce sont d'es lésions de vieillesse anticipée de tous les org-anes.

Vencéphale des absinthiques est petit, léger. Les circonvolutions sont peu volumineuses, maigres, quelquefois quelques-unes d’entre elles paraissent le siège d’une atrophie plus marquée que leurs voisines La substance cérébrale est en général très ferme entourée d’une quantité relativement abondante de liquide céphalo-rachidien.

La pie-mère présente par place et surtout à la convexité des hémisphères des plaques opalines; les granulations de Pacchioni sont abondantes.

L*arachnoïde^ saine dans la plupart des cas, peut devenir le siège d’une inflammation néomembraneuse avec ou sans hématomes. Cette pachyméningite donne lieu alors à des symptômes spéciaux (obs. VII et VIII).

Le cervelet et la moelle n’ont jamais présenté d’altérarations appréciables.

Les poumons^ outre les lésions tuberculeuses décrites ci-dessus, présentent souvent de l’emphysème à un degré assez marqué.

Le cœur a toujours été trouvé surchargé de graisse, surtout à la face antérieure.

Le système artériel dans toutes nos autopsies était relativement intact; aucun de nos absinthiques n’était athéromateux. Les seules lésions observées étaient quelques taches graisseuses à l’origine de l’aorte. Les artères cérébrales en particulier étaient absolument saines. C’est là une confirmation des idées de M. Lancereaux qui ad-

met que l’athérome artériel n’est pas produit par l’alcoolisme.

Les lésions de ïestomac étaient en général peu considérables : une coloration ardoisée de la muqueuse, quelques plaques de vascularisation, voilà tout ce que nous avons trouvé.

Le foie ne présentait dans aucune de nos autopsies de lésions cirrhotîques ; par contre ce viscère a presque toujours été trouvé atteint de dégénérescence graisseuse. Cette stéatose pouvait du reste reconnaître deux causes : Fabsinthisme lui-même et la tuberculeuse pulmonaire.

Les reins étaient aussi souvent gras; nous n’avons jamais trouvé de néphrite interstitielle.

Le système osseux était, même chez le sujets jeunes, 'remarquable par sa fragilité : les côtes se coupaient au couteau,, le crâne, où le diploé avait presque entièrement disparu, se cassait avec'la plus grande facilité.

Quant aux lésions qui occasionnent la paralysie des membres, nous n’avons eu l’occasion de les observer que dans un cas (obs. VIII). Dans ce fait il existait des lésions périphériuues contrastant avec l’intégrité des racines rachidiennes. Cette localisation des lésions est bien en rapport avec le début périphérique et la marche ascendante des accidents. Malheureusement la moelle n’a pas pu être examinée au microscope.

Comme on peut le voir, ces altérations sont les mêmes que celles que les auteurs et M. Lancereaux en particulier ont décrites dans l’alcoolisme. L’absinthisme n’a donc pas, actuellement, de caractéristique anatomique.

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