DIAGNOSTIC
Le diag’nostic absolument certain de l’absinthisme chronique ne peut évidemment reposer que sur les aveux du malade ou la connaissance de ses habitudes. Cependant en l'absence de ces renseig-nements on peut arriver à une conviction presque parfaite. Dans toutes nos dernières observations (obs. XIII, XIV, XV. XVI) cet élément de certitude manquait, mais, en présence de l’analog’iecomplèteavec les symptômes observés dans les faits précédents, l’évidence du diag*nostic était absolue.
L’aveu lui-même quand le malade y répug’ne ne doi^ être obtenu que peu à peu et avec douceur; on ne saurait trop ménag-er, répétons-le encore l’excitabilité cérébrale de ces malades.
A propos de chaque symptôme nous avons comparé l’absinthisme avec l’alcoolisme ordinaire; il est donc inutile de les mettre ici de nouveau long*uement en parallèle. Les douleurs périphériques et surtout l’hyperalg-ésie avec ses caractères constants de distribution et desiège, sont évidemment les deux symptômes qui permettront le mieux de reconnaître un absinthique. Ajoutons-y lès troubles psychiques, les hallucinations, les troubles g-énitaux. En dehors de là, il n’y a g'uère que des différences de dég*ré entre les symptômes observés chez un buveur d’eau-de-vie, et un buveur d’absinthe.
L’analgésie des extrémités, l’existence des symptômes de cirrhose hépathique montreront que s’il y a eu excès d’absinthe, il y a eu en même temps et surtout excès d’autres boissons alcooliques.
Certaines liqueurs, en particulier le vulnéraire, le bitter, paraissent jouir de propriétés toxiques qui en font un groupe intermédiaire entre l’absinthe et les autres alcooliques; malheureusement l’abus isolé, exclusif de ces liqueurs est exceptionnel.Nous avons pu observer cependant un élève en pharmacie qui buvait presque exclusivement du vulnéraire (obs. XVII). On verra que chez lui les altérations psychiques, les rêves, les hallucinations étaient analogues à celles que l’on observe chez les absinthiques; mais d’autre part cet homme présentait une analgésie généralisée qui le rapprochait des buveurs ordinaires.
Anatomiquement, comme nous venons de le voir, il n’y a aucune différence actuellement appréciable entre les organes d’une absinthique et ceux d’un autre alcoolique.
Chez la femme particulièrement, il sera parfois possible de confondre les symptômes de Tabsinthisme avec les manifestations de l’hystérie. Les rapports symptomatiques qui existent entre les'deux affections ont été indiqués plusieurs fois ci-dessus. Rappelons les grimaces et les contorsions que cause chez les absinthiques la pression dans la région leur irritabilité
et leur émotivité, l’audace de leurs négations même quand elles sont inutiles.
Certains de nos malades accusaient encore une sensation de constriction épigastrique avec gêne respi- Gaulier. 9
râ toire, sensation d’étouffenient, plus ou moins analog*ue à la houle hystérique (Obs. lit). En l’absence d’aveux ou de renseig'neraents Je diag’uostic pourra rester quelque temps incertain. Ici encore c’est l’hyperalg’ésie, le caractère des rêves, des troubles g’astriqlies qui auront la plus g-rande valeur diag’noütique.
Chez l’homme même J\1 . Lancereaux (leçon oitée)croit que, dans la plupart des faits cités comme des exemples d^hysténe, il s’ag-issait d’absinthisme aigai ou chronique.
Les accidents parétiques de l’absinthisme pourront être pris parfois pourie début d’une affection médullaire; dans ce cas c’est encore l’existence de rhyperalg’ésie,des sensations du picotement et des douleurs périphériquesqui éclaireront lediag-nostic. La symétrie,la marche ascendante, la g*énéralisation aux quatre membres des accidents empêcheront aussi de conclure à une altération limitée de l’axe médullaire.