CHAPITRE VII
Historique de la question.
Avant de formuler nos conclusions, nous voulons passer en revue les travaux antérieurs au nôtre sur le mème sujet, Il n’est pas besoin de remonter bien loin pour rassembler tou-
tes les données intéressantes sur les divers points que nous
avons essayé de mettre en lumière.
En 1865, Théas, dans sa thèse inaugurale (De quelques considérations sur le cordon ombilical) nous donne une connaissance exacte des divers résultats acquis à cette époque:
Pour la date de la chute du cordon (1), il rapporte la statistique de Billard comprenant 86 cas et qui place la chute normale au 4° ou 5° jour, puis celle de Bouchaud comprenant 80 cas et qui donne le maximun au 5° jour et il adopte lui-même cette dernière date du 5° jour, malgré les statistique de Winckel qui a constaté que la chute avait lieu dans la moitié des cas le 3° jour et dans un quart le 4° jour.
Passant à la recherche des influences (2) qui peuvent modifier cette date, il s'exprime ainsi : « la chute du cordon est d'autant plus prompte que l'enfant est plus gros, plus pesant et plus vigoureux. Elle est au contraire retardée quand l’enfant est petit, grêle, faible. Telle est l'opinion de M. Depaul
(1) Taéas, thèse de Paris, 1865, p. 26.
(2) Tuéas, thèse de Paris, 4865, p. 27.
qui, pour la démontrer, a fait le relevé de 80 accouchements où il a pris avec le plus grand soin le poids de lenfant, l'heure de sa naissance et l’heure de la chute du cordon. M. Depaul ayant eu l'extrême obligeance de me communiquer ce relevé, je l'offre aux yeux de mes lecteurs, qui pourront voir presque d’un seul coup d'œil que le temps écoulé entre la naissance et la chute du cordon est en général plus considérable chez les enfants qui ne pèsent que 2000 grammes que chez ceux qui pèsent de 3000 à 4000 grammes. »
Cette statistique de Depaul se retrouve d’ailleurs dans l’article « Nouveau-né » du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publié en 1879. Et il est intéressant de voir de quels commentaires le Professeur Depaul lui-même l’accompagne.
« Il n’est pas rare, dit-il, que le travail de séparation soit entièrement achevé à la fin du 5° ou dans le courant du 6* jour. C’est en effet vers cette époque que la chute du cordon s’observe communément ; mais que de variétés on peut constater sous ce rapport. Je l’ai notée au bout de 36 et 48 heures et, dans un cas seulement, le 13° jour. Comment expliquer ces différences ? » Etil ajoute, après avoir donné 4 tableaux comprenant les 80 cas de sa statistique : « Chacun d'eux comprend des enfants de poids différent et cependant l’époque de la chute du cordon ne présente pas de différences assez sensibles, pour permettre d’en tirer sous ce rapport des conclusions bien positives (1). »
« On a dit, c’est encore le professeur Depaul que nous citons, que plus le cordon était gros et plus il fallait de
(4) Depauz, Dictionnaire encyclopédique des .sciences médicales, art. Nouveau-né, p. 542.
Sat Ress
temps... Je ne nie pas dans une certaine mesure l'influence
de ces conditions (volume du cordon et poids de l'enfant),
mais elles sont bien loin d'expliquer toutes les variétés, et il est bien probable que la marche plus ou moins rapide de
l’ulcération éliminatrice est régie par d’autres lois qui nous
échappent et qui se rattachent à l’activité fonctionnelle propre à chaque enfant » (1).
Or cette recherche de l'influence que peut avoir l’organisme de l'enfant sur l'élimination du cordon est très difficile à faire, à cause de la complexité des éléments qui entrent en jeu. Winckel, en donnant le 3° jour comme date de la chute normale du cordon, avait ajouté que cette chute coïncide avec l’augmentation du poids de l’enfant (2). Et Bouchaud chercha à vérifier l’exactitude de cette coïncidence (3). « N'ayant trouvé nulle part, dit-il, de statistique qui püt nous renseigner sur ce point, nous présentons les résultats de 80 faits que madame Alliot a bien voulu relever sur notre demande, en tenant compte de l’heure de la naissance et de l'heure de la chute. » Et voici ses conclusions: « Tout ce qu'on peut dire de la chute du cordon, c'est qu'elle est un peu plus prompte quand la nutrition est active, que dans les cas opposés. C'est surtout quand l'élimination n’est pas franche, mais s'accompagne de phénomènes inflammatoires que le retard est prononcé... la grosseur de l’appendice est une cause de retard dans cette élimination (4). »
(4) Dict. encycl. des sc. médic., Art. Nouveau-né, page 542.
(2) Wincke, cité par Théas, Paris, 1865, page 26,
(3) Boucaun, De la mort par inanition et Etudes expérimentales sur la nutrition chez le nouveau-né, Thèse de Paris, 1864, page 29.
(4) 1d., Thèse de Paris, 1864, page 30.