OBSERVATION XXI
Service de M. le Professeur HAUSHALTER (Pouponnière)
Broncho-pneumonie
Absence de réaction. — Mort.
B... C., bébé de onze mois, est amené le 1 mars à l’hôpital par ses parents, parce qu'il a depuis plusieurs semaines de la diarrhée et qu’il tousse depuis quatre à cinq jours. Le père, ouvrier en chaussures, vingt-huit ans, paraît bien portant; la mère, âgée de dix-huit ans, ne présente aucune tare physique
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apparente. L'enfant est soumis à l’allaitement mixte, sein et biberon; il est pâle, chétif, très amaigri, vomit fréquemment et a une diarrhée verdâtre et fétide. On constate, à la percussion, de la submatité au sommet du poumon droit, submatité qui s'étend en avant jusqu’au niveau du mamelon, ep arrière jusqu’au dessous de l’épine de l’omoplate. L’auscultation fait percevoir des râles humides disséminés dans les deux poumons, un souffle tubaire léger et de nombreux râles sous-crépitants fins au niveau de la fosse sus-épineuse droite. La température est à 38; le pouls est régulier, égal, bien frappé. On applique des cataplasmes et on donne des bains sinapisés.
Le 3 mars, la température est à 39 6; les symptômes pulmonaires n’ont pas cédé.
Le 6 mars, la température est à 400; état général mauvais. On fait une injection de collargol; on continue les bains sinapisés.
Le 8 mars, la température est à 39° 6. Il s’est produit de l’engouement des bases; l’enfant est atone, sans réactions. Les jours suivants, l’état général reste très précaire ; la température se maintient aux environs de 40°.
Le 17 mars, les symptômes s’accentuent; la température reste à 40°. On pratique une injection intrafessière de cinq cc. de collargol, une injection sous-cutanée de cinquante cc. de sérum de Quinton.
Le 19 mars, en présence de la gravité croissante de l’état général, on tente de provoquer un abcès de fixation en injectant sous la peau du flanc gauche un ce. d’huile térébenthinée, selon la formule :
Essence de térébenthine bouillie.... 4 gr.
Huile d’olives lavée et stérilisée..... 16 gr.
Le soir, il se fait une chute brusque de température de 41° à 370 6.
Le 20 mars, l’état général reste très mauvais; la piqûre n'a pas sensiblement donné de réaction, on ne perçoit qu’un léger empâtement de la largeur d’une pièce de cinq francs à son niveau.
Le 21 mars, seconde injection de thérébentine mitigée dans le flanc droit. L’enfant meurt dans la soirée.
A la lecture des vingt et une observations cliniques que nous venons de résumer, l'impression première, peut-être un sentiment d'incertitude sur la valeur curative de la méthode de Fochier. C’est que ces relations ne sont pas le résultat d’une sélection; nous avons publié celles qui concernent des échecs aussi bien que celles qui se rapportent à des succès.
Plus peut-être qu'une victoire une défaite est un enseignement, et c’est l'étude de tous ces faits, heureux ou malheureux, qui nous a permis de discerner, au milieu des opinions si diverses et parfois contradictoires des différents auteurs qui ont traité de la pyogénèse artificielle, où se trouvait la vérité. C’est cette étude surtout qui nous a fourni des données exactes sur les indications et la technique de l’abcès de fixation.
Il nous a paru intéressant de faire suivre ces observations d’un tableau résumant les résultats obtenus dans l’ensemble des cas publiés jusqu'à ce jour. Cette statistique montre que si la méthode de Fochier n’est pas, non plus que toute autre, infaillible, elle est du moins supérieure à bien d’autres plus vantées ou plus employées.