CHAPITRE II
Histologie et Anatomie pathologique des
polypes du méat : Leurs causes. Leurs formes. Leur siège.
Malgré le grand nombre de médecins et de chirurgiens qui sé sont occupés des polypes de l’urèthre, Phistologie de ces tumeurs laisse encore beaucoup à désirer. Les documents relatifs à ce sujet sont rares et ne concordent pas entre eux. Toutefois, après les lectures que nous avons faites sur cette question, nous pensons que l’on peut diviser les polypes du méat en : polypes muqueux, polypes vasculaires, polypes glandulaires, ou adénomes, polypes papillaires. — • Ajoutons toutefois, dès maintenant, qu’en
clinique, ces quatre types sont souvent réunis.
• * a). Les polypes muqueux simples sont formés par
une hypertrophie partielle de l’épithélium uréthral.
Ce sont les plus rares. Us ne se rencontrent guère que chez les jeunes filles, ou chez les vieilles femmes. -
b) . D’après Da Camin, bon nombre de polypes du méat sont de nature vasculaire.
« La nature vasculaire de ces tumeurs est prouvée, dit-il, par là congestion qu’un contact irritant, la marche, la station verticale y développent, par la coloration rouge et la délicatesse de leur texture, par la facilité et la promptitude de leur reproduction, par la rapidité avec laquelle elles se flétrissent, une fois étranglées à leur base. »
c) . Les polypes glandulaires du méat, ou adénomes, sont rares.
La muqueuse uréthrale, pourvue de glandules en tube et en grappes, peut devenir le point de départ de petits adénomes. En 1865, Giraldès publia une observation relatant, dans le canal d’une petite fille» la présence de polypes folliculaires, développés dans fespace sous-muqueux, par suite de la rétention de mucus dans les follicules. C’était une tumeur transparente et gélatineuse, et l’examen microscopique avait démontré l’hypergénèse des follicules de la muqueuse.
Plusieurs cas de cette sorte ont été rapportés.
Un fait relativement récent (1886), observé par
M. Troquart, et dans lequel l’eXamen histologique de la petite tumeur fut confié à M. Arnozan, ne laisse aucun doute à cet égard. Le microscope vint, en effet, démontrer qu’on avait affaire à un adénome tabulé, à cellules cylindriques.
d). Les polypes du méat sont le plus souvent développés aux dépens des papilles de la muqueuse.
Toutefois, il est rare de voir ces tumeurs formées uniquement par l’épithélium, ou par les vaisseaux, ou encore parles glandes, ou enfin par les papilles. Le plus souvent ces quatre types sont réunis.
En 1889, Dubar, dans le Bulletin médical du Nord , publia une observation relative à l’histologie d’un polype du méat.
« En résumé, écrit-il, le polype est formé par un tissu fibro-myxomateux, ne contenant aucune trace
de nerfs, très vasculaire, recouvert par un épithélium cylindrique. Les divers éléments de la muqueuse uréthrale ont pris part à sa formation : épithélium tissu muqueux, papilles et glandes, quelques-unes hypertrophiées. De plus, la présence de nombreux îlots de fibres musculaires lisses, tant dans la tumeur que dans son pédicule, indique que la couche musculeuse de l’urèthre a participé à sa formation ».
Citons encore, pour terminer cette question, l’observation suivante de MM. Binaud et Chavannaz, recueil-
lie dans la Gazette hebdomadaire des Sciences médicales de Bordeaux , 1896, et relatée sous le titre de : Polype de l’urèthre chez une femme de 23 ans.
«... Un fragment de la tumeur a été traité par la méthode de Golgi, pour la recherche des nerfs. On a traité de la même façon la portion de la muqueuse cérébrale où se faisait le point d’implantation. Il n’existe de filets nerveux que dans ce dernier point : le polype paraît en être dépourvu. Au point de vue histologique, après fixation par le sublimé, la tumeur est constituée par une végétation de la muqueuse de l’urèthre, et à la périphérie se trouve une bordure très épaisse d’épithélium pavimenteux stratifié, qui pousse dans la profondeur du chorion des prolongements volumineux très découpés. Les papilles sont très accusées. La tumeur a, par places, l’aspect papillomateux.Le stroma du chorion est constitué par du tissu conjonctif jeune,, muqueux, infiltré de cellules embryonnaires, parcouru par de nombreux vaisseaux gorgés de sang, et traversé çà et là par des suffusions sanguines récentes ou anciennes. Le point d’implantation est représenté par un repli de la muqueuse très papillaire. On ne trouve pas de glandes dans le corps de cette tumeur qui est un polype fibro-muqueux. »
Les polypes du méat se montrent chez la femme, surtout vers l’âge de 20 à 30 ans. Cependant ils peu
vent survenir dans un âge beaucoup plus avancé. Une femme de 78 ans fut opérée d’une de ces tumeurs par le Dr Dubar. On peut les rencontrer également chez les jeunes filles, et même chez les enfants.
Dans Furèthre d’une petite fille de 4 ans, Giraldès trouva deux polypes pédiculés, dont le plus gros avait la forme et le volume d’un marron d’inde.
M. Rufz a également rencontré ces tumeurs chez des fillettes de 10 ans ; M. Roux, chez une jeune fille de 15 ans; M. Velpeau, chez une autre jeune fille de 16
ans.
Dans ce cas, si pour une raison quelconque, les polypes viennent à saigner, l’hypothèse d’un viol peut être admise par les parents. Toute la sagacité du médecin est alors nécessaire, et un examen sérieux de l'hymen est indispensable pour prévenir de grossières erreurs.
Les anciens, qui connaissaient peu ces tumeurs, leur attribuaient à tort une origine syphilitique.
Chez les enfants et chez les jeunes filles les polypes du méat peuvent se produire sans raison apparente, mais sont ordinairement causés par la malpropreté des organes génitaux ou encore par la masturbation.
Chez les femmes adultes, ces tumeurs se sont quelquefois montrées après un écoulement blennorrhagique.La leucorrhée peut également les produire.Mais le
plus souvent les polypes du méat n’ont pour cause que la vitalité même des organes génitaux-urinaires, vitalité sans cesse modifiée et accrue soit par la congestion périodique que les menstrues y entretiennent, soit par l’exercice du coït qui en exalte la sensibilité.
Ces tumeurs ont ordinairement la forme et le volume d’un petit haricot, quelquefois d’une cerise, et même d’un marron. Chez une femme de 78 ans, le Dr Dubar a trouvé un polype de l’urèthre qui avait la grosseur d’une châtaigne.
LeD1 Desguin, d’Anvers, a opéré en 1895’, une jeune fille de 17 ans qui portait dans le méat un polype pesant 160 grammes.
Certains polypes présentent une forme circulaire et s’étalent en entonnoir.
Le plus souvent, il n’existe qu’une tumeur. Quelquefois on en rencontre deux, ou davantage.
Les polypes du méat sont toujours pédiculés, mais le pédicule peut présenter une circonférence plus ou moins grande ,
Sa base d’implantation est ordinairement située tout près de l’orifice. Parfois, elle se trouve à 9 ou 10 millimètres de profondeur.
Au début, ces polypes sont contenus dans le canal uréthral ; leur croissance est alors lente.
Mais, tôt ou tard, si oa n’intervient pas, la tumeur
s’épanouit à l’extérieur, et présente une surface granuleuse, multilobée, qui toujours s’accroît et s’ulcère.
Dans ce cas, le méat et l’orifice vaginal peuvent être en partie cachés par le polype.
On a rencontré ces tumeurs sur la paroi supérieure du canal, ainsi que sur la paroi latérale. Elles sont situées le plus souvent à la partie inférieure de l’urèthre .
Huguier attribuait ce siège de prédilection à l’hypertrophie fréquente de la petite crête raphéale, dont Jarjavay a signalé la grande vascularité.