ET DU MÉAT URINAIRE
(Procédé de M. H. Delagénière, du Mans).
Les moyens de traitement que nous venons d’exposer sont faciles et à la portée de tous. Mais, outre les inconvénients particuliers à chacun d’eux et que nous avons énumérés, aucun de ces procédés ne met à l’abri des récidives. Pour preuve, il suffira de lire les observations publiées dans le chapitre qui va suivre.
De plus, avec les polypes du méat coïncide souvent un prolapsus de la muqueuse uréthrale, prolapsus presque toujours secondaire, dû à l’irritation constante de la muqueuse par la tumeur, et à la conséquence de l’obstacle mécanique causé par cette dernière.
La muqueuse uréthrale, par suite de son contact
permanent avec le polype, se boursoufle, puis prolabe au dehors. L’obstacle étant double, l’effort de miction augmente. Alors, sous la pression du liquide, si pour une raison quelconque, le canal de l’urèthre a été affaibli dans un point de son trajet, il adviendra que le canal cédera dans cette partie comprimée et plus faible. L’uréthrocèle est alors constituée.
« Il résulte de ces considérations pathogéniques, écrit M. H. Delagénière, à l’amabilité duquel nous devons ces notes, que le même traitement chirurgical doit être appliqué dans ces trois ordres défaits, et qu’a priori le traitement chirurgical doit d’abord supprimer l’obstacle à l’écoulement de l’urine, c’est-à-dire supprimer le polype et la muqueuse, et enfin, porter remède, s’il y a lieu, au défaut de tonicité d’une portion de l’urèthre. C’est parce qu’ils ne remplissent pas ce triple but que les différents traitements préconisés sont le plus souvent inefficaces, et que la récidive des accidents observés est presque la règle ».
Parlant de la ligature, de la cautérisation et de l’excision des polypes du méat, M. Delagénière ajoute: « Tous ces moyens ont l’inconvénient de n’enlever qu’une portion du mal. Le polype principal enlevé, d’autres plus petits, gênés par sa présence, se développent à leur tour, et la muqueuse malade continuera à préparer son prolapsus».
Pour tous ces motifs, M. H, Delagénière, «abandonnant les anciennes méthodes, emploie le procédé suivant, dont il décrit lui-même la technique opératoire en ces termes :
Technique opératoire. — La malade étant placée dans la position de la taille périnéale, les jambes fortement relevées, on découvre le méat en écartant les petites lèvres, et on explore avec soin l’urèthre.
Deux cas peuvent se présenter: avec les polypes du méat, il y a, ou il n’y a pas de dilatation de l’urèthre.
1» Il rfy a pas d’uréthrocèle. On pratique une incision en raquette, dont la boucle circonscrit le méat, et dont la queue descend sur la ligne médiane, dans la direction de l’urèthre, dans une étendue de 15 millimètres environ . Le méat, puis l’urèthre, sont alors disséqués avec précaution et isolés. Cette dissection peut se réduire à celle de la muqueuse seule, s’il n’y a pas de déformation trop considérable de l’urèthre. Dans le cas contraire, on devra disséquer plus large-
ment, et enlever toute l’épaisseur du conduit.
Lorsque la dissection est terminée, on exerce sur le conduit disséqué des tractions douces et modérées, afin de se rendre compte de l’étendue de glissement dont il est capable. Cette descente de l’urèthre, comme dans le procédé de Whitehead pour les
hémorrhoïdes, doit être suffisante pour permettre la résection de toutes les parties malades de l’urèthre. Cette partie malade qui contient tous les polypes de la muqueuse prolabée, est sectionnée transversalement d’un coup de ciseaux.il faut alors procéder à la suture de l’extrémité sectionnée de l’urèthre, aux bords de la plaie circulaire faite autour de l’ancien méat. Ces sutures seront faites à points séparés, de préférence avec des crins de Florence fins. Quatre ou cinq crins suffiront à cette suture .
Lorsque le nouveau méat sera ainsi reconstitué, on terminera l’opération par un ou deux points de suture sur la muqueuse vaginale incisée par la queue de la raquette au-dessous du méat.
2 0 H y a de V urêthrocèle . — L’incision aura alors la forme d’un 8, à boucle inférieure très allongée, et
beaucoup plus considérable que la boucle supérieure.
La boucle supérieure circonscrira en effet le méat urinaire, tandis que la boucle inférieure devra circonscrire la dilatation uréthrale, et même s’en écarter de quelques millimètres tout autour.
Le lambeau inscrit dans la boucle inférieure de l’incision sera disséqué et enlevé. Cette dissection se fera avec précaution, surtout sur la ligne médiane, pour ne pas ouvrir la dilatation de l’urèthre. Lors-
qu’elle sera terminée, et le lambeau enlevé, on disséquera avec soin le méat et la terminaison de l’urèthre. Cette dissection du conduit devra être poussée jusqu’à la dilatation de l’urèthre, et même empiéter un peu sur elle. A ce moment, la descente du conduit disséqué sera facile, et on verra la dilatation de l’urèthre disparaître sous le tronçon. Si cette dilatation était ampullaire, et si, par suite, elle ne disparaissait pas complètement, rien ne serait plus simple que de pratiquer une résection elliptique, suivie de suture, et de continuer l’opération comme d’habitude.
Lorsque l’urèthre est descendu, on résèque la partie exubérante, puis on reconstitue le méat, comme dans le cas précédent. Enfin, on suture le vagin comme dans toute colporrhaphie.
Soins consécutifs. — Dans aucun cas, on ne laisse de sonde à demeure. Le cathétérisme est habituellement pratiqué une ou deux fois, puis on laisse la malade uriner seule. On prescrit matin et soir une injection vaginale d’eau stérilisée. Enfin, on maintient sur la vulve, . un bandage en T, avec un tampon de coton stérilisé. Le huitième jour, on enlève les fils? et le douzième jour, la malade est considérée comme guérie.