CHAPITRE VIII
Observations.
Observation I (Inédite).
Polypes volumineux de Vurèthre. — Résection de Vurèthre. — Guérison.
Fillette de 7 ans, demeurant à Tennie (Sarthe), présente à l'orifice du méat urinaire une tumeur rouge vif, saignante, grosse comme une noisette, qui la fait horriblement souffrir pendant les mictions. Autour de la tumeur principale, qui paraît pédiculée près du méat, on peut voir des petits mamelons rouges; ces petits polypes sont seulement visibles quand on déplace la tumeur principale.
Ces polypes de l’urèthre ont été traités par des cautérisations au thermocautère, cautérisations restées sans résultat .
En raison de la présence des petits polypes qui tapissent la muqueuse de l’urèthre autour de la tumeur
principale, M . le D** Delagénière décide de pratiquer la résection de la terminaison de la muqueuse urétrhale, qui contient seule des polypes.
Opération. — Le 13 novembre 1893, avec l’assistance du Dr Lucillieux, de Conlie. — Après anesthésie au chloroforme, le méat est circonscrit par une incision circulaire; la muqueuse uréthrale est disséquée et descendue dans une longueur de quinze millimètres environ . Les polypes sont ainsi entraînés avec la muqueuse, puis celle-ci est sectionnée transversalement. L’opération est terminée en fixant la muqueuse saine de l’urèthre à la muqueuse du vestibule, au moyen de points séparés au catgut
Les suites opératoires ont été des plus simples. La malade a uriné seule dès le soir de l’opération; la guérison s’est effectuée sans incident, et s’est maintenue parfaite depuis.
Observation II (Inédite).
Polypes multiples du méat urinaire. — Résection de la terminaison de V urèthre. — Guérison.
La nommée L..., âgée de 62 ans, habitant Le Mans, entre à la clinique du Dr H. Delagénière, pour de l’incontinence d’urine et douleurs vives pendant la miction. Elle a subi divers traitements, entre autres la cautérisation au thermocautère. Elle affirme qu’on lui a appliqué sur son méat de la pâte à cautère (caus-
tique de Vienne). Tous ces procédés sont restés sans effet. Les cautérisations faites au nitrate d’argent jusqu’au col -vésical, ont seules produit une amélioration passagère à la malade.
Elle dit souffrir depuis l’âge de 40 ans.
Elle présente un méat entr’ouvert, déformé, à travers lequel on aperçoit des petits mamelons rouges d’aspect framboisé. Avec la sonde, on peut se rendre compte que ces mamelons occupent seulement le dernier centimètre de l’urèthre : les uns sont gros comme des pois, d’autres comme des grains de blé, la plupart sessiles saignent au moindre contact ; l’urine s’écoule goutte à goutte, et la malade est constamment, mouillée.
Opération. — Le 1er décembre 1896, avec l’assis-, tance du Dr Royer, M. Delagénière pratique la résection de la terminaison de l’urèthre, enlevant environ quinze millimètres du conduit. La descente du bout supérieur s’effectue facilement, et la suture au vestibule est faite au moyen de crins de Florence.
Suites très simples ; disparition de l’incontinence d’urine; guérison radicale maintenue depuis.
Observation III ( Inédite )
Polypes multiples de V urèthre amenant de la rétention d’urine. — Résection de l’urèthre terminal. — Guérison .
La nommée L..., âgée de 63 ans, demeurant au Mans, est adressée à M . Delagénière par le Dr Vincent.
Elle souffre depuis deux ans de troubles urinaires. Depuis deux mois elle présente dés crises douloureuses avec rétention d’urine. Localement, le méat est déformé et distendu par' des tumeurs polypeuses resserrées les unes contre les autres, et présentant un aspect mûriforme; on passe difficilement, et au prix de douleurs vives, une sonde, à travers ces bourgeonnements jusque dans la vessie.
Opération. — Le 12 mai 1900, le Dr Delagénière pratique comme à l’ordinaire la résection de la terminaison de l’urèthre. Il résèque ainsi 2 centimètres de longueur du conduit, jusqu’à ce qu’il soit bien certain d’avoir dépassé toutes les parties malades.
Les suites sont simples, et la guérison est parfaite. La malade vidant mal sa vessie depuis quelque temps, il est indispensable de lui faire des lavages pour guérir sa cystite. Cette cystite est complètement guérie à la fin de juin. Depuis, excellente santé, miction normale.
Observation IV (Inédite).
Polypes et prolapsus de V urèthre. — Résection de la
terminaison de lamuqueuse uréthrale. — Guérison.
La nommée D..,, âgée de 51 ans, demeurant à Sillé-le-Guillaume, est envoyée à la clinique de M. Delagénière par le Dr Vincent,
Cette malade souffre beaucoup quand elle urine, parfois même ses mictions contiennent du sang. Elle présente au niveau du méat une tumeur rouge, saillante, grosse comme un haricot, et pédiculée sur la face inférieure de Furèthre. La muqueuse du conduit fait issue à travers le méat, constituant un prolapsus circulaire complet.
Cette malade a été cautérisée à plusieurs reprises au thermocautère, et deux fois la petite tumeur a été touchée avec de l’acide chromique. Le résultat de ces divers traitements a été absolument négatif. '
Opération, — Le 27 février 1896, la malade est anesthésiée avec de l’éther. Une incision circulaire est menée autour du méat, la muqueuse du conduit est disséquée. et descendue, absolument comme la muqueuse du rectum dans l’opération de Whitehead pour les hémorrhoïdes. Cette descente de la muqueuse est arrêtée quand on est arrivé dans les parties saines, puis on la sectionne transversalement, enlevant à la fois la muqueuse et la tumeur. On termine l’opération en suturant par 4 ou 5 points de catgut la muqueuse descendue à la muqueuse du vestibule.
Les suites sont très simples; guérison sans incident maintenue en février 1898, dernière fois que la malade a été revue.
Observation V (Inédite) .
Polypes de V urèthre avec 'prolapsus de la muqueuse
et fissures marginales. — Résection de la terminaison de V urèthre . — Guérison .
La nommée J. . ., âgée de 42 ans, habitant Paris, est adresséeàM. Delagénière, par le Dr Bolognesi, du Mans.
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Cette malade souffre beaucoup lorsqu’elle urine ; elle a été soignée depuis deux ans par un grand nombre de médecins qui ont employé les cautérisations répétées au thermocautère, et à deux reprises l’excision des tumeurs les plus sensibles.
Le méat est déformé : en écartant les bords, on aperçoit des petites tumeurs framboisées, et un bourrelet circulaire formé par la muqueuse prolabée. Sur cette muqueuse, on découvre plusieurs fissures superficielles, qui sont le point de départ de cuissons insupportable pendant la miction.
Opération. — Le 11 décembre 1899, M. le Dr Delagénière pratique autour du méat une incision circulaire, puis dissèque et descend l’urèthre dans une longueur de 15 millimètres. Lorsqu’il est certain d’avoir dépassé la hauteur du mal, il sectionne l’urèthre transversalement, puis suture le conduit à la muqueuse vulvaire .
Les suites sont simples, et la guérison est parfaite. Le résultat s’était maintenu excellent plus de six mois après l’opération.
Observation VI (Inédite).
Polypes de l'urèthre et urèthrocèle. — Résection de la terminaison de l’urèthre. — Guérison.
Il s’agit d’une femme de 46 ans, habitant Sablé. Cette malade présente des troubles de la miction caractérisés par la dysurie et une cuisson constante dans le canal. A l’examen, on trouve le méat déformé, distendu par des polypes de la muqueuse, entassés les uns sur les autres, et constituant ensemble le volume d’une petite noisette. La pression exercée sur cette tumeur fait sourdre un liquide muco-purulent à travers les polypes et le méat. La malade a subi plusieurs cautérisations au thermocautère, et n’en a jamais éprouvé de soulagement.
Opération. — Le 14 novembre 4895, avec l’assistance de M. Vincent, le Dr Delagénière pratique l’opération suivante : Il mène une incision en forme de 8, dont une boucle, plus petite, circonscrit le méat, et une boucle plus grande fait le tour de la dilatation ovalaire de l’uréthrocèle.
M. Delagénière incise la muqueuse vaginale circonscrite par la boucle inférieure, en prenant soin de ne pas pénétrer dans la cavité de l’uréthrocèle. Puis, isolant le méat, il dissèque l’urèthre contenant les polypes, puis l’uréthrocèle. En exerçant une légère traction sur le conduit, celui-ci s’allonge : la dilatation de l’urèthre disparaît, et l’appareil reprend une forme rectiligne.
M. Delagénière résèque transversalement la portion
exubérante descendue, et fixe l'extrémité du conduit coupé à la muqueuse du vestibule. Ainsi fixé, l’urèthre paraît normal. L’opération est terminée en suturant le vagin sur la ligne médiane, de façon à former une bonne colporrhaphie antérieure qui puisse soutenir et maintenir l’urèthre.
Les suites sont très simples, tous les troubles de la miction disparaissent. M . Delagénière a eu l’occasion de revoir la malade, le 5 octobre 1900. L’état local était parfait, la guérison de l’uréthrocèle parfaitement maintenue, et on ne trouvait nulle part de polypes sur la muqueuse du méat.
Observation YII (Inédite).
Métrite , uréthrocéle récidivée et rectocéle. — Polypes de V urèthre. — * Curettage, colpo-périnéorrhaphie , et résection de la terminaison de V urèthre .
Femme de 50 ans, opérée il y a 11 ans par le professeur Duplay. L’opération a consisté en une excision en côté, de Nulon, d’une portion de la poche et réunion. La malade fut momentanément soulagée, mais 1a. dysurie recommença. Elle subit une nouvelle opération en 1896, et deux fois fut cautérisée au thermocautère pour des polypes de l’urèthre. Elle continua à souffrir en urinant, et vint consulter le Dr Delagénière en 1897. Ce chirurgien constata l’existence d’une métrite parenchymateuse, avec un 1er degré de prolapsus, accompagné de cystocèle et d’ uréthrocèle,
et enfin d’affaissement du périnée. Le méat urinaire était entrouvert, et laissait apercevoir quelques productions polypiformes, qui avaient été énergiquement cautérisées. L’uréthrocèle enfin, s’était reproduite. En introduisant une sonde par te méat, on pénétrait dans une cavité située à environ un centimètre en arrière du méat ; cette dilatation, cependant, ne contenait pas de liquide purulent, quand on appuyait avec le doigt pour faire refouler le liquide par le méat.
Opération. — Le 3 juin 1894, le Dr Delagénière pratiqua l’opération suivante.
L’utérus est abaissé et curetté; puis un large lambeau ovalaire, partant du col de l’utérus jusqu’au méat urinaire, est excisé, de façon à faire une large et solide colporrhaphie se prolongeant jusqu’au méat* Le méat est alors circonscrit par une incision, puis l’urèthre est disséqué dans une longueur suffisante pour dépasser la muqueuse malade, et atteindre la dilatation de l’urèthre. Lorsque l’urèthre est isolé, une légère traction rétablit son calibre normal : il suffit, alors de réséquer .la portion terminale et abaissée du conduit, puis de suturer la portion restante à la muqueuse de la vulve. La colporrhaphie est alors terminée. M. Delagénière pratique enfin une large péri-
néorrhaphie par dédoublement.
Les suites opératoires ont été très simples : la malade s’est rétablie complètement et n’a plus jamais souffert de la résection. Revue dernièrement, le résultat est resté parfait.