OBSERVATIONS PERSONNELLES
* Obs. VII. (résumée). — B..., 19 ans, infirmière à l'hôpital Cochin, vint nous trouver parce que souffrante; depuis dix jours, elle est grippée (coryza, catarrhe des voies respiratoires supérieures, fatigue générale, céphalée).
Dans la nuit du dixième jour de la maladie elle est prise brusquement d’un point de côté abdominal avec localisation dans la région de Mac Burney et vomissements 15 à 20 fois dans la nuit. L'état est assez grave pour que je la fasse passer d'urgence du service de M. Chauffard dans le service de M. Schwartz où elle eut une nouvelle crise.
L'opération cinq semaines après montra une appendicite probablement plus ancienne que le début de l'affection ne-
20 — « Une large et profonde infiltration purulente siégeant en arrière du «côlon et de la paroi abdominale;
30— « Un léger degré de péritonile généralisée qui s'est produite dans les « derniers moments de la vie.
« Aucune lésion d'aucun genre n’a été constatée sur aucun autre organe. « La blessure est complètement cicatrisée. En somme, M. Gambetta a suc- « combé à une péri-typhlite el à une péri-colite suppurées. Toute interven— « tion chirurgicale eùt élé illégitime et dangereuse et n'aurait eu d'autre « résultat que d’abréger la vie du malade.
« Ont signé les professeurs Paul Bert, Brouardel, Charcot, Cornil, Trélat, « Verneuil; les docteurs Lannelongue, Siredey, Fleurzal, Liouville, « Mathias Duval, Laborde, Guerdal, Gille, Gibier interne des hôpitaux ».
Ce protocole d’autopsie permet d'affirmer l'origine appendiculaire de la péritonile malgré qu'on n'aït pas noté sa perforation, mais le siège de la péritonite, la présence de lésions anciennes sont suffisamment explicites et si le mot d'appendicite n’est pas prononcé, c'est que Gambetta en mourut avant que le terme ne fut créé.
Pouvons-nous rattacher cette appendicite à la plaie de l’avant-bras, le fait, est vraisemblable : la blessure avait été sérieuse et d'infection put d'autant mieux se localiser sur l’appendice que celte région semblait déjà, d'après leprotocole d’autopsie, avoir été touchée.
semblait le faire croire avec maximum de lésions dans la couche sous-muqueuse.
Obs. VIII (résumée).— Y.., 20 ans, domestique, syphilitique secondaire (collier de Vénus et Wassermann positif) entre dans le service de M. Chauffard pour grippe. La grippe est évidente; la température est à 38, la lassitude est générale. Coryza, otile uni puis bilatérale. La palpation abdominale décèle un point de Mac Burney; le toucher vaginal et le toucher rectal montrent que c'est bien l’appendice qui est douloureux. Les jours suivants la douleur s'exagère sans cependant aboutir à la péritonite; la guérison ne survient de façon complète qu’au bout de 4 semaines.
Obs. IX (résumée). — Z..., 17 ans, adénoïdien, entre dans le service de M. Rénon pour otite et appendicite.
Depuis une quinzaine de jours, il est atteint de pharyngite quand, en même temps, semble-t-il, trois jours avant son entrée, apparurent olite et appendicite.
L'otite fut grave et compliquée de mastoïdite; l’appendicite au contraire, bien que non discutable, fut des plus bénignes.
L'hémoculture faite tardivement ne permit pas de préciser l'agent causal.
Ces faits sont d’ailleurs bien connus et de pratique courante; de multiples auteurs ont attiré sur eux l’attention. Aussi n’en avons-nous cité des exemples que pour illustrer la thèse que nous défendons.
Mereklen (112) a signalé (Observation II de son mémoire à la Société Médicale des Hôpitaux) l'appendicite aiguë au cours de la grippe. Gagnière (100) y aconsacré un travailimportant. A toutes les preuves cliniques, Faisans (97)
LIHR SRE
a ajouté un argument de valeur puissante qu'il précise
en ces termes :
« Les médecins pensent que la grippe peut dans certaines circonstances, engendrer l’appendicite. Je suis beaucoup plus radical car je pose en principe que la grippe estla principale cause, la cause presque unique de l’appendicite….
.« Toutes ces appendicites (celles d’autre nature) mises ensemble constituent l’infime exception en regard de l’appendicite grippale.
« Ce n’est pas de préférence comme on pourrait le croire dans les formes abdominales ou gastro-intestinales de la grippe que cette éventualité se produit... » « I ne semble pas que l’appendicite résulte de la propagation d’une inflammation de voisinage ; elle est plutôtune manifestation parfaitement localisée de l'infection générale. Il y a deux faits qui sont indéniables. « D'abord c’est que l’appendicite est devenue d’une fréquence extraordinaire depuis une dizaine d'années, et cela non seulement en France mais dans toute l'Europe et en Amérique. Or c'est il ya 10 ans (1889-1890) que la grippe a fait son apparition presque simultanément dans tous ces pays sous la forme d'épidémie grave qu'elle a conservée depuis. Le second fait c'est que chaque épidémie de grippe est invariablement accompagnée d'une recrudescence du nombre des appendicites à ce point qu'on peut sans exagérer parler d'épidémie d'appendicite. Comment peut-on expliquer ces coïncidences, sinon en admettant que la grippe est Ja véritable cause de l’appendicite ».
Comme exemple on peut citer l'épidémie simultanée de grippe et d’appendicite du 155° régiment d'infanterie ou celle d’un régiment d'infanterie prussienne rapportée par Schültze. |
Cette coïncidence qui n’esten rien, fortuite, de l’appendicile survenant au cours de la grippe est donc extrêmement fréquente; sa banalité en fait l'intérêt.
Au cours de la grippe, même la plus légère, l’appendicite même la plus grave peut apparaître; et on peut dire que l'otite, l’appendicite et la broncho-preumonie sont les trois grandes complications de la grippe.
Appendicite des états angineux.
L'appendicite dans l’angine est presque aussi fré- 5 [
quente que l’appendicite dans la grippe. Humphreys (19)
Kelynak et Jalaguier, puis Brionval et Fischer sont les
premiers à la signaler.
Hans Weber étudie trois cas d'association d’appendicite et d’angine à streptocoque. Dans un cas, l’appendicite et l’angine sont apparues simultanément; dans les
e] ) deux autres cas, l’appendicite est survenue soit au cours ?
de l’angine, soit pendant la convalescence; quelques ce FI LOERN] jours après, Mever rapporte un cas analogue.
À propos de ces cas, Hans Weber (23) admet qu'il y a infection par déglutition du pus amygdalien.
= Le.
Presque en même temps Lejars (22) publie l’observation d’une jeune fille âgée de 19 ans soignée pour angine syphilitique sur laquelle était venue se greffer une infec-
tion banale. Au cours de cette angine, elle est atteinte
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d'appendicite. Siredey rapporte un cas d’appendicite suppurée avec intoxication d'une gravité extrême survenue 48 heures après une angine légère.
Mais ce fut surtout Kretz (20 et 21) qui étudia les rapports entre ces deux localisations infectieuses, pharyngée et appendiculaire; dans 14 cas d’appendicite aiguë et suppurée, il constata toujours une amygüalite. Douze fois l'agent pathogène (streptocoque) était le même dans le foyer amygdalien et le foyer appendiculaire.
L'appendicite suppurée est donc fréquente dans les angines, mais bien plus fréquents sont les cas d’appendicite légère ou de douleurs appendiculaires frustes.
Simonin en cite 7 observations; nous-même venons d’en observer un cas.
Si une simple douleur légère localisée à la fosse illaque suffisait pour faire porter le diagnostic d’appendicite, celle-ci serait encore infiniment plus fréquente qu'on ne le croit.
Nous-mêmes avons observé plusieurs fois sans pouvoir d’ailleurs affirmer toujours que le siège de la douleur fut appendiculaire. Il ne serait pas illogique cependant de le croire, car entre ces formes d'appendicite suppurée qui frappent par la gravité de leurs symptômes, la simplicité de leur pathogénie, la netteté de leurs indications thérapeutiques d’une part, et d'autre part les douleurs abdominales simplement suspectes parce que très légères, existe toute une série de cas qui viennent créer autant d’échelons cliniques et permettent ainsi de rattacher à une étiologie et à une pathogénie univoques des appendicites très différentes par leur allure