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ÉLIMINATION BACTÉRIENNE PAR L'INTESTIN

Depuis le mémoire fondamental de Wyssokowitsh l'étude des éliminations microbiennes par le rein a suscité l'attention de très nombreux auteurs, en particulier celle de Bield et Kraus (1301 et de Jahn (153) en Allemagne, celle d'Enriquez (145) de Claude et Jousset en France, Par contre, l'élimination des microbes par les autres organes n'avait jusqu’à ces derniers temps donné naissance qu’à un petit nombre de travaux.

Basenau, dont les conclusions étaient battues en brèche par Welelminsky (170), admettait l'élimination des bacilles par la glande mammaire; pour certains microbes, comme le micrococcus melitensis, cette élimination est depuis les travaux de la Commission anglaise de Malte, devenue évidente, tandis que l'élimination du bacille de Koch, par la glande restée saine, bien que probable est encore discutée.

Blumenfeld (132) dont les expériences ne sont pas d’ailleurs concluantes, attribue également aux glandes sudoripares un rôle d'élimination microbienne. Di Mattei (158) par contre, ne peut mettre en évidence l’élimination du bacille tuberculeux. Pierry (160) tout récem-

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ment, reprend ces expériences et arrive à cette conclusion que le bacille tuberculeux, quand il existe dans le sang s’élimine par les glandes sudoripares, d'où la notion de la contagiosité de la sueur des tuberculeux.

Mais c’est l'élimination des microbes par les voies biliaires qui a fait l'objet des plus nombreux travaux.

Fütterer avec le pyocyanique, Blachstein (131) avec le bacille d'Eberth et le coli-bacille, Welch, Chiari (137), Rysca, Cushing (141), Pawlowski et surtout Forster et Kayser (146), Dürr (143), Lemierre et Abrami (157) pour le bacille typhique ont bien montré que les voies biliaires jouaient dans l'élimination microbienne un rôle capital.

L'élimination microbienne par le pancréas n’a été prouvée que par les expériences que j'ai faites avec Abrami et Saint Girons.

Pour l'intestin enfin, il n’y a que peu de travaux dignes d’être notés jusqu’à ces dernières années.

Emmerich (144) et Büchner (134) démontrent que le vibrion cholérique injecté dans le sang ou sous la peau pouvait se retrouver dans la cavité de l'intestin. Mais ainsi que le fait remarquer Gouget (148) ils n'avaient, pas plus que Issaëff et Kolle ne le firent, lié le canal biliaire.

Issaëff et Kolle (152) confirment les résultats des auteurs précédents. [ls déterminent par le même procédé de la diarrhée avec pullulation du vibrion cholérique dans les matières fécales; les autres organes ensemencés restent stériles.

C'est là une expérience capitale car elle montre le Dee des micro-organismes à travers la muqueuse intestinale, véritable fixation et élimination électives.

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Comparables et aussi importants sont les résultats que Shiga (165) obtint avec le bacille dysentérique. Il donne à ingérer des matières diarrhéiques de dysentérique ou des cultures de bacilles au chat, au chien, au cobaye, à la poule et au pigeon. Jamais il ne provoque d’accident sérieux, sauf chez un jeune chien et un jeune chat qui avaient ingéré un tube de gélose de culture et qui moururent. Les lésions dans ces deux cas étaient peu importantes : congestion de la muqueuse et placards hémorragiques exclusivement de la partie supérieure de l'intestin grêle. Le reste de l’intestin grêle et le gros intestin étaient indemnes. Conradi (139) eut également des résultats négatifs.

Au contraire, par inoculation intraveineuse de minuscules quantités de bacilles (un vingtième d’anse) (1), Shiga provoque la mort.

L'opposition entre ces deux résultats : pas de phénomènes morbides apparents par ingestion, mort constante par injection intraveineuse est un fait dont nous soulignons ici l’importance, d'autant qu’il s’agit d'un microbe qui semble être strictement intestinal.

L’élimination du bacille dysentérique se fait bien par l'intestin et non pas par la bile, car Vincent (168)a montré que les voies biliaires au cours des septicémies dysentériques expérimentales ne contenaient qu'exceptionnellement le bacille dysentérique. D'ailleurs Amako, cité par Vincent, avait fait auparavant la même constatation sur des sujets morts de dysentérie.

(1) L’anse, en Allemand æse, est une unité bactériologique qui équivaut à deux milligrammes de bacilles.

On peut rapprocher ces faits d’un fait de pathologie expérimentale des plus intéressants sur lequel Ross a attiré l'attention et qui, dans l’étiologie du paludisme, a une importance capitale. Les sporozoïtes mis en liberté par la digestion de l'ovocyte et multipliés dans l’organisme du moustique viennent se localiser dans ses glandes salivaires, glandes à venin, et de là sont éliminés quand le moustique vient piquer un suJel.

C'est bien là le type d'une élimination élective.

Tels sont les travaux les plus importants qui ont montré que l’exode des bactéries de l'organisme était un phénomène normal de toute grande septicémie. L’élimination microbienne intestinale était considérée comme la moins importante de toutes, puisque pour la plupart de ces auteurs cette élimination n'était qu'indirectement intestinale et se rattachait à l'élimination biliaire.

Wissokowilsch et Koekel, l’un expérimentant avec le bacillus crassus sputigenus, l’autre avec un bacille encapsulé retiré d’un abcès du foie, notent cependant des lésions d’entérite hémorragique avec présence de ce bacille dans le contenu intestinal.

Bordoni Uffreduzzi après injection intraveineuse de son proteus capsulatus hominis (identique sans doute au pneumo-bacille de Friedländer) observe qu’il s’élimine à travers la paroi intestinale.

Frambusti et Maffucci (166) constatent la présence de bacilles du charbon dans les parois de l'intestin, celle du bacille typhique dans le contenu intestinal: Corrado (140) obtient les mêmes résultats avec le bacille du

charbon, le pneumo-bacille et le pneumocoque qu'il retrouve dans la vésicule biliaire et dans l'intestin.

Pernice et Scagliosi du moins pour le bacille du charbon confirment ces résultats. Dieudonné (de Wurzbourg) (142) signale que le bacille pesteux peut se retrouver dans les fèces.

Cadéac et Mallet (135) constatent également la présence du bacille de la morve dans les matières fécales. Enfin il n'est pas jusqu'au bacille de Hansen dont Babès (128) ne signale la présence fréquente dans la muqueuse intestinale et même dans les matières fécales, chez un malade porteur d’un ulcère lépreux de l'intestin.

Les recherches les plus importantes ont été faites par Cotton. Cet auteur étudiant la répartition des bactéries dans les tissus et leur passage dans la bile signale à diverses reprises l'élimination des différents microbes par l'intestin. Il retrouva une fois sur 14 expériences le bacille du charbon dans le contenu intestinal, mais jamais il ne le retrouva dans l'appendice. Avec le subtilis, il n'obtient sur le lapin que des résultats négatifs, ce qui ne laisse pas d'ailleurs que d’être étonnant puisque le subtilis est l'hôte habituel de l'intestin du lapin. Même résultat négatif avec le pneumocoque. Par contre, avec le staphylocoque doré, il obtient 4 résultats positifs sur 18 expériences, et une fois il put le déceler dans l’appendice. D'ailleurs peut-être le staphylocoque était-il venu de la bile ou du canal pancréatique. Avec le prodigiosius, les résultats sont négatifs. Ils sont toujours positifs avec le pneumo-bacille de Friedländer (4 résultats posi-

tifs sur 4 expériences).

A l’autopsie, Cotton constate de grosses lésions intestinales et à ce sujet cet auteur fait remarquer que le nombre des bacilles dans les artérioles de la muqueuse est trop considérable pour qu'on ne voit dans ce fait rien d'autre qu'un épisode local de la dissémination bactérienne, mais c’est bien plutôt une véritable sélection de l'organisme, probablement en vue de l’élimination.

Depuis 1897 jusqu’en 1908, aucun travail important ne parut sur l'élimination intestinale. Si jusqu’à la première de ces dates l'élimination des bactéries par l'urine avait accaparé l'attention des chercheurs, à partir de 1900 ceux-ci furent hypnotisés par l'élimination biliaire plus facile à mettre en évidence et les très intéressants travaux de Schottmüller, de Kayser, de Dôrr eurent l'avantage de la mettre en lumière.

En 1908, Chiarolanza (138) obtint avec le bacille typhique des résultats tout à fait remarquables.

Après avoir.chez le lapin lié le cystique et le cholédoque, il injecte dans les veines de l'oreille une culture de bacille d'Eberth : dans 5 cas sur 6 il retrouve, après mort. ou sacrifice de l’animal, le bacille d'Eberth dans le duodénum, le jéjunum et l’iléon. I ne le retrouve, il est vrai, ni dans l’appendice ni dans le cæcum, et il en conclut que, sans emprunter la voie biliaire, les bacilles d'Eberth venant du sang peuvent arriver dans l'intestin soit par embolie capillaire, soit par petites hémorragies intramuqueuses, soit enfin par diapédèse.

En 1910, paraissent deux travaux importants : l'un de Ribadeau-Dumas et Harvier (161), l'autre de Hess (150).

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Les recherches de Ribadeau-Dumas et Harvier ont porté sur le bacille d’Eberth et les paratyphiques A et B (1).

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Hess avec le prodigiosus dans une série d'expériences sur le chien et le lapin constala également sa présence dans l'intestin et cependant il avait lié le cholédoque pour empêcher l’arrivée des microbes par la bile, le Wirsung pour empêcher l'élimination pancréatique, enfin le pylore pour supprimer l'élimination parotidienne ou gastrique. Une fois, il fit même une anse de Thiry. Les résultats furent positifs.

Tout récemment Breton, Bruyant et Mézie (133) ont

(1) Sans connaître les résultats de Chiarolanza, et avant la publication de Ribadeau-Dumas et Harvier j'avais déjà commencé avec Saint Girons mes recherches sur l'élimination du bacille d'Eberth.

ie repris ces expériences avec le prodigiosus. Ils ont eu des résultats comparables.

En septembre 1911, paraît le mémoire de Calmette et Guérin sur l'élimination du bacille tuberculeux par l’intestin.

Déjà Schroeder et Cotton avaient montré que les bovidéstuberculeux,mêmesans lésions intestinales, pouvaient éliminer des bacilles virulents avec leurs excréments, Philipp et Porter (59) avaient fait la même observation sur l’homme. Hess (149) avait montré que le bac. tuberculeux injecté dans les veines se retrouvait dans l’intestin grêle, mais ce sont surtout Calmette et Guérin (55) qui ont insisté sur ces faits.

Dans un premier mémoire, ils démontrent que les bacilles tuberculeux injectés dans les veines d’un animal peu réceptif comme le lapm sont retrouvés peu après dans la vésicule biliaire, d’où ils sont éliminés dans l’intestin. Dans un deuxième mémoire, ils reviennent sur ces faits et étudient l'excrétion bacillaire chez les bovidés sans préciser, puisqu'ils examinaient simplement les matières fécales, s’il s’agit d'élimination biliaire ou d’élimination trans-intestinale.

Cette excrétion bacillaire est considérable: elle est augmentée dans certaines conditions, et suivant que la virulence est ou non exaltée, cetteexcrétion des bacilles aggrave l'infection en les disséminant dans les tissus qu’ils diapédèsent, ou au contraire est un facteur favo-rable en permettant leur élimination.

Cette excrétion bacillaire est massive et se continue pendant fort longtemps.

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