‹ Etude clinique et expérimentale sur les parotidites post-opératoiresChapitre 15 sur 30 · CHAPITRE III RECHERCHES PERSONNELLES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III RECHERCHES PERSONNELLES

A. — Critique des théories précédentes

La plupart des théories que nous venons de rapporter s'autorisent de faits cliniques, dont la réalité est indiscutable, mais dont l'interprétation reste sujette à caution. Les objections n'ont manqué à aucune, et certaines de ces objections ont une telle valeur que nous ne croyons pas devoir reprendre les théories ruinées pour leur jeter une nouvelle pierre

Aussi ferons-nous table rase :

a. Des théories A. C. D. qui nous éclairent sur la pathogénie des parotidites mélastaliques, lesquelles sont en dehors de notre cadre.

jî. Des théories B. F. qui nous paraissent insuffisantes à expliquer de toutes pièces les parotidites post-opératoires.

y. T)es théories A. D. 6. qui nous expliquent le comment et non le pourquoi des parotidites post-opératoires.

11 nous reste seulement deux théories à étudier de près : la théorie de la sympathie génito-salivaire, la théorie nerveuse.

a. — Critique de la théorie de la sympathie génito-salivaire

La théorie de la sympathie génilo-salivaire est séduisante, riche en faits à l'appui, forte de l'opinion de la plupart des

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auteurs anglo-américains. Les critiques qu'on lui oppose ne sont pas sans réponse ; et puisqu'on nous affirme que les interventions sur l'ovaire ne sont pas plus fécondes que les autres en parotidites, (ce qui ne nous semble pas évident puisque sur quatorze cas inédits d'interventions absolument aseptiques, nous trouvons neuf parotidites, après opérations ovariennes et cinq après ablation de l'appendice à froid), qu'on nous démontre pourquoi les affections ovariennes non opérées fournissent à elles seules 4o o/o des parotidites observées au cours d'affections de l'abdomen, et pourquoi Fancourl-Barnes, avec chiffres à l'appui leur attribue un rôle particulièrement fréquent..

Au lieu de chercher des arguments pour ou contre la théorie de la sympathie génito-salivaire, nous avons tenté de saisir, par l'expérimentation, la relation possible entre le traumatisme génital et la réaction salivaire.

Ces expériences sont de deux sortes :

Dans les premières nous avons cherché à voir si le traumatisme génital influençait, en quelque façon, la sécrétion salivaire préalablement établie (phénomène immédiat).

Dans les secondes nous avons cherché à voir si le traumatisme génital influençait, en quelque façon, la glande parotide prélevée un certain temps après ce traumatisme (phénomène tardif). Voici le résultat de nos expériences :

a. — Recherches d'une relation génito-salivaire immédiate (en collaboration avec Nepper).

I. Au moyen de la pilocarpine. — Une première série de recherches a été effectuée sur la sécrétion parotidienne préalablement établie par injection intra-veineuse de pilocarpine. Nous avons expérimenté sur l'ovaire et sur le testicule chez le chien.

L'animal, une demi-heure avant l'expérience, recevait en injection sous-cutanée une solution de chlorhydrate de morphine à a o/o, à raison de i centimètre cube par kilogramme

de poids. Puis on procédait à la recherche du canal de Sténon.

Une incision cutanée, de 3 à 4 centimètres, verticale, pratiquée à la partie moyenne de la perpendiculaire abaissée de l'angle externe de l'œil sur la mâchoire inférieure, le découvre toujours ; reste à le voir. Le canal de Sténon est intra-aponévrotique, collé contre le masseter, dont il croise transversalement les fibres, plat, grisâtre avec des stries vasculaires ; il faut éviter de le confondre avec le nerf bucco-labial supérieur du facial qui est sur un plan plus superficiel, plus haut, plus rond, plus blanc, et qui à ce niveau donne des branches de division. Le canal découvert, doit être convenablement isolé sur une longueur de 3 à 4 centimètres ; il est préférable de le suivre vers son extrémité orale. Par une boutonnière intéressant toute l'épaisseur de ses parois, on introduit dans le canal une canule salivaire en argent, de calibre approprié, munie de son mandrin; il faut avoir soin de ne pas introduire la canule jusqu'aux branches de division du canal dans la glande. Il y a avantage à choisir une canule de calibre plutôt trop étroit ; avec les grosses canules qui n'entrent qu'à frottement, on risque de déchirer le revêlement interne du canal, et d'en obturer la lumière.

D'autre part, nous préparons la glande génitale. Chez le chien, une courte incision, une dissection rapide permettent d'isoler le testicule, le canal déférent, le cordon vasculaire et les enveloppes funiculaires ; chez la chienne, une laparotomie nous permet d'aborder la corne utérine, le pédicule ovarien, puis la gaine de l'ovaire.

Enfin dans une veine superficielle, nous injectons i ce. d'une solution à i o/o de nitrate de pilocarpine.

Sur le cylindre enregistreur, une première plume inscrit le temps (seconde), une deuxième plume inscrit la chute des gouttes de salive tombant sur une palette de clinquant, une troisième en rapport avec le signal électrique inscrit les excitations portées sur les glandes génitales.

La sécrétion salivaire étant établie après administration de

la pilocarpine, nous portons sur la glande génitale, des excitations de courant induit, l'écartement des bobines étant égal à O, dans tous les cas. Sur le chien nous appliquons les électrodes successivement sur le canal déférent, sur les vaisseaux spermatiques, et sur les enveloppes du cordon. Sur la chienne nous excitons tantôt le pédicule ovarien, tantôt l'ovaire, mis à jour.

Voici le résumé de deux expériences prises dans cette série. Il faut remarquer que pour un animal donné les excitations ont été portées après une seule injection initiale de pilocarpine, ce qui explique que le débit salivaire se ralentit régulièment depuis le début jusqu'à la fin de l'expérience.

Expérience. — Chien, 16 kilos. Morphine.

Découverte et cathétérisme du canal de Sténon.

Découverte et isolement des éléments du cordon spermatique. Pas de sécrétion salivaire.

Injection de i centigr. de pilocarpine. Sécrétion parotidienne établie au bout de deux minutes.

Excitation du déférent à O.

Excitation des vaisseaux du cordon à O.

Excitation des enveloppes du cordon à O.

Comme on le voit sur les tracés, l'excitation à O, des divers éléments du cordon spermatique ne modifie en rien le débit parotidien après injection de pilocarpine.

Expérience. — Chienne, 18 kilos. Morphine.

Découverte et cathétérisme du canal de Sténon.

Laparotomie, recherche et découverte du pédicule ovarien. Pas de sécrétion parotidienne.

Injection de i centigr. de pilocarpine ; sécrétion parotidienne établie au bout de i minute.

Excitation du pédicule ovarien àO.

Comme on le voit dans le tracé, l'excitation àO du pédicule ovarien ne modifie en rien le débit parotidien après injection de pilocarpine.

II. Au moyen de l'excitation directe de l'auriculo-temporal. — Nous avons pensé que la méthode précédente sollici-

tant brutalement la sécrétion parotidienne ne permettait pas de rendre sensibles les modifications du débit sécrétoire occasionnées par l'excitation génitale concomittante. Aussi avonsnous recherché, dans une autre série d'expériences, la possibilité de ces modifications sur la sécrétion obtenue par excitation directe de l'auriculo temporal.

Tous les physiologistes savent combien est incertaine }a découverte de l'auriculo-temporal par la voie habituelle (incision verticale, immédiatement en arrière du masseter, et .recherche du nerf sous le bord antérieur de la parotide).

Nous avons d'abord essayé de réussir en utilisant cette voie, mais, après des séances de a ou 3 heures, nous ne pouvions trouver le nerf ou ses branches que dans la proportion de 2 sur 8. Nous avons donc renoncé à cette méthode, de même qu'à l'excitation du glosso-pharyngien à la base du crâne, ou à la base de l'encéphale après trépanation.

Nous n'avons jamais procédé à l'excitation du nerf de Jacobson.

Après quelques tâtonnements, nous nous sommes arrêtés, Nepper et moi, à un procédé de recherche qui permet d'aborder à coup sûr le tronc de l'auriculo-temporal.

Ce procédé sera décrit ultérieurement.

Le nerf bien isolé est chargé sur des électrodes en crochet, puis soumis à l'excitation d'un courant induit, l'écartcment des bobines étant égal à O.

Sitôt que la sécrétion parotidienne établie s'écoule par la canule introduite dans le canal de Sténon, on porte sur le testicule ou l'ovaire préalablement découvert et isolé une excitation mécanique ou électrique. L'appareil enregistreur est disposé comme précédemment.

Voici le résumé de deux expériences prises dans cette série :

Expérience. — Chienne 20 kilos, genre pointer, morphine. Découverte et cathétérisme du canal de Sténon gauche. Découverte de Tauriculo-temporal gauche. Découverte de l'ovaire gauche par laparotomie, Pas d'écoulement salivaire,

Excitation électrique à de l'auriculo-temporal, établissement de la sécrétion parotidienne au bout de 6 secondes. i4 secondes après le début de l'excitation de l'auriculo-temporal (8 secondes après l'établissement de la sécrétion) on écrase fortement l'ovaire, la pression étant maintenue pendant 6 secondes.

Gomme on le voit sur le tracé, l'écrasement de l'ovaire ne modifie en rien le débit parotidien établi et entretenu par excitation électrique de l'auriculo-temporal à 0.

Expérience. — Chien de berger, 22 kilos, morphine. Découverte et cathétérisme du canal de Sténon droit. Découverte de l'auriculo-tem- ' poral correspondant. Découverte et isolement des éléments du cordon spermatique. Pas d'écoulement salivaire.

Excitation électrique à 0, de l'auriculo-temporal, établissement de la. sécrétion parotidienne.

Excitation électrique simultanée de l'auriculo-tem por&l et du canal déférent à 0.

Excitation électrique simultanée de l'auriculo-temporal et des vaisseaux du cordon à 0.

Excitation électrique simultanée de l'auriculo-temporal et des enveloppes du cordon à 0.

Comme on le voit sur le tracé, l'excitation électrique à 0, du canal déférent, des vaisseaux spermatiques, des enveloppes du cordon ne modifie en rien le débit parotidien établi et entretenu par excitation de l'auriculo-temporal à 0.

p. — Recherche d'une relation génito-salivaire tardive

Un traumatisme aseptique est exercé directement sur la glande génitale du chien ou de la chienne ; et dans quelques expériences, du lapin, puis la plaie pariétale recousue au fil métallique, est protégée par un emplâtre à l'oxyde de zinc ou un pansement picriqué. Quelques jours plus tard (8 jours dans la plupart des cas), on prélève chez l'animal en expérience une des parotides. Dans aucun cas nous n'avons pu déceler, dans les glandes examinées au point de vue hislologique, la moindre modification cellulaire.

b. — Critique de la théorie du réflexe

La théorie du réflexe nerveux est également digne d'être envisagée de près. C'est à dessein que nous disons, d'une façon imprécise, théorie nerveuse, car les arguments pour ou contre sont des plus vagues, au point qu'il est impossible de comprendre en lisant certains travaux, si l'auteur incrimine une action vaso-motrice ou phreno-sécrétoire. L'unité au plexus ovarique ou étendu aux autres plexus abdomino-pelviens, il semble que toujours le phénomène observé soit identique à lui-même (il pourrait ne pas l'être), et que l'excitation des filets sympathiques précités se traduise par un phénomène immédiat : le ralentissement ou l'arrêt de la sécrétion salivaire. Ce fait est à rapprocher des résultats expérimentaux que Pawlow enregistrait dès 1878: par tiraillement d'une anse intestinale il arrêtait la sécrétion sous-maxillaire. D'autre part l'excitation de nerfs périphériques (sciatique, Gley, 1889), l'excitation douloureuse (Tubini, 1898) ; diminue ou arrête la sécrétion salivaire dans certaines conditions.

Nous avons soumis à diverses excitations et dans des conditions très variées le sympathique abdominal et un nerf périphérique (crural) dans le but de rechercher les modifications que l'excitation de ces organes pouvait produire dans le fonctionnement parotidien.

Nos recherches ont porté sur les réactions immédiates de la glande (modifications du débit salivaire) et sur les réactions glandulaires tardives (modifications histologiques).

a. — Recherches des réactions glandulaires immédiates *

Nous avons procédé, comme précédemment, à une série d'expériences sur le débit salivaire établi au moyen de lapilocarpine et sur le débit parotidien établi par l'excitation électrique.

I. Au moyen de la pilocarpine. — L'animal anesthésié, le canal de Sténon découvert et cathétérisé ; l'appareil enregistreur disposé comme précédemment on procède à l'excitation électrique de différentes parties du sympathique abdominal (par exemple du ganglion sympathique situé à la bifurcation de la veine cave inférieure), l'excitation électrique portée sur ce ganglion ne modifie en rien le débit parotidien établi par la pilocarpine.

Dans une autre série d'expériences nous avons fait porter l'excitation électrique sur différents pédicules viscéraux (mésentère, pédicule splénique, pédicule hépatique). L'excitation était maxima et a été portée successivement sur les trois pédicules mentionnés.

L'examen des tracés obtenus montre que l'excitation électrique à 0, portée sur quelques pédicules viscéraux, ne modifie en rien le débit parotidien établi par la pilocarpine.

Sur l'intestin nous avons procédé à des excitations de difrente nature.

Agents mécaniques. — Après que la sécrétion est établie par la pilocarpine, nous amenons en dehors de l'abdomen, par une laparotomie pratiquée au préalable, une anse grêle; puis, au signal, nous la tiraillons plus ou moins énergiquement. Dans aucun cas nous n'avons pu enregistrer des modifications du débit salivaire.

Agents thermiques. — Nous avons porté sur l'anse grêle des agents thermiques (eau chaude à 5o°, d'une part, éther sulfurique, d'autre part). Par une petite boutonnière pariétale, une anse grêle est sortie de l'abdomen. On la dispose entre deux couches d'ouate hydrophile; et brusquement, au signal, on arrose cette ouate soit d'eau chaude à 5o°, soit d'éther sulfurique.

Les tracés empruntés à ces deux séries d'expériences, montrent que l'apposition d'eau chaude à 5o°, ou d'éther sulfurique sur une anse grêle, ne modifient en rien le débit salivaire parotidien établi par la pilocarpine.

Enfin, nous avons recherché le rapport possible entre les

excitations électriques à O portées sur le nerf crural (bout central dans une série; bout périphérique dans une autre) et la sécrétion parotidienne de pilocarpine. Ici encore nous n'avons enregistré aucune modification. Mais il faut ajouter que nous n'avons pas recherché ce qui pourrait advenir avec des excitations du crural moins énergiques.

II. Au moyen de l'excitation directe de Pauriculo-temporal. — L'excitation électrique est substituée à la pilocarpine ; toutes les autres conditions de l'expérience restent les mêmes.

Sur un premier animal (chienne de 20 kilogs) nous avons cherché à déterminer exactement le début de l'excitation efficace; en faisant varier l'écartement des bobines. Avec un écartement maximum de 10 centimètres nous avons vu la sécrétion apparaître.

Ce point établi, nous avons fait agir, pendant la durée de l'excitation électrique de Pauriculo-temporal, des agents divers (électriques, mécaniques, thermiques) sur le sympathique abdominal, sur quelques pédicules viscéraux, sur Tintestin grêle, sur le nerf crural, en suivant de tous points le protocole d'expériences réalisées précédemment avec la pilocarpine.

Les tracés montrent que le débit parotidien établi et entretenu par excitation électrique directe de Pauriculo-temporal à O, n'est nullement modifié par les excitations diverses exercées dans le même temps sur le sympathique abdominal, les viscères abdominaux et un nerf périphérique (crural).

p. Recherche d'une réaction glandulaire tardive

Comme dans la série précédente, nous avons réalisé chez le chien et chez le lapin des traumatismes aseptiques de plusieurs viscères abdominaux (ligature d'épiploon, résection intestinale, splenectomie, gastro-entéroslomie). L'animal guéri, nous prélevons une de ses parotides, aux fins d'un examen histologique. Dans aucun cas, sur ces parotides, nous n'avons pu relever de lésions glandulaires.

74 ÉTUDE CLINIQUE ET EXPÉKIM ENTAL E

En résumé, l'expérimentation ne nous a pas permis d'enregistrer la moindre modification quantitative du débit parotidien, ni la moindre modification de structure glandulaire, imputables à la mise enjeu d'une relation génito-salivaire ou d'un réflexe à point de départ abdominal. Nous avons toujours obtenu des résultats négatifs quel qu'ait été le mode de provocation de la salive parotidienne (pilocarpine ou excitation électrique directe de l'auriculo-temporal).

Il serait évidemment excessif de tirer des conclusions pathogéniques précises de ces quelques faits personnels^ dont plusieurs ne cadrent pas avec les résultats antérieurement obtenus par les physiologistes. Mais remarquons que l'expérimentation, le raisonnement et les faits cliniques s'accordent pour infirmer les théories génitale et sympathique de la parotidite post-opératoire ; et pour proclamer la faillite de la spécificité étiologique de cette affection. Aussi, croyons-nous conforme à la réalité cette affirmation de M. Le Dentu : « Pour les parotidites post-opératoires, il faut chercher une interprétation dans les théories pathogéniques émises pour les parotidites infectieuses en général ».

B. — Essai de réalisation de l'infection canallculaire

parotidienne

On ne réalise pas facilement une parotidite expérimentale. Peut-être la réalisation est-elle moins facile chez l'animal que chez Thomme. Le lapin en particulier oppose une résistance extrême à la réalisation expérimentale d'une stomatite et d'une parotidite ascendante. Quoi qu'il en soit, MM. Glaisse et Dupré reconnaissent — pour l'obtention d'une parotidite — l'absolue nécessité des trois facteurs suivants :

i. Microorganismes très nombreux ou virulents.

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