ÉTUDE CLINIQUE ET EXPÊBIMENTALE
temps de la digestion, avec la nature et l'intensité des excitants psychiques ou physico-chimiques, etc.. Dans une certaine mesure elle est liée à la vasodilatation sanguine au niveau de la parotide. De toute façon elle est assez abondante pour effectuer dans le canal de Sténon une chasse d'eau efficace. Dalton aurait retiré chez l'homme par cathétérisme d'une seule parotide, 3i grammes de salive en vingt minutes; et je suis moi-même parvenu — au prix d'un cathétérisme désagréable — à obtenir de ma parodite droite une excrétion qui variait entre dix et seize centimètres cubes en vingt minutes.
Des preuves ont été données de l'efficacité de la chasse salivaire. Glaisse et Dupré ont mis en relief ce rôle du torrent circulatoire « qui balaie mécaniquement devant lui les corps étrangers, et constitue aussi un obstacle permanent aux migrations ascendantes des bactéries buccales». Et les expériences, qu'après ces auteurs nous ave ns répétées, nous montrent bien qu'on peut impunément injecter dans le conduit de Sténon, des colonies microbiennes à canal ouvert, à condition de laisser par ailleurs au fonctionnement parotidien toute sa liberté d'action défensive. L'intégralité anatomique des éléments parotidiens est une condition nécessaire, mais non suffisante de la défense glandulaire. Pour que cette défense soit effective, il faut en plus le fonctionnement eurythmique des cellules ; et nous allons voir qu'en troublant la régularité du travail glandulaire parotidien, nous arrivons à seconder l'effort ascensionnel de la flore buccale, h rompre l'équilibre entre l'attaque et la défense, et à réaliser l'infection canaliculaire. Une des plus démonstratives parmi nos expériences est la suivante. Un lapin reçut chaque jour pendant une semaine une forte dose d'atropine en injection sous cutanée, puis on badigeonna, avec une culture microbienne éprouvée la muqueuse buccale de ce lapin soumis à l'atropine ainsi que la muqueuse buccale d'un lapin témoin. Le quatrième jour, le premier présenta une parotidite, le second resta indemne. Sur le chien, à deux reprises, dans les mêmes conditions,
nous avons obtenu le même résultat positif : la parotidite expérimentale.
Rôle de la modification, de la diminution, de ta suppression du régime alimentaire sur la production de la salive. — On sait, depuis Cl. Bernard, que dans leur fonctionnement les glandes salivaires s'adaptent aux excitants différents. Une modification qualitative ou quantitative desingesta se traduit par une modification qualitative ou quantitative de salive. Toute la série des travaux de Pawlow et son école, Glinski, Wulfson, Victor Henri, Malloizel, Borisow, a précisé les particularités de celte adaptation. A une alimentation riche en eau libre correspond une production salivaire adaptée strictement à l'eau contenue dans les aliments (1). A une alimentation anormalement pauvre en eau, correspond une production anormale de salive.
11 n'y a là rien qui doive surprendre, d'autant que l'anatomie comparée nous montre la parotide manquer chez les animaux qui, vivant dans l'eau, prennent des aliments constamment imprégnés de liquide (phoque) ; et au contraire atteindre un développement énorme chez les animaux prenant des aliments secs (cheval).
En plus des modifications quantitatives sous l'influence du régime, il y a des modifications qualitatives de la salive. A côté des résultats de Hugh Neilson et Oliver P. Terry, qui sont discutés (2), ceux de Malloizel (thèse doct. es sciences) semblent plus probants et viennent victorieusement démontrer cette « plasticité physiologique des glandes » (Gley).
La réduction ou la suppression de l'alimentation buccale aboutit chez l'animal à d'intéressantes modifications de la production salivaire.
1. Sauf pour le lait ; car la quantité de salive produite pour le lait est plus grande que la quantité de salive sécrétée pour la viande.
2. Pour ces suteurs, le pouvoir amylolytique de la salive des chiens dépend de leur alimentation. Les chiens nourris à la viande donneraient une ptyaline beaucoup moins active que les chiens nourris au pain.
Nous avons nourri exclusivement par une bouche gastrique un chien dont l'œsophage cervical avait été abouché à la peau du cou ; l'animal nous a fourni les quantités de salive mixte suivantes, correspondantes aux modifications de régime inscrites en regard :
Salive totale Alimentation par voie gastrique des 34 heures
I er jour, 1 litre de lait 4"> grammes
2 e jour, 1 litre de bouillon de bœuf. . 455 »
3 e jour, 1 litre d eau 320 »
4 e jour, 25o grammes de viande hachée. 3oo »
5 e jour, pas d'aliments depuis 24 heures. i45 »
6 e jour, pas d'aliments depuis 48 heures. 80 »
A cette diminution quantitative bien nette de la salive correspondaient sans doute des modifications qualitatives que nous n'avons pas eu le loisir d'étudier. Nous reprendrons ultérieurement ces expériences.
Comme on le voit, la suppression de l'alimentation buccale enlratne dans la production de la salive une modification qu'on pouvait prévoir : la diminution quantitative.
C'est du reste ce qu'on observe en clinique. D'une façon générale, les opérés présentent de l'oligosialie qui tient à des causes nombreuses et spécialement à la suppression momentanée de l'alimentation ; et chez eux, comme chez les gastroulcéreux de Linossier, « la sécrétion salivaire est, pendant la cure de l'estomac, à peu près tarie, les microbes s'accumulent dans la cavité buccale et l'infection ascendante du canal de Sténon, insuffisamment lavé, devient facile ».
La suppression ou l'extrême réduction de l'alimentation buccale chez les opérés aboutit à l'hypo -excrétion salivaire pour plusieurs raisons : absence de l'excitant sécrétoire dans le milieu buccal ; absence de mouvements de mastication. En plus, il ne faut pas compter beaucoup sur la sécrétion psychique chez des sujets encore alourdis par l'anesthésique et qui pensent plus à vider leur estomac qu'à le remplir.
L'oligosialie des opérés — comme des cachectiques, comme
des gastriques — semble bien jouer un rôle important dans la pathogénie des parolidites, tant, parce qu'elle favorise la stagnation et la pullulation sur place des microorganismes buccaux, que parce qu'elle porte une grave atteinte à la chasse salivaire.
Et ceci nous explique la prédilection marquée de l'infection pour la parotide à l'exclusion presque des autres glandes salivaires. Ce qui manque le plus à l'opéré, c'est l'occasion de mastiquer, c'est-à-dire de faire sécréter sa parotide, glande de mastication. Alors que les autres canaux salivaires charrient encore, le canal de Sténon, à sec, ne défend plus la parotide, l'équilibre normal est rompu.
jî. Rôle chimique de la salive parotidienne. La salive antiseptique. — Le rôle antiseptique de la salive totale paraît établi sur des preuves solides, le travail de Sanarelli qui entre autres semble bien montrer que la salive mixte est un mauvais bouillon de culture pour les pyogènes et pour quelques autres espèces (b. d'Eberth, spirille cholérique). La plupart des espèces microbiennes y perdent la faculté de reproduction, sans toutefois être détruites. La salive mixte est donc antiseptique et non microbicide. L'influence de la salive mixte s'exerce sur des champignons relativement élevés (oïdium albicans, actinomycose). Enfin Ghouppe, puis Florain ont montré le rôle antigerminaleur de la salive sur les semences des végétaux les plus élevés (les semences de céréales semblent faire exception).
Rôle antiseptique du ferment amyloly tique, — On admet généralement que la salive mixte doitson action antiseptique aux diastases qu'elle contient, spécialement au ferment amylolytique. Récemment L.-G. Simon a montré que toujours l'activité diastasique de la salive mixte était diminuée chez les malades. D'autres auteurs, établissent par ailleurs le rôle antiseptique de l'amylase.
Cette explication élayée de preuves cliniques et expérimentales est plausible pour la salive mixte, mais elle ne l'est plus pour la salive parotidienne qui ne renferme pas de ferment Morel 6
amylolytique. Tout au plus l'abaissement du (aux de production de l'amylase dans la salive totale pourrait-il expliquer l'augmentation de virulence de la flore buccale, mais il n'atteint pas directement la défense parotidienne.
Cette action antiseptique de la salive parotidienne de l'homme, nous devons la chercher — en l'absence d'amylase — dans les constituants normaux de cette salive.
On sait que la salive parotidienne (de l'homme) contient comme principes inorganiques, des sels de potassium (bicarbonate,, chlorure, sulfocyanale) et des sels de calcium (carbonate, phosphate). Comme principes organiques, une albuminoïde incomplètement connue ayant des réactions voisines de celles de la caséine et de l'albumine.
Parmi ces principes de la salive normale, il en est un auquel on a prêté un rôle antiseptique, c'est le sulfocyanale de potassium.
Rôle antiseptique des sulfocyanates sativaires. — Depuis que Trevianus a constaté dans la salive mixte de l'homme la présence de sulfocyanate (i8i4), tous les biologistes les ont systématiquement recherché et trouvé, dans l'urine (Leared) ; dans le sang (Leared) ; dans le suc gastrique (Neucki) ; dans les sécrétions conjonctivale et nasale (Mûck). Le récent travail de Willanen (1906) a enfin jeté une vive lumière sur l'origine du sulfocyanate de l'organisme.
, Les sulfocyanates salivaires ont été étudiés dans la salive mixte et dans les salives isolées de l'homme et des animaux, à l'étal normal et à l'état pathologique.
Chez les animaux la présence des sulfocyanates salivaires n'est pas constante ; elle semble dépendre de l'espèce animale et de la nat ure des cellules glandulaires. Ellcnberger et Hofmeister n'ont pu en déceler dans les salives pures du cheval. Us manquent chez le chien (Cl. Bernard), chez le mouton, le bœuf, le bouc, etc. Us semblent constants chez le lapin.
Dans la salive humaine les sulfocyanates doivent être envisagés aux divers points de vue : de leur constance dans la
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salive mixte normale ; de leur constance dans les salives isolées normales ; de leurs variations dans les états pathologiques par rapport à l'état normal; de leur origine; de leur action antiseptique.
On décèle dans un liquide quelconque la présence de sulfocyanates par de nombreuses réactions, dont nous ne pouvons qu'indiquer les plus courantes, celles que nous avons utilisées :
. Après avoir acidulé d'HCl le liquide à examiner, on ajoute goutte à goutte une solution étendue de chlorure ferrique. La présence des sulfocyanates est décelée par la coloration rouge sang du liquide.
Autre réaction plus sensible. Distiller la salive avec de l'acide phosphorique. Essayer les premières gouttes de la distillation au papier filtre préalablement trempé dans une solution étendu de chlorure ferrique additionnée d'HCl et séché. Chaque goutte au contact du papier donne une tache rouge.
Par addition de quelques gouttes de sulfate de cuivre à une solution étendue de sulfocyanate de potassium le liquide prend une coloration vert-émeraude iColasanti).
A l'aide de ces réactions (surtout de la première) nombre de physiologistes ont lecherché dans la salive mixte de l'homme la présence des sulfocyanates. La plupart l'ont constamment trouvée (Trevanius, Bidder et Schmidt,Jacubowitsch, Lehman, Gangee, Tiedeman et Gmelin, Wright, Mischerlich, Dumas, Longet, Schiff, Maly, etc...).
Claude Bernard, par contre, dit que le sulfocyanate de potassium, n'existe pas dans toutes les salives humaines, et que sa présence semble en rapport avec la carie dentaire, l'usage du tabac, ou les mauvaises conditions de l'analyse.
Des travaux récents il semble résulter que les sulfocyanates sont constants dans la salive mixte de 1 homme, au taux moyen de o,o4 centigrammes è 0,06 centigrammes pour 1.000 grammes de salive Mais quelquefois ils sont en quantité si faible
qu'ils échappent à une analyse superficielle. Du reste Dalton, Sertoli et d'autres, ont montré que leurs réactions colorées peuvent être marquées par la présence dans la salive, d'autres substances.
Il semble bien établi que le taux des sulfocyanates varie beaucoup (de i à 4) avec les individus (Dubief), les enfants, les vieillards, les femmes (auraient une proportion moindre) ; avec le mode d'aJimentation et le moment de la prise (Ezner). Quant au rôle de la carie dentaire, admis par Cl. Bernard, il semble nulle d'après les expériences de Longet, Leared, Fonwick, Florain, Dubief. Enfin, contrairement à l'hypothèse de Cl. Bernard, accréditée par Lebon, Fenwick ; F. Krûger a montré que le fait de fumer augmente le taux des sulfocyanures salivaires dans la proportion de i à 2 et même à 3.
Dans les salives isolées la recherche des sulfocyanates a donné les résultats suivants :
Quelques auteurs admettent qu'on ne les trouve pas dans les salives isolées ; et qu ils n'apparaissent que dans la salive buccale (à ce sujet leur origine a donné lieu à de nombreuses hypothèses).
Pour la plupart ils existent assez abondammeut dans la salive parotidienne, ils sont moins abondants dans la salive sous-maxillaire, et à l'état de traces dans la salive sub-linguale (Oehl, Sartoli).
Enfin on a prétendu que leur présence était certaine dans la salive parotidienne, contestable dans les autres.
Les variations des sulfocyanates salivaires dans les états physiologiques et pathologiques ont été étudiées de longue date.
Eberle a jadis décrit — avant l'heure — la salive psychique et notamment les sulfocyanures «d'imagination». Nous ne pouvons résister au plaisir de citer cette jolie page de Cl. Bernard {Phys. expér im. t. II, p. i4i).
t Pour obtenir la salive pure, Eberle dit qu'il faut la recueillir à jeun ; et voici comment il procède sur lui-môme. A son lever, il tousse, crache et se rince la bouche pour bien nettoyer sa membrane muqueuse
buccale, puis il va faire un tour de promenade pour se mettre de bonne humeur. Il rentre, s'assied, place une cuvette entre ses jambes, baisse la tète et laisse écouler de sa bouche ouverte, la salive qui secrète, en môme temps qu'il pense à des choses agréables, ei particulièrement à des mets qu'il aime beaucoup. La salive ainsi obtenue est parfaitement normale, dit Eberle, et dépourvue de sulfocyanure. Mais si au moment de la sécrétion salivai re il pensait à des choses désagréables et particulièrement à ses ennemis, aussitôt la salive changeait de nature et 6e chargeait abondamment de sulfocyanure. Depuis Eberle, je ne sache pas qu'aucun physiologiste ait eu l'imagination assez forte pour obtenir un résultat pareil. »
Dans son travail sur les Variations physiologiques de la composition de la salive^ Tezner a montré que la teneur de la salive en sulfocyanate baisse sous Faction des divers excitants et que la formation du sulfocyanate dans l'organisme est liée à la sécrétion salivaire, particulièrement à la production de l'enzyme. Il y a une sorte de balancement entre le taux de concentration du sulfocyanate et le taux de concentration de tous les autres éléments de la salive. Ainsi après le repas de midi, la production de la salive augmente, la dilution masque l'accroissement du sulfocyanate dont la concentration baisse; l'alcalinité, le total des matières azotées et le pouvoir diastasique s'élèvent pourtant. Vers cinq heures de l'après-midi, matières azotées et pouvoir diastasique diminuent, ainsi que la quantité d'eau salivaire, tandis que la concentration du sulfocyanate augmente. Après le repas du soir, les mêmes oscillations se répètent, mais avec une amplitude moindre.
Dès 1882, Fenwik a établi que d'une façon générale à la période terminale de toutes les cachexies, et dans les affections chroniques graves il y a diminution de la quantité du sulfocyanate salivaire. Il semble que cette diminution soit parallèle à la quantité de salive sécrétée. Dans certaines affections hépatiques il semble disparaître complètement (Florain).
L'origine des sulfocyanates salivaires a été très discutée.
Claude Bernard pensait qu'ils constituaient un élément anormal de la salive, dans laquelle ils ne préexistaient pas, mais se développaient sous des conditions accidentelles.
Pour la plupart des auteurs, ils constituent un élément normal de la salive et semblent être un produit de désassimilation, lié à la fonction hydrolysante du ferment amylolytique. Les sulfocyanates seraient ainsi d'origine salivaire. Une expérience de Gscheidlen tend à accréditer cette origine : si on empêche la salive de pénétrer dans le tube digestif d'un animal, les* sulfocyanates ne se retrouvent plus dans le sang et dans l'urine quoiqu'ils persistent dans la salive. Enfin les recherches récentes (igo5) deTezner aboutissent à cette conclusion que la formation des sulfocyanates salivaires est fonction de la sécrétion salivaire, et spécialement de l'élaboration des ferments salivaires.
Par contre, pour d'autres auteurs (Nencki, Schoumow- Smianowsky, Muck, etc.), les sulfocyanates seraient d'origine sanguine. Une expérience leur sert de base : on empêche la salive d'arriver à l'estomac, et pourtant, dans le suc gastrique, dans l'urine, on constate des sulfocyanates.
La question restait donc pendante : de Souza, dans un récent travail (mars 1907), a tenté d'éclaircir l'origine des sulfocyanates de l'organisme. Il a utilisé le chien, préalablement morphine, puis anesthésié pour l'opération par le mélange A. C. E., et il arrive à cette conclusion que les sulfocyanates de l'organisme ne constituent pas une sécrétion spécifique des glandes salivaires, mais qu'ils sont d'origine sanguine, et constituent un déchet rejeté non seulement par les glandes salivaires mais aussi par d'autres glandes (pancréas, rein, foie).
L'action des sulfocyanates salivaires n'est pas non plus très élucidée. On a été jadisjusqu'à prétendre que la rage était due à l'imprégnation des plaies parles sulfocyanures salivaires 1 Beaucoup d'auteurs l'ont considéré comme un toxique violent (Wright, Cl. Bernard, Ollivier et Bergeron, Lussana, Sœmmering, Bellini). Depuis Walher et Frerichs on admet généralement qu'il est peu toxique (Rabuteau, Hugounencq, Charrin, Dubief).
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On lui a attribué un rôle antiseptique sur lequel il faut s'expliquer.
En 1888, Ghouppe faisait connaître ses recherches sur l'influence de la salive humaine sur la vie et la germination des plantes. Dans la terre arrosée de salive, les plantes dépérissent, les graines ne peuvent germer, sauf dans les graines de céréales.
En 1889, Florain montre que cette action nocive sur la germination et la vie des plantes est due aux sulfocyanates contenus dans la salive ; et de ses expériences il conclut « que le sulfocyanaie ne joue pas simplement le rôle de déchet dans la salive..., mais que, sans détruire tous les microbes du milieu buccal, il est capable d'en arrêter le développement ».
Valude, au Congrès de la tuberculose de 1888, émit l'idée que la salive pourrait bien détruire le bacille de la tuberculose.
Sanarelli, de son étude bactériologique sur la salive, conclut à la possibilité du rôle antiseptique du sulfocyanate salivaire.
Hugounencq, en 1896, étudiant l'action bactéricide du sulfocyanate de potassium sur le staphylocoque doré, fut conduit à conclure à la quasi-nullité de l'action de ce sel.
Enfin, les recherches très sérieusement conduites de Nicolas et Dubief (1898) aboutirent à ces conclusions :
Que le sulfocyanate de potassium n'a un pouvoir bactéricide qu'à dose toxique.
Qu'il ne peut jouer, dans la salive, le rôle d'antiseptique.
Qu'il ne semble pas atténuer sensiblement la virulence des germes morbides.
Nous avons à notre tour ensemencé des tubes de bouillon sulfocyanate à dose progressivement croissante avec une culture de staphylocoque doré provenant d'une parotidite ; des tubes témoins de bouillon ordinaire, étant ensemencés dans les mêmes conditions.
Expérience. — Une série de tubes est remplie de bouillon ; 25cmc. par tube.
Dans le piemier tube, on ajoute uo milligr. de sulfocyanate de potassium en solution aqueuse (ce qui correspond au taux physiologique des sulfocyanates salivaires, soit o,o4 pour iooo).
Dans le deuxième tube, 2 milligr. de sulfocyanate.
Dans le troisième tube, 4 milligr. de sulfocyanate.
Dans le quatrième tube, 8 milligr. de sulfocyanate.
Dans le cinquième tube, 16 milligr. de sulfocyanate.
Dans le sixième tube, 32 milligr. de sulfocyanate.
(Ce dernier tube contient donc un taux de sulfocyanate 32 fois supérieur au taux physiologique).
Les autres tubes de bouillon, gardés comme témoins, ne reçoivent pas de sulfocyanate.
Tous les tubes, témoins et sulfocyanates, sont additionnés, vérification faite de leur stérilité, de 3 gouttes d'une culture en bouillon de staphylocoque doré, datant de 48 heures.
Puis tous les tubes portés à l'étuve.
Résultat : Les cinq'premiers tubes sulfocyanates ont poussé dans les mêmes délais que les tubes témoins.
L'intensité de la culture est la même dans les tubes sulfocyanates et dans les tubes témoins.
Le sixième tube sulfocyanate (contenant 32 fois le taux normal des sulfocyanates salivaires) a poussé un peu moins rapidement. La culturc y est peut-être un peu moins abondante.
Aucune différence morphologique appréciable entre les staphylocoques provenant du milieu sulfocyanate et les autres.
L'absence de ferment amylolylique et l'insuffisance — à l'état normal — des sulfocyanates dans la salive parotidienne étant constatées, on est amené à se demander, si là salive parotidienne possède à un degré quelconque un pouvoir antiseptique. Nous avons cherché à éclaircir ce point.
Pour nous procurer facilement de notables quantités de salive parotidienne humaine, nous avions à choisir entre plusieurs méthodes : tube-seringue de Cl. Bernard ; cathétérisme, préconisé par Eckhard et Ordenstein, perfectionné par Œhl, de Pavie, 1864, et recommandé à nouveau par M. Sicard. Ce dernier procédé, comme l'avait déjà dit Schiff, « a l'inconvénient de ne pouvoir s'appliquer que pendant un temps relativement très court et, de plus, ne garantit pas contre certaines anomalies de la sécrétion, produites par
l'excitation même du canal ». J'ajoute que son inocuité n'est peut-être pas absolue, que nombre de sujets ne s'y soumettent pas volontiers, et qu'en tout cas je sais par expérience personnelle que chez certaines personnes il est absolument désagréable.
Pour parer à ces divers inconvénients, nous avons fait construire par M. Baffrey le collecteur salivaire suivant :
Il se compose de deux branches A et B dont Tune A, terminée par une cupule, est destinée à être introduite dans la bouche ; l'autre, B, terminée par un plateau, s'appliquant sur la face extérieure de la joue, par pression commandée par le pas de vis C. La cupule terminale de la branche A est percée d'un petit canal sur lequel s'adapte un tube de caoutchouc D. Pour recueillir la salive parotidienne, on fait ouvrir la bouche, on introduit dans le sillon gingivo-buccal la branche A dont on applique la cupule sur l'orifice buccal du canal de Sténon. Quelques tours de pas de vis appliquent sur la joue le plateau de la branche B. La compression exercée n'est nullement douloureuse, elle doit être réduite au minimum afin de ne pas écraser le canal de Sténon dans sa portion terminale ; du reste, Téchancrure ménagée dans le plateau de la branche extérieure garantit la perméabilité de ce conduit. La salive parotidienne peut donc s'écouler librement dans la cupule et de là à l'extérieur par le tube de caoutchouc.
La salive ainsi obtenue est recueillie dans une ampoule de verre adaptée au tube de caoutchouc, filtrée à la bougie, contrôlée à l'étuve, puis ensemencée avec des cultures éprouvées. Nos recherches sont encore trop peu nombreuses pour que nous puissions en donner les résultats.
3° Râle du canal excréteur dans la défense parotidienne
On a invoqué un certain nombre d'arguments anatomiques pour mettre en relief l'efficacité du rôle défensif du canal de Sténon. On a fait valoir :
La diminution de son calibre à sa terminaison.