ÉTUDE CLINIQUE ET EXPÉRIMENTA LE
L'exiguïté de son orifice ostial.
L'obliquité de son abouchement à la muqueuse buccale.
L'inflexion brusque de sa direction au niveau du bord antérieur du buccinateur.
La présence d'un sphincter musculaire péricanaliculaire à son embouchure.
La pénétration de la portion terminale du canal à travers un véritable défilé musculaire.
Ces raisons tendraient à expliquer la virginité microbienne normale de la glande et du canal de Sténon, contrastant avec la septicité régulière du milieu buccal. Ce sont là de pauvres raisons.
D'abord l'asepsie normale des voies salivaires est exceptionnelle. Duclaux a constaté la présence de microorganismes dans plusieurs canaux de Sténon. Claisse et Dupré (expériences I à IX) ont trouvé trois fois des microorganismes sur six canaux de Sténon prélevés à l'amphithéâtre quelques heures après la mort. MM Gilbert et Lippmann ont trouvé des microorganismes tout le long du canal de Sténon du chien, surtout des anaérobies ; enfin, c'est un fait unanimement admis que les premiers millimètres du canal de Sténon, en partant de la bouche, sont constamment infectés.
Ce n'est pas à dire que le canal de Sténon le soit toujours, dans son ensemble. Claisse et Dupré, sur deux lapins et un chien, l'ont trouvé aseptique. Avec Verliac, nous avons prélevé aseptiquement, sur plusieurs chiens, la partie moyenne, puis la partie juxtaglandulaire du canal de Sténon, sans obtenir de culture après ensemencement au bouillon. Nous avons lié aseptiquement au bord antérieur du buccinateur le canal de Sténon d'un autre chien. La tumeur salivaire ainsi obtenue fut ponctionnée et le liquide retiré ensemencé : ce liquide était stérile.
De ces résultats contradictoires, on peut néanmoins conclure que souvent le canal de Sténon est normalement infecté et, par conséquent, qu'il ne constitue pas un moyen efficace de protection glandulaire.
Du reste, différentes preuves ont été données de la nonvaleur des dispositions analomiques défensives qu'on prête au canal de Sténon.
D. Mollière (de Lyon) a montré qu'on peut tarir les fistules cutanées du canal de Sténon par le débridement intra-buccal de sa portion sous-muqueuse. Or cette néostomie qui supprime l'exiguïté normal de l'orifice ostéal du canal excréteur, qui supprime son sphincter musculaire, qui, par conséquent, ouvre largement l'écluse à la flore buccale, ne compromet pas Kasepsie normale de la parotide.
Nous avons abouché à la peau de la joue la partie moyenne da canal de Sténon d'un chien. Quelque temps après nous avons prélevé aseptiquement la partie correspondante d'une part, et la portion du canal de Sténon située en amont de la fistule d'autre part. L'ensemencement a montré l'asepsie de la glande, et la septicité du canal.
Pour toutes ces raisons nous pensons qu'il faut chercher en dehors de la disposition anatomique du canal de Sténon les causes de la virginité normale de la parotide.
Nous résumerons en quelques lignes cet exposé de l'équilibre normal bucco-parotidien.
D'une part, un milieu stérile, la parotide; d'autre part un milieu septique, la bouche; entre les deux, un conduit d'une asepsie douteuse, le canal de Sténon. Physiologiquement, l'invasion de la parotide par diffusion de la flore buccale, est enrayée par de nombreux facteurs :
i° Mécaniquement, les lèvres, les joues, la langue, par leurs mouvements dans la mastication, la déglutition, la phonation, empêchent la stagnation des particules alimentaires et les poussent vers le dégagement pharyngien.
2° Mécaniquement, les aliments solides, par leur contact avec la muqueuse buccale, favorisent la mue épithéliale et la chute des colonies microbiennes.
3° Mécaniquement, le mucus buccal balaie les microorganismes buccaux.
4° Peut-être ne doit-on pas trop escompter le rôle bactéri-
cide de la salive, non plus que l'antagonisme microbien qui s'établit dans la bouche; mais il faut considérer comme propice à la défense, l'action chimiolactique des microorganismes buccaux ou de leurs toxines sur la phagocytose.
5° Enfin il résulte de tout ce qui précède que la défense parotidienne est principalement assurée par Faction mécanique de la chasse salivaire régulière et répétée.
II. — L'Etat pathologique. Rupture de l'équilibre bucco-parotidien. La parotidite.
Contre l'équilibre bucco-parotidien s'élèvent de nombreuses coalitions : les états cachectiques, les infections aiguës ou chroniques, etc. Il faut y joindre selon nous les circonstances qui précèdent, accompagnent ou suivent l'acte opératoire; les circonstances que nous allons envisager successivement.
L'expérimentation nous permettra de démontrer le bienfondé de l'accusation portée contre elles.
i° Avant l'intervention. — Dès la veille ou l'avant-veille, le malade, préparé en vue de l'intervention, a été purgé (a); baigné (b); et maintenu à jeun (c).
a. La purgation. — Généralement, en France, on administre deux verres d'eau de Sedlitz ou quelque autre purgatif salin. L'effet obtenu, d'intensité variable avec les individus, se traduit chez tous par la soustraction d'une certaine quantité d'eau et de sels de sodium empruntés au milieu intérieur.
b. Le bain chaud. — Autre méthode de déshydratation. Pour approprier les téguments du malade, et sauf contre indications peu fréquentes (plaie ou santé générale), on lui prescrit un et quelquefois deux bains chauds (entre 34° et 39° C). Sous l'influence de l'immersion dans ce milieu, la peau excrète abondamment. L'hypéractivité des glandes sudoripares débute presque immédiatement, et se prolonge environ une heure après la sortie du bain. La quantité d'eau organique perdue varie entre 30 et 200 centimètres cubes; le contre-coup de cet
hyperfonctionnement des glandes sudorales retentit sur les autres glandes de l'organisme (rein, glandes salivaires) qui produisent moins.
c. Le jeûne. — Pour le malade chirurgical, l'alimentation de la veille, celle du jour de l'opération et celle du lendemain, est réduite à peu de chose. Chez un sujet bien portant, ayant des réserves et les utilisant, cette diminution momentanée des ingesta n'a pas de grosses conséquences; mais chez un malade, dont on a, par le bain et la purgation, multiplié les excréta, l'action de la diète préopératoire se fait sentir. On sait que le jeûne imposé a des espèces animales réfractaires, peut créer la réceptivité à l'infection, et que chez les autres espèces il diminue la défense à l'infection soit en favorisant la rétention des déchets organiques, soit en altérant les surfaces sécrétantes. Le jeûne est donc une cause appréciable de moindre résistance aux infections.
2° Pendant l'opération. — Le malade, plusou moinsému(d), est confié à l'anesthésiste, qui lui administre habituellement du chloroforme ou de Péther (e), suivant le rite édicté par la prudence : utilisation de Pouvre-bouche, du tampon monté, de la pince à langue (f), de la propulsion du maxillaire (g).
Puis l'opération se déroule, inévitablement accompagnée de réflexes traumatiques, d'hémorragie (h) et entraînant un degré quelconque de shock opératoire (i).
Toutes ces conditions méritent d'être envisagées.
d. L'émotion. — Les influences psychiques sur la sécrétion salivaire peuvent se manifester dans deux sens diamétralement opposés : sécrétion salivaire psychique, ou acrinie salivaire psychique.
C'est ce dernier phénomène qu'on observe sous la provocation d'émotions vives, telles qu'en éprouve le malade au seuil de Panesthésie générale.
e. Uanesthésique. — La présence, dans le sang, du chloroforme (presque exclusivement employé dans nos cas inédits), en traîne également des modifications de la sécrétion salivaire.
Tout à fait au début de Panesthésie chloroformique, et de
façon très transitoire, on observe (chez le chien) une hypersécrétion salivaire à peu près constante et peu accentuée. Ace moment la concentration chloroformique dans le sang n'est pas assez avancée pour jouer un rôle quelconque sur la fonction sécréloire. Cette hypersécrétion du début ne peut donc être due qu'à un réflexe dont le point de départ est dans l'irritation des voies d'accès des vapeurs chloroformiques.
Ce phénomène de début mis à part, tout pendant la durée de l'anesthésie il y a diminution (toujours) et suppression (souvent) de la sécrétion salivaire.
Pendant cette période, les excitations réflexes — qui à l'état esthésiques seraient efficaces — demeurent sans résultat.
Consécutivement à l'imprégnation chloroformique, et pour un temps plus ou moins long, la sécrétion salivaire reste notablement diminuée.
Il y aurait intérêt à déterminer, d'au Ire part, les modifications qualitatives que l'inhalation chloroformique apporte dans la constitution de la salive parotidienne. Cette altération qualitative peut tenir :
A la modification de la quantité des principes normaux.
A la viciation de ces principes.
A l'apparition de principes surajoutés.
Nous avons entrepris cette étude. Nos conclusions ne sont pas encore assez fermes pour pouvoir être exposées.
f. Ouvre-bouche, tampon monté, pince à langue. — Dans un autre ordre d'idées il faut reconnaître le rôle néfaste que l'arsenal de l'anesthésiste, s'il n'est rigoureusement aseptique, peut jouer dans la genèse de certains accidents post-anesthésiques (parotidiles, broncho pneumonies).
Tous les auteurs ont insisté sur les destinées ultérieures des plaies de la bouche et de la langue que créent l'ouvre-bouche brutalement manié ou la pince à traction appliquée d'une main fébrile.
Tous sont également d'accord pour incriminer le tampon monté, qui trop souvent seplique, ensemence consciencieusement la cavité buccale sous couleur de l'approprier.
g. Malaxât ion de la parotide. — Dans les anesthésies difficiles, fertiles en incident, l'anesthésisle ne tarde pas à propulser le maxillaire inférieur pour contraindre la base de la langue à laisser libre l'orifice laryngien. De son effort continu pour subluxer la mâchoire en avant, il résulte, au dire des auteurs, que la parotide est contusionnée et mise, de ce fait, en imminence d'infection. Et on invoque à l'appui les expériences de Max Schûller. Sans nier ce rôle de la contusion de la parotide, il faut reconnaître qu'il ne peut pas être considérable.
On observe les parotidites post-opératoires, aussi fréquemment en l'absence de contusion parotidienne qu'après une anesthésie houleuse ayant nécessité la propulsion du maxillaire.
On ne traumatise pas la parotide en subluxant la mâchoire, tout l'effort de la main de l'anesthésisle porte au-dessous et en avant d'elle.
En traumatisant la parotide il ne semble pas qu'on la mette en état de réceptivité particulière à moins qu'il n'y ait infection générale latente ; mais dans ce cas il s'agit de parotidites métastatiques qui ne rentrent plus dans notre cadre.
h. Hémorragie opératoire, — Toute soustraction brusque de sang qui atteint 5oo grammes, chez un sujet de poids moyen, commence à déterminer des symptômes appréciables. La spoliation sanguine est presque immédiatement suivie d'une résorption de la lymphe interstitielle qui afflue dans les vaisseaux sous forme d'un courant transpariétal inverse du courant d'absorption normal. En peu de temps la récupération du volume du sang est réalisée. Les conséquences salivaires de cette déperdition sanguine se traduisent par une diminution quantitative de la sécrétion, et par l'élimination exagérée des produits azotés, traduisant l'utilisation intensive des albuminoïdes organiques.
i. Shock. — On n'est pas complètement fixé sur la compréhension du shock opératoire. Certains auteurs décrivent sous ce nom les manifestations de l'excitation ou de l'inhibition du
sympathique au cours des traumatismes accidentels ou chirurgicaux ; d'autres y adjoignent des symptômes qui relèvent de la déperdition du milieu intérieur, d'autres enfin, voient dans leshock opératoire la résultante d'actions complexes physicochimiques; et nous avons rappelé précédemment que, pour M. Jaboulay, leshock opératoire influencerait la constitution moléculaire de l'oxyhémoglobine, au point de la rendre — pour quelque temps — irréductible. Il en résulterait un arrêt de l'oxydation des graisses, des matières protéiques, des hydrates de carbones, et, partant, une atteinte grave à la vitalité de l'organisme.
3° Après l'opération. — Fixation faite du bandage de corps (j), l'opéré transporté à son lit, devient l'objet d'une surveillance spéciale. On lui supprime toute alimentalion solide et on ne lui concède qu'un peu d'eau ou de lait pendant les premiers jours (k).
La garde, attentive à tout ce qui a trait directement à Topération, ne l'est pas suffisamment aux petits détails de l'hygiène habituelle de l'opéré. Les soins buccaux (1) notamment, sont négligés; chose d'autant plus regrettable que les vomissements post-anesthésiques sont fréquents (m). Par contre, on veille soigneusement à l'immobilisation de l'intestin pendant les premiers jours (n); à la tranquillité du sujet pendant les premières nuits (piqûre de morphine), (o).
Nous allons envisager toutes ces conditions, ainsi qne le rôle vraisemblable de la stase gastrique (p).
j. Bandage trop serré. — L'opération terminée, le pansement est maintenu à l'aide d'un solide bandage de corps généralement en flanelle. On s'ingénie à l'appliquer exactement, et on recherche dans sa coaptation parfaite, l'immutabilité, qualité première d'un bon appareil On n y peut atteindre qu'en « serrant à fond » le bandage, et en observant de point en point une véritable petite technique. Un bandage de corps bien appliqué apporte un obstacle indiscutable à la respiration diaphragmatique et à la respiration thoracique inférieure; et l'opéré, pour réagir contre cette modification
SUR LES PAROTiDITES POST-OPÉRATOIRES 97
momentanée de son régime respiratoire, respire la bouche ouverte. Il en résulte l'assèchement de sa muqueuse buccale, la stagnation en milieu propice des microorganismes buccaux et l'apport direct des agents pathogènes de l'air atmosphérique.
Il semble qu'on ne prête pas une attention suffisante à cette compromission de la respiration normale, et à la substitution brusque de l'aspiration buccale à l'aspiration nasale. Pourtant on apprécie les avantages de cette dernière puisqu'on a préconisé chez les opérés, et comme temps préparatoire, l'examen des fosses nasales et, au besoin, le rétablissement de leur perméabilité (curetage de végétation adénoïde, ablation de queue de cornet, etc.).
k. L'alimentation de f opère. — Quelques chirurgiens ne se sont pas encore affranchis quant à la diététique de leurs malades, des règles draconiennes édictées par les promoteurs de chirurgie abdominale ; et l'usage veut que l'opéré n'absorbe que quelques cuillerées de liquide pendant la première et même la seconde journée. En France, ce liquide est de l'eau, du Champagne ou du thé. Au bout de deux ou trois jours, on concède du lait, ou un potage. A l'ablation des fils, et en manière de récompense, on tolère un petit œuf. Il y a là un excès de prudence d'une part injustifié et d'autre part préjudiciable. La pratique des interventions les plus sérieuses (gastro-entérostomies, gastrectomies, entéro-anastomoses, exclusions intestinales) a montré qu'il n'y avait aucune raison pour ne pas alimenter rapidement les opérés, et que la meilleure méthode pour les défendre contre le shock et l'infection était encore de leur en fournir les moyens : les résultats montrent que cette alimentation précoce des opérés, est sans danger.
Au point de vue spécial de la fonction salivaire la reprise précoce de l'alimentation a une grande importance. La parotide fonctionne tout spécialement sous l'influence de la mastication, cette donnée est dès longtemps établie par les physiologistes (Cl. Bernard, Schiff, Collin, etc.). Au contraire sa sécrétion est très diminuée, où même tarie, sous l'influence de Morel 7
98 ÉTUDE CLMUQUE £T EXPÉRIMENTALE
la suppression de la mastication (suppression de l'alimentation buccale ou prescription du régime liquide (eau, lait) (r). Or dans ces conditions d'hypoactivité secretoire parotidienne on voit survenir nombre de parotidite». Voici des exemples :
« Une affection gastrique (c'est M. Linossier qui parle), au cours de laquelle on peut observer la parotidite suppurée, c'est l'ulcère simple, quand on le traite par la suppression absolue de l'alimentation buccale... ».
Chez nombre de malades on observe la parotidite à la veille du jour où Ton va les opérer. Il semblerait qup la mise en œuvre des conditions de repos, d'hygiène, de régime propres à les préparer à l'intervention chirurgicale, dût éviter à ces malades une aggravation à leur état. Mais parmi ces prescriptions préopératoires, au premier rang figure la diète lactée pour l'appendicite qui refroidit ou pour la grossesse extra-utérine non rompue qu'on opérera « dans la prochaine séance ». Chez les malades prédisposés, l'alimentation liquide c'est-àdire la suppression de la mastication, va favoriser l'infection parotidienne. L'observation VII en est un exemple ; nous en ajouterons un autre, également inédit,
Une femme de 33 ans entre à la Charité (service du Dr Campenon) le 7 février 1907, avec le diagnostic : appendicite. Elle est examinée par mon collègue Lemeland, qui me communique son hiatoire : cette femme bien réglée, n'a jamais eu de maladies graves, pas de fièvres éruptives, pas d'oreillons.
Six enfants, le dernier a actuellement 10 mois.
Au 7 e mois de sa 4 e grossesse, elle a présenté un peu d'albumine pour laquelle on ta mise au régime lacté. Quelques jours après (la malade ne peut spécifier combien) apparition d s une parotidite gauche, qui s'est évacuée au bout d'une semaine et spontanément par le canal de S tenon.
i . Cette constatation de la diminution de la sécrétion salivaire sous l'influence de l'alimentation lactée n'est exacte que pour la parotide. On sait que la sécrétion de la sous-maxillaire n'est pas amoindrie, au contraire, dans les mêmes conditions diététiques*
Il y a 4 mois, première crise d'appendicite peu accentuée» ft^aût duré i5 jours, et qui n'a pas arrêté la malade (son régime alimentaire a consisté en légumes et en œufs).
Le I er février 1907, deuxième crise d'appendicite pour laquelle la malade rentre à l'hôpital (à la date du 7 février, salle J. L. Petit, lit no 18). On la met au régime lacté exclusif. Le 9, apparition d'Utié parotidite gauche, qui suppure et s'ouvre dans le canal de Stédon le i3 février. Le u, apparition d'une parotidite droite, qui suppure et s'ouvre dans le canal de Sténon le i5 février.
Enfin; sous le titre « parotidite polymicrobienne au cotifs d'une cirrhose atrophique arrivée à la période de cachexie », on trouve, à la page 87 de la thèse de Ginner, l'observation suivante (résumée) qui vient tout à fait à l'appui de cette pathogénie :
Homme, 56 ans, entré salle Saint-Landry, n° 17, le a6 avril 1901, à l'Hôtel-Dieu (service de M. le D r Duplay).
11 y a cinq ans, en 1897, H fut atteint d'une ascite (il est marchand de vin) qui a été guérie en trois mois par te régime lacté.
A la même époque, une parotidite se déclara, à droite. Incision, il s'écoula, non pas du pus, mais du sang.
Rien de nouveau pendant quatre ans ; malgré la reprise des habita* des d'alcoolisme.
Depuis un an, apparition progressive de tous les symptômes d'une cirrhose anophique. S apercevant que son ventre grossissait, le malade s*est mis au lit et au régime lacté et vit survenir une parotidite gauche »
1. Soins buccaux. — D'une manière générale, les conditions hygiéniques de la bouche des opérés laissent à désirer, qu'il s'agisse de malades hospitaliers n'ayant jamais eu à l'état de santé le moindre souci de leur dentition, ou qu'il s'agisse de malades plus éduqués, mais chez lesquels l'affaissement postopératoire se traduit par du laisser-aller, et par la non obser* vance de ces petits soins journaliers. Et leur absence se fait sentir d'autant plus vivement que les liquides buccaux slft* gnent en l'absence de chasse salivaire, d'alimentation, et de mouvement de la langue; et que leur flore prolifère rapide*
jment dans un milieu adapté par sa température, sa réaction, son aération, etc..
m. Vomissements. — Les vomissements post-anesthésiques contribuent encore, tant à déshydrater l'opéré qu'à souiller gon milieu buccal. El souvent, crainte d'ajouter à la fatigue occasionnée par le vomissement, on prive l'opéré du bénéfice d'un lavage consécutif; et on favorise la pullulation de la flore buccale.
n. Constipation. — Quoiqu'on tende de plus en plus à 6'afFranchir de cette règle ancienne : immobiliser l'intestin, on n'en est pas encore arrivé à solliciter les évacuations de l'opéré. Cependant, à part quelques sutures fines sur le gros intestin, à part quelques sujets enclins au collopsus, il n'y a guère de contre-indications à l'exonération fécale précoce. El par ailleurs il y a toujours grand intérêt à favoriser l'évacuation des matières fécales. M. Bouchard a montré, en effet, gue les fèces sont toxiques, et que leur toxicité est due surtout aux poisons organiques, produits directs de certaines sécrétions normales, produits de désassimilation, produits de fermentation putride. L'organisme normal lutte victorieusement contre la toxicité fécale (fonction antiloxique du foie, dépuration rénale) ; mais chez un opéré dont les épithéliums glandulaires sont plus ou moins touchés par le chloroforme, l'action des poisons organiques est beaucoup plus sensible, et l'accumulation des fèces se traduit par l'élévation thermique, la tachycardie, l'agitation, le ralentissement des sécrétions, l'augmentation du coefficient de septicité bucco-intestinal.
p. Morphine. — Il est nettement établi que l'injection d'une (solution de morphine, même à faible dose, provoque chez l'homme une diminution nette de l'excrétion salivai re. D'une façon générale, après une très courte période de salivation, du reste inconstante, l'atténuation ou la cessation de la sécrétion salivaire, est la règle après introduction de la morphine dans l'organisme de l'homme (Galvet).
f. Le résultat est le même, quel que soit le mode d'introduction (voie gastrique, voie hypodermique), le degré de concen-
tration de la solution employée. En clinique, la sécheresse' de la bouche des malades au lendemain d'une piqûre de morphine est chose connue, de même que rabaissement de la courbe urinaire. En revanche, il y a exagération de la sécré- ! tion sudorale. Au total, arrêt de la fonction salivaire, par action nerveuse centrale de la morphine et déshydratation' du malade.
Cette action spéciale à l'homme et dans une certaine mesuré au cheval, ne s'observe nullement chez le chien, le bœuf, etc. (L. Guinard).
p. Dilatation aiguë de l'estomac. — A la suite des interventions les plus diverses, intéressant le péritoine (laparotomies)' ou non (néphrectomies, amputations) on voit survenir parfois des troubles graves qu'il convient de rapporter nettement à la dilatation aiguë post-opératoire de l'estomac La communication de M. Reynier (Congrès français de chirurgie, 1903) et la discussion amorcée à la Société de Chirurgie (octobre, novem-* bre, décembre 1905) par une observation de M. Chavannaz ont fait la lumière sur cette suite opératoire jusqu'alors mal connue en France. On a voulu en faire une manifestation de la septicémie d'origine opératoire. Celte théorie simpliste' et trop commode, qui consiste à expliquer par l'infection microbienne presque toutes les modifications organiques consécutives aux actes chirurgicaux ne saurait, dans le cas pré-* sent, être prise en considération. Il ressort nettement de l'expérimentation et de l'observation clinique, ainsi que l'a dit mon maître, M. Legueu, que la pathogénie de cette complication susceptible d'entraîner la mort « ... relève d'une j influence exclusivement nerveuse, d'une excitation du plexus" solaire et des splanchniques, et dans laquelle, en tout cas;, l'infection ne joue aucun rôle... »
Celte complication est — à un degré quelconque — relatives ment fréquente, beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit, et son rôle dans la pathogénie des parotidiles post-opératoires nous semble, dans certains cas, possible. Si nous insistons sur ce point, c'est qu'il nous offre un argument de plus en faveur
de la non spécificité des parotidites post-opéraloires et qu'il rapproche beaucoup celles-ci des parotidites médicales observées dans les états gastriques par MM. Barié-Billaudet et Linossier (Société médicale des hôpitaux, novembre 1906).
Dans les deux cas, il y a lieu de faire jouer à la stase gastrique un rôle pathogénique important, rôle qui n'a pas, croyons-nous, élé envisagé. Il est actuellement démontré que l'absorption de l'eau n'a pas lieu dans l'estomac, et que le passage des liquides dans l'organisme ne peut se faire que si ces liquides sont en contact avec la muqueuse intestinale. Ainsi, toutes les fois que la perméabilité du pylore ou la contractilité de l'estomac sont insuffisantes pour assurer le libre passage des liquides dans l'intestin, la résorption de l'eau est entravée et le malade déshydraté. Or, la perméabilité du pylore est compromise dans les sténoses pyloriques ; la contractilité de l'estomac est nulle dans la dilatation aiguë post-opératoire de l'estomac ; dans les deux cas, stase gastrique et déshydratation du malade; dans les deux cas, nombre de symptômes eommuns (vomissements par rengorgement, oligurie, drymoût h, hyposécrétion salivaire ; dans les deux cas, complication commune : la parotidite. Il n'y a certes pas lieu de pousser plus loin l'identification palhogénique des parotidites postopératoires et des parotidites dans les états gastriques ; mais au moins faut-il leur reconnaître, du fait de leur étiologie commune, un certain degré de parenté.
. On peut reconnaître parmi les facteurs précédemment énumérés, des causes mécaniques et des causes septiques, les premières contribuant à abaisser le débit salivaire parotidien, les secondes à exalter la virulence du milieu buccal. Aucun de ces facteurs n'est pathognomonique, mais tous servent la cause de l'infection ascendante, dont on peut les considérer suivant le mot de M. le professeur Landouzy, comme des a adjuvances ».
SUH LES PAROTIDITES POST-OPÉRATOIRES
Le tableau suivant résume ces adjuvances :