‹ Etude clinique et expérimentale sur les parotidites post-opératoiresChapitre 3 sur 30 · CHAPITRE PREMIER ÉTIOLOGIE DES P A ROTI DITES POST-OPÉRATOIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ÉTIOLOGIE DES P A ROTI DITES POST-OPÉRATOIRES

A. Fréquence de la parotidite post-opératoire. — La parotidite post-opératoire, telle que nous la comprenons, n'est pas fréquente. Moricke, utilisant les documents rassemblés par Schrœder, n'en rapporte que cinq cas pour 200 interventions abdominales ; encore en faut-il retrancher deux qui ne constituent que la localisation parotidienne secondaire d'infections péritonéo-abdominales avérées. Nombre de chirurgiens, au cours d'une carrière bien remplie, n'ont jamais observé de parotidites post-opératoires (Vincent, de Lyon). Nous avons feuilleté les registres du mouvement opératoire de plusieurs services très actifs, sans relever un cas bien net de cette affection.

Par contre, Schrœder croit à une fréquence relative (i/4o des laparotomies) ; Slawjansky a une proportion plus forte (i/3o des laparotomies); et nous-mêmes, en moins d'un an, avons pu en étudier seize.

Un premier point est à retenir : on observe l'évolution simultanée ou consécutive, de trois ou quatre cas de parotidite, dans un même milieu chirurgical, puis des mois, des années se passent sans que pareil fait se renouvelle. Nous reviendrons plus loin sur cette particularité.

B. Contagiosité de la parotidite postopératoire. — En réunissant les observations rapportées dans ce travail, j'avais cru remarquer, à l'hôpital Tenon, que les parotidites postopératoires manifestaient une sorte de sympathie pour certaines salles de malades ; j'étais toujours appelé dans la même partie de l'hôpital pour observer des parotidites. Je crus d'abord à une coïncidence, et me refusai à admettre l'allure épidémique des faits que j'avais notés. Sur ces entrefaites, j'eus l'occasion d'être appelé à l'Hôtel-Dieu pour étudier un nouveau cas de parotidite ; et coup sur coup, dans le même hôpital, mieux dans la même salle, mieux encore dans le même lit, j'observai au total six cas de parotidite. Je suis certain qu'il ne s'agissait pas d'oreillons ; je suis également certain que chacun des cas avait l'allure habituelle des parotidites post-opératoires ; mais je demeure surpris par cet enchaînement de faits et sans trancher la question, je rapporterai seulement l'histoire de cette petite épidémie de l'Hôtel-Dieu.

Le 2 janvier 1907, une opérée de M. Le Dentu (n f 2, salle Saint- Jean) présente une parotidite droite quatre jours après son opération (obs. V). Le lit étant devenu vacant à sa guérison, on y couche, sans désinfection préalable, une nouvelle opérée» qui à son tour, au troisième jour de son opération, présente, le 19 janvier, une parotidite droite (obs. IX). Enfin, dans la même salle, une opérée, couchée au n* i5, est atteinte au quatrième jour de l'opération, le 11 février, d'une parotidite gauche (obs. VI).

Ce n'est pas tout.

Le 6 janvier, la malade couchée au n° 32 de la salle Sainte-Marthe, service de M. Guinard (malade présentant une grossesse extra-utérine et sur le point d'être opérée) présente une parotidite gauche (obs. VII). Le 10 janvier, sa voisine de lit (n° 33) qu'on vient d'opérer pour grossesse extra-utérine, présente une parotidite droite (obs. VIII). Enfin le

28 janvier, la malade suivante (d° 34) opérée d'appendicite à froid est atteinte à son tour de parotidite gauche (obs. XI).

Les trois cas du premier groupe semblent bien être en rapport l'un avec l'autre; les trois cas du second groupe semblent également en relation étroite. Enfin, si on songe que la surveillante de nuit chargée de donner ses soins aux parolidites de la salle Saint-Jean, soignait aussi précisément celles des malades de la salle Sainte-Marthe qui présentèrent des parolidites, on conviendra qu'une affection contagieuse ne se serait pas transmise différemment.

Je ne crois pas qu'on ait déjà attiré l'attention sur cette possibilité de la nature contagieuse des parolidites post opératoires. Un seul fait dans la littérature a quelque rapport avec ceux que je viens de citer ; il est rapporté par Addenbrooke (Lancet, 1900, p. 1873) ; le voici:

Le 5 septembre 1900, Addenbrooke fait une laparotomie pour péritonite suppurée sur un garçon de i3 ans. Le 8 septembre, parotidite gauche, le 9 septembre, parotidite droite. Il n'y avait pas d'épidémie d'oreillons, et les caractères de l'induration, de l'évolution de ces parotidites permettent d'affirmer quelles n'étaient pas ourliennes ; au i3 novembre elles avaient disparu.

Le 24 novembre la tante de l'enfant fait sept kilomètres à pied pour venir le voir, lui tient compagnie, l'embrasse, puis repart dans la soirée. Trois jours plus tard elle présente une double parotidite qui évolue exactement comme chez son neveu.

Gomme on le verra plus loin, nous avons, avec Verliac, pratiqué l'examen bactériologique de trois de ces parolidites de l'Hôtel-Dieu. Examen direct, cultures, inoculations, montrent dans ces trois cas la présence de staphylocoque doré à l'état de pureté. Impossible de déceler un autre microorganisme. Ce n'est pas sur les seuls faits d f Addenbrooke et sur les miens que j'essairai d'établir la contagiosité de la parotidite post-opératoire. Je me borne à apporter un document précis, sans l'interpréter.

Page 1