CHAPITRE IV DIAGNOSTIC DE LA PAROTIDITE POST-OPÉRATOIRE
Il faut envisager successivement: Le diagnostic positif et le diagnostic étiologique de la parotidite post-opératoire.
A. Diagnostic positif. — Le diagnostic positif est aisé. La parotidite, affection tapageuse, évoluant sur un opéré encore en observation permanente ne saurait passer inaperçue. Il ne peut, guère non plus, y avoir de méprise au sujet de la relation qu'elle offre avec l'intervention. Et nous ne nous arrêterons pas à différencier la parotidite post-opératoire de tous les gonflements parotidiens ou périparotidiens qui surviennent dans des conditions étiologiques totalement différentes (Parotidites toxiques, parotidites critiques, parotidites des cachectiques).
De même, la maladie de Mickuliez, la parotidite mucopurulente chronique de Remouchamps, Vhyppertrophie parotidienne primitive de Birsch-Hirschfeld, la sialodochite fibrineuse intermittente de Kussmaïtl, n'offrent avec l'affection qui nous occupe que des rapports topographiques, et s'en différencient par tant de caractères propres ou de modes évolutifs qu'il est inutile d'en présenter ici le diagnostic différentiel.
Nous passerons également sous silence Y hydroparotide, qui, au gonflement, n'offre avec les parotidites, aucun caractère clinique commun. En réalité une parotidite post-opératoire ne peut prêter à l'erreur de diagnostic qu'avec les affections suivantes :
Oreillons.
Adénophlegmon parotidien.
Erysipèle de la face.
Les oreillons sont reconnaissables à leur bilatéralité habituelle, à la douleur moins intense qu'ils déterminent, à leur tendance presque systématique vers la résolution, à l'atteinte moins alarmante du sujet sur lequel ils évoluent.
Uadenophlegmon parotidien sous-cutané est beaucoup plus superficiel, il détermine une déformation plus acuminée, une saillie plus directement palpable, plus limitée; les phénomènes réactionnels qu'il provoque dans son voisinage (empâtement périganglionaire) la rougeur de la peau l'identifient suffisamment.
V erysipèle de la face peut débuter par la région parotidienne. Il s'y caractérise par la rougeur de la peau dès le début, par l'acuité de la douleur qu'il détermine, par son évolution différente. A vrai dire; c'est peut-être l'affection qui offre avec la parotidite post-opératoire le plus de ressemblance locale, e.t n'étaient les différenciations de ta courbe thermique, de la réaction générale, la méprise serait possible.
B. Diagnostic étiologique. -r- Le diagnostic étiologique pourra être plus difficile à établir. On n'ignore pas une parotidite post-opératoire, par contre, on peut la méconnaître.
L'erreur la plus habituelle consiste à prendre une parotidite infectieuse niétastatique pour une parotidite post-opératoire. La plupart des observations fapportées comme telles par les auteurs concernent, en réalité, de simples épiphénomènes au cours d'une infection générale cliniqucment reconnue. Notre cas n° 17 rentre sans aucun doute dans ce groupe de faits. Et voici encore une observation qui doit être distraite de notre cadre.
Une femme (Je 24 ans, III pare, présentant les symptômes d'une grossesse extra-utérine rompue, est opérée d'urgence à l'hôpital Saint- Antoine par notre collègue et ami René Kauffmann. Six jours plus
tard, elle présente, sans la moindre réaction abdominale, une tuméfaction de la région parotidienne gauche, en même temps qu'une brusque élévation thermique et des douleurs violentes ; nous pensons à une de ces parotidites qui font l'objet de cette étude, nous incisons sur la tuméfaction : il s'écoule de la sérosité, les douleurs diminuent et la température baisse; mais le thermomètre ne tarde pas à remonter malgré l'amélioration de l'état local parotidien, et nous constatons, au huitième jour, sous le pansement abdominal, la présence de sérosité odorante, provenant d'une fistulette stercorale qu'expliquait la très laborieuse libération de solides adhérences au cours de l'intervention.
Nous croyons donc qu'il faut nettement distraire la parotidite post-opératoire des parotidites métastatiques (qu'on peut observer du reste après des interventions chirurgicales, avec autant de raisons, sinon plus, qu'en dehors de tout trauraa opératoire). Cette distinction est permise tant qu'on n'aura pas montré que la parotidite post-opératoire n'est elle-même qu'une manifestation locale d'une infection très atténuée, anatomiquement indiscutable, mais cliniquement insoupçonnable. Si ce point était élucidé — et il ne pourra l'être que par de nouvelles recherches portant sur l'examen du sang et du tissu glandulaire parotidien prélevé sur les malades atteints de parotidite, et par l'isolement et la culture d'un même microorganisme trouvé dans le sang et dans la glande — si ce point était élucidé, il serait démontré que les parotidites post-opératoires, dont nous avons fait une entité, doivent rentrer dans le groupe banal des métastases infectieuses d'origine opératoire. En l'absence de cette preuve, il nous semble qu'on doive établir une distinction entre les deux espèces.
Le tableau ci-dessous résume quelques-uns des caractères — différentiels, d'après nous — des deux sortes de parotidites dont nous venons de parler.
Parotidite post-opératoire Parotidite post-opératoire " l!l1 L J " métastatique.
Apparition .
Aspect de la plaie opératoire.
Examen bactériol. du sang-.
Autres accidents concomittants.
Etat général.
entité morbide.
4 e ou 5 e jour.
Correct.
Négatif.
L'affection est isolée.
Peu atteint.
2 e jour.
Sérosité, pus, liquide séro-stercoral.
Positif.
Avec l'affection coexiste une arthrite suppurée, une phlébite, un abcès souscutané, etc.
Etat typhoïde.
Il ne faut naturellement pas donner à ces caractères différentiels plus de précision qu'il ne convient. Ils ne sont rien moins que spécifiques et n'ont de valeur qu'assemblés.