‹ Étude Clinique sur le Choléra InfantileChapitre 10 sur 38 · CHAPITRE II PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II PATHOGÉNIE

Les observations de tous les médecins, qui se sont occupés de cette affection, ont montré que sous le même tableau clinique, le choléra infantile présentait une origine variable.

Essayons donc de classer méthodiquement ces diverses causes.

1ro Cause. — L'intoxication d'origine alimentaire serait la cause la plus fréquente de la maladie. Les enfants au biberon sont surtout exposés à cette intoxication.

Par suite de la température élevée, durant l'été, le lait subit, dans le biberon mal tenu, une fermentation, qui aboutit à la production dé substances nuisibles. L'enfant absorbe ces dernières ; si elles sont en petite quantité, il présentera de la dyspepsie simple (vomissements) avec ou sans diarrhée simple.C’est la cause la plus fréquente des troubles digestifs, à cet âge, mais si leur quantité est notable (et on sait à ce sujet, que les substances solubles résultantes de fermentations ont en général une puissance d'action très marquée, à très faible dose), l'intoxication sera plus marquée, et donnera naissance à la maladie choléra infantile. Comme cette fermentation lactique se produit surtout par la chaleur, il s’ensuit que les cas de choléra infantile seront plus fréquents l'été, et cette maladie affectera à ce moment,la marche épidémique, d'où lenom de summer disease: (maladie d'été) et de feeding bottles disease (maladie du biberon)

‘Dans ce cas, absence de contagion ; plusieurs enfants sont

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atteints de la maladie, parce qu'ils ont pris, chacun deleur côté, du lait altéré, du lait fermenté. :

Dans ces dernières années, grâce au progrès de la chimie, on connaît mieux les transformations, qui résultent de la fermentation du lait. |

On sait qu’elle aboutit à la formation, de corps acides, et de substances diverses, dites solubles.

Quel est la cause de l’intoxication ? Est-ce le microbe de Ia fermentation, qui est absorbé avec le lait ? Sont-ce les acides ? Sont-ce les substances solubles, résultat de la fermentation ? Ces faits sont à l’étude en ce moment, depuis les recherches de M. le Prof. Duclaux.

Les microbes producteurs de la fermentation lactique, ne produisent de dyspepsie, ou des symptômes cholériques, que si la culture est ingérée, en assez grande quantité, et si elle a quelques jours de date.

Nos expériences ont porté sur le Tyrothrix tenuis, le bacillus subtilis, qui sont des agents de fermentation du lait.

Au premier abord, on ne comprend pas bien, comment, dans l’état normal des choses, l'enfant subisse cette intoxication, tant la quantité de lait altéré nécessaire à la production de l'intoxication (simple ou grave), doit être élevée. C’est un fait, qui frappe, quand on étudie cette question de l’intoxication.

D'une façon générale, un enfant au biberon, en pleine chaleur, prend au maximum un litre de lait par jour. Nous évaluons ce chiffre dans ce qu'il a de plus fort. Ce litre de lait altéré, fermenté, ne nous a donné expérimentalement aucun résultat.

Cette hypothèse de l'intoxication nous semble rationnelle, mais, par l'examen des faits, on est obligé de reconnaitre, qu’elle ne satisfait pas entièrement l'esprit, dans la majorité des cas.

Il faut admettre, qu'il y a, dans les cas de production de choléra, ou une accumulation de ces substances dans l'organisme, ou qu'elles sont produites en plus grande quantité sous l'influence de la haute température.

Cependant les substances solubles, résultat de la fermentation, peuvent être cause de l'intoxication, quand le liquide a été concentré et que ces substances, ont subi presque un isolement.

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Si on peut obtenir une intoxication avec une parcelle minime de substance soluble isolée, il faut remarquer, que cette parcelle minime n'est obtenue que par la fermentation d’une très grande quantité de lait.

Disons cependant quelques mots des substances solubles, que

Vaughan a étudiées dans le lait; car, en Amérique, on leur attri-

‘bue, toutes les maladies digestives de l'enfant du premier âge. Parmi elles, une serait surtout active, c’est le Tyrotoxicon de Vaughan.

Ce chimiste a isolé cette substance, à l'état de cristaux. L’ingestion &une parcelle de ces derniers, détermine une sensation de brûlure et de constriction à la gorge. Puis apparais-

sent des nausées, des vomissements et un peu de diarrhée. Le signe principal de cette intoxication est le vomiésement. Quand la dose est suffisamment élevée (et cet agent est très toxique), on voit apparaître des vomissements intenses, une diarrhée, légère, et des signes d’algidité, dont la cause ne paraît pas être la spoliation sanguine, qui n'existe pas, mais la substance s0luhle. Le tyrotoxicon n’est pas le seul produit toxique. Il se développe aussi d’autres corps, engendrés par la putréfaction, ét qui ont tous une action cathartique.

A ce sujet, le fait suivant vient à l'appui des recherches de Vaughan. Newton et Wallace, ont été chargés d’une enquête sur des cas d’empoisonnement par le lait, survenus dans un hôtel de Long-Branch, le 7 août 1886.

Un soir, 24 habitants d’un hôtel, furent pris. quelques heures ‘après le repas, des signes d'intoxication (nausées. vomissements intenses et abondants, algidité, diarrhée légère.

Tous se rétablirent, après une durée variable.

Cette intoxication fut observée, la semaine suivante, chez trente personnes du même quartier.

L'enquête a démontré, que le lait venait d'une seule ferme, siégeant à quelques milles de New-York (8 milles).

Le lait, bon au départ, était envoyé, sans précautions, par une chaleur élevée, à son arrivée il était altéré. On y a décelé la présence du tyrotoxicon.

L'expérimentation a montré qu'il était la cause de Pintoxication.

Tout en admettant cette hypothèse de l'intoxication comme probable, nous faisons cependant des réserves à cé sujet, tant la quantité de lait, capable de produire de l'intoxication, doit être élevée.

2e Cause. — Le lait et les aliments ingérés sont de bon aloi, mais ils ne sont pas digérés, dans les voies digestives, et y subissent une fermentation, dont le résultat est, suivant les cas, soit des troubles digestifs légers, soit du choléra infantile. Baginsky a étudié, au point de vue bactériologique, ces fermentations.

La chaleur altère légèrement le lait, avant l’ingestion ; cette altération suffit à provoquer de la dyspepsie, de la diarrhée simple, et à la faveur de ces troubles digestifs, s’établissent des fermentations dans l'intestin ainsi préparé. Ce trouble digestif prémonitoire peut être une indigestion ou à ce fait, que l'enfant a absorbé des aliments qu’il ne peut pas digérer. On explique ainsi l'apparition de la maladie, chez des enfants au sein.

Ajoutons à ce propos, que la fermentation du lait, soit dans le biberon, soit dans l'intestin, semble plutôt provoquer, quand elle est intense, le choléra infantile, alors que la fermentation d'aliments non lactés, tels que viande, etc., semble plutôt provoquer, une entérite avec fièvre, infection, état typhoïde : telle l’entérite aiguë du sevrage, que nous étudierons au diagnostic.

Les deux théories, que nous venons d’exposer, montrent, que le choléra infantile est une maladie due à l'alimentation.

3° Cause. — Cependant, ainsi qu'Henoch, Wiederhofer, Emerson, Huberwald, l’ont déjà fait remarquer, dans un certain nombre de cas, il y à « quelque chose d'infectieux », qui estinconnu.

L’épidémicité, le coexistence de certains cas de choléra infantile, avec la choléra nostras de l’adulte, semblent plaider en faveur de cette hypothèse.

On ne peut s'appuyer sur ce fait, que le choléra infantile peut survenir chez des enfants au sein, pour penser à une origine

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parasitaire pathogène ; car les enfants au sein, peuvent avoir

des fermentations intestinales, comme les enfants au biberon,

du fait d’une indigestion, ou de l'absorption d'aliments non lactés ; d'autre part, ils peuvent subir une intoxication de la part de la mère.

Disons quelques mots de cette dernièreintoxication d’origine maternelle, avant d'étudier l’origine parasitaire du choléra infantile. |

En décembre 1886, une employée de l'hôpital Saint-Antoine, allaite son enfant, âgé de 7 mois. Elle est prise quelques heures après le repas, ainsi que son mari, des signes d’une intoxication gastro-intestinale, dont la cause la plus probable nous a paru être l’altération des aliments avant la cuisson. Durant ces troubles digestifs aigus, la mère continue à allaiter son enfant. En 48 heures, l'enfant meurt avec tous les signes du choléra infantile. La mère guérit. Nous n'avons pu faire l’aus topsie de l'enfant, mais nous avons pu étudier les selles au point de vue bactériologique. Aucun microbe pathogène n'existait. Nous n'avons trouvé que des microbes normaux des selles. Il s'agissait vraisemblablement d'une intoxication d'ordre chimique transmise de la mère à l'enfant.

Le passage de diverses substances par le lait est admis par tous. C’est même une méthode de thérapeutique.

Les faits de l'influence de ia mère sur l’enfant sont connus depuis longtemps. Si on les examine bien, on voit que dans presque tous les cas, il s’agit d’une gastro-entérite aiguë de la mère, qui est suivie de l’apparition de la même affection chez l'enfant. Ne sait-on pas, depuis longtemps, qu'une nourrice à la suite de copieuses libations, et de troubles digestifs consécutifs, donne de la diarrhée à l’enfant qu'elle allaite.

Il suffit de faire un séjour aux Enfants-Assistés, pour se con-

vaincre de ce fait. Iln’est pas rare de voir, à la suite d’un repas,

dont le chou est le plat de résistance (chou, qui, en général, a subi une certaine fermentation dans les caves de l’hospice), un certain nombre de nourrices être atteints de troubles digestifs surtout de diarrhée, dont la nature n’est probablement pas parasitaire, mais d’origine intoxication. Les enfants nourris au sein, sont atteints de la même diarrhée. Cependant le lait

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