‹ Étude Clinique sur les Formes Pseudo-Phymiques de la GrippeChapitre 11 sur 41 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Service de M. le professeur Teissier.)

Hémiplégie SPaSmodique infantile Jauche. — Tremblement des membres Supérieurs. — Pseudo -Coxalgie et atrophie

du membre inférieur gauche. — Signes Physiques d'in-

des membres inférieurs. — Amélioration considérable — Absence de bacilles de Koch, — Pseudo-tuber culose grippale.

Clémence F..., vingt six ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 24 novembre 1892,

Pas de maladies dans la famille, Les parents se portent bien.

N'a fait aucune maladie antérieure,

La menstruation établie à dix-huit ans, se fait toujours régulièrement.

Ni syphilis, ni alcoslisme, ni rhumatisme.

La malade a toujours été très impressionnable,

Il y a trois mois, elle fit un violent effort Pour soulever une malade. Depuis ce jour, elle souffre du côté gauche. Au bout d’un mois, la patiente, qui se préoccupait beaucoup de cet accident, res-sentit pour la première fois des étouffements sous forme de boule partie du creux épigastrique et remontant dans la gorge, Ces sen sations n’ont duré que quelques jours, après quoi la malade allait assez bien, se plaignant cependant toujours de douleurs dans le Cité gauche de l'abdomen.

Il y à quinze jours, la malade en se réveillant s’aperçut qu’elle était paralysée de tout le côté gauche et qu’elle tremblait du même côté. Elle avoue d'ailleurs qu’elle tremblait déjà avant son accident, et cela des deux côtés à la fois, La malade ne s'était pas mordu la langue, elle n’avait PaS eu d’incontinence nocturne d'urine ni de matières fécales.

DES )0E er

Elle n'avait ni céphalalgie, ni vertiges les jours précédents.

La face n’a pas été prise.

Actuellement la malade est très déprimée physiquement ; l’intelligence est des plus faibles, et les réponses sont lentes et souvent contradictoires.

La jambe gauche est dans l’adduction et la rotation en dedans, le pied étendu sur la jambe, les muscles fortement atrophiés ; tous ces signes font penser à une coxalgie. La malade interrogée dans ce sens ne se rappelle pas si elle en a eu les symptômes; elle est du reste d'une intelligence très obtuse et tous les renseignements qu’elle donne sont sujets à caution, Klle ne peut pas se tenir debout sur cette jambe. La force musculaire est nulle, aussi bien dans la flexion que dans l’extension. La force musculaire est aussi nulle au membre supérieur du même côté. Il existe de même une faiblesse assez marquée du côté droit. Les mouvements volontaires des deux membres du côté gauche sont cependant possibles. Les articulations paraissent indemnes. À part l’atrophie générale musculaire du membre inférieur gauche, pas d'autre trouble trophique. Pas de troubles de la sensibilité, sauf de l’anesthésie pharyngée.

Les réflexes rotuliens sont supprimés des deux côtés,

Ovarie des plus nettes des deux côtés; mais prédominant à gauche. :

Zones hystérogènes multiples.

Pas de céphalalgie, pas de troubles oculo-pupillaires.

Pas de troubles gastriques. Inappétence marquée.

Sueurs nocturnes.

Rien au cœur.

La malade dit qu’elle ne tousse ni ne crache; elle ne s’enrhume pas facilement et n’a jamais eu d’hémoptysie. Cependant on trouve aux poumons, surtout au sommet, des signes nets de bronchite. |

On donne de la liqueur de Fowler,

G décembre. — La mère de la malade donne des détails complémentaires sur la santé antérieure de sa fille, dont l’état intellectuel est trop précaire pour que l’on puisse en obtenir des renseignements certains. Elle raconte que sa fille ayant été mise en nourrice, en était revenue avec un tremblement du côté gauche,

avec de la faiblesse et une diminution sensible de volume des membres du même côté.

Il n'y aurait jamais eu de coxalgie. Elle ignore d’ailleurs si l'attitude spéciale du membre inférieur gauche date de longtemps.

Quant au tremblement du côté droit, il existerait seulement depuis son traumatisme. remontant à quatre mois.

Depuis quatre jours, on note un œdème dur du membre inférieur droit avec circulation veineuse superficielle. Le membre est douloureux. La malade n’avait jamais eu de phlébite auparavant.

Température rectale élevée, à grandes oscillations entre 38 degrès minimum et 39°5 maximum.

Urines toujours un peu albumineuses et très uratiques.

25 décembre. — La fièvre tend un peu à baisser, mais arrive encore à 39 degrés le soir. La malade se cachectise peu depuis son entrée; mais l'amaigrissement est considérable cependant.

Les signes d’auscultation tendent plutôt à diminuer. Sous la clavicule gauche, inspiration saccadte et soufflante avec quelques craquements secs.

En arrière, dans les deux sommets, mêmes signes, et peu accentués, moins nets qu’au dékut.

A la base gauche, souffle dur avec râles humides très nombreux et submatité à ce niveau,

Depuis deux jours, il y a de l’œdème des deux membres inférieurs.

28 décembre, — Pas de bacilles de Koch à l'examen des crachats. Toujours grandes occillations de température entre 370,8 et 39°,2.

24 janvier 4893. — Les signes à l’auscultation ont presque tout à fait disparu. La malade mange bien. Elle a engraissé. Les phlébites ont disparu. Elle parle de s’en aller. La fièvre a presque disparu. Etat général bien meilleur.

28 janvier. — Température rectale normale.

8 février. — La malade s’en va. Il n’y a plus que quelques râles de bronchite simple au sommet gauche. Etat général excellent.

Ne nous arrêtant absolument qu’aux ;phénomènes pul-

monaires qui se sont manifestés chez cette malade, nous voyons que son histoire ne leur assigne pas un début précis. Ce n’est pour ainsi dire que par hasard que, pour compléter l’examen chimique, on pratique l’auscultation. Malgré l'absence de tout symptôme subjectif de tuberculose, on trouve cependant aux poumons, des signes nets de bronchite avec prédominance aux sommets. L’expectoration est restée peu abondante, et si l’examen des crachats n’a pas été fait dès l’entrée de la malade à l’'Hôtel-Dieu, c’est que le diagnostic de tuberculose paraissait s'imposer. À partir du 28 décembre, en présence d’une tendance à l’abaissement de la température, accompagnée de la persistance des symptômes physiques locaux, on fait plusieurs recherches du bacille de Koch dans les crachats ; toutes sont restées négatives. D’autre part, l’état général s’améliorait, la fièvre tombait définitivement, et la malade sortait dans un état satisfaisant, conservant encore quelques ràles de bronchite simple au sommet gauche.

Pendant plus d’un mois cette malade avait donc été considérée comme une tuberculeuse. L'absence de bacille et la rapide terminaison heureuse viennent infirmer ce diagnostic.

Page 1