CHAPITRE IV
Etiologie.
Nous ne voulons pas, à propos d’une forme de la grippe, resaire l’étiologie générale de cette affection. Il n’y aurait qu'à reproduire ou résumer les leçons de notre Maître M. le professeur J. Teissier. Laissant donc de côté l’étude des causes occasionnelles de la grippe, nous nous contenterons de rappeler quelques données sur la cause réelle, la cause déterminante, le germe de cette maladie. À ce sujet nous ne saurions mieux faire que de reproduire les conclusions du dernier travail complet publié sur la question, la thèse de M. Jarron:
1° On trouve dans les crachats, le sang et les urines des grippés, un organisme spécial essentiellement poly-morphe, ordinairement groupé sous forme de diplo-bacille ou de chaïinettes, il est toujours encapsulé, la capsule est toujours visible après l’action de l'acide acétique à 1 pour 100. | |
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2 Les sécrétions de cet organisme sont virulentes pour le lapin.
3° Dans la grippe, les urines et les crachats sont très toxiques pour le lapin; cette toxicité est due aux sécrétions du diplo-bacille.
4 La grippe est le résultat d’une intoxication par les produits solubles sécrétés par le di plo -bacille.
M. Jarron compare les résultats de ses recherches microscopiques et bactériologiques avec ceux des auteurs qui l’ont précédé dans cette voie.
Le diplo-bacille de Wieger a la plus grande analogie avec celui qu'a observé M. Jarron. Celui de Petruchky paraît aussi être le même. Celui qui à été décrit par l'Ecole lyonnaise, par M. le professeur J. Teissier, MM. Roux et Pittion, paraît aussi être celui de M. Jarron. M. J. Teissier qui a examiné les préparations de M. Jarron, Îles reconnaît comme identiques à celles qu’il a décrites lui-même dans les Archives de médecine expérimentale, « La coïncidence de ces résultats, dit M. Jarron, faits en des lieux différents à des époques également différentes, par desobservateurs n’ayant aucun rapport, est un argument de plus et d’une valeur incontestable tendant à considérer le diplo-bacille comme l'agent pathogène de la grippe. »
Un point d’étiologie plus important pour notre sujet, mais plus obscur aussi, est l'étude des causes qui détermi nent la grippe, maladie générale, à se manifester chez les uns par des phénomènes gastro-intestinaux, chez d’autres par des accidents nerveux, chez d’autres enfin par des localisations pulmonaires. La statistique publiée par M.le D'Mouisset nous en donne une explication suffi -
sante, en nous montrant l'influence que peut avoir sur la forme de la grippe l’état morbide antérieur du sujet ; nous aurons à revenir sur ses idées au sujet d’un point spécial. Tandis que pour la forme nerveuse, méningitique (th. Lestra), on a émis différentes hypothèses, faisant du cerveau ou des méninges, chez les individus atteints de cette forme, un lieu de moindre résistance, aucune théorie ne nous est connue pour expliquer la forme pulmonaire. On pourrait, par déduction, faire des hypothèses analogues aussi bien pour expliquer la localisation grippale sur le tube digestif et sur les organes respiratoires que sur les centres nerveux. Cependant, quant aux lésions pulmonaires, il est un fait indéniable, c’est qu’elles sont plus fréquentes dans la grippe que toute autre manifestation. Pour le public, pas de grippe sans toux, sans expectoration. Geite opinion est basée sur l’observation vulgaire, qu’en effet, il y a peu de grippe sans coryza, bronchite, congestion pulmonaire, pour ne parler que des formes courantes. Elle peut ensuite se traduire par des troubles plus profonds, par une congestion plus intense, l’œdème pulmonaire, ou par la broncho-pneumonie, sans parler des pleurésies de toutes formes cliniques, depuis la pleurésie localisée, l’œdème sous-pleural de M. Teissier, jusqu'à la pleurésie à grand épanchement séro-fibrineux, hémorragique, ou purulent (th. Mangenot). Toutes ces localisations sont vraisemblablement commandées par un état local particulier de l’organe, caractérisé pour le moins par un trouble vasculaire, dû lui-même à une influence du système nerveux excité par une cause quelconque, le froid, ou autre.
Quant à l’étiologie de ces formes générales pulmonaires,
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elle a une grande ressemblance avec l’étiologie des formes gastro-intestinales. Avec M. le professeur Teissier, on peut très bien admettre que le microorganisme de la grippe est susceptible de vivre dans l’eau, qu’il est capable d'y trouver à certaines époques des conditions de milieu qui exaltent sa virulence, qui le rendent propre, une fois introduit dans les voies digestives, à infecter tout l'organisme. Cette façon d'envisager les choses expliquerait aisément la rapidité d’extension et la diffusibilité de la grippe. D’autant mieux que l’eau et les agents infectieux qu’elle charrie peuvent trouver, en dehors des voies digestives, d’autres portes de pénétration. Ainsi la vapeur d’eau qui sature parfois l’atmosphère doit servir, dans maintes circonstances, à conduire les germes pathogènes sur la muqueuse respiratoire et en faciliter l'absorption. À l'appui de ce dire, M. Teïssier montre bien que, dans l'épidémie de 1890, la grippe s’était surtout développée au bord des cours d’eau, et que le nombre des cas augmentait parallèlement à l'accroissement de l'humidité de l’air.
Maisici un point plus spécial nous arrête : Pourquoi, dans les localisations pulmonaires de la grippe, observe-t-on souvent une prédilection pour les sommets, telle que bronchite des sommets, congestion des sommets? La réponse qui saute aux yeux, et qui d’ailleurs nous est donnée comme une objection à la thèse de la grippe pseudophymique, la voici : Si la grippe se localise au sommet, c’est qu’elle y trouve un lieu de moindre résistance, que le germe y est attiré par une lésion toute préparée qui en fait un terrain de culture favorable, en un mot, que la localisation de la grippe au sommet est déterminée par la présence de tubercules.