‹ Étude Clinique sur les Formes Pseudo-Phymiques de la GrippeChapitre 37 sur 41 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Anatomie pathologique.

Heureusement pour les malades, qui en grande partie ont guéri, malheureusement pour lanatomie pathologique, nous sommes pauvres en autopsies. L'ouverture de la malade qui fait objet de l'observation VII, morte de tuberculose secondaire, nous montre une pleurésie tuberculeuse sans épanchement, avec de nombreuses granulations, des lésions de broncho-pneumonie aux deux poumons, avec de petites cavernes à la base droite. Dans une autopsie relatée dans le livre de M. Teissier, d’une malade ayant présenté à l’auscultation des signes répondant aux phénomènes cavitaires, au sommet droit, on constate que la malade à été enlevée par une pneumonie bâtarde donnant au poumon cet aspect violacé, pseudo-œdémateux observé fréquemment dans les dernières épidémies. Le sommet du poumon droit que l’on était tenté de considérer comme tuberculeux, ne présentait pas la moindre trace de lésions tuberculeuses, mais simplement une

pneumonie interstitielle très prononcée, constituée par de larges travées fibreuses, partant de la plèvre très épaissie et s’étendant jusqu'aux bronches très évidemment dilatées. Dans d’autres cas, il s’agit de congestion œdémateuse intense des deux poumons. D’autres fois, c’est une apparence d’hépatisation rouge incomplète ou une véritable splénisation.

En résumé, si ces examens post mortein ne donnent encore que des indications peu nombreuses relativement aux lésions anatomiques, nous pouvons quand même conclure qu’il s’agit le plus souvent, de bronchite, de congestion pulmonaire, plus ou moins étendue, d’œdème généralisé des poumons, de pneumonies bâtardes, ‘de splénisation, de broncho-pneumonie,

Me proposant de m’arrêter plus longuement sur les signes pseudo-cavitaires, au chapitre diagnostic, je veux ici dire seulement quelques mots sur la pathogénie des dilatations bronchiques. Nous avons vu que ces bronchectasies se rencontrent sur la table d’amphithéâtre ; leur présence explique alors certains signes stéthoscopiques ; mais dans d’autres cas, on se demande vraiment comment des signes cavitaires intenses peuvent se produire chez des individus porteurs ni de cavernes, ni de dilatation des bronches. Loin de nous la pensée de faire la pathogénie complète de la bronche” sie; elle est trop connue pour que nous la reproduisions. Nous ne voulons qu’interpréter la planche qui accompagne l'observation Il, car c’est le seul cas vraiment typique que nous ayons eu sous les yeux.

Qu’on se reporte à l’histoire de cette malade et on verra que sous l'influence de la grippe, en mai 1891, le

sommet droit avait présenté des phénomènes pseudocavitaires. Un mois plus tard, une nouvelle atteinte de grippe amène la terminaison fatale; pendant cette seconde infection grippale on n’observa que des symptômes de congestion du sommet droit.

L’autopsie nous révèle les lésions que nous venons: d’énumérer ; pneumonie bâtarde (poumon violacé, pseudoœdémateux), épaississement de la plèvre, d’où partent des tractus fibreux pénétrant dans le parenchyme pulmonaire altéré pour se terminer apparemment sur. la surface externe des tuyäux bronchiques ; ainsi fixées par: ces bandes fibreuses rétractiles qui prennent leur point d'implantation sur la plèvre, les bronches se laissent dilater, ainsi que nous le montre notre figure, et restent dans cet état d'autant plus facilement qu’elles sont ellesmêmes altérées par les lésions qu’amène une bronchite chronique suppurative. Le fait même et la bronchectasie dans la grippe n’est pas inconnu ; la pathogénie que nous venons d’en donner est admise d’une manière généraie mais n’avait pas encore élé appliquée spécialement à la grippe. En voici d’ailleurs la preuve que nous donne Marfan :

€ L’inflammation bronchique, pour entraîner la dilata= tation, doit être destructive ; elle doit détruire tout ce qui fait la solidité de la paroi Pas fibres musculaires, fibres élastiques et cartilages. s

« Or, toutes les bronchites ne présentent pas ce-caractére destructif; celles qui le possèdent, ce sont les bronchites qui se compliquent de gangrène des bronches : ce sont surtout les bronchites suppuratives qui s’observent dans les maladies infectieuses sons forme de broncho-

pneumonies aiguës ou subaiguës. Aussi voit-on la dilatation des bronches se développer particulièrement à la suite des broncho-pneumonies de la grippe, de la rougeole, de la coqueluche, de la fièvre typhoïde. »

Comme on le voit, les lésions destructives de la bronchite grippale sont connues, mais on ne cite pas le processus scléreux comme spécial à la grippe pour produire la bronchectasie. Toutefois nous pensons que dans beau coup de cas les signes pseudo-cavitaires observés dans la grippe doivent être interprétés de cette façon.

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