IV. —ULCÉRATIONS HERPÉTIQUES
Comme on le sait, l'herpès consiste en l'éruption d'un ou de plusieurs groupes de petites vésicules transparentes ayant la forme et le volume d'un grain de mil; chaque groupe repose sur une base rouge, enflammée, mais la peau qui sépare, les divers groupes est saine. Au bout de quatre ou cinq jours, les vésicules s'affaissent, le liquide devient purulent, puis se dessèche en croûtes brunâtres, lesquelles finissent par tomber en laissant à leur place une petite tâche rougeâtre.
La région anale peut également présenter de l'herpès. Il occupe le pourtour de l'orifice anal, à la façon de l'herpès buccal autour de la bouche ; c'est donc, comme l'érythème, non plus une lésion de l'orifice de la [)arlie sphinclérienne comme la fissure et l'ulcère, mais une lésion extérieure, une lésion de la marge de l'anus.
L'herpès se développe là comme partout ailleurs; seule-
ment il est atrocement doulourciix et il se termine d'une façon différente : à la suite de l'affaissement et de la rupture des vésicules, il ne se forme pas de croûte, et l'érosion légère qui a succédé à la vésicule, au lieu de se cicatriser, se creuse et s'agrandit pour former une véritable ulcération qui, parfois ressemble, à s'y méprendre^ à l'ulcération chancreuse.
Fournier a fait remarquer (i) que ces ulcérations herpétiques étaient ordinairement nombreuses, petites, superficielles, prurigineuses ; que leur pourtour était très-souvent régulièrement sinueux, formé par une « série de petits segments de circonférence, ce qui tenait à ce que la plaie totale résulte de la fusion de plusieurs petites plaies circulaires. »
Quand ce caractère existerait, il serait pathognomonique.
L'ulcération herpétique se guérit rapidement sous Tinfluence d'un simple pansement.
Ces caractères tout particuliers de l'herpès anal se constatent également pour l'herpès vulvaire ; i Is paraissent dus aux conditions spéciales dans lesquelles se trouvent ces tissus, à l'état d'humidité et aux frottements des parties.
On ne confondra l'herpès ni avec la fissure, ni avec l'ulcère; ils n'ont pas le même siège, comme nous l'avons dit précédemment; la fissure et l'ulcère siègent à l'orifice et s'étendent plus profondément, l'herpès siège au pourtour.
(1) Dict. de médecine et de chirurgie pratiques, i. VII, p. 117.
On ne confondra pas non jikis l'érosion érythémalouse, (jui aie même siège, mais dont les caractères sont lout ditférenlp, puisque c'est une érosion et non une ulcération.
Le diagnostic de l'iierpès et du chancre mou sera plus difficile ; nous en parlerons à propos de cette dernière affection.
Le traitement est des plus simples; il suffira, en effet, de dessécher les parties et d'empêcher les frottements pour obtenir la guérison; et on obtiendra ce résultat par rem[)loi de poudres telles que la poudre d'amidon, de lycopode, de sous-nitrate de bismuth ; une légère cautérisation à la solution de nitrate d'argent nous a souvent donné d'excellents résultats (1).
(1) Nous n'ayons pas cru devoir parler de Vecxétna de l'anus, malgré tout l'intérêt que présente cette affection si rebelle au traitement et si incommode pour le malade. En effet, les diverses ulcérations qu'elle présente sont secondaires : érosions erylhémaeuses, fissures, coups d'ongle, et ne présenteraient aucun intérêt parliculier. Nous renvoyons donc le lecteur aus excellentes leçons de Bazin sur les affections génériques de la peau, et à celles de Hardy sur les maladies de la peau.