‹ Étude clinique sur les ulcérations analesChapitre 17 sur 24 · Ulcérations secondaires · texte numérisé non relu

Ulcérations secondaires

Elles comprennent les plaques muqueuses anales, et quelques autres ulcérations qu'on regarde également comme de nature syphilitique.

Étudions d'abord les plaques muqueuses.

Les plaques muqueuses se développent spontanément sous l'influence de la maladie générale. Cependant, quelques auteurs admettent qu'elles peuvent naître par contagion, être en un mot une des formes de l'exorde de la syphilis. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans cette discussion. Ce qu'il y a de certain, quelque explication qu'on en donne, c'est que les plaques muqueuses sont, surtout chez les femmes, la première manifestation de la syphilis que le médecin ait à ob server. Outre l'influence générale, il faut noter aussi une prédisposition locale de certaines régions; chez l'homme, par exemple, l'anus est le siège le plus fréquent de plaques muqueuses ; chez la femme, les plaques muqueuses anales ne viennent qu'en seconde ligne; celles de la vulve sont trois fois plus fréquentes.

Au point de vue de leur siège, il faut distinguer celles qui sont à une certaine distance de l'anus, et celles qui sont à la marge même de l'anus. Ces dernières présentent seules quelques particularités; elles se développent surtout au niveau des replis anaux, lesquels s'œdématient; il en résulte comme autant de petits condylômes présentant, sur une partie plus

ou moins grande de leur étendue, l'ulcération syphilitique. Elles ne remontent que très-peu dans le conduit anal, beaucoup moins haut que les chancres mous, et semblent ne pas dépasser Fexlrémité supérieure des plis radiés. Nous n'en avons jamais trouvé dans le rectum, quoique les ayant souvent recherchées à l'aide du spéculum de Sims. Leur nombre est variable; ordinairement plusieurs plis sont atteints.

Leur apparence, comme celle des plaques muqueuses des autres régions, est fort différente; au début, ce sont des papules rosées à peine saillantes, qui s'indurent plus ou moins, deviennent bientôt le siège d'une sécrétion opaUne ou diphthéroïde; les unes restent plates : forme érosive; il en est qui s'ulcèrent: forme ulcéreuse; d'autres deviennent « saillantes et végètent: forme papuleuse et végétante. Nous ne nous occuperons que des plaques muqueuses ulcérées.

Il faut bien se garder de les confondre avec les plaques muqueuses fendillées. Celles-ci ne se trouvent qu'à l'orifice même de l'anus, occupant deux replis voisins; si on vient à déplisser larégion, la plaque muqueuse semble s'ouvrir, et on voit alors dans l'interstice de séparation des deux replis une fente qui traverse la plaque muqueuse et quelquefois même s'étend au delà de la surface muqueuse en suivant la direction du pli cutané. Celte variété, spéciale d'aspect, est due à la configuration toute particulière de la région ; caries plaques muqueuses concomitantes ne présentent pas ce caractère, et on ne le retrouve que là où cette même configuration

analomique se reproduit, aux commissures labiales, par exemple. Aussi celte fissure n'est elle pour nous qu'une complication tonte accidentelle de la plaque muqueuse , complication que l'on peut trouver, non-seulement sur la plaque muqueuse elle-même, mais encore à côlé d'elle, comme nous le verrons plus loin.

Les plaques muqueuses ulcérées, proprement dites, sont essenliellement différentes ; elles n'ont pas de siège spécial ; nous n'en avons jamais trouvé à l'orifice même de l'anus ;

'ulcération n'atteint pas seulement quelques plaques de siège déterminé, mais toutes pour la plupart. Cette ulcération est de forme arrondie; elle est inscrite dans la plaque muqueuse dont elle ne dépasse pas les bords, lesquels sont plats ou saillants. Elle est, en un mot, une complication intimement liée à la manifestation syphilitique, et non plus à la configuration anatomique de la région. Cependant, il serait possible qu'elle soit due à l'inoculation des plaques muqueuses par le pus d'un chancre simple.

Les plaques muqueuses sont ordinairement peu dou-

oureuses ; les plaques fendillées font exception ; souvent elles rendent la défécation très-pénible, et s'accompagnent d'une véritable névralgie. Nous avons souvent trouvé, dans ce cas, la contracture Ajoutons enfin qu'elles sont presque toujours accompagnées d'autres affections syphilitiques : plaques muqueuses d'autres régions, syphilides, ganglions... Nous n'entrerons pas dans ces détails, du reste bien connus aujourd'hui.

1° La plaque muqueuse plate pourrait être confondue avec un chancre syphilitique; mais le chancre sy{)hilitique de l'anus est rare; ordinairement il est unique et est, avec Tadénite, la première manifestation syphilitique précédant les plaques muqueuses elles syphilides; il est le siège d'une induration caractéristique ; sa durée est longue; il semble résister au traitement local.

2° La plaque muqueuse fendillée ne pourrait être prise que pour une fissure simple; les bords de l'ulcération ne sont pas entourés d'une surface muqueuse et suintante; il n'y a pas dans l'aine de pléiades ganglionnaires ni d'autres signes de syphilis.

3° La plaque muqueuse ulcérée est parfois d'un diagnostic plus difficile, tant elle peut ressembler au chancre mou, surtout si celui-ci est survenu chez un sujet syphilitique arrivé à la seconde période; cependant, s'il existe un certain nombre de ces ulcérations douteuses, et qu'on examine avec soin celles qui paraissent être les moins avancées, on pourra s'éclairer sur leur nature; le chancre mou se présentant aussitôt à son début avec tous ses caractères: ulcération à bords taillés à pic, fond grisâtre, etc., tandis qu'à cette même période, la plaque muqueuse n'est pas encore ulcérée, ou ne l'est qu'à son centre ; et, dans ce dernier cas, les bords de l'ulcération présentent une surface muqueuse qui n'existe pas dans le chancre mou. On consultera la base de l'ulcération plus ou moins indurée dans le cas de plaque muqueu-

se, ainsi que les ganglions inguinaux; et si le diaguoslic reste encore douteux, on pratiquera l'inoculation.

Le traitement des plaques muqueuses anales ne présente rien de particulier ; il est local et général. Le traitement local consiste en des cautérisations. Nous avons employé comparativement des solutions au dixième d'azotate d'argent, de chlorure de zinc, d'acide Ihymique (préparé par M. Bouillon, pharmacien); l'azotate d'argent nous a le mieux réussi.

Le traitement général sera celui des accidents secondaires : mercure et iodure de potassium ; on peut les donner sépa rés ; nous les donnions réunis sous la forme de sirop contenant, par chaque cuillerée : 1 gramme d'iodure de potassium, et i centigramme de hi-iodure de mercure. A l'hôpital Lourcine, il s'entretient parmi les malades une crainte exagérée du mercure, et si on le leur ordonne sous forme de pilules, elles font semblant de les avaler, les cachent dans la bouche, entre les joues et les arcades dentaires, puis les rejettent une fois la sœur passée. Avec le sirop, on n'a pas à craindre cette supercherie et les erreurs qui en résulteraient. Ajoutons que le traitement général ne suffit pas seul pour guérir les plaques muqueuses ; il est surtout préventif des accidents à venir, tandis que le traitement local est curatif des accidents actuels, et c'est sans doute ce qui fait persister dans leur pratique les ennemis du mercure ; car ils doivent savoir que ce médicament ne produit aucun accident, quand

il est adminislrtî sagement, comme on est dans l'habitude de le faire maintenant.

Les quatre observations suivantes sont extraites de la thèse de M. Spillmann (1) ; elles ont été recueillies dans le service de M. Fournier, à l'hôpital Lourclne, par M. Curtis, interne très-distingué des hôpitaux. l es deux premières nous montrent à merveille, njieux que les meilleures descriptions, combien grande est la ressemblance de certaines plaques muqueuses ulcérées avec les chancres mous, et de combien de difficultés est entouré leur diagnostic.

OBS. XXIIl. — Cas très-cuneux de syphilide ulcéreuse simulant des chancres mous.

D... (Marie), 20 ans, entrée le 17 mars 4868, salle Saint-Clément, n° 48.

Antécédents. — Pas de renseignements sur Taccident initial. Elle a eu des c boutons » à la vulve il y a trois semaines. Pas de traitement méthodique.

Etat actuel. — La grande lèvre gauche est considérablement tuméfiée; elle a le volume d'un segment d'une trèsgrosse orange. Sa surface est bosselée et ulcérée, d'une coloration jaunâtre en quelques points, rosée en d'autres. Elle a une consistance très-dure et se déplace en masse quand on la palpe.

Sur les deux grandes lèvres, on voit de nombreuses papules

(1) Spillmann. Des syphilidcs vulvaircs. Paris, Thèse de doctorat, 186P.

plaies, saillantes et sèches sur leur face externe, superficielles, rouges et érosives sur leur face interne. Ces papules muqueuses se continuent sur les petites lèvres, à l'entrée du vagin.

Dans le sillon génito-crural droit et autour de l'anus, existent plusieurs petites érosions creuses, à bords saillants, qui ont l'aspect de chancres sinnples.

Sur la fesse gauche, au-dessous de la grande lèvre gauche, à l'endroit que la malade signale comme ayant été le siège du premier « bouton, » on trouve une large surface rouge, granulée, sèche, reposant sur un gros noyau d'induration. Cette surface paraît être une cicatrice.

Adénopathiebi-inguinale très-marquée, macules brunâtres sur les cuisses.

Kru{)lion érythémateuse du tronc.

20 mat. — Inoculation à la cuisse droite, avec le pus d'une des ulcérations chancri formes de la fesse.

Traitement. — Proto-iodure d'hydrargyre, 0,05; bains

lotions chlorurées, cautérisation avec la solution de nitrate d'argent.

Le 23. Inoculation négative, amélioration des accidents.

Le 25. L'énorme papule de la grande lèvre gauche est eèche. Statu quo pour la syphilide.

Le 30. La large surface de la grande lèvre gauche transformée en plaque muqueuse, est rugueuse, sèche et rosée .

13 avril. — L'amélioration continue.

Le 25. La inalade soi l. Il reste simplement une coloration rosée de la grande lèvre.

Rentrée à l'hôpital le 16 juin, elle n'a fait aucun traitement depuis sa sortie.

Élal acluel. — La grande lèvre gauche est énorme et toute sa face interne est sillonnée d'ulcéralions assez creuses (d'un millimètre et demi), à fond complètement jaune, à bords saillants et capricieusement ondulés en cercles et demicercles, etc., etc.

Au-dessus de la grande lèvre, ulcération presque circulaire de même nature.

A la marge de l'anus, à gauche, ulcération de même nature assez large, de fond rose-jambon, creuse d'un demi-millimètre.

La marge de l'anus présente de plus une série d'ulcéralions circulaires très-variables en étendue, d'un pois à une tête d'épingle, creuses d'un demi-millimètre peut-être, quelques-unes cependant plus superficielles,à fond couleur jambon et d'un aspect qui rappelle le chancre simple, à part toutefois l'apparence du fond.

Il existe en outre plusieurs autres ulcérations irrégulières assez creuses, à fond jaunâtre, et tout à fait semblables à des chancres simples.

Diagnostic. —SyiihiVide ulcéreuse vulvaire et anale, ondulée d'une façon curieuse à la vulve.

Inoculation avec le pus des ulcérations de la grande lèvre gauche.

Roséole, papules muqueuses de la commissure des lèvres, etc.

Trailement. — Sirop de Gibert, deux cuillerées; lotions chlorurées, bains, poudre d'oxyde de zinc. IBjuin. — L'inoculation est négative.

Réparation commençante.

Le 27, il ne reste à la \ulve que l'épaisissemenl de la grande lèvre.

iO juillet. — Quelques érosions vulvaires très-superficielles. 4" août. — Cicatrisation complète. La malade quitte l'hôpital.

La malade rentre pour la troisième fois le H septembre.

De nouveaux accidents ont apparu depuis trois semaines.

La marge de l'anus est couverte de plaies; la plupart ont l'aspect typique du chancre simple; mais quelques-unes, en même temps ulcéreuses, présentent à leur voisinage des élevures granuleuses semblables à une syphilide végétante. Bubon gauche inflammatoire.

Diagnostic. — Chancres simples et syphilide à développement papillaire. De plus, à l'anus même, plusieurs papules larges, ulcéreuses, entourées de bourrelets durs et saillants.

Trailement. — Une cautérisation avec la solution de nitrate d'argent.

Inoculation avec du pus des surfaces granuleuses.

12 novembre. — I/inoculation paraît certainement avoir réussi. On voit une petite vésicule entourée d'une auréole érythémateuse. Bubon ouvert dans le bain.

Le 13, l'aréole de l'inoculation a diminué. La petite vésicule est crevée et laisse à sa place une érosion entaillée.

Les ulcérations de l'anus paraissent mieux.

Le 20, l'inoculation a été pansée au diachy Ion; aujourd'hui, on ne trouve qu'un bouton croûteux sans signification.

Les plaies anales se réparent.

Le 24, l'inoculation est fermée. Nous avons eu affaire à une f^ausse pustule qui avait ceci de remarquable, qu'elle avait été entaillée comme un chancre simple.

Le 28, les ulcérations anales sont entièrement sèches et entrent en réparation. Elles sont traitées avec une solution de nitrate d'argent au S"»».

8 décembre. — La réparation se maintient.

Le 21, quelques légères érosions anales.

La malade veut sortir.

OBS. XXIV. — Syphilide ulcéreuse chancriforme (1).

M... (Louise), 16 ans, entrée le 8 septembre 1868, salle Saint-Clément, no 6.

Renseignements incomplets, dit avoir eu un « bouton » à la vulve il y a deux mois. La syphilide du corps daterait de quinze jours; la malade n'a pas suivi de traitement.

Étal actuel. — Gonflement considérable des grandes et des petites lèvres qui sont recouvertes d'ulcérations secondaires multiples. La petite lèvre droite est très-indurée. Dans

(l) hoc. cit., obs. XVIL

les plis génito-cruraux, deux ulcérations larges comme une pièce de dix sous, très-creuses. Ces ulcérations ont toutes un aspect chancriforme. — Inoculation.

Ulcérations périnéalesde même aspect que les précédentes.

Diagnostic. — Syphilide ulcéreuse chancriforme.

Psoriasis palmaire, syphilide papuleuse et papulo-squammeuse du corps, pléiade inguinale.

Traitement. — Une pilule de proto-iodiire d'hydrargyre, de 0,05. Lotions chlorurées, ouates, etc.

i(i septembre. — Inoculation négative; ulcérations déjà modifiées. Sous le sein, large érosion assez semblable aux ulcérations vulvaires. C'est une papule excoriée.

Le 44, tuméfaction considérable des grandes lèvres. Quelques-unes des ulcérations demeurent chancriformes.

Le 47, ulcérations vulvaires presque cicatrisées.

Les ulcérations anales sont stationnaires.

Le 24, cicatrisation complète.

OBS. XXV. — Syphilide ulcéreuse (4).

J... (Stéphanie), 16 ans, entrée le 20 novembre 4868, salle Saint-Clément, n» 32.

Antécédents. — Dit avoir eu t des boutons » à la vulve il y a six mois. Grossesse depuis la même époque. Chute de cheveux depuis trois mois.

État actuel. — Sur toute la région vulvo-anale, existent de

(1) Los. cit., obs. XVIII.

lr»38-nojnbrenses lésions ulcéreuses; sur les grandes lèvres, ot de chaque côté de la fourchette, deux plaques circulaires, discoïdes, saillantes, de 2 à 3 millimètres, larges, en moyenne, comme des lentilles ou des haricots, nettement limitées par un bord saillant. Ces lésions diffèrent des plaques muqueuses discoïdes banales, en ce que leur centre est déprimé , ombiliqué pour ainsi dire, par suite de l'existence d'une ulcération centrale assez creuse, à fond rosé ou rouge, tapissée d'une sécrétion grisâtre; quelques-unes des papules n'offrent pas d'ulcération.

A la marge de l'anus, les lésions très-confluentes changent un peu d'aspect; l'état ulcéreux prédomine sur l'état papuleux, de sorte que les papules, peu saillantes, semblent avoir été rongées par l'ulcération qu'elles supportent. Ces lésions sécrètent rapidement une sérosité limpide. Elles ne ressemblent pas à des chancres simples, quoique creuses. Aucune des lésions ne présentent d'induration à la base ; pas d'adenopathie.

Diagnostic. — Syphilide vulvaire,papule ulcéreuse, ecthyma vulvaire.

Traitement. — Cautérisation avec une solution de nitrate d'argent, lotions chlorurées, etc.

L'inoculation faite avec du pus dss ulcérations, a fourni un résultat négatif.

1^' décembre. — Les accidents se réparent lentement.

Le 8, tout est sec à la vulve.

Le i8, sortie.

OBS. XXVI. — Syphilidc ulcéreuse, (i).

R... (Adèle), 26 ans, entrée le 21 janvier 1868, salle Saintean, 44.

Antécédents. — Déjà traitée il y a deux ans pour des accidents syphililiques. Un écoulement il y a un an. Il yaquinze jours, elle s'aperçut qu'elle avait « des boutons» à la vulvo.

Etat actuel. — Les grandes lèvres tuméfiées présentent une série de végétations. A la face interne de la grande lèvre gauche, on trouve de petites élevures légèrement exulcérées à leur centre; quelques-unes sont sèches.

Sur la grande lèvre droite existent des élevures semblables; de plus, on distingue les trois ulcérations; la supérieure de la largeur d'une lentille, légèrement ulcéreuse, à fond jaunâtre ; les deux autres inférieures, un peu })lus grandes, plates, offrent toutes à leur base une rénilence non significative.

A l'anus, sur un mamelon proéminent, on aperçoit une ulcération de la largeur d'une pièce de vingt centimes, de caractère également indéterminé. Sur un autre mamelon, trois ulcérations semblables sans caractère. Plusieurs ganglions durs, indolents dans les deux aines.

Diagnostic. — Syphilide ecthymateuse de la région vulvoanale.

Inoculation avec le pus d'une ulcération de la vulve.

(l) Loc. cit., obs. XXI.

— lOi —

Traitement. — Proto-iodure d'hydrargyre, 0,05; lotions cliloriirées, hains, cliiii-pie.

3 février. — L'iiioculalion est négative. Tous les bouton» sont cicatrisés; line reste qu'une série de petites ulcérations sur les grandes lèvres et à l'entrée du vagin.

Le 5, sauf une ulcération de la marge de l'anus, il ne reste que dos végétations qui sont excisées.

Le 17, sortie; il ne demeure qu'une érosion légère à l'anus.

Ulcérations concomitantes aux plaques muqueuses.

Nous avons dit que des ulcérations pouvaient accompagner les plaques muqueuses anales; ces ulcérations sont des érosions, des fissures, des ulcérations proprement dites, lesquelles sont chroniques ou chancreuses.

i» Les érosio7is ne diffèrent en rien des érosions érythémalheuses simples, des érosions que nous avons vu accompagner la blennorrhagie et même les chancres mous. La cause est analogue : frottement d'une part, et de l'autre humidité; humidité produite par un liquide virulent ou simplement irritant, peu importe au point de vue de l'érosion, le mécanisme pathogénique est le même. Les caractères cliniques sont également en tous points semblables ; aussi renvoyons-nous à la description que nous en avons donnée au commencement de ce travail (1). (Nous n'avons pas cru devoir donner d'observations de ces érosions; c'est vraiment une lésion par trop commune.)

(1) Voir pn;re 1 5.

2» Les fissures ou rhagades se rencontrent toujours à l'orifice même de l'anus, entre deux replis, le plus souvent sur la ligne médiane et, d'après nos quelques observations, surtout en avant.

Elles sont allongées dans le sens des plis de l'anus, triangulaires quand on les examine en essayant de déplisser l'anus avec les doigts, ovalaires quand c'est avec le spéculum de Sims. Tantôt elles sont très-superficielles; leurs bords sont alors peu saillants, et le fond est strié longitudinalement et de couleur rosée; tantôt elles sont plus profondes, à bords légèrement taillés à pic, mais non décollés et réguliers, à fond un peu tomenteux, ordinairement rouge. La première forme paraît appartenir aux fissures récentes, la seconde aux fissures plus anciennes. Dans les deux cas, pas d'induration. A l'extrémité extérieure, existe quelquefois un léger condylôme;il nous a semblé qu'il accompagnait surtout les fissures ulcéreuses, celles qui paraissent de date déjà ancienne.

Ces fissures donnent peu ou pas de suppuration. Tantôt elles sont indolentes, tantôt elles sont, au contraire, plus ou moins douloureuses, et, dans la plupart de? cas, nous avons remarqué qu'il existait alors de la contracture sphinclérienne.

Elles se terminent ordinairement par la guérison. Cependant, si elles ne sont pas soignées, si elles sont irritées, s'il existe des hémorrhoïdes, elles se convertissent en ulcères chroniques, comme nous le verrons plus loin.

Ces fissures, nous les avons trouvées coexistant, dans la

moitié des cas, avec des plaques muqueuses de la vulve seulement ; dans l'autre moitié des cas, avec des plaques muqueuses vulvaires et anales ; et alors, les rapports peuvent être plus ou moins immédiats : tantôt les plaques muqueuses occupent seulement la marge de l'anus, tantôt elles ont envahi l'orifice anal, siégeant sur le dos des replis de l'anus, dominant la fissure placée dans le fond des replis, tandis que dans ce que nous avons décrit sous le nom de plaq^ies muqueuses fendillées, la plaque muqueuse et la fissure sont confondues.

Quelle est la nature de ces fissures? M.Alph. Guérin (1) décrit pour l'anus « deux espèces de plaques muqueuses, les unes ne différant en rien de celles qui se développent sur le scrotum, par exemple ; les autres commençant par une hypertrophie des plis radiés de l'anus et se terminant par une ulcération fendillée, que les auteurs ont comprise dans la description des rhagades. » Donc, pour M. A. Guérin, se sont bien des manifestations syphilitiques.

Tel n'est pas notre avis, car ces fissures sont identiquement semblables ; que la plaque muqueuse soit à leur niveau même (plaque muqueuse fendillée), qu'elle siège à leur côté ou à une plus ou moins grande distance; de plus, elles ne diffèrent en rien de celles que l'on trouve dans la blennorrhagie; enfin elles ont les mêmes caractères que celles que peuvent avoir les sujets vierges de tout accident vénérien;

(1) Traité des maladies des organes génitaux externes delà femme, p. 123.

et il nous semble que puisque cette lésion (fissure) reste si constante dans des affections de nature si différente (affections non vénériennes, blennorrhagie, syphilis), cela nous indique qu'il ne faut pas chercher sa raison d'être dans ce que ces affections ont de différent, c'est-à-dire dans "leur nature, mais dans ce qu'elles peuvent avoir de commun. Or, dans toutes, nous retrouvons des causes d'irritation locale, agissant toutes de la même façon, en enflammant le tissu, en le rendant plus friable et moins résistant. Aussi, répéteronsnous ce que déjà nous avons dit à propos des ulcérations blennorrhagiques : la syphilis, pour produire la fissure, n'agit pas en tant que maladie virulente, mais par Tirritation que produisent autour d'elle ses manifestations locales, ses plaques muqueuses. Que si quelque hardi expérimentateur venait inoculer sur un sujet pur de syphilis, le pus qu'il aurait recueilli sur une de ces fissures, et si, réussissant à produire un chancre induré, il allait en conclure que ces fissures sont bien de nature syphilitique, nous dirions encore ; non, ces fissures ne sont pas plus spécifiques que le serait par exemple , une plaie traumatique que se serait faite un syphihtique, et sur laquelle aurait coulé du pus de plaques muqueuses ; et cependant, elle aussi, donnerait un chancre induré sur un individu sain.

Le traitement de ces fissures sera celui des fissures engénéral; seulement, il ne sera profitable que lorsque la cause qui les entrelient sera détruite, lorsque les plaques muqueuses seront cicatrisées.

OBS. XXVII. — Leucorrhée. — Plaques muqueuses vulvaires el anales. — Fissure anale.

Aub... Virginie, 23 ans, entrée le 3 septembre 1868, à Lourcine, salle Sainte-Marie, n» i, est malade depuis r}uinze jours. A cette époque, elle a éprouvé une courbature générale, el il lui est venu des boutons aux parties. Elle dit n'avoir jamais eu qu'un seul amant, avec lequel elle vivait maritalement ; elle s'est aperçue, quelque temps avant de tomber malade, qu'il portait à la verge une espèce de cicatrice; elle ne peut nous donner aucun renseignement sur cet homme, ayantcessé tout rapport avec lui.

Elle nous présente : de la leucorrhée, des plaques muqueuses vulvaires péri-anales et anales, des érosions érythémateuses aux cuisses, à la vulve et aux fesses, un condylôme peu volumineux siégeant à la partie antérieure de Tanus ; en déplissant l'anus, on découvre sur ce point une fissure ne différant en rien des fissures ordinaires ; pas de contracture ; pas de douleur pour aller à la selie ; des syphilides lenticulaires, croûtes dans la tète et chute des cheveux. Rien à la gorge, ni à la bouche, ni aux seins.

Les plaques muqueuses sont cautérisées à la solution d'azolate d'argent une fois toutes les semaines, et on lui donne chaque jour une cuillerée de sirop composé. On ne traite pas la fissure.

Un mois après, les plaques étaient guéries, mais la fissure persistait encore, quoique ayant diminué. Les pertes blan-

ches étaient toujours très-abondantes et entretenaient de rérylhème et des érosions dans toute la région. Des tampons d'alun sont alors appliqués; l'anus est dilaté, puis pansé avec des mèches, et la guérison complète est obtenue.

OBS. XXVtlI. — Plaques muqueuses, vulvaires et anales. — Fissure anale.

Bru..., Augusline, âgée de 24 ans, entrée le 21 juillet Iges, à rtiôpilal Lourcine, salle Sainle-Marie, n" 27, est atteinte de plaques muqueuses amygdaliennes, vulvaires et anales, avec pléiades ganglionnaires inguinales et cervicales. De plus, à la partie antérieure de l'anus est un condylônie non ulcéré; mais en déplissant l'anus, on voit à ce niveau une ulcération triangulaire, à base tournée du côté du condylôme, à sommet dirigé dans le rectum; le fond en est rosé avec de petites laclies blanchâ'res; les bords en sont peu saillants, non décollés.

Cette fomme était accouchée le 30 avril dernier; un mois après elle avait vu son mari, (ju'elle a su depuis avoir des plaques muqueuses aux bourses; des pertes jaunes lui étaient venues; puis, quinze jours après, elle avait éprouvé une courbature générale, et des boutons étaient apparus aux parties. Elle a toujours nourri son enfant, et il se porte à merveille.

Les plaques muqueuses sont cautérisées tous les huit jours; celles de droite avec une solution d'acide thyniique au dixième ; celles de gauche avec une solution de nitrate d'ar

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gent d'égale proportion. Des mèches sont placées dans le rectum.

Nous lui laissons nourrir son enfant, en lui recommandant de bien surveiller ses seins et de ne pas l'embrasser sur la bouche.

13 septembre.— Les plaques muqueuses sont guéries; celles de gauche l'ont été plus rapidement ; les cautérisations élaien t plus douloureuses.

L'ulcération anale est parfaitement cicatrisée; le condylôme a presque totalement disparu.

Nous gardons la malade jusqu'au 30 septembre. Sa guérison s'est maintenue. L'enfant n'a présenté aucun symptôme de syphilis.

OBS. XXIX. — Plaque» muqueuses vulvaires et anales. — Fissures anales.

Com..., Antoinette, âgée de 21 ans, est entrée le 6 août 1868 à l'hôpital Lourcine, salle Saint-Louis, n" 28, pour se faire traiter de plaques muqueuses vulvaires et anales datant de quinze jours. Elle se plaint également de souffrir extrêmement du fondement, surtout pour aller à la selle.

L'examen de la région nous montre à la partie antérieure de l'anus un condylôme très-petit, lequel correspond à une ulcération anale ; celte ulcération est de forme triangulaire, la base correspondant au condylôme, le sommet remontant dans l'intérieur du rectum; les bords de cette ulcération ne sont ni déchiquetés, ni décollés, ni taillés à pic ; ils se continUeu

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insensiblement avec le fond qui est d'un beau rouge. On voit également à la partie postérieure de l'anus et au fond du repli, une fissure très-étroite, mais sans condylôme. Le sphincter est contracturé ; il ne sort pas de pus par l'anus.

Nous traitons les plaques muqueuses et la fissure par les cautérisations à la solution de nitrate d'argent.

Les plaques muqueuses se cicatrisent ; mais les fissures per. sistenl ; les cautérisations les rendent très-douloureuses. On pratique la dilatation, et elles disparaissent.

OBS. XXX. — Plaques muqueuses viilvaires et anales. — Fissure anale.

Gail..., Céline, âgée de 18 ans, entrée le 20 août 1868 à l'hôpital Lourcine, salle Saint-Louis, n° 31, a éprouvé, il y a quinze jours, une courbature générale, et a vu apparaître des boutons à la vulve. Elle souffre également de l'anus depuis quelque temps, et elle avoue avoir subi, il y a quinae jours, deux rapprochements contre nature; elle assure n'avoir pas été blessée dans ces actes.

A l'examen, nous lui trouvons des syphilides papulosquammeuses, sur la poitrine principalement; des plaques muqueuses vulvaires et anales; et, à l'anus, une fissure ne différant en rien des fissures ordinaires.

Le 11 novembre, elle sort guérie de ses plaques, mais pas complètement de sa fissure*

OBS. XXXI. — Vaginite. —Plaques muqueuses tuberculeuses à la vulve. — Fissure anale.

Meurt... Augustine, âgée de 29 ans, entrée le 2 mai 18G8 à l'hôpital Lourcine, salle Sainte-Marie, n» :{5, est tombée malade au moment de son dernier accouchement; il y a deux mois de cela; c'étaient des boulons ([ui lui sortaient par tout le corps ; son mari était malade depuis près d'un an ; elle a remarqué qu'il avait du mal sur le membre, il se faisait soigner au Midi. Depuis un mois, il lui est venu des boutons aux parties, du mal à la gorge, des croûtes à la tète, et ses cheveux se sont mis à tomber.

Actuellement elle nous présente, ouire ses syphilides, des plaques muqueuses tuberculeuses à la vulve seulement, un écoulement jaune très-abondant, et, à l'anus, plusieurs ulcérations en forme de fissure.

Injections vaginales à Talun, cautérisations des plaques muqueuses et des ulcérations. — Guérison.

Notons encore que, quoique syphilitique, cette malade a continué à nourrir son enfant, que cet enf mt est magniflque, et n'a présenté pendant son séjour aucun symptôme de syphilis; les seins de la mère, qui étaient observés avec le plus grand soin, n'ont Jamais eu la moindre écorchure, et elle évitait d'embrasser son enfant.

OBS. XXXII. — Plaques muqueuses vulvaires. Fissure anale.

Jiil. . . Marie, âgée de 22 ans, entrée le 8 octobre 1 868 à l'hôpital Lourcine, salle Sainte-Marie, n" 28, s'est aperçue, il y a six semaines, d'une écorchure au bas de la lèvre droite; elle avait eu deux rapports, l'un six jours, l'autre trois jours avant. A la place de l'écorchure est venu un bouton, puis des taches ont apparu à la poitrine (il y a quinze jours de cela) ; des boulons sont venus ensuite à la vulve, à la bouche, des croûtes ont apparu dans le cuir chevelu, et les cheveux ont commencé à tomber.

Actuellement, nous constatons, outre les syphilides, des plaques muqueuses vulvaires et buccales, une fissure anale dont la malade ne se plaignait pas, en raison de son peu de douleur ; elle n'amenait qu'un peu de gêne au moment des selles.

La malade est traitée par les cautérisations à l'extérieur, le sirop composé à l'intérieur.

11 novembre. — La malade sort; elle est parfaitement guérie de ses plaques muqueuses ; il y a déjà quelque temps de cola ; la fissure seule n'est pas complètement cicatrisée.

OBS. XXXllI. — Catarrhe utérin. — Plaques vmqucuses vulvaires. — Fissures anales.

Laub... Virginie, âgée de 21 ans, entrée le 27 aoûtl8b8 salle Sainte-Marie, n« 17, nous présente des plaques muqueuses à

la vulve, et des pléiades ganglionnaires aux aines, du calaiThe utérin, le col déchiqueté, et deux fi?sures ulcéreuses à l'anus, une antérieure, l'autre postérieure, avec des petits condylômes à leur base.

Cette malade était accoucliée à ternie deux mois avant, avait revu son amant, et était tombée malade huit jours après.

Cautérisations avec la solution de nitrate d'argent.

30 septembre. — Les plaques muqueuses sont cicatrisées, les condylômes ont presque totalement disparu, et il ne reste plus en arrière qu'une légère fissure. La malade ne souffrant plus quitte l'hôpital.

OBS. XXXIV. — Leucorrhée. — Plaques muqueuses vulvaires. — Fissure anale.

Mor... Barlhe, âgée de 18 ans, entrée le 24 septembre 1868 salle Saint-Ferdinand, n° 10, a déjà eu, il y a un an, une vaginite ; depuis trois semaines environ, cette vaginite est revenue, et depuis dix jours, des boutons ont apparu à la vulve.

Elle nous offre actuellement un écoulement vaginal, des plaques muqueuses à la vulve, et des syphilides sur le tronc et les membres ; de plus, elle a une ulcération anale en forme de fissure, avec légère contracture ; elle ne souffre de l'anus que depuis fort peu de temps.

Sirop composé, cautérisations au crayon et avec la solution de nitrate d'argent. — Guérison.

Les ulcérations proprement dites qui peuvent se rencontrer sont,avons-nousdit,lesulcèreschroniquesetleschancresmous.

iMais avant, nous devons citer une Tonne d'ulcération toule particulière, que nous n'avons rencontrée qi e dans deux cas. Ces ulcérations siégeaient à l'orifice ou dans la portion inférieure du conduit anal; dans les deux cas, elles coexistaient avec des végétations de cette région, et se trouvaient, pour la plupart, au pied de ces végétations celles qui étaient libres paraissaient cependant devoir être en rapport avec des végétations, l'anus une fois fermé. Comme aspect, elles ressemblaient à des ulcérations folliculaires; elles étaient à contours réguliers, à bords comme taillés à l'emporte - pièce, à fond rouge, allant, comme dimensions, d'une tête d'épingle à une lentille. Dans l'un de ces cas, les végétations ayant été excisées, les ulcérations ont guéri spontanément; tandis que dans l'autre, elles ont persisté, les végétations n'ayant pas été enlevées.

Nous n'avons pas assez d'observations de ce genre de lésions pour donner une opinion sur leur nature et leur patbogénie; toutefois, leur siège et leur marche nous ont fait penser qu'elles n'étaient pas de nature syphilitique, mais étaient dues à un travail ulcératif résultant de la compression de la muqueuse par les végétations.

OBS. XXXV. — Tubercules muqueux. — Végétalions. — Fissure et ulcérations folliculaires de l'anus.

Desh... Pulchérie, âgée de 25 ans, entrée le 21 juillet 18C8, à l'hôpital Lourcine, salle Sainte-Marie, n» 3, est tombée malade il y a quatre mois : courbature générale, boulons aux

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