III. — Origine de la blaviérite
On à beaucoup discuté sur l’origine de la blaviérite, mais très peu de choses ont été publiées à son sujet. Dans un opuscule dont le principal auteur est M. Œhlert, Munier-Chalmas a consacré un Chapitre à la blaviérite. Il émet l’idée qu'elle résulte de la modification de schistes très probablement dévoniens. À la carrière de La Biochère la présence « d’un banc de schistes argileux assez résistants, fissiles et peu altérés
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qui se trouve intercalé au milieu des couches de blaviérite » et le fait que ce banc, épais de 30% à 4ocm, « passe à ses deux extrémités à la roche modifiée » lui paraissent mettre hors de doute le fait d’un métamorphisme. |
Jannetaz a publié, dans le Bulletin de la Société française de Minéralogie et dans le Bulletin de la Société géologique de France, deux Notes sur des analyses chimiques de la blaviérite; nous les discuterons plus loin.
Sur la foi de Munier-Chalmas, beaucoup de géologues ont admis jusqu'ici que la blaviérite résultait « du métamorphisme exercé par une venue profonde de granophyre sur un sédiment de la base du Carboniférien (1) ». D’autres tiennent la blaviérite pour un porphyre modifié par dynamométamorphisme.
La composition minéralogique et la structure de la blaviérite offrent seules des caractères insuffisants pour nous permettre de déterminer l’origine de la roche. Il faut avant tout s'adresser aux conditions de gisement. Elles sont simples :
1° La blaviérite est une roche interstratifiée ;
2° Elle repose sur le grès à Orthis Monniert;
3° On la trouve en galets dans les premières couches de Culm (?);
4° Il n’y a pas eu, dans le bassin, de sédimentation entre l’époque du dépôt des grès à Orthis Monniert sous-jacent et l’époque du dépôt des couches de Gulm qui la surmontent.
L'existence des galets dans les conditions indiquées prouve que la blaviérite est antérieure aux couches qui lui sont superposées et le fait qu'aucune couche autre que la blaviérite
(:) A. DE LAPPARENT, 7raité de Géologie.
(2) Cf. OEHLERT.
ne s’est déposée après le dépôt du grès à Orthis Monniert et avant le Culm permet de conclure que c’est dans cet intervalle de temps même qu’a eu lieu sa mise en place.
La blaviérite n’est donc pas une roche intrusive. Ce n’est pas une roche métamorphique, car on ne comprendrait pas l'existence des galets seuls atteints par ce métamorphisme alors que les parties avoisinantes étaient épargnées; ou bien il faudrait admettre que ce métamorphisme a modifié le « sédiment » tout de suite après son dépôt et avant le dépôt de toute couche postérieure, c'est-à-dire qu'il a atteint la surface du sol.
Il ne reste à faire qu'une hypothèse : c'est que la blaviérite est une roche volcanique, un magma épanché charriant dans sa masse des cristaux de quartz, de feldspath et de biotite : une rhyolite (!).
Cette rhyolite est actuellement très décomposée et sa composition chimique est en certaines régions fort différente de ce qu'elle était à l’origine. Dans les portions qui ont pu ne pas être modifiées chimiquement, le caractère physique de la pâte a néanmoins changé; aussi, bien que la blaviérite soit actuellement une roche entièrement cristalline, nous n'avons aucune difficulté à admettre que sa pâte ait été primitivement vitreuse (?).
Au même étage d’ailleurs, dans le conglomérat de la base
(1) Après ce que nous avons dit sur la pâte de la blaviérite, le banc de schistes argileux de Munier-Chalmas (actuellement invisible d’ailleurs) n’a plus la signification qu’il lui attribuait. On peut imaginer qu'il provient de la décomposition de la blaviérite même ; ou bien, si l’on admet son invidualité particulière, que c’est un sédiment contemporain de l’épanchement de la lave : une boue argileuse qui ultérieurement s’est transformée en schistes argileux.
(?) Nous considérons la blaviérite comme une roche volcanique proprement dite et non comme un tuf de rhyolite, car la répartition des phénocristaux dans la pâte est caractéristique. Il lui manque le caractère détritique des éléments qu’on observe toujours dans les tufs.
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du Culm visible dans les tranchées du chemin de fer à Saint- Berthevin, à l’ouest de Laval, on trouve de gros galets d’une rhyolite ayant une composition minéralogique identique à celle de la blaviérite; biotites, quartz et feldspaths y sont répartis de la même façon dans une pâte actuellement dévitrifiée et très siliceuse. Cette rhyolite n’est pas connue en place; ses galets reposent sur une sorte de roche d'aspect blaviéritique.
Il y à une grande parenté entre cette rhyolite de nature essentiellement volcanique et les blaviérites de Changé. Il n’est pas impossible que ce soit même des roches identiques qui se sont trouvées dans des conditions d’altération différentes.
IV. — Causes de la production de la séricite dans la pâte de la blaviérite.
La séricite, produit secondaire provenant habituellement de la décomposition des feldspaths, résulte avant tout de la nature chimique de la roche : que la pâte soit très siliceuse ou qu'il ne puisse se produire aucune circulation d’eau chargée de potasse, il y aura peu ou pas de séricite, c’est le cas des galets de la rhyolite de Saint-Berthevin ; qu’elle soit, au contraire, assez alcaline et que la potasse puisse y circuler facilement, la séricite pourra se développer, c’est le cas de la blaviérite de Changé.