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III. — Origine des microgranites non calciques

La répartition géologique de ceux-ci est la même que celle des massifs granitiques. De plus, nous avons vu qu'au contact de certains granites on constalait des faits identiques à ceux que nous avons observés dans les microgranites nou calciques : antériorité du feldspath potassique à l'albite : albitisation du premier. De sorte qu'il semble évident qu'il y à communauté d'origine entre les microgranites non calciques et les granites proprement dits.

Ce n’est pas à dire pour cela que les microgranites non calciques doivent être nécessairement considérés comme des apophyses de massifs granitiques. Il se peut que dans cer-

tains cas le magma qui a produit un microgranite non calcique entre partiellement dans la composition d'un granite, et le premier apparaîtra comme une forme de bordure du second; maïs la plupart du temps le microgranile ne dépendrà d'aucune masse granitique, et nous concevons parfaitement l'existence de roches analogues à celles de la vallée de la Meuse sans qu’il nous semble indispensable de Les relier à un réservoir profond de roches massives.

On à fait grand cas de la découverte d’un granite au Lammersdorf et l'on à voulu y voir la preuve que du granite existait en profondeur sous toute l'Ardenne. Or, le granite du Lammersdorf est filonnien et à la structure Caractéristique d’une aplite. S'il y a de grandes chances pour que cette aplite soit issue d’une masse grauitique située dans les environs du Lammersdorf, il n'est pas du tout prouvé de ce fait que ce granite existe en continuité sous le sol ardennais; et les microgranites de la vallée de la Meuse ne sont pas plus un argument en faveur de son existence que les diabases de la région n’en sont un en faveur de l'existence de masses profondes de roches basiques.

Dans la dernière édition de sa Mikroskopische Physiographie, Rosenbuch, abandonnant les idées qu'il s'était faites autrefois sur l'origine des kératophyres, les considère maintenant Comme dés formes d'épanchement de magmas alcalinocalcaires. Je ne veux pas discuter ici la question de savoir si tous les kératophyres allemands sont des roches d'épanchement}, alors que nos microgranites non calciques sont pour la plupart des roches filonniennes non épanchées ; mais je dois faire remarquer que le fait de se trouver daus des provinces de magmas alcalino-calcaires n'est pas une preuve que ces kératophyres soient issus de tels magmas, mais que la production de roches profondes alcalino-calcaires et la

production des kératophyres sont deux effets d'une même cause.

L'alcalinité de certaines de ces roches a fait que beaucoup de pétrographes se sont étonnés de ne pas trouver à côté de l'albite, développée en abondance à l’état de phénocristaux ou dans la pâte, de métasilicates alcalins, comme cela a lieu dans les roches de la famille des syénites néphéliniques.

Cet étonnement n’a plus sa raison d'être si, comme nous l'avons fait, on considère le caractère alcalin de nos microgranites comme une conséquence du manque de chaux de leur magma.

Les métasilicates alcalins n’ont pas plus de raison de s'y développer que dans les aplites ou pegmatites habituelles des roches granito-dioritiques profondes.

Ces microgranites non calciques ont une étroite parenté avec les filons de pegmatite qui traversent beaucoup de roches massives acides ou basiques. Il semble que leurs origines soient identiques. Leur seule différence consiste uniquement en ce que le feldspath potassique et le feldspath sodique sont de formation contemporaine dans les pegmatites, tandis que dans nos microgranites le premier est totalement antérieur au second.

La différence de structure des deux espèces de roches est une conséquence de ce fait.

IV. — Évolution de la cristallisation des microgranites non calciques.

Il est impossible, dans l'état actuel de nos connaissances, de nous représenter ce qu'était le magma de ces microgranites avant leur consolidation ; mais il est un fait que l'étude nous à permis de meltre en évidence : c’est la diffusion des

alcalis dans la masse et hors de la masse du magma pendant sa cristallisation.

Cela posé, nous avons vu que tout le feldspath potassique cristallise avant aucun autre élément, puis qu’il se corrode et s’albitise et par conséquent que les conditions d'équilibre du magma changent. IL s’individualise alors des phénocristaux de quartz et d’albite ; ce quartz se corrode ; puis la pâte, albite et quartz, cristallise.

La biotite paraît avoir cristallisé d'une façon continue depuis l'époque de la corrosion äu microcline jusqu’à la consolidation définitive de la roche.

Si la corrosion des feldspaths potassiques peut s'expliquer par uu changement d'état physique, par exemple un changement de pression produit par la mise en place du magma, l’albitisation de ceux-ci ne peut s'expliquer que par un changement dans l’état chimique du magma.

Or l'étude de l’albitisation des microclines dans le microgranite de Genis nous apprend que la cristallisation de l’albite libre doit se faire après l’albitisation du microcline.

Si donc la corrosion des phénocristaux de microcline est une conséquence de la mise en place du magma, il s'ensuit que la cristallisation des phénocristaux de quartz et d’albite s'est faite à la place même où nous trouvons aujourd’hui le microgranite, puisqu'elle est au plus contemporaine de l'albitisation.

La corrosion du quartz ne peut donc s'expliquer par un changement de pression. On peut supposer que la vitesse relative de cristallisation du quartz et de l’albite a joué un certain rôle, impossible du reste à préciser.

La pâte elle-même à cristallisé sans que le microgranite ait subi de changement dans son état physique.

11 n’y à pas eu, semble-t-il, de hyatus dans la cristallisation à partir de la corrosion des microclines. Le véritable

hyatus se trouve entre l'époque de formation des phénocristaux de microcline et celle de la formation des phénocristaux d'albile et de quartz. Il serait donc absurde dans ce cas de baser la notion de deux temps de consolidation du magma sur la présence de phénocristaux dans une pâte.

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