I. — Historique de la question
Coquebert de Montbret signale en 1804, dans le Journal des Mines, les roches dont nous allons nous occuper. La première relation descriptive paraît en 18r1, dans le même Journal des Mines. Elle est de d'Omalius d’Halloy. Il parle d’une roche qui lui semble érès curieuse et en cite trois modifications principales qu'on trouve à Deville et à Laifour. Ce sont des modifications de structure qui marquent le passage à un schisle grossier d’une roche non sensiblement feuilletée. Il remarque que les couches de cette roche et les ardoises environnantes ont même disposition.
Dès cette époque, trois faits très importants paraissent acquis :
1° L'existence d’une variété massive de ces roches ;
2° L'existence de termes de passage entre cette variété et les schistes voisins;
3° L’interstratification des roches en question.
Mais c'est seulement en 1835 que se pose la question de leur origine. Celte année la Société géologique tient à Mézières sa réunion extraordinaire, en même temps que pa-
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raît la deuxième édition des Éléments de Géologie de d'Omalius d'Halloy.
Dans son Livre, d'Omalius d'Halloy met les roches de la vallée de la Meuse sous la rubrique : Roches porphyroïdes, et les considère comme appartenant au groupe porphyrique.
La réunion de la Société géologique met aux prises Constant Prévost, Buckland et d'Omalius d'Halloy. La discussion s'engage : d’Omalius attribue à la roche porphyrique de Mairus, près Deville, une origine plutonienne; Buckland la croit sédimentaire et contemporaine du terrain ardoisier. Le premier s'appuie sur la netteté des feldspaths et l'absence de roches préexistantes d’où proviendraient les éléments d'un conglomérat. Buckland répond que l’on trouve des feldspaths à arêtes vives dans le Millstone Great de Lancaster et que les cristaux peuvent avoir été arrachés à un porphyre dont la pâte feldspathique est détruite.
La majeure partie des excursionnistes se range à l'opinion de Buckland.
On constate aussi que la pâte de la roche prend une structure de plus en plus schisteuse en même temps que les feldspaths y deviennent de moins en moins abondants.
Survient Élie de Beaumont (1841). Il pense que les nombreuses discussions auxquelles ces roches porphyroïdes ont donné lieu « ne se termineront que lorsqu'on aura trouvé le moyen de leur adapter complètement l’ingénieuse et flexible théorie du métamorphisme ! »
À ce moment, il y a trois hypothèses en présence : ces porphyroïdes sont soit des roches sédimentaires, soit des roches éruptives, soit des roches métamorphiques.
En 1848 paraît le Mémoire de Dumont sur les terrains ardennais et rhénans. [l distingue parmi les roches de la vallée de la Meuse l’hyalophyre, la diorite chloritifère, l’albite chloritifere et l’albite phylladifère qui sont, dit-il,
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injectés dans les joints de stratification et ont transformé le phyllade simple en phyllade subcompact, albiteux ou calcaireux.
En 1874, Dewalque précise que l'hyalophyre massif. et l’albite chloritifère ne peuvent être injectés dans une fente; ils doivent, pour lui, résulter d’éruptions sous-marines. De sorte que, parmi les partisans de l’origine éruptive, les uns croient avoir affaire à une lave, les autres à une roche intrusive.
Daubrée, en 1876, combat la nécessité de l’origine sédimentaire pour les roches schisteuses et s'appuie sur le passage complet du porphyre au schiste signalé par von Dechen en Westphalie dans la contrée de la Lenne.
La même année paraît le Mémoire de La Vallée-Poussin et Renard. A la suite d’une étude minutieuse des porphyroïdes et des roches vertes de la vallée de la Meuse, ils arrivent à la conclusion que les porphyroïdes ont cristallisé sur place, au fond de la mer, peu après la sédimentation et lorsque les matériaux étaient encore plastiques. C'est, à tout prendre, l'hypothèse métamorphique.
En 1883, nouvelle réunion de la Société géologique en Ardennes. Renard abandonne les conclusions de son Mémoire. Il admet la modification par actions mécaniques des roches massives; mais, tandis que von Lasaulx tient les porphyroïdes pour des masses intrusives, il les considère comme des coulées.
Cette même année, M. C. Barrois, dans les Annales de la Soctété géologique du Nord, parle des porphyroïdes ardennais et les classe comme « sédiments (schistes ou arkoses) métamorphisés non seulement par contact, mais bien par injection des éléments du granite ». Et dans une Note plus récente (1903), où il étudie quelques enclaves de ces porphyroïdes, il est d’avis que la nature de ces enclaves « se trouve
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d'accord avec l'hypothèse qui considère les porphyroïdes comme des apophyses de masses granitiques restées en profondeur.
L'hypothèse neptunienne à laquelle étaient gagnés les participants de l’excursion de 1835 est donc aujourd'hui complètement abandonnée. Tout le monde admet l'origine éruptive des porphyroïdes de la vallée de la Meuse; mais tandis que les uns, et parmi eux M. Gosselet, les tiennent pour des laves, les autres penchent pour l’origine métamorphique ou intrusive suivant les gisements. De plus, une nouvelle question se pose : celle de l’origine profonde de ces porphyroïdes.
Après la publication du Mémoire de La Vallée-Poussin et Renard sur les roches plutoniennes du Brabant et de la Belgique, dans lequel d'importants Chapitres ont pour sujet les porphyroïdes de la vallée de la Meuse, il peut sembler téméraire doser en reprendre l'étude.
Pour beaucoup de raisons cependant nous nous y sommes crus autorisés. D’abord parce que depuis l'époque où parut cet Ouvrage, les études microscopiques ont fait de grands progrès. Renard et La Vallée-Poussin n'avaient à leur disposition que des plaques de forte épaisseur qui ne favorisaient pas, malgré toute la perspicacité des auteurs, une acuité d'observation comparable à celle que l'emploi des plaques ultraminces permet aujourd’hui d'atteindre. Ensuite par la nature même des conclusions de leur étude; conclusions étranges, basées sur une multitude de faits relatés avec précision dans le cours des Chapitres, et cependant conclusions en contradiction avec les idées que Renard exprimait ultérieurement devant la Société géologique.
De plus, l'importance trop grande attribuée à des phéno-
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mèênes purement accessoires à fait naître certaines légendes qu’il nous à paru nécessaire de détruire par une rigoureuse mise au point des faits.
Enfin, bien qu'aujourd'hui, en dépit des argumentations et malgré elles ce que nous considérons comme la vérité se soit fait jour, il reste encore à répondre à de sérieuses objections posées dès l'origine.