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ouverte aux Européens et qui laissait se constituer de puissantes colonies française, anglaise et italienne, chercha sous l'impulsion des beys Mohammed et Mohammed-Es-Saddock, à réaliser une réforme constitutionnelle dont nous trouvons l'expression dans le pacte fondamental du 10 septembre 1857, et dans la codification des lois civiles et pénales.
L'essai ne fut pas heureux. La responsabilité en revient pour une part au mauvais génie qui gouverna en fait la Tunisie pendant près de vingt ans, le premier ministre Mustapha- Khasnadar. Il sut. persuader à Saddock de revenir au régime absolu dés 1864, et surtout il fut l’inspirateur de la funeste
politique financière qui devint la première cause des immix-
tions étrangères dans la politique interne tunisienne. Non
content d’avoir fait créer par le bey Mohammed un très lourd impôt de capitation, le Medjiba qui frappait chaque personne à raison de 36 piastres par an, contribution qui exaspéra la population, le Khasnadar a été l'investigateur auprès de Saddock des emprunts de 1863 et 1865 conctractés à Paris, et destinés en principe à doter la Tunisie d’un outillage,et d’un réseau de communications modernes. Malheureusement Mustapha-Khasnadar et son entourage s'attribuëérent une grosse fraction des sommes ainsi recueillies, et le Trésor n’en reçut qu'unefaiblepart. Dès 1867 lerégime des conversions commença à jouer ; il y en eut quatre de 1867 à 1868. L’échec de cette nouvelle opération fut complet, car Îles obligations émises tombérent à vil prix. La Tunisie ne pouvant faire face à ses engagements, les nombreux Européens qui avaient souscrit aux deux emprunts se tournérent vers leurs Gouvernéments et ré-
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clamèrent la créalion d’une sorte de Syndic de faillite. Force fut au bey de s’incliner et de consentir au contrôle de ses. finances par une Commission internationale dont la direction revient à des 'OprÉSERCAUES français, anglais et italien. Notons que la France obtint ume sorté de prépondérance en faisant entrer un delégué dans le Comité exécutif chargé de gérer les finances de la Régence, Comité qui ne comptait que ce seul européen. La constitution de la Commission financière internationale est due à un décret beylical du 5 juillet 1869.
A partir de 1874 nous assistons à une lutte d'influence à Tunis entre la France, l'Angleterre et l'Italie. Cette dernière surtout, forte du nombre de ses nationaux en la Régence, forte de ses ambitions coloniales, escomptait l’éclipse de notre prestige après le désastre impérial, pour faire régner sa prééminence à la Cour beylicale. Mais le Gouvernement de la Troisième République, solidaire de ses devanciers, sut s'opposer dès 1871 à une manifestation italienne d’ordre militaire tendant à obtenir une indemnité pour le prétendu dommage
causé à un de ses ressortissants, dommage reconnu mal fondé
par la Commission financière internationale. Quelques mois plus tard il s’opposait aux prétentions turques tendant à faire reconnaître encore une fois la suzeraineté ottomane par l'envoi d'un firman d’investiture au bey.
Cependant la situation intérieure de la Tunisie ne s'améliorait pas. Au Khasnadar enfin renvoyé en 1873, et condamné à restituer 30 millions sur ses malvérsations, succéda comme premier ministre un honnête homme, le général Kherredine. Kherredine venait trop tard et toute sa bonne volonté ne put
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suppléer au déficit du Trésor. Les principales recettes financières suffisaient à peine à couvrir les intérêts de la dette publique ; impossible de développer le réseau routier, de créer des lignes ferrées et télégraphiques, d’outiller les ports, en un mot de poursuivre la modernisation du pays. Seul un état européen pouvait mener la tâche à bien.
Qui allait l'emporter de l'Angleterre, de la France, et de l'Italie ?
La première se désista en notre faveur, et au Congrès de Berlin ( (1878) Lord Salisbury déclara au ministre des Affaires Etrangères, M. Waddington, que l’Anglèterre nous laisserait agir en Tunisie quand nous le jugerions opportun. Mais lItalie persista à nous disputer la première place à Tunis. Elle \ était représentée par un Consul à l'esprit délié et décidé, M. Maccia, digne adversaire du consul français, M. Roustan. L’adjudication du Chemin de fer de la Goulette et l'affaire d'Enfida caractérisent leur rivalité. Dans la première M. Maccia l’emporta et obtint la concession de la ligne pour le groupe italien Rubattino. Dans la seconde, malgré les efforts du parti anti-français, la Société marseillaise eut gain
-de cause, et put entrer en possession du domaine de l'Enfida acheté par elle au général Kherredine.
Les deux incidents étaient les signes avant-coureurs de la crise finale qui devait entraîner notre intervention armée en Tunisie. Le 14 mars 1881 la colonie française de Tunis réclamait une intervention de la métropole ; le 30 mars suivant se produisait un grave incident de frontière. Les Kroumis, tribus pillardes du Nord-Est tunisien, qui échappaient à tout
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contrôle beylical attaquaient des indigènes algériens, renouvellement de maintes incursions précédentes. Il s’ensuivit un
combat assez sérieux avec les troupes françaises.
Le ministère Ferry prit aussitôt des mesures énergiques, et fit voter par les Chambres les crédits nécessaires à une expédition en Tunisie. L'affaire fut rapidement menée, et dès le 19 mai 4884 le bey Mohammed-Es-Saddock signait avec le général Breart le traité du Bardo ou de Ksar-Saïd, qui, sans prononcer le mot de « protectorat », en fait le réalisait. Un mouvement hostile se manifesta dans le Sud tunisien au cours de l’année 1881, mais fut vite réprimé. La Convention de La Marsa, signée le 8 juin 1883 avec le bey Ali-Taieb successeur de Saddock, compléta le régime institué par le traité du Bardo. Nous y trouvons enfin le terme « protectorat ». Ces deux accords seront examinés dans la deuxième partie de ce travail où il sera traité des rouages du protec-
torat.
Depuis 1881 la pacification a été à peine troublée par
quelques raids de maraudeurs de Tripolitaine, facilement arrêtés par nos postes de l’extrême-Sud, dont le cordon a suffi, au cours des années 4914-1918, à enrayer toutes les tentatives des turco-arabes dirigés par les agents allemands.
Au Maroc l’œuvre française a rencontré plus de difficultés ; elle a été une tâche de longue haleine ; il a fallu lutter à la fois contre la sauvagerie des populations et contre de redoutables influences européennes. |
Les rapports franco-marocains aux xvi° et xviuie siècles avaient été assez cordiaux et plusieurs Conventions consu-
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laires passées entre les deux Gouvernements, mais notre établissement sur la côte africaine détermina un courant hostile dans l'entourage du sultan Abder-Rhaman. Le Maroc soutint Abd-El-Kader, fut vaincu à l’Isly en 1844 et subit deux bombardements à Tanger et Mogador. L’Angleterre, soucieuse alors de nous empêcher de prendre pied sur le détroit de Gibraltar, imposa sa médiation et le rétablissement du statuquo (Traités de Tanger et de Lalla-Marnia). La France n'obtint qu’un avantage, l'expulsion d’Abd-El-Kader du Maroc, condition qui ne fut réalisée qu’en 1847. Les confins-algéromarocains furent dès-lors le théâtre d’incursions de pillards qui venaient razzier les tribus soumises à notre influence et sur lesquelles l'autorité du Makhzen était inexistante. En 1863 le Chérif nous concède le privilège d’avoir des protégés indigènes . au Maroc. Mais notre présence aux portes du Maroc inquiétait les Cabinets de Saint-James et de Madrid. L’ Espagne,
maîtresse depuis plusieurs siècles de quelques points d’appui
sur le versant méditerranéen, dont les principaux étaient Ceuta et Melilla, se rappelait que ses rois des xve et xvre siècles lui avaient conquis une partie du Maroc, et n'avait pas renoncé à l’espoir de ressaisir la situation d’antan.
Elle prit l'initiative de convoquer à Madrid une Conférence européenne destinée à régler et à préciser la situation des étrangers et protégés étrangers. Cette Conférence, réunie le 15 mai 1880, consacra notre accord de 1862 et ratifia l’existence juridique des censaux. Le droit d’acquérir des propriétés foncières au Maroc a été reconnu aux sujets français depuis la Convention de 1880.
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Moulaï-Hassan (1873- 1894) sut maintenir au Maroc pendant vingt-et-un ans une sécurité relative. Cependant il n’eut jamais assez de puissance pour débarrasser la France d’un redoutable agitateur, le marabout Bou-Amama qui, de son repaire de Figuig, souleva en 1881 le Sud-Oranais. Pendant
plus de vingt-cinq ans il ne cessa de nous inquiéter et de
lancer sur nos postes de nombreux rezzous.
Moulaï-Abd-El-Aziz, fils et successeur de Moulai- Hassan, était un personnage de caracière irrésolu que dominait son entourage et contre lequel se dressa un prétendant ou rogui, qu'il ne put jamais réduire. Ces signes de décomposition et d’anarchie incitèrent les voisins du Maroc à redoubler de vigilance. L’Angleterre installa un Vice-Consul à Fez et parut pendant quelques années devoir exercer une action prépondérante, grâce à l'activité de ses ministres résidents à Tanger, MM. Smith et Nicholson, et aux utiles auxiliaires que constituaient pour eux le journaliste Harris et le Caïd Mac-Lean, devenus les confidents du Sultan. Les milieux britanniques du Maroc conçurent même un beau plan qui devait assurer l'absorption du pays par l'Angleterre, sans tirer un coup de canon. Il s'agissait de créer des tribunaux mixtes, une police et une banque d'Etat dont les principaux dirigeants auraient été bien entendu anglais. Mais ces projets, auxquels Abd-El-Aziz avait donné son adhésion, s'écroulèrent devant l'hostilité des confréries musulmanes et des grands féodaux. Sous peine de déchéance et déjà très menacé par les progrès du rogui, le Chérif dut abandonner le petit aréopage qui avait rêvé de donner le Maroc à l'Angleterre. Le Foreign-
Office, résolu à éviter une campagne coloniale dont le coût se-
rait veau s'ajouter à celui de la longue et sanglante expédi-
tion Sud-Africaine alors à peine clause, résolut de s’entendre avec la France et de s’effacer devant elle moyennant des concessions en Egypte. Déjà M. Delcassé venait de prendre des gages ‘dans les confins algéro-marocains, où il avait fait reconnaître par le Makhzen un droit de police et de sur- Weillance communes dans la zone frontière en vue de réprimer ke brigandage (protocoles des 20 juillet 1901 et 90 avril 4902). De plus une petite mission militaire française ‘avait été chargée d’instruire des contingents destinés à com- “battre le rogui. Avec l’Angleterre M. Delcassé cherchait à ‘causer pour obtenir un règlement de compte général, qui assuré entre les deux pays un. rapprochement durable et -effaçât les derniers soavenirs de a malheureuse affaire de ‘Facheda, qui avait failli mettre aux prises, en 1899, les deux nations. « Dès 4964, écrit M. de Lapradelle dans la Revue duiDroit änternationel public (les accords franco- anglais du’ -8 avrit 1904), le Tèmes avait dans un leading article, pro-
posé dééchanger la prépondérance française au Maroc pour la.
prépondérance anglaise en Egypte. À ce marché la France s'était tsujours opposée; €'est pour l'éviter que M. Delcassé s'était «en 1902 si fortement rapproché de l'Espagne. Mais. puisqueiffhésitation de l'Espagne et la divulgation des pour-parlers ne fui permettaient pas de résoudre sans l'Angleterre” la question du Maroc, la diplomatie française n'avait aw'à céder. Pressée par les événements d'intervenir au Maroc,
n'ayant pour auitre alternative que d'abandonner à PAn-
gleterre ou Tanger ou l'Egypte, elle ne pouvait hésiter. Les deux Gouvernements se déclarèrent d'accord pour vou-
1 À loir maintenir, le britannique, l'état politique de l'Egypte, et
le français, l’état politique du Maroc. Il était reconnu à la France le droit de veiller à la tranquillité du Maroc comme
puissance limitrophe sur une large étendue, et de lui prêter
assistance pour loutes les réformes administratives, économiques financières et militaires dont il aurait besoin. Les deux parties contractantes ajoutaient qu’elles se garantissaient réciproquement le principe de la liberté commerciale, tant en Egypte qu’au Maroc. Le régime économique de la porte ouverte était garanti pour trente ans, et les droits des tiers réservés. Enfin la France et l'Angleterre reconnaissaient ; les intérêts de l'Espagne au Maroc, intérêts qu'elle tenait de sa position géographique et de ses possessions territoriales,
et au sujet desquels le gouvernement français devait se con-
certer avec le gouvernement espagnol. È
Dés 1902 un accord franco-espagnol avait été ébauché. Si l’on en croit des indiscrétions diplomatiques, il aurait laissé de côté l'Angleterre et aurait-concédé à l'Espagne une large zone d'influence englobant Fez eltoute lacôte méditerranéenne.
Mais les ratifications ne furent jamais échangées : M. Sagasta;
chef du cabinet libéral qui succéda au ministère Conservateur qui avait mené les négociations, estima qu’une entente francobritannique devait précéder toute Convention franco-espagnole. Les pourpalers reprirent après la conclusion de l'accord anglo-français, et aboutirent à la déclaration du 7 octobre 190% par laquelle l’Espagne adhérait au traité du 8 avril