‹ Etude comparée de la situation hospitali 'ere et des subventions municipalesChapitre 6 sur 12 · LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS DU NORD ET DANS CEUX · texte numérisé non relu

LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS DU NORD ET DANS CEUX

DE Narbonne.

Quelques administrations hospitalières du Nord ayant chacune un seul établissement à diriger, reçoi-

vent simultanément les malades, les vieillards et les enfants. Comme les maisons destinées à cette œuvre hospitalière ressemblent à la fois, sous certains rapports, aux hôpitaux proprement dits, à cause des soins donnés aux malades, et aux hospices ordinaires à cause des soins donnés aux vieillards et aux enfants , on les désigne sous le nom d'hôpitaux-hospices, pour les distinguer des établissements qui reçoivent seule-r ment les malades et de ceux qui reçoivent seulement les vieillards et les enfants. Leurs budgets et leurs comptes comprenant indistinctement les dépenses considérables des malades et les dépenses relativement faibles des autres indigents, le prix de revient moyen qui en résulte, calculé pour toutes les catégories de la population secourue, est naturellement inférieur à celui des hôpitaux ordinaires concernant exclusivement les malades, dont le traitement est le plus coûteux.

D'autres administrations hospitalières du Nord, dirigeant à la fois un hôpital et un hospice, établissent leur comptabilité comme si les deux maisons étaient réunies. Les dépenses importantes de leurs hôpitaux, qui concernent les malades, et les dépenses plus faibles de leurs hospices, qui concernent les vieillards et les enfants, étant confondues dans les

mêmes articles des budgets et des comptes administratifs, les prix de journée qui en résultent, établis dans les mêmes conditions que ceux des hôpitauxhospices, donnent des résultats analogues. Ils sont plus faibles, en apparence, relativement aux malades, que si les dépenses concernant cette catégorie d'indigents étaient calculées séparément.

Eh bien I malgré cette situation particulière des hôpitaux-hospices et des établissements dont les comptes sont établis de la même manière, malgré des prix de journée fixés sans distinction pour des catégories très différentes d'indigents, la dépense de ces maisons dépasse non-seulement celle des deux établissements réunis de Narbonne considérés comme un seul, mais encore la dépense spéciale de VHôtel- Dieu, où sont traités les malades pauvres.

Les faits et les chiffres suivants le démontrent.

Pendant que le prix de revient de la journée résumant la dépense des deux établissements réunis de Narbonne est de quatre-vingt-seize centimes; peudant que le prix de journée spécial de THÔtel- Dieu est de un franc vingt-sept centimes , nous trouvons dans les hôpitaux-hospices de la région indidiquée et dans les établissements analogues de la même région, des prix de revient de la journée va-

riant depuis un franc trente centimes jusqu'à plus de deux francs, ainsi qu'il suit :

Dans le département de l'Eure, àVernèuil, un

fr^nc trente centimes ; aux Andelys, un franc quarante* un centimes; à Yernon, un franc cinquante centimes, et à Eyreux un franc soixante-seize centimes;

Dans le département de la Seine-Inférieure, à Elbeuf, un franc trente-deux centimes un dixième, et à Bolbec un franc quarante centimes ;

Enfin, dans le département de la Somme, à Péronne, un franc soixante centimes, et à Gorbie deux francs cinquante- neuf centimes.

La moyenne des prix de journée dans cette série d'hôpilaux-hospices ou d'établissements analogues s'élëye à un franc soixante centimes six dixièmes, dépassant à la fois le prix de journée de la Charité, le prix de journée des hospices réunis de Narbonne considérés comme un seul, et même le prix de journée de l'Hôtel-Dieu, où le traitement spécial des malades devrait cependant entraîner et entraînerait certainement des dépenses plus grandes que dans les hôpitaux-hospices et dans les établissements anale-* gués du Nord, si les soins, l'économie et une sunreillance efficace ne changeaient pas considérablement les résultats.

Cette preuve frappante d'ordre, de prudence et de soins attentifs, qui caractérise la gestion hospitalière de Narbonne, est attestée avec la même puissance par la comparaison des résultats obtenus dans les autres yilles du Nord , qui , possédant plusieurs maisons hospitalières, établissent des budgets, des comptes et des prix de journée distincts pour chaque établissement, afin que l'on puisse connaître exactement les dépenses faites pour le traitement d'un malade dans l'hôpital et pour l'entretien d'un vieillard ou d'un enfant dans l'hospice.

Des faits certains, relatifs à cette nouvelle et importante série d'établissements hospitaliers, viennent à l'appui de notre assertion et la fortifient, en montrant que les dépenses des hôpitaux et des hospices dans la région septentrionale, dépassant partout les faibles dépenses par personne et par jour des établissements hospitaliers de Narbonne, ont atteint les chifires beaucoup plus élevés dont l'énumération suit :

A Abbeville, un franc trente-quatre centimes à l'hôpital et un franc seize centimes dans l'hospice ;

A Compiègne, un franc quarante centimes à l'hôpital letun franc trente-trois centimes dans l'hospice;

A Dieppe, un franc cinquante centimes pour les

malades et quatre-vingt-dix-neuf centimes pour les autres catégories ^'indigents ;

A Senlis, un franc soixante-quinze centimes à 1*^6pital et quatre-vingt-quinze centimes dans l'hospice;

A Beauvais, deux francs dix-huit centimes à l'hôpital et un franc quatorze centimes dans Thospioe ;

A Roye, deux francs vingt centimes pour les malades et un franc soixante-cinq centimes pour les autres indigents ;

Au Havre, deux francs trente-huit centimes pour les malades et un franc quatre-vingt-six centimes pour les vieillards ;

A Amiens, deux francs trente-huit centimes quatre dixièmes àVhôpital, un franc vingt-trois centimes dans l'hospice général et un franc cinquante-sept cenjtimies dans Vhospice des incurables ;

Enfin ,, à Rouen , deux francs soixante-dix-sept centimes à l'hôpital et un franc quarante-trois centimes dans l'hospice général. .,.

La dépense moyenne par personne et par jour dans ces établissements réunis s'élève à deux, francs pour les malades et à un franc trente-trois centimes pour les autres indigents, dépassant le chiiBre .Aq l'Hôtel- Dieu de Narbonne en ce qui couQerne les malades, et doublant presque celui de la Charité, en ce qui concerne les vieillards et les enfants.

Avec des prix moyens pareils, la dépense de THôtel-Dieu de Narbonne, qui a été, en 1880, de S8,8Sr7 francs pour 55,355 journées de traitement , se serait âetée k 110,740 francs, et celle de la Charité, qui a été de 33,133 francs pour 54,959 journées de pré- . sence, aurait atteint le chiffre de 73,095 francs.

Sur ces bases, avec de tels prix, les dépenses réunies de la Charité et de THÔtel-Dieu, qui s'élevaient, cette année, à 91,960 francs, auraient atteint le diiffi*e considérable de 183,805 francs, dépassant de {nrès de cent mille francs la dépense actuelle, qui se trouverait ainsi doublée.

Des différences aussi considérables pourraient faire supposer que les principaux objets de consommation sont moins chers à Narbonne que dans les hospices dont nous nous occupons. On pourrait croire que des facilités plus grandes pour les approvisionnements et ttne grande abondance des produits du sol et de Tindustrie, secondant la marche de l'administration hos- '^laKère, influent sur le prix de journée et contribuent è raffaiblir. Des faits positifs, appuyés par des chiffras puisés aux sources les plus sûres, nous permettront de détruire cette idée et de faire ressortir avec 'forée le mérite de la gestion hospitalière de Narbôtone, qui, avec des ressources faibles et des prix

élevés, obtient avec beaucoup de zèle et. d'efforts les résultats les plus frappants.

Ce point spécial sera établi avec une complète évi-^ dence dans le chapitre suivant, où seront produits des résultats nombreux, variés, exacts, méritant de fixer l'attention des esprits sérieux et d'exciter la sol* licitude sympathique des hommes qui se dévouent aux œuvres hospitalières dans l'intérêt de l'humanité.

Les faits cités concernant à la fois les produits dont la consommation est générale en France et ceux qui proviennent principalement de nos contrées du Midi, si dignes d'une attention sérieuse et d'un dévouement sympathique, un intérêt puissant ressortira de leur examen, de leurs prix comparés et de leur impor^ tance relative dans les régions différentes de notre patrie. A ces divers titres, nous recommandons les faits et les chiffres contenus dans le chapitre suivant aux hommes spéciaux, studieux, aimant les pauvres et leur pays, persuadé qu'ils trouveront dans leur étude attentive et réfléchie des preuves nombreuse!^, décisives, frappantes, à l'appui de nos assertions, dans l'intérêt des hospices, pour le bien des pauvres, la gloire de la ville et l'honneur du pays.

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