CHAPITRE TROISIÈME
Prix comparés des principaicx objets de consommaiion à Narbonne et dans le nord de la France. Le pain et le blé. La viande, les comestibles divers et la houille. Le vin, la bière et le cidre, — Le vin et If alcool. Résultats constatés dans les pays producteurs de vin et dans les villes du Nord. Amélioration possible dans V avenir. — Part proportionnelle des boissons dans le prix de revient de la journée, à Rouen, au Havre^ à Amiens, à Cambrai et à Lille.
Les difFér^ices considérables constatées entre les dépenses des établissements hospitaliers du Nord et celles des établissements de Narbonne ne proviennent pas d'une différence pareille entre les prix des principaux produits agricoles ou industriels, obsenrés dans le Nord et dans le Midi. En examinant ayee attention les éléments qui composent le prix de journée dans diverses villes; en passant en revue les principaux objets de consommation qui peuvent in-
fluer sur la dépense et en élever le chifire, on peut se convaincre que la cause réelle d'une dépense plus importante dans les établissements du Nord que dans les nôtres, n'est pas la valeur plus grande des produits consommés.
Cependant, comme on est généralement porté à le croire ; comme on ne se rend pas sufi&samment compte des causes multiples qui élèvent la dépense dans les établissements hospitaliers ou la réduisent ; comme on ne connaît, d'ailleurs, qu'imparfaitement les prix et l'importance des consommations, base essentielle de tout calcul sincère et vrai, nous croyons utile d'insister sur ce point spécial, en exposant les faits avec exactitude , pour résoudre mûrement la question et faire partager par les esprits impartiaux et sérieux la conviction qui nous anime.
Avec des chiffres certains nous démontrerons que la faible dépense des hospices de Narbonne n'est pas due à une modération relative des prix, vainement cherchée, inconnue dans nos contrées, mais à là prudence de la gestion économique et financière de l'administration des hospices, dont les dépenses' générales sont plus faibles qu'ailleurs, malgré la cherté plus grande des produits consommés.^ -
L'examen comparé des prix et les faits sucoessite-
ment exposés permettront d'atteindre ce résultat et de constater en même temps avec certitude, que la cause réelle d'un prix de revient de la journée plus éleyé dans le Nord que dans les établissements de Narbonne doit être attribuée à des faits différents, à un autre ordre d'idées, à des dépenses d'un autre genre, faciles à déterminer et à reconnaître après l'examen des faits.
Les documents relati& au pain, à la viande, aux comestibles divers, à la houille et aux boissons consommées dans les départements du Nord, rendront la démonstration facile et complète.
I. — Le pain et le blé. Le prix du pâiii à NARBonifE bt DANS LE Nord. Le prix du bl£ dans les mêmes rAoionSi
A LA FIN DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE ET AU COMMENCEMENT DU DIX-NEUVIÈME, AYANT l'eXTENSION DE LA CULTURE DE LA VIGNE DANS NOS CONTRÉES.
En ce qui concerne le pain, dont l'importance est très grande dans la consommation et dans les dépenses des établissements hospitaliers, les chifiBres sont frappants et décisifs.
Ainsi, pendant qu'à Narbonne, dans la ville, on payait le pain blanc quarante-sept centimes et demi le kilogramme et le pain de deuxième qualité qua-
rante-deux centimes et demi, conformément aux j^ix fixés par la taxe officieuse ; pendant que nos hospices, avec une réduction importante sur la taxe, payaient le pain trente-neuf centimes le kilogramme, on le payait dans les hospices du Nord, dont nous nous occupons, aux prix suivants, beaucoup plus bas :
Dans le département de l'Eure, à Eyreux, à Gisors et à Yerneuil, trente-quatre centimes; à Louviers, trente-trois centimes; & Pont-Audemer, trente-deux centimes, et à Yernon, trente centimes ;
Dans le département de la Seine-Inférieure, à Tyetôt, trente-quatre centimes; au Havre, trente-trois centimes deux dixièmes ; à Rouen, trente-deux centimes, et à Dieppe vingt-neuf centimes quarante-cinq centièmes ;
Dans le département de l'Oise, à Clermont, trentequatre centimes ; à Beauvais, à Compiègne^ trente-un centimes, et à Noyon vingt-huit centimes;
Enfin, dans le département de la Somme, à Doullens, à Corbie et à Àbbeville, trente-deux centimes ; à Amiens, trente-un centimes, et à Péronne, vingtneuf centimes seulement.
Le prix du pain s'abaisse naturellement dans les pays producteurs de blé et varie suivant l'importance plus ou moins grande des récoltes. Or, les départe-
mentg de la Somme, de l'Oise, de la Seine-Inférieure et de l'Eure étant des pays producteurs de blé, tandis que notre contrée essentiellement yinicole en produit très peu, il est naturel que le pain soit moin& cher dans les hospices de ces départements que dans les nôtres. Ce fait doit paraître d'autant plus exact et rationnel, que l'on peut constater avec certitude une situation analogue, en ce qui concerne le Ué, dans des époques très anciennes, bien que la culture de la vigne n'eût.pas alors l'extension très grande qu'elle a prise de nos jours.
D'un relevé étendu, scrupuleusement exact, opéré sur les mercuriales officielles pour une longue période, comprenant les années 1760 à 1790, à une époque où la France était divisée en généralités pour la perception des impôts, il résulte que le prix du blé et par conséquent celui du pain, dans notre région, dépassait les prix de la généralité d'Amiens comprenant le département actuel de la Somme, et les prix de la généralité de Rouen, composée des départements actuels de la Seine-Inférieure et de l'Eure, dont nous nous occupons.
En divisant cette époque en trois périodes pour les trois généralités d'Amiens, de Rouen et de Languedoc, nous trouvons les résultats suivants, dignes d'attention.
Le prix de l'hectolitre de blé dans ces trois périodes était ainsi qu'il suit :
De 1760 à 1770, onze francs soixante-dix-sept centimes dans la généralité d'Amiens* treize francs trente-neuf centimes dans celle de Rouen et quinze frimes quarante-trois centimes dans celle de Laoguedoc;
^ De 1771 à 1780, treize francs quatre-ringts centimes dans la généralité d'Amiens, quinze bancs quatre-vingt-quinze centimes dans cell^ de Rouen et dix-sept francs sept centimes dans celle de Languedoc;
Enfin, de 1781 à 1790, treize francs quatre centimes dans la généralité d'Amiens, quinze francs trente-quatre centimes dans celle de Rouen, et dixhuit francs soixante-dix centimes dans celle de Languedoc.
La moyenne générale pour les trente-uné années, est de douze francs quatre-yingt-sept centimes dans la généralité d'Amiens, de quatorze francs quatreringt-neuf centimes dans celle de Rouen et de dixsept francs six centimes dans celle de Languedoc.
Sur tous les points, pour l'ensemble comme pour les détails, le prix du blé, à la fin du dix-huittkne siècle, était donc notoirement plus élevé en Languedoc que dans le nord de la France.
Dans une époque moins ancienne, après la division de la France .en départements, des résultats analogues aux précédents se sont produits. D'un releté considérable opéré sur les mercuriales ofBdélies pour les années 1797 à 1835, antérieures à la grande extension de la culture de la vigne dans le Midi, il résulte que les prix moyens de l'hectolitre de blé, dans cette' période de trente-neuf ans, ont été les suivants, dans la région dont nous nous occupons :
Dans les départements de la Somme et de l'Oise, dix-*huit francs trente-neuf centimes ;
Dans le département de la Seine-Inférieure, dixneuf francs soixante-treize centimes ;
Dans le département de l'Eure, vingt francs vingtsix centimes ;
' Dans le département de l'Aude, vingt-trois francs dix-huit centimes.
Dans les longues périodes observées, le prix du blé et par conséquent le prix du pain ont donc été moins élevés dans la région septentrionale dont nous nous occupons, que dans la nôtre, bien que les bons terrains cultivés actuellement en vignes fussent alors cultivés en blé. Il n'est donc pas étonnant que des résultats analogues apparaissent aujourd'hui, les causés qui les produisent étant plus puissantes et ]^
breuses encore, depuis la transformation complète de la culture dans nos contrées. Il y a dans ce fait de la diversité des prix résultant de la constitution agricole différente de pays divers, des causes fondâr mentales si profondes et si vraies, que la situfltion même créée de nos jours par la construction des chemins de fer, qui abrègent les distances et multiplient les transactions, a pu seulement atténuer les conséquences d'une loi générale, en supprimant les grandes disettes, sans niveler complètement les prix, ainsi que l'attestent avec certitude les faits et les chiffres surabondamment constatés.
n. — La TIAlfDB, LES COMESTIBLES DIVERS ET LA HOUIL&Bé
Pour la viande, la différence des prix n'est pas moins sensible que pour le pain, dans les hospices de Narbonne et dans ceux du Nord.
Tandis qu'à Narbonne, l'année dernière, les hospices payaient le bœuf un franc quarante-huit centimes le kilogramme, grâce à un rabais de trente-deux centimes sur le prix de la vente en ville ; tandis qu'ils payaient le mouton et le veau un franc quatre-vingts centimes, grâce à un rabais de soixante centimes sur le prix de deux francs quarante centimes le kilo-
gramme payé dans la TÎlle, on achetait dans les hospiœa dn Nord les trois qualités de yiande réunies, bcenf , Teau et mouton, sans distinction, aux prix smyants:
Dans le département de TEure, un franc cinquante eentimes à Louyiers, un frttnc quarante centimes à Gisors, un franc quarante-quatre centimes à Bemay, on franc trente-neuf centimes à Yemeuil, un franc trente-six centimes à Evreux, un franc trente-trois centimes à Yemon, et un franc trente* centimes à Pont-Audemer ;
Dans le département de la Seine-Inférieure, un franc cinquante-cinq centimes à Rouen, un franc cinquante centimes à Bolbec, un franc quarante-huit centimes à Grainyille, un franc quarante centimes à Elbeuf, un fr^de trente centimes à Tyetot, un franc vingt-huit centimes au Havre et un franc dix-huit centimes à Dieppe ;
Dans le département de T^se, à Senlis, on franc cinquante-deux centimes ; à Noyon, un franc quarante-un centimes; à Beauvais, un franc quarante centimes ; à Gompiègne, un franc quarante centimes dans rhdpital et un franc trente-huit centimes dans rhospice ;
Enfin, dans le département de la Somme, à Pé-
ronne, un franc quarante-neuf oentimes ; à' Gorbiëi un franc trente-neuf centimes; à Amiens, un franc quarante-un centimes dans THÔtel-^Dieu, un franc yingt-neuf centimes dans l'hospice des incurables et un franc yingt-cinq centimes dans Thospice général ; à Abbeyille, un franc vingt-six centimes dans Vbdpital et un franc dix-sept centimes dans l'hospice ; à DouUens, un franc trente centimes, et à - Roye, un franc yingt-quatre centimes seulement.
Si l'on réfléchit que le bœuf, le veau et le mouton ont été achetés au même prix, on reconnaîtra que dans ces départements les hospices obtiennent la viande à des conditions meilleures que les nôtres, le' rayon d'approvisionnement pour nos contrées étant moins favorable, et notre culture essentiellement vinicole ne permettant pas l'élevage du bétail, dont les produits précieux, lorsqu'ils abondent, atténuent considérablement ce qu'aurait d'excessif le prix de la vi&nde, en pilîsence des populations croissantes et des progrès de la richesse publique.
Dansi tous ces hospices de la région observée, le prix de la viande est donc plus bas qu'à Narbonne.
Il en est de môme du lait, par un motif semblable. Les pâturages ayant peu d'étendue dans nos contrées, le fourrage étant cher et la production du
bétail à peu près nulle, le prix élevé du lait en résulte. Comparé aux prix payés par les autres hospices, il fait ressortir des différences plus grandes encore que pour le pain et pour la yiande.
Ainsi, pendant qu'à Narbonne on paie le lait cinquante centimes le litre dans la ville et quarante-cinq centimes dans les hospices, on le paie dans les établissements dont nous nous occupons aux prix suivants, beaucoup plus bas :
A Elbeuf, vingt-deux centimes et demi le litre ;
A Senlis, à Gompiègne, à Gisors, à Yernon, à Gorbie, à Doullens et à Péronne, vingt centimes ;
A Rouen, à Dieppe, à Evreux et à Verneuil, dixhuit centimes ;
A Pont-Audemer, dix^sept centimes et demi ;
A Tvetot et à Bolbec, quinze centimes ;
A Noyon, treize centimes ;
Au Havre, onze centimes quatre dixièmes; et à Grainville, onze centimes deux dixièmes ; prix extrêmement faibles, les plus bas que nous ayons eu à citer dans ces dernières années, avec celui de douze centimes* un dixième constaté à Brest dans l'hôpital de la marine, et celui de onze centimes un quart constaté dans les hospices de Saint-Orael*,
Pour le pain, la viande et le lait, il est donc bien
éTÎdênt que les prix d'achat, tr^ inférieurs à orax de Narbonoe, ne peuTent éleyer le prix de journée des hospices du Nord dans une proportion plus forte que dans les nôtres. Un résultat iuT^rse» l'abaisso»ment de ce prix de journée, serait au contraire naturel et se produirait ayec certitude, si deâ dé^ penses moins essentielles, d'une nature différente, ne modifiaient pas la situation. En évitant les dé-^ penses de luxe, inutiles dans la maison des pauvres ; en consacrant, comme à Narbonne, les efforts, les soins, les ressources de l'administration au bien-être des indigents et au traitement efficace de leurs mala-^ dies, on obtient des résultats précieux, favorables au point de vue de la dépense, satisfaisants pour les villes et consolants, pour l'humanité.
Hais, les objets indiqués ne sont pas les seids que l'on obtient dans les hospices du Nord à des prix moins élevés qu'à Narbonne.
D'autres produits, agricoles ou industriels, ma lesquels nous n'insisterons pas, pour arriver plus vite à celui qui intéresse le plus nos contrées ; d*autres produits, achetés dans le Nord à des prix moindres qu'à Narbonne, font ressortir encore, comme les^ préf cédents, la difficulté de la gestion hospitalière (kns notre ville, où des ressources faibles et des prix âevés aggravent la situation.
kinsi, les pommes de terre, qui coûtent à Narbonne douze, quatorze, quinze francs* les cent kilogrammes, et. plus encore lorsqu'elles sont nouvelles, les pommes de terre coûtent à Amiens onze francs, au Havre huit francs quarante centimes, à Rouen sept francs, et à Verdun, dans la Meuse, où l'on se plaint beaucoup de leur cherté, cinq francs les cent kilogrammes.
La houille, qui coûte à Narbonne, dans les hospices, avec les droits d'octroi et les frais divers, trente-sept francs cinquante centimes la tonne de mille kilogrammes, la houille coûte dans les hosrpices de la région observée, tous droits d'octroi et frds accessoires payés :
À Beauvais, trente-cinq francs la tonne ;
A Yvetot, trente-quatre francs ; •
A Pontr-Audemer, trente-trois francs ;
A Brest, trente-deux francs cinquante centimes dans l'hôpital de la marine et trente francs dcms l'hôpital civil ;
A Grainville, trente-deux francs cinquante centimes;
A Bernay, trente-un francs quatre-vingt-onze ceRiimes ;
:A Cl^mont-de-l'Oise, trente francs vingt centimes;
A Rouen, vingt-neuf francs quinze centimes;
A Amiens, yingt-huit francs quarante-sept cmtimes;
Au Havre, vingt-huit francs quarante centimes ;
A Doullens, vingt-huit francs, et à Dieppe, vingtsept francs.
La houille anglaise, qui inonde les ports de la Hanche et de l'Océan, secondée puissamment par la fsK^ilité d'extraction, la proximité des ports d'embar-quement, le bas prix du fret et les tarifs différentiels de nos compagnies de chemins de fer, qui favorisent les longs parcours au détriment des * petits, la houille anglaise pénètre dans l'intérieur du pays, se répand dans un grand nombre de départements et permet aux villes de- la région de s'approvisionner à des prix moindres que dans nos contrées. Les hospices de RQuen, du Havre, de Rennes, de Dieppe, de Brest, de Nantes et de Vitré, n'en emploient pas d'autre. A Rouen même, depuis quelque temps, on la reçoit de plus loin, avec un ^supplément de prix peu important. Après avoir employé successivement la houille de Newcastle et celle de Cardiff, les hospices de Rouen la reçoivent à présent d'Ecosse, en la payant un franc quinze centimes de plus par mille kilogrammes. La qualité leur paraît mieux appropriée à leurs besoins, qui sont importants, le chauffage figurant dans le budget de l'Hôt^l-Dieu de
Rouen pour vingt mille francs et dans celui de l'Hospice général pour quarante-deux mille francs.
Le grand fourneau économique de l'hospice général de Rouen ayant coûté près de quatorze mille francs (13,796 fr. 85), et réclamant des soins attentifs; la dépense faite pour la cuisine, récemment reconstruite sur l'emplacement de Fancienne horloge démolie, ayant été considérable, et la construction, l'installation perfectionnée d'une buanderie centrale pour les deux établissements ayant nécessité comme dépense préliminaire l'achat d'une propriété immobilière, à quatre kilomètres de Rouen, de un hectare, quatre-Tingt-cinq ares, quarante centiares, qui a càùté , tous frais compris , soixante-dix mille neuf cent quarante-neuf francs, on ne saurait prendre trop de précautions et trop de soin, dans des conditions pareilles, avec un outillage perfectionné, pour le choix du combustible. On ne néglige donc rien pour l'avoir excellent. Néanmoins, la houille coûte aux hospices de Rouen huit francs cinquante-cinq centimes de moins qu'à Narbonne.
Pour tous les produits indiqués , dont la consommation est nécessaire et grande, les conditions d'approvisionnement et de prix sont donc plus favorables pour les hospices du Nord que pour les nôtres. Les chiffres produits le démontrent avec évidence.
Les hits relatifs an pain, à lafiande, à dnF«» comestibles et à la honille étant exposés , il ne noi» reste pins à citer qne les boissons, comme dernier et firs^pant ex^nple à Tappni de la démcHistration entreprise.
IB« — • Le Tm, la iitas n lb cibib. Leue cosisoMMATioir «t LBoms ran votxhs dams lbvrs rappoets atxg la i^tFMssm*
^ Le TIE ET L* ALCOOL. RÉSULTATS CONSTATÉS BAHS LES P^TS PEODUCTECES DE TIH ET DANS LES TILLES DU NORD. AxÉLlOi- EATION POSSIBLE DAHS l'aTENIB. — PaRT PROPOETIONBELLE DES BOISSONS DANS LE PBIX DE BEYIENT DE LA JOURNÉE ▲ BOUEN, AU HaTBB, a AMIENS, A GaMBBAI ET A LiLLE.
Parmi les denrées dont la consommation est im^ portante dans les hospicest le yin, devenu très cher, pourrait faire augmenter le prix de journée dans les départements éloignés des centres de production. Les frais de transport, les droits multiples qui frappent cette denrée et la rendent chère, influeraient certainement sur la dépense et en modifieraient les résul-* tats , si le vin était la seule boisson des pauvres dans les hospices du Nord. Mais, il n*en est pas ainsi. La bière et le cidre consommés en quantités plus grande et & des prix moindres que le vin , réduisent à tel point la dépense^ que le prix moyen des <Ëverses
boissoHs consommées smmltanémeiit dans les hô»* pices du Nord est beaucoup plus bas que le prix du yin dans les nôtres.
Quelques exemples pris dans les hospices du dépai^ tement de la Sonune, où la bière domine , dans les hospices de Rouen et du Havre où le m et la bière
s(mt consommés en même temps que le yin, et dans les hospices situés dans une région où le cidre est la boisson principale du pays, mettront en évidence Texactitude de cette assertion, et feront connaître en même temps des usages entièrement différents des nôtres.
S 4 . — Le tnn et la bière dont les hospices du département de la Somme. Abbeville^ Corbie^ Amiens et Doullens. Consommation et prix comparés. Droits fiscaux exorbitants. Nécessité d^une réduction.
Dans les hospices du département de la Somme, où la consommation de la bière domine celle du vin, le prix des deux boissons réunies, sans être aussi bas que dans les départements producteurs de cidre, est cependant curieux à constater, le prix moyen de ces deux boissons, beaucoup plus fiedhle que celui du vin à Narbonne, étant la conséquence d'une fabrication spéciale^ de la production locale, importante, de la
bière i dont l'influence sur la consommation est très grande. L'examen des faits relatifs à la consommation et aui prix comparés de la bière et du vin dans les hospices d'Âbbeville, de Corbie, d'Amiens et de DouUens, le démontrera clairement.
À Abbeville-, le prix du vin acheté par les hospices a été de soixante-dix*-sept francs l'hectolitre et celui de la bière de seize francs. A ces prix, on a consommé soixante-huit hectolitres de vin et six cent soixante-quatre hectolitres de bière. La quantité de bière consommée ayant été beaucoup plus grande que celle du yin et son prix beaucoup moindre, le prix moyen des deux boissons réunies a été de yingt-un francs soixante-six centimes l'hectolitre. Quoique plus faible qu'à Narbonne, ce prix est le plus élevé que nous aurons à constater dans la région, soit à cause des facilités d'approvisionnement qui favorisent les autres villes, soit parce que la bière fabriquée dans quelques établissements revient dans ces hospices à un prix moindre.
A Corbie, dans le même département, le prix du vin étant à soixante-sept francs l'hectolitre et celui de la bière à cinq francs, on a consommé vingt-sept hectolitres de vin et cent cinquante hectolitres de bière. La consommation de la bière ayant été cinq
fois plus forte que celle du yin et son prix treize fois plus faible, le prix moyen des deux boissons réunies a été de quatorze francs quarante-cinq centimes rhectolitre.
A Amiens, le prix du yin étant de soixante-douze francs Thectolttre, et la bière fabriquée dans l'hospice général revenant à sept francs quatre-vingtquinze centimes, on a consommé cent quatre-vingt-six hectolitres de vin et deux mille six hectolitres de bière. La consommation de la bière étant presque onze fois plus forte que celle du vin et son prix neuf fois plus faible, le prix moyen des deux boissons réunies a été de treize francs trente-hiiit centimes l'hectolitre.
Enfin, à DouUens, le vin ayant été acheté à quarante-huit francs l'hectolitre, et la bière, fabriquée dans l'établissement, revenant comme à Amiens à sept francs quatre-vingt-quinze centimes, on a consommé neuf hectolitres de vin et cent cinquante-neuf hectolitres de bière. Le prix de la bière ayant été six fois plus faible que celui du vin et sa consommation dix-sept fois plus forte, le prix moyen des deux boissons réunies a été de dix francs l'hectolitre.
Tel est donc le résultat dans les hospices du département de la Somme, où la bière domine. Sur un
ensemble de trois mille deux cent soixante-neuf hectolitres de boissons, on n'a consommé que deux cent quatre-vingt-dix hectolitres de yin, au prix moyen de soixante-onze francs quatre-vingt-quinze centimes» tandis que la bière a atteint le chiffire de deux mille neuf cent soixante-dix-neuf hectolitres, au prix moyen de neuf francs cinquante-neuf centimes. La consommation de la bière ayant été dix fois plus forte que celle du vin et son prix sept fois plus faible, le prix moyen des deux boissons réunies a été de quinze francs douze centimes l'hectolitre, très inférieur au prix actuel du vin à Narbonne.
Dans les autres parties de la région, les résultats sont aussi frappants. Obtenus comme les précédents, avec des chiffres exacts, provenant directement des administrations hospitalières, ils sont dignes de toute confiance et méritent de fixer l'attention. Ils constatent, d'ailleurs, des faits différents de ceux de nos contrées, et par conséquent instructifs, utiles, précieux à la fois pour l'agriculture et pour le commerce , en montrant la voie dans laquelle doivent s'engager nos contrées pour faire modifier des habitudes locales, anciennes, et faire acquérir au produit principal du Midi une part plus large dans la consonmiation des villes du Nord.
— en -
Après l'examen des faits que nous indiquerons pour les villes du Havre, de Rouen et de Dieppe ; après avoir vu les conséquences des grandes taxes perçues dans ces trois villes sur le vin, on s'efforcera d'obtenir un abaissement du tarif; qui peut seul faire augmenter la consommation au point de vue commercial et améliorer dans les hospices du Nord la situation des pauvres, privés aujourd'hui de boire du vin. Dans ces contrées septentrionales, françaises pourtant, une des plus grandes productions nationales, le vin, est l'exception, la bière et le cidre sont la règle. Pour que le malade ait du vin, dans les hôpitaux de ces régions, il faut une ordonnance du médecin, comme pour une préparation spéciale de la pharmacie. S'ils ne sont pas malades, le vieillard, l'incurable, l'infirme et l'orphelin des hospices n'ont pas de vin. Est-ce là de la raison, de la justice et du droit ? Est-ce là de l'humanité ? Telle est pourtant la conséquence des grandes taxes. Nous avons la confiance qu'en inspirant peu d'admiration et d'estime pour des droits fiscaux exorbitants, qui produisent de tels résultats et nuisent à la santé des peuples, un simple exposé des faits fera apprécier, aimer nos hospices, où tout le monde a du vin, tous les jours, à tous les repas, malgré la cherté persistante de ces dernières années.
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<(f kinl oaot 4fBatre^iBet-9eiK li etlu B li» 4e blmj^é duH r»faM iittM i ML an prix de inàM de qoMtK frnKS q^amie oenliBes. Les qvntilës de bièR et de ddR oûosoflOBées aiafll Aé wtmm qoafre fns |dos Cnl» qoe ccOe do râi et lear prix lutit fois pins faible, le prix isofen des iras Inissons. Tin, Uère et cidre, a été de seiae francs qaakeringt-hoit émûmes lliecfolitre, prix infoiear i h fois à la taleor da lin à 5arboiiiie et aux draib réunis d^oetroi, de drcolatîon et de taxe nmqne, dont le total perça au Haire par hectolitre de rin. s'âère arec les décimes au chiffire coosidéraMe de dix-hait francs yingt-huit centimes rbectolitre.
A Rouen , les hospices ont consonuné huit cent trente-deux hectolitres de TÎn à cinquante francs
rfaectolitre, miDe qaatre-Yingt*dix-sept hectolitres de bière fabriquée dans l'hospice général au prix de rerient de six francs, et deux mille cinq cents hecto- Ktres de cidre au prix de dix francs. Les quantités réunies de bière et de cidre consommées ayant été quatre fois plus grandes que celle du yin et leur Taleur moyenne presque six fois plus faible , le prix moyen des trois boissons réunies a été de seize francs cinquante-deux centimes l'hectolitre, prix inférieur comme au Havre aux droits perçus par la yille et par le Trésor, dont le total s'élevant à dix-sept francs quarante-huit centimes l'hectolitre, contribue à restreindre la consommation.
Pour les villes du Havre et de Rouen réunies, les
deux seules de la région où l'on consomme simultanément du vin, de la bière et du cidre, le résultat a donc été celui-ci. Sur un ensemble de sept mille cent quarante-un hectolitres de boissons consommées dans les hospices, le vin est entré pour treize cent quatre-vingt-huit hectolitres, au prix moyen de cinquante-deux francs quarante centimes, tandis que la bière et le cidre ensemble ont atteint le chiffre considérable de cinq mille sept cent cinquante-trois hectolitres, au prix moyen de huit francs. Les quantités de bière et de cidre consommées étant quatre foi$
$ 9. — Le vin, le cidre et la Mère dans les hospices du Eatore et de Rouen. Les droits d'octroi, de circulation et de taçce unique, dans ces deux villes, dépassent le prix moyen des boissons consommées.
Au Havre, où l'on consomme simultanément, dans THospice civil, du vin, du cidre et de la bière, on a consommé cinq cent cinquante-six hectolitres de vin à cinquante-six francs Thectolitre, douze cent soitaiite hectolitres de bière à huit francs cinquante cenfmiès et huit cent quatre-vingt-seize hectolitres de date fabriqué dans l'établissement, au prix de revient de quatre francs quarante centimes. Les quantités de bière et de cidre consommées ayant été presque quatre fois plus fortes que celle du vin et leur J)tïx huit fois plus faible, le prix moyen des trois bofiisons, vin, bière et cidre, a été de seize francs quatrevingt-huit centimes l'hectolitre, prix inférieur h la fois à la valeur du vin à Narbonne et aux droits réunis d'octroi, de circulation et de taxe unique, dont le total perçu au Havre par hectolitre de vin, s'élève avec les décimes au chilBQre considérable de dix-huit francs vingt-huit centimes l'hectolitre.
A Rouen , les hospices ont consommé huit cent trente-deux hectolitres de viti à cinquante fraives
rhectolilre, mille quatre-yingt*dix-sept hectolitres de bière fabriquée dans Thospice général au prix de revient de six francs, et deux mille cinq cents hectolitres de cidre au prix de dix francs. Les quantités réunies de bière et de cidre consonunées ayant été quatre fois plus grandes que celle du vin et leur valeur moyenne presque six fois plus faible , le prix moyen des trois boissons réunies a été de seize francs cinquante-deux centimes Thectolitre, prix inférieur comme au Havre aux droits perçus par la ville et par le Trésor, dont le total s'éievant à dix-sept francs quarante-huit centimes Thectolitre, contribue à restreindre la consommation.
Pour les villes du Havre et de Rouen réunies, les deux seules de la région où Von consomme simultanément du vin, de la bière et du cidre, le résultat a donc été celui-ci. Sur un ensemble de sept mille cent quarante-un hectolitres de boissons consommées dans les hospices, le vin est entré pour treize cent quatre-vingt-huit hectolitres, au prix moyen de cinquante-deux francs quarante centimes, tandis que la bière et le cidre ensemble ont atteint le chiffre considérable de cinq mille sept cent cinquante-trois hectolitres, au prix moyen de huit francs. Les quantités de bière et de cidre consommées étant quatre fois
S S. — Le vin, le cidre H la bière dans les hospices du Havre et de Bouen. Les droits i octroi, de circulation et de taxe unique^ dans ces deux tnlUs, dépassent le prix moyen des boissons consommées.
Au Havre, oii Ton consomme simultanément, dans THospice dyil, du yin, du cidre et de la bière/ on a consommé cinq cent cinquante-six hectolitres de vin à cinquante-six firancs Thectolitre, douze cent soixante hectolitres de bière à huit francs cinquante cenfiniès et huit cent quatre-yingt-seize hectolitres de ddre fabriqué dans rétablissement, au prix de revient de quatre francs quarante centimes. Les quantités de bière et de cidre consommées ayant été presque quatre fois plus fortes que celle du vin et leur pt¥x huit fois plus faible, le prix moyen des trois boiésons, vin, bière et cidre, a été de seize francs qiiatrevingtr-huit centimes l'hectolitre, prix inférieur h la fois à la valeur du vin à Narbonne et aux droits réunis d'octroi, de circulation et de taxe unique, dont le total perçu au Havre par hectolitre de vin, s'élève avec les décimes au chiffire considérable de dix-huit francs vingt-huit centimes l'hectolitre.
A Rouen , les hospices ont consommé huit cent trente-deux hectolitres de viti à cinquante frawes
rhectolilre, mille quatre-vingt-dix-sept hectolitres de bière fabriquée dans l'hospice général au prix de revient de six francs, et deux mille cinq cents hectolitres de cidre au prix de dix francs. Les quantités réunies de bière et de cidre consommées ayant été quatre fois plus grandes que celle du vin et leur valeur moyenne presque six fois plus faible , le prix moyen des trois boissons réunies a été de seize francs cinquante-deux centimes Thectolitre, prix inférieur comme au Havre aux droits perçus par la ville et par le Trésor, dont le total s'éievant à dix-sept francs quarante-huit centimes l'hectolitre, contribue à restreindre la consonmiation.
Pour les villes du Havre et de Rouen réunies, les deux seules de la région où Ton consomme simultanément du vin, de la bière et du cidre, le résultat a donc été celui-ci. Sur un ensemble de sept mille cent quarante-un hectolitres de boissons consommées dans les hospices, le vin est entré pour treize cent quatre-vingt-huit hectolitres, au prix moyen de cinquante-deux francs quarante centimes, tandis que la bière et le cidre ensemble ont atteint le chiffre considérable de cinq mille sept cent cinquante-trois hectolitres, au prix moyen de huit francs. Les quantités de bière et de cidre consommées étant quatre fois
plus fortes que celle du vin et leur prix six fois plus faible, le prix moyen des trois boissons réunies a été de seize francs soixante-six centimes l'iiectolitre.
Malgré les droits qui frappent le yin à l'entrée de ces deux villes, rapproyisionnement des boissons dans leurs hospices a donc été fait à un prix moindre qu'à Narbonne, mais dans des conditions moins favorables au point de vue de la santé des pauvres , la bière et le cidre ne pouvant convenir à des malades, à des vieillards débiles et à de jeunes orphelins. L'abaissement des droits sur le vin, si souvent réclamé, n'aurait donc pas seulement pour objet et pour résultat d'être utile aux populations viticoles , de faciliter le commerce et l'industrie , en ouvrant de larges débouchés à une production importante. Ce serait au plus haut point une mesure utile d'hygiène, d'intérêt public et d'humanité.
§ 3. — Le vin et le cidre dans les hospices où le cidre esê la boisson principale. Evreiuv, Verneuil, Yvetot, Dieppe^ Les Andelys et Grainville. Le droit sur le vin, à Dieppe, est deux fois plus fort que le prix moyen des boissons consommées.
Si le prix moyen des boissons consommées paraît bas, lorsqu'on le calcule pour les hospices où la bière
domine et pour les hospices où la bière et le cidre sont consommés en même temps que le yin, il parait plus bas encore lorsqu'on l'obserye dans les hospices des ailles où le cidre est la boisson principale. La consommation et les prix comparés du cidre et du yin dans quelques hospices des départements de l'Eure et de la Seine-Inférieure le démontreront clairement.
A Evreux, où Ton a acheté du yin des côtes du Rhône au prix de cinquante-quatre francs quarante centimes l'hectolitre rendu en caye, et où Ton a obtenu du cidre, en le fabriquant dans l'établissement, au prix de sept francs l'hectolitre, on a consommé cinquante-cinq hectolitres de yin et trois cent soixante hectolitres de cidre. La consommation du cidre ayant été six fois plus forte que celle du yin et son prix presque huit fois plus faible, le prix moyen des deux boissons réunies a été de treize francs yingt-huit centimes l'hectolitre.
A Verneuil, le prix du yin étant à quarante-cinq francs l'hectolitre et celui du cidre à huit francs, on a consommé yingt-cinq hectolitres de yin et deux cent quarante hectolitres de cidre. La consommation du cidre ayant été neuf fois plus forte que celle du yin et son prix cinq fois plus faible, le prix moyen des
deux boissons réunies a été de onze francs quarante* huit centimes l'hectolitre.
 Tyetot, le prix du Tin étant à soixante-dix frtiËcs l'hectolitre et celui du cidre à dix francs, oti a "ConP^ sommé quatre hectolitres de yin et trois cent dix^ept hectolitres de cidre. La consommation du cidf e ayant été soixante-dix-neuf fois plus forte que celle du vin et son prix sept fois plus faible, le prix moyen dû yin et du cidre réunis a été de dix francs soixantét quatorze centimes Thectolitre. -i
A Dieppe, le prix du vin s'étant élevé à soixantecinq francs cinquante centimes l'hectolitre et celui du cidre fabriqué dans l'établissement n'étant reif^enû qu'à quatre francs vingt-six centimes, on a consommé soixante-deux hectolitres de vin et six cent treiite-hiut hectolitres de cidre. La quantité de cidre consommée ayant été dix fois plus forte que celle du vin et sam prix quinze fois plus faible, le prix moyen des defuî boissons réunies n'a été que de neuf francs soixantehuit centimes l'hectolitre, bien qu'un droit exorbitant de dix-neuf francs quarante-cinq centimes l'hectolitre ait été appliqué au prix primitif du vin, qui était de quarante-six francs cinq centimes. Dihss celte ville, le droit sur le vin a été deux fois plus fort que le prix moyen des deux boissons consommées.
Plus ëleré qu'au Havre et à Rouen, il y produit des résultats plus désastreux encore, la part proportionnâtes du vin dans la consommation des hospices de Dieppe étant beaucoup plus faible qu'au Hayre et à Rouen.
Aux Andelys, où le prix du yin a été de quatrevingt-treize francs l'hectolitre, et où le cidre fabriqué dans rétablissement a été obtenu au prix de cinq francs cinquante centimes, on a consommé sept hectolitres de yiu et deux cent vingt-cinq hectolitres de ddre. Le prix du cidre ayant été presque dix-sept fois plus faible que celui du vin et sa consommation trente-deux-fois plus forte, le prix moyen des deux boissons réunies a été de huit francs quatorze centimes l'hectolitre.
Enfin, à Grainville , où le prix du vin a été de quatre-vingt-dix francs l'hectolitre , et où le cidre fabriqué dans l'établissement est revenu à cinq francs, on a consommé six hectolitres de vin et trois cent soixante-quatre hectolitres de cidre. La consommation du cidre» boisson ordinaire du pays, ayant été soixante fois plus forte que celle du vin et son prix dix-'huit fois plus faible , le prix moyen des deux boissons consommées a été de six francs trente-sept centimes l'hectolitre, six ou sept fois plus faible que
le prix -du vin à Narbonne, en tenant compte des droits.
Tel est donc le résultat pour les hospices où le cidre est la boisson principale. Sur un ensemble de deux mille trois cent trois hectolitres de boissons consommées, le yin, acheté au prix moyen de soixante francs soixante-huit centimes l'hectolitre» n'est entré dans la consommation que pour cent cinquanteneuf hectolitres, ou sept pour cent, tandis que le cidre, au prix moyen de six francs yingt-quatre centimes, est entré dans la consommation pour deux mille cent quarante-quatre hectolitres, ou quatrevingt-treize pour cent. Le prix du cidre ayant ^té neuf fois plus faible «que celui du yin et sa consomer mation treize fois plus forte, le prix moyen des deux boissons réunies a été de dix francs l'hectolitre, inférieur aux prix observés dans les hospices où la bière domine, inférieur aux prix du Havre et de Rou^ où l'on consomme de la bière et du cidre en même temps que du vin, et quatre fois plus faible que le prix du vin noir à Narbonne.
§4. — Le vin et Valcool. Résultats constatés dans les pays producteurs de vin et dans les villes du Nord. Amélioration possible dans l'avenir.
La loi générale des bas prix excitant la consommation et des consommations se développant en raison directe des facilités de tout genre qui leur sont données, reçoit de l'exposé des faits sérieux, exact, sévèrement contrôlé, que nous venons de faire, une confirmation éclatante, conforme aux données exactes de la science pure, dont elle justifie les théories par des résultats pratiques.
Cependant, malgré la concurrence des boissons à bas prix, malgré la fabrication spéciale, perfectionnée, étendue de la bière et du cidre, le vin, à cause de ses qualités supérieures, doit espérer un avenir meilleur. Si la consommation est aussi faible aujourd'hui dans ces régions, c'est surtout parce que des entraves de toute nature, en ce qui concerne la circulation et le libre transport, empêchent le vin d'arriver facilement dans les pays de consommation, et parce que des droits considérables, perçus au profit des municipalités et du Trésor, l'empêchent de pénétrer facilement dans les villes et d'atteindre une classe plus nombreuse de consommateurs. Avec la
suppression des entraves et une large réduction des droits, le yin du Midi, bien meilleur que la bière et le cidre, auxquels ses qualités naturelles, hygiéniques et salubres, le feront toujours préférer, le vin du Midi, supérieur à ces boissons comme tonique, entrerait pour une large part dans la consommation.
La prévision est d'autant plus vraisemblable et juste, que le vin du Midi, généreux, chaud, alcoolique, convient particulièrement aux climats humides et brumeux du Nord. Un vin tonique et fortifiant est absolument nécessaire dans ces froides contrées, où le brouillard, intense, pénétrant, répand ses vapeurs dans l'atmosphère, au milieu des plus beaux jours de l'hiver, et où l'été, sous l'influence de pluies persistantes, n'offre souvent à l'œil attristé qu'un pajrs profondément humide, froid pour l'homme du Midi qui le visite, surabondamment submergé, sans soleil, sans animation et sans vie.
A défaut de vin, les populations septentrionales se rejettent sur l'alcool malsain de betteraves, de grioiins ou d'autres substances farineuses , contrairement ;à l'usage des pays producteurs de vin, où la consoiee mation de l'eau-de-vie est sans importance. Ainsi, tandis que d'après les résultats financiers des octrois, recueillis par le Ministre des finances et publiés au
mois de décembre 4880, la consoimnatioD de Talcool dans les départements de FAude et du Gard, est de un demi-litre par tête et par an; tandis qu'elle est de un à deox litres à Hon^llier, Toulouse, Bordeaux, Cahors, Agen, Avignon, Draguignan et Atixerre , pays producteurs de Tin ; de un litre et demi dans le Gers, où Ton produit à la fois du yin et Teau-de-Tie d'Armagnac ; de un litre deux dixièmes dans la Charente-Inférieure où Ton produit à la fois dû yin et Feau-de-yie supérieure de Cognac ; dans les pays priyés de lin, au contraire, la situation, très différente, est alarmante et graye. Dans ces régions malheureuses, la consommation de Talcool pur à Cedt degrés atteint les proportions suiyantes par tête et par an : à Beauyais, huit litres quatre dixièmes ; à ïyreux, huit litres cinq dixièmes ; à Amiens, neuf titres deux dixièmes; à Rouen, douze litres six dixièmes , et dans la yille du Hayre , douze litres neuf dixièmes, cbift-es constatant une consommation d'alcool extraordinaire, qui dépasse la consommation de notre département diX'Sept fois à Beauyais et à Eyreux, dix-huit fois à Amiens, yingt-dnq fois au Hayre et à Rouen.
Les pouyoirs s'émeuyent quelquefois, en présence de cette consommation malsaine, fiitale à la santé des
populations et à Thonneur du pays. Ils s'en aflEKgent et pensent y remédier en accroissant les taxes , en ajoutant des formalités nouyeUes et des droits nouyeaux aux taxes primitiyes, déjà énormes. C'est dq moins l'argument qui nous était opposé , lorsque nous combattions, en 1847, la surtaxe proposée pour layillede Rouen, et en 4849,1a surtaxe proposée pourlayille d'Amiens. À ces deux époques, pour prouyer la nécessité des surtaxes, pour démonter leur utilité, on alla jusqu'à comparer l'alcool À l'opium.
Les faits ont répondu péremptoirement. Le mal ësï le même, sinon plus grand.
L'erreur fut donc profonde à ces deux époquesi.
Le remède n'est pas dans les grandes taxes de l'alcool , qui ne modifient pas la constitution économique d'un pays et ne changent pas ses habitudes, mais dans les faibles taxes du yin, qui introduiraient un élément nouyeau, plus sain, dans la consommation des peuples du Nord, et amélioreraient leur situation en les moralisant ; dans les facilités de toute nature données pour le transport libre et l'entrée facile du yin dans les yilles.
Si le yin du Midi, abondant et sain, éminemment hygiénique et salubre , arriyait facilement dans les
TiUes du Nord , la consommation de l'alcool dimi- Duerfldt dans de grandes proportions.
• Le remède est là et point ailleurs. Le yin seul donnera au Nord la boisson fortifiante que nécessite son climat. Le yin seul changera ses habitudes, l'expérience et les chiffres les plus certains démontrant surabondamment que partout où l'on a du yin, on consomme peu d'alcool.
Les populations des villes septentrionales en profiteraient largement; et les hospices, réduits aujourd'hui à la consommation peu hygiénique de la bière et du cidre, entreraient dans une voie nouvelle, plus heureuse pour eux, plus honorable pour le pays. On ne verrait plus dans les hospices du Nord les enfants débiles, au teint décoloré, les vieillards exténués» abattus et tristes. Le vin leur donnerait la force, l'énergie vitale et la santé.
§ 5. — Pari proportionnelle des boissons dans le prix de revient de la journée^ à Rouen, au Havre, à Amiens, à Cambrai et à Lille. ConcltÀSion du chapitre.
Malgré sa cherté, malgré les droits qui le frappent, le vin ne peut avoir dans les hospices du Nord une grande influence sur le prix de revient de la journée , sa consommation étant peu importante.
Réuni à la bière et au cidre, il n'entre dans la dépense individuelle journalière, à Rouen, au ]9ayre, à Amiens, que dans des proportions très faibles^ indiquées par les chiffires suivants.
4 Rouen, le vin, la bière et le cidre réunie entrent dans la dépense de THÔtel-Dieu pour seize centimes sur un prix de journée de deux francs soixanterdixsept centimes, et dans la dépense de Thospice général pour onze centimes sur un prix de journée s'élevant à un franc quarante-trois centimes.
Au Havre, les mêmes boissons entrent dans l«i dépense de rhôpital pour treize centimes sur un prix de journée de deux francs trente-huit centimes.
A Amiens, où l'on ne consomme pas de cidre, le vin et la bière réunis figurent dans la dépense de l'Hôtel-Dieu pour quatorze centimes sur un prix de journée de deux francs trente^huit centimes quatre dixièmes ; dans la dépense de l'hospice des incurables pour neuf centimes sur un prix de journée s'élevant à un franc cinquante-sept centimes, et dans la dépense de l'hospice général pour cinq centimes seulement sur un prix de journée s'élevant à un franc vingt-trois centimes.
Même dans les hospices exceptionnellement riches, comme ceux de Cambrai, par exemple, dont nous
avons cité. Tannée dernière, les excédents de recettes considérables de six cent onze mille huit cents francs avant Tachât de divers domaines et de trois cent huit mille francs après Tachât de vastes possessions territoriales ; dans les hospices de Cambrai, où Ton n'est pas tenu à une économie bien rigoureuse, à cause des grandes ressources , les boissons ne prennent qu'une part relativement faible dans le prix de journée. Elles figurent dans la dépense de Thôpital de Cambrai pour trente-quatre centimes sur un prix de journée de trois francs quatre-vingt-dix-sept centimes soixante-un centièmes, et dans la dépense de Thospice pour quinze centimes seulement sur un prix de journée s' élevant à un franc cinquante-six centimes. k Lille, où les hospices sont puissamment riches, puisque Ton évalue leur fortune en terres ou en titres div^s, à plus de quarante millions de francs ; à Lille, où les comptes se soldent par des excédents considérables de receltes, le vin et la bière, seules boissons consommées, figurent dans la dépense de Thôpital Saini^uveur pour dix-sept centimes sur un prix de journée de deux francs quarante centimes et dans la dépense de l'hospice général pour quatre centimes seulement sur un prix de journée s'élevant à un franc deux centimes.
L'influence des boissons sur le prix de journée est en réalité si faible dans les hospices du Nord, relativement aux autres dépenses, que si l'usage des boissons était complètement supprimé, contrairement à tout bon sens et à tout sentiment d'humanité, les prix de journée des établissements hospitaliers de Rouen, du Havre, d'Amiens, de Cambrai et de Lille, seraient encore plus élevés que les prix de journée de l'Hôtel- Dieu et de la Charité de Narbonne. Les chiffres les plus certains, les calculs les plus exacts le démontrent surabondamment.
Les produits agricoles ou industriels de diverses natures que nous avons énumérés étant à des prix moindres dans la région septentrionale observée qu'à Narbonne, ce n'est pas évidemment la dépense dont ils sont la cause, qui peut produire un prix de journée supérieur à celui de nos hospices. La raison n'est pas là. Un personnel nombreux et cher, des bâtiments entraînant des dépenses considérables, un mobilier coûteux, le luxe même pénétrant dans les asiles du pauvre, telles sont les causes principales qui élèvent ailleurs le prix de journée. En les évitant à Narbonne; en maintenant les dépenses du personnel, du matériel et des frais généraux de toute nature dans de justes limites; en consacrant au soin des
malades, au bien-être des pauvres et des orphelins la plus grande partie des ressources ordinaires et celles qui proyiennent accidentellement des libéralités publiques ou privées, les hospices obtiennent des résultats meilleurs pour le traitement des malades et la santé des indigents. La mortalité comparativement faible constatée chaque année en est la preuve.
Ce n'est donc pas à une situation favorable pour les approvisionnements et pour la valeur des produits consommés que les hospices de Narbonne doivent un prix de journée relativement faible. Ils le doivent à leur économie prudente et réfléchie, à des soins assidus et persévérants, à une surveillance active, & un dévouement absolu, dans l'intérêt public, pour le bien des pauvres et l'honneur du pays.
Si les résultats obtenus paraissent grands, lorsque l'on compare les prit des principaux objets de consommation à Narbonne et dans le Nord, ils paraîtront plus grands encore lorsque nous comparerons les revenus fii^es des hospices et les subventions municipales dans les deux régions. Si les revenus fixes, en effet, sont plus faibles à Narbonne que dans le Nord ; si les subventions municipales y sont moins importantes ; et si, malgré ces circonstances défavorables, les résultats sont meilleurs, le mérite des établisse-
ments de Narbonne sera plus grand. Ces asiles vénérés de malades et de pauvres, qui' honorent la ville, et dont l'histoire se rattache avec tant de puissance et d'honneur à la glorieuse histoire de notre patrie ; ces maisons utiles, chères au peuple de Narbonne et de nos contrées, paraîtront plus dignes encore d'admiration, de respect et de sympathie. Le malheur, la souffrance, les larmes, inspirent la pitié, excitent les sentiments sympathiques des hommes de bien, émeuvent les cœurs généreux, fixent l'attention des villes et provoquent les témoignages touchants de la charité privée comme les manifestations utiles de la bienfaisance publique.
Tel sera, nous l'espérons, le résultat des faits exposés dans le dernier chapitre, contenant l'examen comparé des revenus fixes des hospices et des subventions municipales, à Narbonne et dans le nord de la France.