ET DE LA THÉSIS
Divers métriciens ont essayé d'établir des distinctions entre les divers mètres.
(1) Selon la durée absolue de chaque période.
(2) Selon la durée relative dans chaque période de
ïarsis et de la thésis,
Chaque période a théoriquement une durée absolue. Ruskin pensait, paraît-il, qu'il serait utile de la déflnir dans la pratique.
Mais cela est impossible. On peut seulement comparer la durée d'une période avec la durée d'une autre période dans le débit d'un seul et même lecteur, et encore fautil que les conditions soient les mêmes. La durée varie selon le lecteur et pour le même lecteur selon les conditions. Avec cette réserve on peut parler de la durée absolue d'une période ou mieux de sa durée relative.
Par ce moyen on peut faire la distinction entre certains mètres en anglais et en français. On peut dire que la durée relative de chaque période est plus ou moins grande dans ce mètre-ci que dans celui-là. Par exemple la durée de chaque période d'un trimètre français serait à la durée de chaque période d'un alexandrin^ à peu près comme 4 est à 3.
Mais celte dislinclion n'est ni très essentielle, n'étant
LA FÉRIODB TEMPORELLE. 499
nullement de genre, seulement de degré, ni très claire, puisque, pour intelligible qu'elle soit dans le cas général, elle ne se laisse pas bien établir dans chaque cas particulier.
Omond a voulu faire cette distinction. C'est son affaire. Je ne sais pas si les termes mesure à deux et à trois temps qu'il adopte sont les meilleurs qu'il eût pu trouver pour indiquer une distinction fondée uniquement sur la durée d'une période.
Omond accepte franchement Tidée contenue dans l'observation de Lanier, que « le versificateur ou le musicien ont la liberté de remplir une mesure quelconque de n'importe quel mètre. . . par un ou plusieurs sons ou silences pourvu que la somme de la durée de ces sons et de ces silences soit exactement égale à la durée normale de la mesure* ». Il ajoute 2, en amplifiant la formule de Lanier : « Quand le nombre des syllabes varie jusqu'à l'emporter sur le schéma temporel, un vers cesse d'être métrique. Mais à part cela une irrégularité quelconque, soit dans la durée des syllabes ou dans leur valeur accentuclle, ou dans la rapidité de leur débit, ou leur suppression partielle ou même complète, semble pouvoir être utilisée pour le plaisir de l'oreille. »
Je n'insiste pas sur l'idée malencontreuse qu'il a eue de mesurer la durée de ses périodes d'après la valeur normale de deux ou de trois syllabes. On ne saurait qualifier la durée d'une période de temps normal de deux,
* Lanier, op. cit., p. 138 (2) :
« The verse- maker or the musician may put one sound or one silence, or any numbor of sounds or of silences or of both, inlo any bar of any form of rhythm... so long as Ihe llme-values of thèse sounds and silences, when added, exaclly malie up Ihe normal timevalue of the bar. »
* Omond, op. cit., p. 57.
de trois, etc., syllabes. ()u'est-ce que le temps normal de deux syllabes? Passons.
11 convient de considérer comment Omond applique cette distinction dans les cas douteux — et il y en a ! Malgré toutes les difficultés, il s'obstine à faire la distinction entre les mesures à deux temps et celles à trois temps. Pour expliquer les difficultés évidentes de cette thèse, il affirme que « nous n'avons pas besoin de savoir la durée de deux syllabes, mais le temps théorique auquel les deux syllabes doivent se conformera). Omond distingue les vers à deux temps de ceux à trois temps selon que deux ou trois syllabes semblent remplir normalement la période*.
Il ne se gêne pas ainsi pour admettre que les mêmes syllabes de la même phrase peuvent être lues selon deux ou même plusieurs schémas métriques (can be marshalled to varions times).
Considérons (1) le vers de Swinburne cité par Omond (p. 68),
Thou art older and colder of spiril and blood than I
[33332]. C'est un vers de blank verse pris dans un poème écrit en blank verse, Omond le veut à deux temps. Puis, considérons (2) cet autre vers du même poète 3 :
O sirong norlh wind, the pilol of clond and rain
[2223 2], pris dans un poème qu'Omond dirait à trois temps.
* Omond, op. cit., p. 50 :
« What we are required lo know is not ' the time of two syUables *, but raerely the time-beat lo vvhich two syUables are marshalled. »
» Op. cit., p. 49:
<c We hâve two leading types of verse, in one of which the timespace or unit reprcsents the normal time of two syUables, in the other of three. i»
3 Gilê par Mayor, op. cit., p. 55.
LA PéniODK TEMPORELLE. ^i
Omond explique ce fait ainsi * : Le temps théorique est différent selon le mètre dont il s'agit: dans le vers (1), chaque période représente le temps de deux syllabes, tandis que dans le vers (2) chaque période représente le temps de trois syllabes. Dans le vers :
To hâve lived, to hâve thought, to hâve donc
les mêmes syllabes seront soumises à un mouvement à deux ou à trois temps selon le mètre voulu par le poète. Dans un cas il faudra diviser :
To hâve | lived | to hâve | thought | to hâve | done
dans l'autre :
To hâve lived | to hâve thought | to hâve done
Le mal n'est pas si grave ici : la durée relative des
* Op. cit., p. 121 :
c If I am asked to deflne the roetre of this Une :
c From the unhnown sea to the unhnown shore — I cannot answer fully. It is clearly in duple rising mètre, but whether it contain four periods or five it is impossible to say. If it occurred In heroic verse, there would be no dlfficulty in spreading it over flve periods; if in octosyllabic, none in adapting it to four. This is because the syllablés are given us, not thé time (je souligne). If we had the whole poem before us, time would be manifest, and would flx the mètre... Similarly, if we read this line by itself —
« To hâve lived, to hâve thought, to hâve done — we cannot possibly tell whether it is duple mètre or triple. The words by Ihemselves do not show. But when we compare its conlext —
It is so small a thing
To hâve enjoy'd the sun, To hâve lived light in the spring,
To hâve lived, to hâve thought, to hâve done; To hâve advanced Irue friends, and beat down baffling foes ?
we perceive at once that the time is duple, that the line in question consists of three *' triplets ". The words which I hâve ventured to italicize, it will be felt, cover in each case the normal time of two syllables. To hâve represents sometimes a monosyllable, sometimes a dissyllable. »
syllabes n'est pas nécessairement altérée. Dans Tautre vers :
From the unknown sea to the unknown shore
qui peut s'accommoder, selon Omond, à n'importe quel des deux mètres, le rythme serait tout à fait faussé par une disposition métrique autre que celle voulue par le poète et exigée par le sens.
11 s'agit en effet de la division :
From Ihe un | known sea | to the un | known shore |
OU de la division :
From I the un | known sea | to the un | known shore |
On voit la différence essentielle entre les deux.
Ainsi l'explication d'Omond n'est pas admissible. Dans chaque vers il n'y a qu'une seule disposition des accents, des syllabes et des pauses qui soit correcte et qui mette en valeur toutes les nuances de la pensée. Cette disposition peut n'admettre d'être atteinte que théoriquement, elle n'en est pas moins unique. Le mètre ne doit pas dénaturer le rythme^.
* Patmore cite quatre vers de Scott (p. 255) :
Merrily swim we : the moon shines bright ; Downvard we drift Ihrough shadow and Hght; Under yon rock the eddle^ sieep Calm and silent, dark and deep.
1! ajoute (p. 256):
t (The) excellent eflfect (of the last Une)... dépends entirely upon the obligation to read it inlo tripie cadence, by dwelling very long on the accented syllablos, an obligation whlch resulls from its forming an intégral part of a passage in Ihat cadence. Furgel the Ihree preceding fines, and read Ihe last as if it formed one of a séries of seven- svllable Irochaies, and ils movement and characler are tolally changed. Thu$ tfc sec Ihat an entire Une may be in common or triple cadence, according to the cadence of the context. »
Le vers dont il s'agit n'adniel pourtant qu'un seul débit — celui, en elTel, prétonist3 par Palniore. La signification de la phrase n'en
LA PÉBIODB TEMPORELLE. %3
La plupart des métricieos français et anglais ont cependant vu, comme Patmore, et à rencontre d'Omond, qu'il fallait, pour bien faire la distinction entre les différentes sortes de mètres qu'on voulait établir, non un élément absolu, puisqu'il n'altère rien à la durée relative de Farsis et de lathésis dans chaque période, mais un élément relatif.
La syllabe sur laquelle l'ictus se bat, c'est-à-dire Tarsis, a-t-elle un rapport exact et défini avec le reste de la période temporelle (thésis) ?
Puisque la longueur et la valeur accentuelle des syllabes vont ensemble en français et en anglais, et que la valeur de la syllabe sur laquelle l'ictus se bat varie même dans un vers où la correspondance est absolue, il est évident que le rapport de Tarsis avec la thésis n'est pas fixe.
Par exemple, dans le vers :
That led | the embat | tled 8er | aphim | to war
les syllabes led, Ser-, war sont plus accentuées que les syllabes -bat-, tm.
Par compensation la thésis des périodes I That led\ ,\ -tled Scr | , | to war |
est plus courte que celle des périodes
I the embat- | | -aphim \
à quelle cause, soit pause, soit nombre de syllabes, que ce soit dû.
L'élément de pause, soit de suspension, soit d'arrêt,
permet pas d'autre. On ne saurait le lire d'une façon différente sans en faire un non-sens. Le vers n'admet donc nullement une scansion à deux temps (selon l'expression de Patmore), et Patmore a tout à fait tort de dire qu'un seul et même vers peut être mesuré à deux ou à trois temps, selon le contexte.
LA PÉRIODB TEMPORELLE.
ne complique pas la question : on n'a qu'à compter tout silence dans la thésis, à laquelle il appartient naturellement. La difficulté est que toutes les syllabes accentuées rCont pas la même valeur,
Lanier donne à la syllabe de Tarsis toujours la valeur d'une noire ; il en admet VAufldsung (ou plutôt il prend une mesure à trois temps dont il permet de couler deux noies eu une). La syllabe accentuée occupe toujours la même place dans la période ; mais elle peut être remplacée par deux syllabes moins longues, ou même par une syllabe moins longue et une pause ^.
Par exemple :
Break,
On thy eold
Break,
Break
And I would that
gray stones,
my longue
O sea!
could utler
The thoughts that
anse
m me
rt
(Lanier indique par A 1^ syllabe accentuée.)
Becq de Fouquières établit un rapport normal entre
< Lanier, op. cit., p. 138-40. (1), (2), (3), (4), (5), (6) et (7). De môme Dabney. Voir p. 215 et suiv. ; par exemple :
Le
gitimate
Edgar...
rr
Seulement il adopte le système musical d'accentuation.
Tarsis et la Ihésis : il attribue à celle-là la valeur d'une noire pointée, et à celle-ci une valeur égale*. « Si, par exemple, nous considérons un élément rythmique de quatre syllabes, et si nous détachons, pour ne plus nous en occuper, la dernière syllabe accentuée qui forme le lemps fort de la mesure suivante, les trois syllabes restantes seront représentées dans la formule générale par trois croches ; mais, selon les valeurs relatives de ces syllabes, le temps représeiilé par ces trois croches pourra être diversement divisé. En un mot, des éléments rythmiques d'un même nombre de syllabes peuvent différer entre eux quanta la proportion de leurs parties. Un temps égal à trois croches pourra être indifféremment rempli par les diverses combinaisons suivantes :
Il permet toutefois certaines dérogations à cette règle :
(1) La syllabe rythmique de farsis peut être prolongée sur la thésis suivante.
(2) La première syllabe d'un élément de cinq syllabes se porte sur le temps fort précédent.
En outre, le temps de l'aspiration est pris sur le quatrième temps fort (c'est-à-dire sur la première période du vers suivant); et le repos de Vhémistiche sur le second temps fort (c'est-à-dire la troisième période).
« Op. di., p. 186.
* Cp. p. 77 :
a Chaque élément rythmique se partage en deux parties égales en durée, et par conséquent égales au huitième du lemps total ; l'arsis et la thésis seront donc toutes deux équivalentes à trois brèves. »
206 LA PÉRrODE TEMPORELLE.
Exemple de (2) [J'ai déjà illustré (1) ci-dessus]
Oui.
c'est AgamemnoD
De la Grasserie s'exprime ainsi : « Le pied se compose en français d'un temps fort et d'un temps faible^ ces deux temps ont la même durée temporale (^ic), ce n'est donc pas au point de vue de la durée qu'on les appelle forts ou faibles, mais en ce que le temps fort est marqué par l'introduction d'un élément syllabique plus énergique, c'est ainsi que> lorsque le temps faible est rempli par deux syllabes non accentuées, le temps fort le sera par une syllabe accentuée *. »
Il établil ainsi un rapport exact et constant entre Tarsis etlathésis. C'est un rapport d'égalité.
L'hémistiche :
Le jour n'est pas plus pur...
contient, selon lui, « Irois ianibes* rythmiques ou accentuels ».
11 le scande ainsi :
« C'est la mesure à trois temps ^ », ajoute-t-il. Puis* il examine le vers :
Oui je viens dans son temple adorer l'Éternel
qu'il scande ainsi :
f f r I ir r r I r r r i r p r i
* PrincipeSy p. 365.
' 11 appelle iambique un vers qui fait a alterner régulièrement le temps fort et le temps faible, composés chacun d'une seule syllabe i. Ibid,, p. 3»2.
8 Ibid.» p. 366.
* Ibid,, p. 367.
LA PÉRIODE TRMPORKLLE. 207
Selon lui, chaque /72W constitue une mesure à deux temps, la syllabe accentuée valant les deux syllabes non accentuées réunies.
Ensuite * c'est le pied de quatre syllabes qu'il considère. Il scande dans les vallons f f f f* C'est, selon lui, la mesure à 3/6.
Ainsi l'alexandrin étant, selon lui, un mélange de ces trois pieds se scande tantôt à deux temps, tantôt à trois temps, tantôt à 3/6, etc.
Après s'être donné la peine de brouiller ainsi la question, il la débrouille admirablement. « Mais ce qu'on ne rencontre pas dans la musique et ce qui étonne à première vue dans la versification française, ce sont des mesures se suivant hétérochrones... Dans l'alexandrin même classique et à l'intérieur de chaque hémistiche, le premier pied peut contenir deux syllabes et le second quatre, ces deux pieds semblent donc hétérochrones et le temps inégalement partagé, ce qui détruit toute mesure.
Il était I plein d'esprit, | de sens | et de raison
S'il n'y avait pas d'accent tonique dans ce vers, Thétérochronie des pieds serait bien définitive, car trois syllabes indifférentes demandent plus de temps que deux pour être prononcées.
« Mais, si, comme je le dois, je tiens compte des accents toniques, il va se produire un entraînement dont voici les conséquences.
« Lorsque j'ai prononcé le premier pied il était (mesure à deux temps), cette mesure s'imprime dans mon oreille. Cette impression se corrobore par la seconde mesure qui suit, plein d'esprit^ laquelle se
Principes, p. 368.
208 LA PBRIODK TKlfPORBLLB.
prononce naturellement de la mênie façon ; en même temps j'ai dans Toreille la durée que doit avoir le pied entier. C'est alors que survient le troisième pied qui n'a quedeux syllabes, déjà entraîné à une coupure uniforme du temps; celte mesure contenant quatre croches, une sur de et trois sur sens^ le mot sens aura ainsi une noire pointée. J'arrive enfin au quatrième pied et de raison qui contient quatre syllabes, je lui donne toujours la même durée, quoique ici le nombre de syllabes soit le double de jcelui des syllabes du pied précédent, et en même temps j'y trouve la mesure à dix-huit qui se ramène à la mesure à deux temps et qui permet de prononcer trois syllabes dans la même durée que celle pendant laquelle on prononce deux syllabes dans la mesure à deux temps ' o.
Le vers
Il était plein d'esprit, de sens et de raison
se scande donc, selon de la Grasserie :
Il ajoute : « La versification française emploie donc, en réalité, dans les pieds qui composent le même vers une complète isochronie, et les mesures qui se suivent sont ramenées indistinctement au système de la première. Dans ce but, les syllabes atones mêmes et les toniques sont prononcées tantôt plus vite, tantôt moins, leur durée est élastique, le cadre et les divisions du temps restent invariables*. »
Il s'ensuit, si de la Grasserie est logique, que les vers dont la première période contient deux syllabes sont à
* Principes, p. 373-4.
* Ibid,, p. 374.
LA PËRIOOË TEMPORELLE. 209
deux temps, et ceux dont la première période contient • trois syllabes à trois temps, etc..
De la Grasserie dit, cependant, s'accorder avec Becq de Fouquières, sauf sur a deux points importants ^ ». Après avoir donné un compte rendu des théories de ce dernier il ajoute ^ : « Ce qui revient à dire que, lorsque la mesure est remplie par un plus grand nombre de syllabes, les atones conservent la même durée, tandis que la tonique s'abrège.
« Nous croyons que c'est Tinverse, qu'au contraire, la tonique a toujours la même durée et que ce sont les atones qui se précipitent et qui, par conséquent, sont représentées alors chacune par une double croche ou une triple croche. »
Il apporte à cette théorie la modification suivante : u Cependant ces deux pieds conservent une certaine subordination entre eux, quoique Becq de Fouquières calcule autrement, la première tonique est considérablement atténuée et la seconde gagne ce qui est perdu par la première. . .
Oui je viens | dans son temple || adorer | l'Éternel ||
« Ce qui est perdu en durée par le mot viens est reporté sur le mol temple^ la durée du mot temple est même atténuée à son tour au profit de celle du mot Eternel qui à la fin du vers amène une plus grande insistance avant le repos^. »
* Principes, p. 378.
* Ibid., p. 379 : — A propos surtout, il est vrai, de la scansion de l'alexandrin dit romantique de Becq.
3 Ibid., p. 370. Gp. Saran, op. cit., p. 417 :
« Dabel ist festzuhalten, dass das Glied am Reihcnschiuss meisl noch liber das Gipfelglied des andorn Bundes dominiert. Die Bùnde haben also untereinander fast immer das Verhâllnis schwer : schwerer. »
210 I.A l'ËRIODB TEMPORELLE.
Tout cela n'est qu'esquiver les difficultés. D'explication, il n'y en a point. Il n'était point difficile pour Becq de Fouquièrcs et de la Grasserie d'établir un rapport entre Tarsis et la tliésis, une fois toutes les difficultés ainsi écarlées par un emploi judicieux, mérne trop, de VAti/Iosung (il Au prolongement.
Les vues des niétriciens anglais orthodoxes sontdune simplicité vraiment trop suspecle. « Un pied dissyllabique avec ryllime ascendant est appelé un iambe... Si le rythme est descendant on l'appelle un trochée, comme dans le vers:
Art thon wcary, art thon languid...
«... Lorsque les accents sont séparés par deux syllabes, le rythme est trisyllabique, soit ascendant. . . ou descendant* », anapeslique ou daclylique. Nous avons ensuite tout l'appareil de Y interchange of feet, c'est-àdire de la substitution d'un trochée, d'un anapeste ou d'un dactyle pour un iambe, d'un iambe ou d'un dactyle pour un trochée, etc. 2, sans parler du slurring de syllabes superflues^, comme dans les vers suivants de Meredith :
» Mayor, op. cit., p. '1.
* Ibid , p. 65.
3 Ibid., p. fil :
« A superfluous j'yllabk» lias lo be slurred » dans les pîeds soulignés.
Il serait difficile d'égaler l'explication suivante de Mayor (p. 62) ; a Trocliaic, varied by the intermixture of dactyls, is found in Boadicea, which is mainly eighl-foot trochaic, sometimes complète, but usually truncated, with one or more dactyls in the last three feet :
While a | bout the | shore of | Mona || those Ne | ronian | iegiona
I ries Girt by | half the | tribes of | Britain, || near the \ colony | Camulo
duncA
Circleting the | surface to meet his mirrored winglets. . . Wayward as the | swallow over | head at | set | of | sun A | ... Hard, but the \ glory of the \ winning | were she | won A 1 ...
Mayor cite (p. 83) des vers de Swinburne, qu'il dit être « une imitation de TAsclépiade majeur employé par Horace ». Quoi qu'il en soit du mètre latin, l'explication du mètre de Swinburne n'est pas celle donnée par Mayor. Les deux vers se scandent évidemment ainsi :
Love I whal ailed | Ihee to leave | life | that | was raade | love | ly we
[thought I with love ?
Whal I sweet vis | ions of sleep | lured | tliee away | down from the
[light I above ?
Chaque vers est partagé en huit périodes égales, avec l'ictus sur la dernière syllabe de chaque période. Le mètre est strictement syllabique: seulement le nombre de syllabes dans chaque période varie selon un schéma défini et régulier.
Mayor participe à l'erreur d'Omond. Il dit* : « Pour s'assurer du mètre d'un vers, il faut considérer le mouvement général de la pièce »...
Il prend ^ le vers de Scott :
March, March, Ettrick and Teviotdale
Hear it, | gods ! the | gods hâve | heard il, || O I | cenian, | Corit
I anian
Bloodily, | bloodily | fall the | batlle-axe, || unex | hausled, in | exora
I ble.
etc.
Cp., p. 46 :
« Christabel is an irregular poem in which anapaeslic and iambic
are freely mixed », comme si un iambe et un anapeste était d'un
mouvement identique.
* Mayor, op, cit., p. 48.
March, march, Ettrick and Teviotdale,
Why the deil dinna ye march forward in order ?
Corne from the hills whcre your hirsels are grazing. Corne from the glen of the buck and the roe. . .
âl2 LA PËUIODB TEMPORELLE.
et il prétend que « les monosyllabes marché march, représentent des dactyles, et que Teviotdale doit être '' slurred '* aOn d'être '• eompressed into" un trisyllabe (forcé dans le moule d'un trisyllabe).
On se demande pourquoi? Car si le mètre est purement accentue/ (c'est la thèse de Mayor), on ne voit pas trop :
(1) Comment une syllabe peut représenter ou un iambe, ou un trochée, ou un dactyle, ou un anapeste, à moins d'être prononcée par deux ou trois ondes successives ?
(2) Ce que *' compress " quatre syllabes en trois veut dire? Ce mot veut probablement dire que les syllabes doivent être '* slurred " afin de ne pas produire l'effet de quatre mais de trois orides syllabiques.
Mayor cite (p. 51) un vers de Browning :
Neck by neck, stride by stride, never changing our place, . . .
et un de Shelley :
Stand rigid with horror; a loud long hoarse cry. . .
qu'il qualifie d'anapestiques. Il ajoute que ces vers sont des exemples de « l'àpreté que produit dans un vers à mouvement anapeslique, Tintroduclion dans la thésis d'une syllabe fortement accentuée » comme neck » stride'^ j long, hoarse.
La division en périodes est bien celle donnée par Mayor, mais la raison de la discordance de ces vers est :
(1) pour le vers de Browning, que le manque de correspondance du mètre avec le rythme est tel que bien que les deux premières périodes correspondent aux
* « The harshness which often characlerises the anapaestic rhythm, when slrong acconted syllables such as neck and stride are put into tho iinaccentcd pari of Ihe fool. ^
LA PÉRIODU TEMPORELLE. 213
groupes logiques (grammaticaux), les trois premières contiennent à leur intérieur un accent principal de groupe accentuel.
I Neck by iieck | siride by stride | never chan | ging our place
(2) Pour levers de Shelley, qu'à un phénomène pareil s'ajoute le fait que la dernière période est (selon le rythme) trop longue ; ainsi si on lit le vers selon le mètre le rythme est faussé et le sens du vers ne ressort plus, et si on le lit selon le rythme, le mètre disparaît.
Le vers de Browning est donc passable, celui de Shelley mauvais.
Tous les elforts pour distinguer les mètres français et anglais, d'après :
(i) La durée relative des périodes;
(2) Le rapport dans chaque période de l'arsis avec la thésis, ont donc échoué.
La véritable distinction, tant en anglais qu'en français, est donc, non celle qu'on a tenté d'établir à l'instar de la musique entre les mètres à deux et ceux à trois temps, ni même celle entre les mètres iambiques, trochaïques, daclyliques, anapestiques, etc., à la grecque, mais celle entre le syllabisme et le non-syllabisme (Bridges fait la distinction entre les mètres syllabiques et accentuels)^ doublée de celle entre le groupement îïiétrique et le groupement rythmique. La rime peut servir pour marquer l'un ou l'autre de ces groupements. Le mètre syllabique comporte une certaine variété dans la disposition et la durée des syllabes et des pauses. Le mètre non syllabique admet une variété presque illimitée.
Note, — Il reste un point à considérer. La rapidité du débit peut-elle être variée dans le cours du même
214 LA PÉIilODB TKMPORBLLB.
passage de poésie? Je n'y vois pas d'inconvénient. Seulemenl il faut observer certaines restrictions :
{{) Dans le cas d'un poème avec groupement métrique, le changement affectera toute une unité métrique, c'est-à-dire un vers entier, ou plusieurs unités, c'est-àdire plusieurs vers — il ne devra pds altérer la durée relative des périodes ou des parties de périodes dans chaque unité.
(2) Dans le cas d'un poème avec groupement rythmique, le changen>ent affectera toute une laisse rythmique.
Il faut pourtant remarquer que le cas se présente très rarement, et sera, je pense, évité par un poète de premier ordre, l'emploi de l'élément de pause suffisant largement pour produire l'effet voulu, surtout dans le cas d'un mètre non syllabique.
Par exemple :
Le vers :
By came a blackbird and nipp't off her nose
a la même durée, période par période^ que le vers :
The King was in his counling houso, counling oui his money.
L'effet de lenteur est produit non par un ralentissement du débit, mais par un plus grand emploi de la pause. Le poète remplit moins ses périodes de syllabes. Le vers est ainsi, syllabe par syllabe, plus lent, si Ton tient compte de tout le temps dvi vers, y compris les pauses.
Dans un vers syllabique, l'effet de lenteur est produit par la méthode inverse. Dans ce cas, Toreille ne tient pas autant compte des pauses que dans un vers non-syllabique ; il faut ainsi remplir toutes les périodes de syllabes pour produire une apparence de ralentissement du débit. Le nombre de syllabes restant toujours le même, le vers est, syllabe par syllabe, plus lent.