VUI AVANT-PROPOS
mieux démontrer en quoi consiste l'originalité de la mienne.
On ne trouvera pas de bibliographie. La liste des livres qui ont influé plus ou moins consciemment sur ma conception de la versification, soit française, soit anglaise, serait sans intérêt général. Il est vrai qu'une bibliographie complète de la versification française et de la versification anglaise est fort à désirer. Mais dans une bibliographie qui aurait rapport au sujet de cette thèse, il ne pourrait être fait mention ni des mémoires relatifs à l'origine et à l'évolution, pendant le moyen-âge, des mètres français et anglais, ni de cette catégorie d'ouvrages dans lesquels il ne s'agit pas de développer des théories mais d'accumuler des faits et qui comprendrait, par exemple, pour ce qui concerne la versification française, le mémoire détaillé de Thieme * et l'histoire générale de Kaslner*.
J'ai pensé qu'une bibliographie si incomplète n'aurait pas d'utilité.
* H. P. Thieme : The Technique of the French Àlexandrine, Ann Arbor, 1897.
* L.-E. Kastner : À Bisiory of French Versification, Oxford, 1903.
Le but (le ce travail est Tapplication d'une théorie générale de la versification et d'une théorie spéciale du mèlre à l'étude comparée de la versification française et de la versification anglaise et à Télucidation par cette méthode de divers problèmes relatifs aux mètres principaux des deux langues, Va/exandrin et le blank verse.
Les considérations contenues dans la première partie de cette étude, intitulée L*Accent et la Quantité, sont des prolégomènes. La phonétique seule peut fournir les données que j'y résume. N'ayant pas la prétention d'écrire une étude phonétique, je me contente de considérer comme convenus les résultats des recherches de mes devanciers. Je leur emprunte ce qui esl nécessaire aux démonstrations qui suivent. C'est ainsi que j'accepte, en particulier, la théorie de Fredrik Wulff, d'après laquelle la quantité des syllabes en français et en anglais dépend de leur relief dans la phrase, dit accent.
Ma tâche, dans cette première partie, a été de coordonner les données éparses dans un nombre considé-
rable de mémoires et de livres, de les contrôler el parfois de modifier quelques-unes d'entre elles.
Celte étude comprend donc deux parties essentielles :
a) La seconde, intitulée Le Rythme et le Mètre, ou des rapports entre fé/ément psychique et Vêlement métrique dans la constitution du vers.
Cette distinction, comme on verra, n'est pas entièrement nouvelle. Ce que je prétends apporter de nouveau sous ce rapport, dans la solution de tous les problèmes de la versification, c'est l'application rigoureuse du principe de l'inviolabilité absolue de Télément psychique comme de l'élément métrique.
b) La troisième partie, inlitulée La Période temporelle et ses éléments constitutifs, où j'applique aux divers problèmes de la versification, outre la conception générale dont il vient d'être question, l'idée plus spécialement métrique que Ton ne doit pas scander les vers par syllabes, de quelque manière que ce soit, mais par groupes de syllabes.
Ce principe n'est pas non plus complètement nouveau. Seulement il n'a pas été appliqué avec la rigueur logique qui convenait. Il eût fallu, pour l'appliquer d'une manière féconde, tenir compte des rapports entre l'élément psychique et l'élément métrique qui font également l'objet de ce travail. La combinaison des deux principes appli(|ués jusqu'ici isolément constitue un des caractères et une des raisons d'être de cette thèse.
L'ordre de mon étude est plutôt logique qu'historique. J'ai disposé mes matériaux en vue du développement raisonné d'une théorie générale avec ses applications particulières. Partout où je 1 ai cru utile, j'ai critiqué,
en passant, les opinions de mes devanciers. Souvent même, après une très brève exposition synthétique de mes propres théories, j'en ai poursuivi Téhicidation en critiquant des théories opposées aux anciennes.
Le système métrique anglais aussi bien que le système français sont temporels. Il n'y a pas de différence essentielle entre le système latin et grec et le système moderne. Opposer le mètre temporel (ou quantitatif) des anciens au mètre accentuel anglais ou au mètre syllabique français est une erreur des puis fâcheuses.
Tobler prétend que « dans les vers français, on doit tenir compte seulement du nombre et, dans certains cas, de l'accentuation des syllabes, mais nullement de leur quantité*». Il affirme que « la longueur de la voyelle et non moins la longueur de temps qu'exige la prononciation de la syllabe dans son entier sont donc absolument indifférentes. . . pour la mesure du vers- ». Il tire la conclusion qu'il y a « une différence fondamentale entre la versification française et la versification latine de la poésie littéraire du temps d'Auguste^». C'està-dire qu'il refuse au mètre français la qualification de temporel ; dans un autre endroit*, il semble lui refuser également la qualification d'accentuel. Ce point de vue est exprimé avec la plus grande netteté dans un manuel anglais de versification française, le plus connu avant
' Le Vers français, 2' éd., p. I.
* Ibid., p. 2.
3 Ibid., p. 2.
* Ibid., p.
la publication du livre de Kastner : w La versification française n'est pas quantitative* », aflirmalion catégorique suivie plus loin de l'affirmation non moins catégorique : « Les vers français ne sont pas accentuels'^».
Dans son Rhythmus des franzosischen Verses, le dernier livr<* paru sur la versification française, F. Saran distingue trois sortes de mètres, temporel, accentuel et alternant. Selon lui, dans le mètre temporel, c'est la quantité des syllabes qui marque le mètre et indique la confection des vers ; dans le mètre accentuel, au contraire, c'est V accent yrammalical^.
Par les mots « marque le mètre » {das Metrum auszupragen), etc., Saran laisse deviner qu'il comprend que la Ifuantité et l'accent ne sont que les moyens par lesquels le mètre est marqué, c'est-à-dire par lesquels l'ictus du mètre s'extériorise, et que le mètre existe indépendamment d'eux. Il semble réserver le nom d'accentuel au seul cas où le mètre est marqué par \ accent grammatical sans tenir compte de Vaccent éthique (ou oratoire).
Par mètre allernant Saran veut dire, comme il paraît malgré maintes inconséquences, un mètre accentuel où le syllabisme est strictement observé et où le mètre est marqué ou par l'accent grammatical ou par l'accent
* Gossol : Manual of French Prosody, Londres, 1884, p. 1.
« Ibid., p. 4.
3 Franz Saran : Der Rhythnms des franzôsischen Verses, Halle, 1904, p. 2.
« Die Anlike arbeilelo l)ekannllich Metrum und Sprache so in einander, dass die Quanlital der Siiben (ricluiger : ihre Dchnbarkeit) das Mittel vvurdc, das Meirnm auszupragen und dadurch die Oliederung des Verses anzudeulen. In den germanischen Diclitungen leislel dasseibe von je her der (grammalische) Sprachaccent, da in Germanischen die rhythmischen und accenluellen Gruppen des Verses zusanimenfalien inùssen. »
éthique. « Sa nature essentielle est que ni la longueur (les syllabes ni l'accent (grammatical) des mots ne sont respectés ; au contraire, Tarsis et la tliésis, fixées rigoureusement à une syllabe, alternent régulièrement ^ »
Pour R. de la Grasserie, dans ses Principes Scientifiques de la Versification Française, le mètre temporel des anciens et le mètre accenluel des modernes ne font qu'un. Le vers allemand aussi bien que le vers latin ont un mètre temporel, soit syllabique ou non. Il semble avoir compris, lui aussi, que Taccent et la quantité, en tant qu'éléments métriques, ne sont que Texlériorisation de l'ictus qui bat le temps d'un mètre indépendant. On conclut d'une page très confuse et où les contradictions fourmillent 2, que le vers français entre dans la même catégorie, Kaccentuelle. « Le système
* Franz Saran : Der Rhyihmus de» franzôsischen Verses, Halle, lîM)'i, p. 2 :
« Ihr Wcsen ist, dass in den Versen vveder die Silbenquanlitat norh der (grammatische) Wortacceni beachlol werden, dafûr aber Hebung und 8enkung, slreng einsilbig gehalten, regolmassig mit einander abwecliseln. »
- Raoul de la Grasserie : Principes Scientifiques de la Versification Française, Paris, 1900. Cp. avec la citation de la p. k^i le paragraphe suivant (p. 41 -V2) :
« Le troisième système est le vers syllabique ; il y a bien égalité temporale entre les hémistiches quand le nombre de syllabes est égal dans chacun ; dans le cas coniraire. c'est une question que nous aurons à examiner. Mais entre les parties d'un hémistiche, on semble ne compter que le nombre des syllabes. Ce système se complète par la sonorité, soit allitération, soit assonance. Le système est celui de beaucoup de langues, en particulier des langues romanes et du français. Le temps du vers est mesuré, l'hémistiche est souvent égal à l'hémistiche, non toujours, au moins en apparence ; mais celui-ci n'a pas de division en pieds, c'est-à-dire en groupes de syllabes pourvus d'arsis et de Ihésis, La division en vers et celle en hémistiches sont seules bien marquées, la première par l'accent tonique et la sonorité, la seconde seulement par l'accent tonique. En dehors il n'existe que le comput des syllabes; chaque hémistiche doit en contenir un nombre égal. »
français est. . . prnncipaleînent syllabique, mais il est aussi accenluel, et comme l'accent français se réalise par une augmentation de quantité, indirectement quantitatif, c'est-à-dire, en définitive temporal (l'orthographe est celle de de la Grasserie). . . Il possède, comme toute la versification temporale, un temps fort et un temps faible^ le premier recevant un ictus ; ce temps fort est presque toujours placé à la fin du pied *. »
Quant aux métriciens orthodoxes anglais, Mayor dit tout nettement, et c'est tout ce qu'il dit : « Les vers anglais se distinguent de la prose anglaise par le retour régulier de l'intonation forte ou l'accent tonique^. » C'est l'opinion consacrée des métriciens orthodoxes.
Je soutiens, avec de la Grasserie, que la métrique française et la métrique anglaise se basent sur un seul et même principe, la mesure d'intervalles isochrones de temps. Je suis d'avis que le mètre de l'alexandrin français comme celui du blank verse anglais sont temporels, avec des restes de syllabisme dans les deux cas, dont le vers anglais comme le français ont pu se débarrasser, celui-là en remontant vers la liberté du vers anglo-saxon, comme dans une grande partie des vers dit trisyllabes (dactyliques, anapestiques), et celui-ci dans beaucoup de vers dits libres. Il est vrai, cependant, comme le dit de la Grasserie, que « s'il y a dans le rythme temporel lui-même un maximum de syllabes, il y a aussi un minimum ^ ».
Il y a pourtant des dilférences assez importantes entre le système métrique des anciens, du moins présenté dans sa forme orthodoxe, et celui des modernes.
* Raoul de la Grasserie : Principes Scientifiques de la Versification Française, p. 41.
' J.-H. Mayor : A Handbook of Modem English Mètre, Cambridge,
3 De la Grasserie, op. cit., p. 41.
y INTRODUCTION. 7
1 . La différence la plus frappante entre le vers temporel des anciens et le vers également temporel des modernes est celle entrevue par Saran et de laGrasserie, c'est-à-dire le rôle joué dans celui-là par la syllabe longue et dans celui-ci par la syllabe forte pour marquer rictus.
2. Il y en a une autre, non moins importante, c'est que si les syllabes latines et grecques avaient une valeur temporelle fixe, la quantité des syllabes françaises et anglaises varie selon leur position et leurs rapports accentuels.
3. La troisième différence est l'importance plus marquée (le la pause comme élément mélri<|ue dans les vers modernes.
4. Une plus grande liberté A' équivalence se fait voir dans les langues modernes que dans les langues anciennes. Une longue peut être remplacée par une, deux ou trois et en français même par quatre brèves.
5. Tandis que les mètres latins et grecs se groupent selon la divisibilité de leurs pieds en égaux et inégaux, les mètres modernes, qui ne connaissent pas cette distinction, se groupent en syllabiques et non syllabiques.
F. Wulff a tàcbé de développer une théorie générale de métrique. Son livre* Om Vàrsbildning est peutêtre la contribution la plus instructive qui ait été faite à l'étude de cette question. Il a très bien compris que la quantité dépend du relief relatif (framhavande) des syllabes ; il a admis Timportance, sous quelques rapports, de la pause ; il a vu (|ue c'est le temps qui est mesuré dans tous les systèmes métriques et que la syllabe longue ou la syllabe forte ne servent qu'à mar-
» Fredrik Wulff: Om Vàrsbildning, Lund, 18%.
quer l'ictus. Mais, bien qu'il dise que « tout le monde est d.'accord qu'il ne faut lire machinalement ni la prose ni les vers* », il n'échappe du reproche de ne pas respecter suflisanimenl \ accentuation dynamique de la phrase que pour retomber dans celle de négliger les exigences du mètrcj^ Je regarde comme convenu que le mètre ne doit pas fausser la prononciation naturelle de la phrase. Je suis même persuadé qu'il n'a aucune influence sur elle. Wulff est du même avis pour ce qui regarde la disposition des accents; il semble l'écarter à l'endroit de la césure et de la pause finale. Seule une prononciation soignée mais naturelle, c'est-à-dire qui tire de la phrase sa signification exacte dans toutes ses nuances, peut faire pleinement ressortir le mètre. Un vers qui ne remplit pas cette condition est tout simplement un mauvais vers. Ne pas comprendre cette loi fondamentale c'est confondre le mètre avec une chose très différente, le rythme.
Coventry Patmore a très bien compris cette condition primordiale de la versification. Son Essay on English Afetricai Law-, paru en 1856, reste, malgré les livres plus récents de Lanier et d'Omond, la plus féconde contribution à la métrique anglaise. Déparé par quelques erreurs bizarres^, cet Essay n'en est pas moins, pour ce qui concerne les principes fondamentaux, plus brillant et plus profond que l'exposé soigné et détaillé
1 Fredrik Wuitr : La Rythmicité de r Alexandrin Français, Lund, 1900, p. 9. Cp., p. 11 :
« Le mouvement exigé par la donnée rythmique, par le schéma d'un vers, n'influence... aucunement la phrase. »
Voir plus loin II (2) La théorie qtiantitative de Wulff.
3 Je cite l'éd. de 1886, Londres.
5 II partage à peu près les erreurs de Wulff, surtout à l'égard de la césure et de la pause finale.
deLanier* el l'étude assez négligée, malgré des traits de génie, de son successeur Omond^.
Quelques citations de VEssay permettront de se rendre compte de l'opinion de Patmore : « Il n'y a jamais deux façons également bonnes de lire une phrase, bien qu'il puisse y en avoir une demi-douzaine de Técrire. Si une seule phrase peut être lue de plus d'une façon, c'est qu'elle peut avoir plus d'un sens. aShall youwalk oui today? est une question (|ui peut être demandée avec autant d'accents et de tons variés qu'elle renferme de mots ; mais chaque intonation différente entraîne un sens nouveau.^ »... « A ceux qui croient que les vers sont fondés sur la mesure, il suffira d'indiquer le fait qu'il n'y a pas de distinction nécessaire entre la lecture correcte de la prose et celle des vers, comme il y en aurait si la division fondamentale d'un vers en un certain nombre de pieds ou de mesures était artificielle. Ainsi l'effet métrique voulu d'un passage de prose tel que Her ways are fvays of p/easaniness, and ail her paths are peace, qui est un vers iambique tétramétrique brachycatalectique (la ternn'nologie est de C. P.) délicieusement cadencé, est complètement rendu par la lecture ordinaire*. »... « Chaque changement dans la
* Sidney Lanier : The Scieme of English Verse, New- York, 1880. '^ A Study of Mètre, Londres, 1903.
^ Patmore, op. cit., p. 225 :
« Shallyou walk ont today is a question which may be asked, with as many variations of stress and tone as thore are words in it ; but every variation involves a variation of meaning. w
* Ihid., p. 226 :
« To those who bclieve ttiat verse is itself founded on nieasure, it \\\\\ be suflicient to point ont Ihe fact, that i\wve is no necessary distinction beteveen the right reading of prose and that of verse, as there would be were the primary degree of measure, whereby a verse is divisible inlo a certain number of *' feet" and '* bars " artiticial.
iO INTRODUCTION.
position de là pause grammaticale, chaque altération du rythme; iamhique strict et monotone doivent être motivés ou non parle sens (il s'agit du h\dnk\'evi>v). Une fe//e allération rend Vémotion aussi sûrement que les mots rendent ia pensée; et (|uand les changements ne sont pas ainsi justifiés par le sens, l'effet de la variété ainsi obtenue choque plus un jugement éclairé que la monotonie qu'on se proposait d'écarter ^ »
Liddell a nettement fornmlé la même condition. « La disposition des syllabes accentuées fait partie intégrale d'une idée anglaise exprimée; et il n*est pas possible au poète de la modifier à seule fin d'obtenir des arrangements agréables. Le moindre changement dans leur disposition normale entraîne un changement <lans l'idée elle-même, et l'altération devient immédiatement sensible*. .. Si le poète viole cette drsposition normale des accents pour obtenir TefTet métrique voulu, son vers lui fait dire ce qu'il ne veut pas dire, et le fait qu'il ne
Tluis, on niot'ling in prose with such a passaj;e as " Hor ways are ways of pleasantnessjtnd al! lier paths are peaee ", wieh is an exqiiisitely cadenccd " canibic tetrameter brachycalaleclic ", \ve give tlie enlire melrical elTecl in Ihe ordinary reading. »
* Patmore : op. cit., p. 266 :
« Every alleralion of the position of the grammalieal panse, every déviation from the slricl and dull iainbic rliythm, niust he either sensé or nonsense. Such change is as real a mode of expressing émotion as uords themselves are of expressing thoughts; and when ihe nieans exisl wilhoul référence to their proper ends, the effeci of the " variety " Ihereby obtained, is more offensive lo a right judgnient Ihem the dullness which is supposed lo be avoided. »
« Mark II. Liddell : An Introduction to the Scienti/ic Study of English Poetry, London, 1902, p. 69 :
« The stress relations of ils varions parts are aiso an intégral part of an English idea : and il is not possible for the poel to disturb Ihese in order lo obtain pleasing arrangements. The leasl altération of their normal incidence involves an altération of the idea ilself, and the change is immediately palpable. »
possède pas son métier devient apparente »... « La condition que la nécessité de la forme métrique ne doit en aucune façon dénaturer fexpressio7i claire de la pensée dans une langue simple et souple est, par conséquent, Tune des plus importantes pour la poésie -. »
* Mark H. Liddell : op. cit., p. 70.
« If Ihe poel violâtes thèse normal stress relations for Ihe sake of his rhylhra, his verse makes hira say whal lie does nol meam to say, and Ihe fact Ihat he is not master of his crafl becomes apparent. »
' Ibid., p. 70 :
« The limitation that the imposition of the verse form must in no iray interfère with the clear formulation of the thought in a simple and effective idiom is, therefore, anlher cardinal limilalion for poetry. »
L'Accent et la Quantité.
CONSIOKRATIONS GKNÉRALES — RAPPORTS ENTRE l/ ACCENT ET LA QUANTITÉ — LA QUANTITÉ
Qu'est-ce que ïacce?it ? La prononciation fait ressortir certaines syllabes d'une phrase, leur donne un relief spécial. Ces syllabes sont les syllabes accentuées. L'accent est é<|uivalent à l'importance psychologique. Les syllabes qui ont le plus de relief psychologique sont les plus accentuées.
C'est ce que Saran a très bien senti. Il s'est exprimé ainsi * : « Dans la métrique aussi bien que dans la science de Taccentuation on commet la faule de dire simplement force (Slarke) au lieu de pesanteur (Schwere). Ce n'est autre chose qu'une préférence injustifiée au point de vue
^ Saran : op. cit., p. 291 :
Wie in der Rvlhmîk macht man auch in (1er Accentlelire den Fehier, slatt von « Scliwere » sclilochlhin von « Slârkc » zu reden. Daa isl nichls anderes als eino ungcrochlferUgte Hevorzugung des ph>siologischen Standpunktes vor deui psycliologischen und des subjekliven vor dein objekliven. x>
i4 l'accent et la QUANTÏTK.
physiologique sur le point de vue psychologique et du subjectif sur l'objeclif )),et plus loin* : « Si Ton entend des mots comme père, trouve ou bien des groupes de mots comme 6eau temps, syllabes fortes, Taudileur impartial s'aperçoit que dans ceux-là les voyelles è et ou ressortent plus que les autres. De même dans ceuxci em plus que eau^ or plus que a: è, ou sont comme les points culminants des mois, em et or comme ceux des groupes de mots. Pour expliquer ce fait, on dit couramment que chaque voyelle culminante est plus forte que les sons voisins ; de même les points culmi-
1 Saran : op. cit , p. 292. Le texte allemand du paragraphe entier est le suivant :
« Hort man Worte wie père, trouve oder Wortgruppen wie beau temps, syllabes fortes so bemerkt auch der naive Horer dass injenen die Laute e und ou iibor die andern gleichsam hervorragen. Ebenso in diesen em ûber eau, und or ùber a: è^ ou werden als die Worle, ew und or als die Gruppengipfol empfunden. Uni dièse Tatsache zu erkiâren, pflegl man zu sagon : jene (iipfelvokale sind « slârker » als die umgebenden Laute, ebenso die Gruppengipfel stftrker als die Wortgipfel derselben Verbindung. Aber es ist rair sehr zweifelhafl, ob seibst der Grammatiker das was er damil behauptet, immer wirkiich hnrt. Unser Ohr fasst, wie die experimenlelle Psychologie nachgewiesen hat, Stârkeverschiedenheit schlecht auf,es ist dagegen âusserst empfindiich fur Unlerschiede der Dauer und Qualitat. Wiihrend es sebst ganz kleine Quantitàts- und besonders Qualilâlsunterschiede auf'sdeutlichste wahrnimmt, bemerkt es Intensilâten >veil weniger. Der Phonetiker wird die fur die oben zitierten Beispiele behaupteten Stârkeunlerschiede horen : der Ungeûbte schwerlich. Denn dieselben sind ziemlich gering. Der Ungeûbte und Laie bemerkt nur eine verschiedene Bedeulsamkeit, eine grossere oder geringere psychische Wirkung. Dass Intensitatsverschiedenheiten in Betracht kommen, bemerkt er gewiss nicht. Er nimmt das nur an, weil er aus subjektiver Beobachlung, aus seinem Muskelgefiihl weiss, dass Laute und Silben henorlrelen, wenn man sie « stark », d. h. mit krâftiger Ausatmung spricht. Bezeichnet er also die Silben-, Wort-, Gruppengipfel aïs schlechtiiln die « stârksten » Telle, dann liefert er nicht eine genaue Beschreibung dessen, was er bemerkt, sondern er supponiert eine Erklàrung. Er giebt eine physiologisch-motorische Hypothèse slatt einer akustischen Beobachtung. »
l'accknt et la quantité. 45
nants des groupes de mois sont plus forts que les points culminants des mots de ces mêmes groupes. Mais je ne suis pas du tout sûr si le grammairien lui-même entend vraiment ce qu'il prétend ainsi entendre. Notre oreille se rend compte difficilement, d'après les données de la psychologie expérimentale, des différences de force, tandis qu'elle est très sensible aux différences de durée et de qualité. . . Le plionélicien entendra vraiment les différences de force dont il était (piestion ci-dessus : l'oreille inexpérimentée ne s'en rendra guère compte. Car elles sont assez légères. L'oreille inexpérimentée remarque seulement une variation à' importance , un plus ou moins grand relief psychique. . . Si l'on qualifie donc les points culminants des syllabes, des mots, des groupes de mots tout simplement de plus forts, on se laisse aller à une explication du phénomène, on n'en enregistre pas Veffet. On substitue à l'observation acoustique une hypothèse physiologique-motrice. »
Liddell est du même avis. « Il vaut nneux choisir un passage de prose afin de ne pas compliquer notre argument d'éléments étrangers. Supposons que nous considérions une courte phrase prise au hasard dans Ruskin :
« But ichat, then, is the message to us ofour own poet atid searcher of hearts after fifteen hundred years of Christian faith hâve been numbered over the graves of men ?
« (L'auteur vient de parler de Tinfluence d'Homère et va commencer à discuter celle de Shakespeare.)
« Pendant (|ue cette idée traverse un cerveau anglais, il y a divers points sur lesquels l'attention est arrêtée; il y en a d'autres sur lesquels on passe rapidement et plus ou moins consciemment*. »
* Liddell, op. cit., p. 18'i :
« We had beUer sélect a prose furm of expression so as nol io be
16 l'accent et la quantité.
Liddell préfère le terme Mttention-siress au terme accent, comme se prèlant moins à Tambiguïté. Tandis que Saran se place au point de vue de Tauditeur, Liddell se place au point de vue de celui qui parle. Lui aussi conseille d'éviter de confondre « un phénomène physique avec l'opération mentale qui en est la cause », car, dit-il, « cette force de concentration (attention-stress) par sa nature n'est pas physique mais mentale, et elle peut exister et opérer dans la pensée sans qu'un mot soit prononcé ou une seule lettre écrite^ w.
Il y a ainsi dans chaque phrase certaines syllabes plus importantes que les autres et qui frappent davantage l'esprit de celui qui entend. On s'est livré à d'interminables théories. Tune plus confuse que l'autre, sur la nature de l'accent, sur ce que Liddell appelle les concomitants physiques de l'emphase, La question n'est pas d'une extrême importance. Il suffit que ces syllabes ressortent, quelle que soit la cause physiologique du relief qu'elles ont. Je définis donc l'accent comme le relief psychologique. Je pense que la seule théorie soutenable des concomitants physiques de ce relief esl celle qui affirme que les syllabes accentuées sont plus intenses et plus longues que les autres et que l'intensité
confused wilh exlraneous éléments. Suppose we take a brief sentence selected al randoni from Riiskin : — " But what then is the message lo us of our own poel and searcher of heart after fifleeii hundred years of Christian fait h hâve been numbeied over the graves of men. (The wriler has been speaking of tlie influence of Homer and turns to discuss that of Shakespear). As this thought passes through an Kngiish mind, thcrc are various points in ils course on which attention is concentraled ; there are other points Avhich are passed over hurriediv and more or less unconsciouslv. »
' Liddell, op. cit., p. 200 :
a For this attention stress is in ils nature not physical, but mental., and may exist and operate* in the mind's thinking without the utterance of a single word or the wriling of a single letter. »
L ACCBNT BT LA QUANTITÉ. 47
et la longueur (on peut écarter Tintensilé) d'une syllabe sont en raison directe de son relief*.
Wulff est de cet avis. Il écarte comme moi Télément tonique, pour ne retenir que la force (rintensité) et la quantité *. Il trouve que « l'accentuation dynamique de la phrase (française) est seule génératrice des longues et des brèves constitutives, en vers non moins qu'en prose. La longueur intentionnelle d'une syllabe lui venant directement d'un accent dynamique — celui-là soit logique, soit purement rythmisant, soit analogique — je suis d'avis qu'il n'y a pas le moindre inconvénient, ici, à employer partout long et fort comme synonymes, et bi^ef et faible de même ^ ».
Il explique son opinion sur les rapports eptre l'accent et la quantité dans son livre suédois Om Vàrsbildning dont je vais résumer par des citations les idées principales à cet égard. « C'est un fait important, que la durée des syllabes accentuées dépend de leur degré de relief accentuel, c'est-à-dire que celles qui ont le même degré d'accentuation ont en même temps la même durée
* Pour ce qui concerne le ton, voir plus loin, p. 52, noie.
' Wulff, Om Vàrsbiidning, p. 38. 11 est vrai qu'il parle du suédoù, où « den melodiska sidan av akcenlen » est très marqué. Saran (p. 205) lui prèle l'opinion que l'accent français (cl même germanique) est tonique et marque l'élément de force : « Àuch der Germane (je souligne), noch mehr der Franzose erkenne die Hauplsilbe nichl, weil sie slark sei, sondern weil Tonerhôhung (oder doch eine auffallende Tonveranderung) darauf statt flnde. » Il est vrai qu'il se base sur Wulff: Von der Rolle des Akzenles in der Versbildung. Scand. Archiv. 1891-2. L'explication se trouve peut-être dans un passage de Wulff : Rythmicité, p. 4.
3 Wulff: Rythmicité Àc, p. 9. Gp. Om Vàrsbildning, p. 128 (4) (5):
« Satsens dynamiska akcentuering, vare sig den àr enbart logisk aller delvis tillika rytmisk, âr den enda principen for vâr modârna vârsbyggnad. Kvantitet (stavelselângd) fôrefinnes i vàrs liksoni i prosa, men ingen annan an den som beror direkl pâ del inlenlionelle slavelsetrvckel. . . »