L* ACCENT ET LA QUANTITÉ
nière, donl Taccenl appartient à la première (accent grammatical renforcé) ou à la seconde subdivision de la première catégorie.
Note sur fe dit muet,
\Je dit muet constitue une difficulté très formidable en apparence. Mais peut-être la difficulté est-elle plus apparente que réelle. D*abord Ye dit muet ne Test jamais, sauf peut-être lorsqu'il est élidé devant une voyelle suivante ^
\Je muet à Tinlérieur d'un mot a presque toujours dans le style élevé une pleine valeur syllabique, sauf dans quelques mots ofiil n'a aucune valeur phonétique, subsistant seulement dans l'orthographe, comme : carrefour.
\Je muet dans un monosyllabe ne nous retiendra pas. Il a toujours dans le style élevé une pleine valeur syllabique, à moins qu'il ne soit élidé devant une voyelle suivante, par exemple: je, le, se, me, te^ ne, que (et quelque), etc.
C'est Te dit muet dans la dernière syllabe d'un mot de plus d'une syllabe qui présente le plus de difficulté. S'il y a des cas où Ve muet non élidé se prononce toujours, dans le style élevé, dans la dernière syllabe d'un mot, par exemple :
(1) Quand il est suivi, dans un autre mot, de la même
* Cp. Brémont : VAri de Dire les Vers, Paris, 1903, p. 146.
« Dire mal les vers, c'est prononcer tous les e muets également comme les petits enfants qui récitent leur fable, mais c'est encore et surtout ne jamais les prononcer et les considérer comme quantité négligeable. »
l' ACCENT ET LA QUANTITÉ. 43
consonne ou groupe de consonnes qui le précède, avec ou sans l'intervention d'un s^.
[Remarquez que /, d comptent ici comme une seule et même consonne*.]
(2) Quand, suivi d'un s qui fait liaison avec le mot suivant, il est précédé ou d'un s ou d'une autre consonne qui ne peut pas se prononcer avant le s sans l'intervention d'une voyelle, par exemple ^•'^.
[Remarquez que je ne dis pas tout simplement « quand il est suivi d'un 5 qui fait liaison avec le mot suivant ».]
* Par exemple :
El dans son cœur rongé d'une sourde détresse. . . Mais quand les prêtres, loups aux mâchoires robustes...
(Leconle de Lisle.)
Jusqu'où ne grimpe pas Ion pauvre amour de chèvre. . .
(Verlaine.)
Aigles, lions et chiens et les reptiles souples...
Et les femmes marchaient géantes, d'un pas lent.. .
(Leconte de Lisle.) ' Par exemple :
Émergeant de la cuve ardente de la mer. . .
(Leconte de Lisle.) 3 Exemples s s :
Et que sonnent les angélus roses et noirs.,,
(Verlaine.) g 8 :
La musique de mes louanges à jamais. . .
(Verlaine.)
Aux anges endormis à l'ombre des palmiers...
(Leconte de Lisle.) ch s :
O fruits divins, tombez des branches éternelles. . .
(Victor Hugo.)
44 l'accent et la quantité.
(3j Quand il est précédé d'un des groupes de trois consonnes, ffl^ rdr, mbr, tir, ntr^ etc. *.
Si, dis-je, dans ces cas (et dans d'autres) Ve dit muet a toujours une pleine valeur syllahique, il y en a d'autres oii Tusage varie beaucoup. Sans compter le cas où l'omission de Ve syllabique pourrait rapprocher trop de consonnes, ou confondre un pluriel avec un singulier, surtout dans un cas de liaison de Ys du pluriel, il y a le cas suivant:
Quand la syllabe y contenant Ye muet sépare deux syllabes accentuées, on prononce assez souvent IV muet pour éviter le rapprochement de deux accents, surtout quand le mot contenant Ye muet est monosyllabe, à moins qu'il ne se laisse facilement subordonner au mot suivant, ou qu'il soit assez important pour former un groupe logique à lui seul*.
* Kxemples :
Le souffle des dormeurs dont l*œil ouvert reluil. . .
(Leconte de Lisle.)
Suinter la terreur vague et son/rdre l'épouvante...
(Leconte de Lisle.)
Les constellations, sombres lettres de feu...
(Victor Hugo.)
Pendant que l'ombre tremble et que Tàpre rafale...
(Ce vers illustre également la première règle ci-dessus).
(Victor Hugo.)
Antre des Violents, citadelle des Forts
(Leconte de Lisle.)
' Voir Brémont, op. cit. y p. 167, à propos des mots vers l'étemelle nuit, dans le vers :
Nous marchons sans flambeaux vers Téternelle nuit.
« Ici — c'est à faire frémir — j'ai entendu dire :
vers l'élerneir nuit.
C'est bien la peine d'avoir de si belles sonorités à dépenser pour n'en tirer aucun parti. Il est vrai qu'on n'apprend pas cela au Conservatoire ! »
l'accent bt la quantité. 45
Cependant Ve muet n'a pas de valeur syliabique devant une pause où la voix n'est pas seulement suspendue mais arrêtée. La valeur temporelle du mot reste la même. Car en ce cas et dans tous les cas où Ve dit muet n'a pas de valeur syliabique, la syllabe précédente se prolonge ou se fait suivre d'une pause ^.
* Voir de la Grasserie, op. cit., p. 304-308. J'y relève les constatations suivantes :
« Ve muet. . . se conser\'e. . . par V effet qu*il produit sur la syllabe précédente au moyen de la règle phonétique de compensation. Cette loi consiste en ce que, si un son vocalique disparaît, il laisse son empreinte sur la syllabe précédente, de manière à allonger cette syllabe et à modifier sa tonalité... Si la voyelle précédente est brève, Ve muet l'allonge et y introduit un accent à la fois ascendant et descendant. »
Voir aussi Brémont,op. cit., p. 148 et p. 162-3. « Voyez combien ceci est difficile à dire :
O soldats de l'an deux ! O guerres ! Épopées.
(V. Hugo.)
Il faut faire la liaison, et c'est affreux! S'il y avait par exemple :
Batailles! Kpopées,
le temps fort, frappé dans le prolongement aisé du mot « batailles », ferait disparaître en partie la difficulté, et la liaison, en s'escamotant plus facilement, deviendrait moins désagréable ! »
A propos du vers :
Ma fille, va prier. — Vois la nuit est venue.
il dît : a Les deux / ne rejoignent le v qui suit qu'après ce que j'appellerais un Xé^eV'déclanchement, et c'est ce déclanchement qui, précisément, sert à suggérer Ve muet : au moment môme où l'on va émettre la voyelle, on l'escamote, pour ainsi dire, mais elle a été absolument préparée après les deux /. » Il ajoute : « Dans la pièce célèbre de L. Bouilhet : A une femme^ on trouve cette strophe admirable :
Tu n'as jamais été, dans tes jours les plus rares. Qu'un banal instrument sous mon archet vainqueur. Et comme un air qui sonne au bois creux des guitares J'ai fait chanter mon rêve au vide de tbn cœur !
Tout l'art de dire ce dernier hémistiche est dans l'allongement sur le mot « vide », sans lequel on serait obligé de prononcer « au vid' de
46 î/accent et la quantité.
Cette diversité s'explique peut-être par la supposition que Ye muet dans la pseudo-syllabe suivant la syllabe accentuée d'un mot n'est que le signe d'un prolongement de celte dernière au delà de l'accent*. Ce prolongement se ferait sentir (1) comme une pause (2), comme une syllabe sourde ou (3) comme un véritable prolongement selon le cas. Ces trois cas correspondraient aux cas (3) (!) et (2) de Brémont (p. 454) respectivement.
Les groupes grammaticaux produits par la décomposition d'un membre de plirase sont, nous l'avons vu, de deux catégories, ceux à la fin desquels la voix s'arrête et ceux où elle ne fait que se suspendre. Si une syllabe contenant un e muet se trouve à la fin d'un groupe de la seconde catégorie dans une position où il garde sa valeur syllabique, le phénomène se présente d'un mot qui se partage sur deux groupes logiques. L'e muet remplit la pause entièrement et s'attache au groupe
Ion cœur», ce qui est affreux et incorrect, et ce qui, d'autre part, enlève au vers toute son énergie, car ce prolongement sera, fatalement, préparé par une articulation expressive sur le v du mot « vide 1.
* La conduite des concomitants physiques de l'accent, dans ce cas, donnera peut-être raison à de la Grasserie quant à l'influence de la suppression de Ve muet syllabique sur la tonalité de la voyelle précédente.
Saran cite à ce propos Lubarsch sur la prononctelion de Théodore de Banville {op cit., p. 238) : « In Banvilles Vortrag {Les Stalactites) wirkten sâmtliche weibliche Endungen silbenbildend und zwar eine betràchtliche Anzahl, unter Verstummung des 6, nur durch verlângerte Vibration ihres konsonantischen Anlaules. Oft aber trat nicht einmal letztere ein, sondern statt ilirer wurde vom Vorleser eine leichle Pause, ein halber Ruhepunkt der Stimme hinter der der weiblichen Ëndung vorhengehenden Wortsilbe als Uebergang zum Anfang des neuen Wortes cingeschaltet... Dièses Vortragsmittel setzt den, der es zum erslenmale anwenden hort, zunâchst in nicht geringe Verlegenheit, bis er sich des Vorganges bewusst wird : denn er sagt sicii, die Silbe wurde nicht gesprochen und sie war doch vorhanden. »
l'agcknt kt la quantité. 47
logique suivant*. En tout cas, soit que ïe muet se prononce comme une syllabe, soit qu'il allonge la syllabe précédente, // se fait valoi?' temporellement et garde son importance métrique.
C'est probablement l'avis de Psicbari. Bien qu'il dise, se plaçant au point de vue d'un syllabisme strict : « Il ne faut pas compter comnje vers de douze syllabes les vers où il y a des e muets et où entrent, par exemple, ces petils mots le, ne, de, que. Ue muet ne se prononce en français que dans le seul cas où sa disparition amènerait la rencontre de trois consonnes ^ », il recommande « la recherche des lois d'après lesquelles la compensation de la mesure absente serait obtenue tantôt par le silence, tantôt par l'allongement de la voyelle qui précède 3 ».
En anglais, le groupe grammatical ne se termine pas nécessairement, non plus que le mot isolé, par une syllabe accentuée. Tous les accents d'identité (excepté l'accent secondaire de l'y grec final) se font valoir à l'égal l'un de l'autre dans le groupe^. Il ne peut se présenter aucune difficulté que dans les cas suivants :
* Dans le cas d'un prolongement, la partie de la syllabe accentuée prolongée au delà de Taccent remplira également la pause (ou une partie de la pause) et s'attachera le plus naturellement au groupe logique suivant.
< Revue Bleue, G juin 1890 (cité par Brémont).
3 Ihid. (cité par Bibesco, op. cit.^ p. 18).
^ Les syllabes qui s'attachent à chaque accent se séparent des autres groupes acceniuels par une pause, soitd'arrél, soit de suspension, comme entre les groupes grammaticaux. Liddel, veut que ce soit une règle générale de la langue anglaise que « if one impulse of a group catches a full stress, the impulse wliich follows next but one will receive a secondary stress » (op. cit., p. 219). Il faut préciser un peu la pensée de Liddell. Sa règle est évidemment fausse à moins d'être restreinte à un seul groupe accentuel. Le mot impenetrability démontre sa fausseté. La syllabe -peri- est pleinement accentuée sans
48 l/ ACCENT ET LA QUANTITÉ.
I. Deux accents d'identité se suivent immédiatement. Dans ce cas deux accentuations différentes sont également usitées :
(i) Le premier accent se subordonne au second. (2) Le second accent se subordonne au premier.
II. Dans le cas cependant où un de ces accents appartient à un mot empbatique, les deux accents se séparent par une pause, bien que celui du mot emphatique ressorte le plus *.
Exemples :
Like A hardiment Posthumus halli To Gymbelino performed
(Shakespeare : Cymbeline, V 4.)
Some A mortally, some A slightly, touch' d, some A fatling
Merely Ihrough fear
To darkness fléel A soûls Ihat fly A backwards
que la syllabe -tra- ressorte le moins du monde. C'est que ce mot forme deux groupes accentuels. Les mots a stressed impulse démentent également la règle de Liddell. La syllabe im- est pleinement accentuée; la syllabe a est pourtant tout à fait dénuée d'importance accentueile. C'est qu'il intervient une syllabe accentuée. L'Anglais partagera volontiers ces mots sur deux groupes accentuels, à moins qu'il ne supprime l'accent de stressed, ou même celui de tm-, reportant l'accent de cette dernière syllabe sur -puise. L'accentuation anglaise est pleine d'imprévu.
* C'est le cas que vise Patmore lorsqu'il dit : « Adjacent accents occur so seldom, that bad readers are apt to sink one of tliem when they do occur, or at least to abbreviate the dccided intervening pause, which the ear, even of the reader who neglects to give it, must instinctively crave » (op. cit., p. 227). Il pense (p. 240) que « the pauses between adjacent accents... are of much gréa ter duration than is given to most of the stops ». Il cite, comme exemple, le passage suivant : « There are spots in your feasts of charity, when they feast with you, feeding themselves without fear. Clouds they are without water, carried about of winds : trees whose fruit witheroth, without fruit : twice dead, plucked up by the roots ; raging waves of the sea, foamingout their own shame; wandering stars, unto whora is reserved the blackness of darkness for ever » (p. 220).
l'accent et la QUANTITE. 49
Les mots composés rentrent dans ces deux catégories I et II, surtout I ; la prononciation septentrionale* (ou écossaise) les assigne volontiers à la seconde, la méridionale (ou anglaise) à la première. Liddell ^ donne les règles suivantes pour leur accentuation : (1) « La syllabe accentuée du premier élément des noms ou des adjectifs composés; par exemple : black-mail, sideboard , table-cover ^ rosy-fingeved , morocco-bound book, three-volume novel, etc. ^, et (2) la syllabe accentuée du second élément des verbes composés, par exemple : unfold, undertake^ uprear^ sont fortement accentuées. Mais, ajoute-t-il, Taccentuation normale des deux catégories de mots tend à s'altérer sous Tinfluence de l'analogie entre les noms et les verbes composés *. (3) Dans les mots composés incomplètement assimilés à un seul mot, un accent secondaire ^ frappe l'élément sans accent primaire*. »
^ J'accentue iéa \ p6t. Je connais des Anglais qui accentuent léapoi
où -pot est tout à fait aussi faible que la seconde syllabe de sinfui ou de rébei (substantif).
* Op. cit., p. 227 et suiv.
•'* Cp. :
Under the shady roof
Of branching elm star-proof.
(Mil ton : Arcades.)
That drug-damned Italy hath out-craftied him.
. (Shakespeare : Cymbeline, III 4.)
* « But thèse is a constant interplay of analogy between compound verbs and compound nouns, which does much to aller the normal stress conditions of both. »
* « In compound words, where the two parts are felt to be two différent words, a secondary stress falls upon the élément not primarily stressed. »
® 11 ne me semble pas que j'entende en général une différence accentuelle sensible entre les accents primaires et ceux dits secondaires en anglais, sauf dans le cas que j'ai relevé des mots se terminant par
50 l'accbnt et la quantité.
Selon Mayor (op, cit., p. 2) : « Dans un mot composé incomplètement assimilé à un seul mot (a half-formed compound), signalé généralement par l'emploi d'un trait d'union. . ., il est possible qu'un dissyllabe ait deux accents. »
Mayor et Liddell négligent cependant tous deux l'élément de pause.
La prononciation écossaise s'expliquerait donc par le fait qu'en écossais les deux éléments du mot composé n'ont pas été complètement assimilés à un seul mot.
Il faut remarquer que :
(1) Si dans le cas I un accent se subordonne à un autre, il ne perd pas toute sa valeur accentuelle et ne rentre pas tout à fait dans la catégorie des syllabes sans accent.
(2) (a) L'accent renforcé dans le cas II est plus fort que l'accent normal, et (b) l'accent subordonné garde sa valeur normale.
(3) Les syllabes qui ri ont pas d* accent d* identité dans les mots isolés nen reçoivent jamais, l'accent d'emphase renforçant toujours l'accent d'identité primaire — sauf dans un seul cas :
Il s'agit quelquefois de faire ressortir un préfixe, etc., ordinairement sans accent. La syllabe avoisinante a presque toujours un accent d'identité qu'on ne peut pas supprimer. Le mol se voit alors partager entre deux groupes accentuels, séparés comme le sont toujours ces groupes, de même que les groupes grammaticaux, dont ils sont les subdivisions, par une pause.
y grec. Tous deux me semblent constituer des accents principaux de groupe accontuel. Mais il ne faut pas trop vouloir astreindre l'accentuation anglaise à des règles .sommaires.
l'accbnt et la quantité. 5i
Par exemple :
recur, ré | cur impénétrable, im | pénelrabie
Il y a ainsi en anglais les catégories suivantes d'accents, dont un seul groupe accentuel peut, théoriquement au moins, contenir une ou toutes, outre les syllabes dites sans accent.
accent renforcé (2 a, p. 50).
1 accent d'identité normal (soit accent grammatical proprement dit, soit accent dit secondaire, soit 2 6, p. 50.
I a accent II ci-dessus.
II accent (1), p. 50.
III accent secondaire (y grec).
Il y a ainsi en anglais très souvent deux ou plusieurs syllabes de la même valeur accentuelle dans le groupe grammatical. On ne peut donner aucune règle à priori pour la position de ces syllabes accentuées*.
Les syllabes non accentuées se partagent bien sur plusieurs catégories, tant en français qu'en anglais (mais surtout en anglais où la gamme de l'accent est très étendue) ; mais cette classification, très difficile d'ailleurs à faire, n'aurait aucune valeur pour les buts ici proposés.
Le groupe grammatical français correspond ainsi à un groupe accentuel, avec Yaccent principal sur la dernière syllabe. Il n'en est rien en anglais : le groupe
* Toutes ces règles, tant pour le français que pour l'anglais, se volent légèrement modifiées par la considération suivante : Quand un accent de la catégorie la plus accentuée est précédé d'un accent de la catégorie immédiatement inférieure, et ainsi de suite — audessous de la seconde et troisième catégorie il me semble qu'on peut négliger cette influence perturbatrice — il perd un peu de son relief accentuel.
52 l'accknt et la quantité.
grammatical peut contenir plus d'un groupe accentue!, chacun avec un accent principal, dont la position varie selon les mots ou parties de mots qui composent le groupe accenluel.
Chaque groupe accentuel a son accent principal et peut avoir d'autres accents correspondant aux diverses catégories établies ci-dessus, 1,2,3,4, 5 en français et
0, I, la, II, III, IV en anglais. L'accent principal aura toujours la valeur ^ en français et ou I en anglais, et les autres accents la valeur 2, 3, 4, 5 en français et
1, la, II, III, IV en anglais *.
Si l'on indique l'accent principal toujours par a dans les deux langues, les autres accents s'échelonneront selon la série g yîe etc. Mais la valeur de l'accent principal peut varier, selon la position accentuelle * (importance, etc.) dans la phrase du mot qu'il frappe. Il y a donc des séries accentuelles :
a' 3" y" ^" e" etc.
* Un accent subordonné n'aura jamais la valeur I en anglais que lorsque l'accent principal a la valeur O.
* On pourrait établir des rapports entre la position accentuelle d'une syllabe et Vinionation de la phrase. Il y a des périodes tonales dans chaque phrase ou groupe de phrases. Le ton monte, reste égal, descend selon un schéma périodique, dépendant du sens de la phrase ou groupe de phrases ; chaque période tonale^ durant laquelle le ton ou monte, ou descend, ou reste égal, comprend plusieurs groupes accentuels. La valeur accentuelle de Taccent principal s'augmente dans une série de groupes accentuels embrassée dans une période tonale montante, décroît dans une période descendante et reste la môme dans une période de tonalité égale. Il y a toute une théorie à développer sur cette question. 11 suffit de relever ici le fait que la valeur de l'accent principal restera la même pendant toute la durée de chaque groupe logique (grammatical).
l'accent et la quantité. 53
Il y aune pause^ de valeur temporelle variable selon le cas, entre les groupes accentuels ; il n'y en a jamais ailleurs.
Les pauses se trouvent donc en français seulement entre les groupes grammaticaux, et en anglais:
(1) entre les groupes grammaticaux ;
(2) à rintérieur des groupes grammaticaux, même à rintérieur d'un polysyllabe.
En français, d'ailleurs, une pause est toujours précédée immédiatement d'un accent principal, tandis qu'en anglais, une ou deux syllabes sans accent peuvent intervenir.
Il résulte qu'en français un mot n'est jamais, sauf dans le cas de Ve dit muet avec valeur syllabique à la fin d'un mol, partagé entre deux groupes accentuels. En anglais^ au contraire, la division en mots est très souvent contrariée par la division accentuelle. Les avis si divers de Passy et des phonéticiens allemands se laissent donc assez bien concilier. Passy* croit que « jamais ou presque jamais un mot n'est partagé sur deux groupes de force ». Il contredit ainsi l'opinion de Sievers qu'approuve Saran*.
* [>aul Passy : Éixuie sur les Changements Phonétiques, Paris, 1891, p. 64.
* Saran, op. cit., p. 332 :
« Die rein phonetisch rhythmische [richliger : accentuelle] Gliederung des gesprochenen Satzes darf nicht mit der logisch- etyniologischen Zerlegbariveit des Satzes inWôrler gewechselt werden. » Victor abonde dans le même sens que Sievers. Selon lui (Phonetik, p. 266) : t Oft fallen Spreclitakt und Spraciitakt zusammen, oft durchkreuzen sie einander. » Il parle plus loin (p. 267) de « Sprachtakte, die nichl zugleich Sprechtakte sind ».
Le rythme et le mètre ou des rapports entre l'élément psychique et l'élément métrique
dans la versification.