CHAPITRE III
Drainage.
Si l’on fait abstraction de la laparotomie qui n’a vraiment été appréciée que dans les dernières années de ce siècle, on peul dire que le drainage est le premier traitement sérieux et rationnel qui ait été appliqué, d’une façon suivie et persistante, aux ruptures utérines. L’expectation, dont nous avons précédemment fait le procès, ne mérite pas en effet d’être considérée comme un procédé curatif de traitement.
A l'étude du drainage se rattachent inséparablement les noms de Braun, de Schræder et de Frommel. Ce sont les trois véritables initiateurs du mode de traitement dont nous entreprenons l'étude ; ils l’ont créé, décrit et préconisé.
En 1874, Carl Braun traita le premier une rupture de l'utérus par le drainage péritonéal. Ce procédé antiseptique, dû à Chassaignac, était déjà employé dans le traitement des plaies profondes, et Braun n'eut que le mérite relatif de l'appliquer pour la première fois aux cas de rupture utérine.
La malade ainsi traitée succomba. Ce premier insuccès : n’était certes pas fait pour plaider en faveur de la pratique nouvelle ; aussi, de 1874 à 1880, vit-on le silence absolu
(1) FROMMEL, Zur Therap. der Uterusruptur, Zeitsch. für Geb.u. Gyn., 1880, Bd V, Heft 2,S. 400. Cent. für Gyn., Leipzig, 1880, p. 417.
se faire autour de cette malheureuse innovation. On commençait à croire que la tentative inaugurée par Braun ne sortirait plus de l’oubli où elle était tombée dès sa naissance, quand Frommel, assistant de Schræder, vint donner une nouvelle impulsion à l’œuvre à peine ébauchée et déjà en train de péricliter. I publia plusieurs cas de rupture utérine guéries par le drainage, etilse fitle défenseur de ce procédé de traitement dont il fixa la technique ainsi qu'il suit :
On fait d'abord un lavage, aussi complet que possible, des cavités utérine et péritonéale avec une solution chaude d'acide phénique à 2 pour 100. Puis, on introduit, par la voie vaginale, à travers la solution de continuité accidentelle de l'utérus, un drain de gros calibre qui ne doit dépasser la déchirure que de 2 à 3 centimètres au plus. Braun faisait usage de tubes simples rectilignes, Frommel préconisait les tubes en croix, Felsenreich ne se servait que de tubes en anse. Une fois le drain en place, il importe absolument, dit Frommel, de ne plus y toucher et de ne pratiquer aucune irrigation nouvelle, afin de donner le temps aux adhérences péritonéales de s'établir. Le drain est retiré définitivement quand il ne donne plus issue au moindre suintement.
Cette façon de procéder subit de nombreuses modifications.
Nous avons déjà vu quelles furent les diverses formes de drain tour à tour employées ; mais nous n’avons pas encore dit que certains auteurs osèrent pratiquer le drainage avec des tubes en verre, si dangereux par leur fragilité. — Falsenreich essaya de substituer au drainage intra-péritonéal, le drainage extra-péritonéal : le drain, poussé moins profondément, devait simplement atteindre