CHAPITRE IV
Injections antiseptiques.
Les injections antiseptiques commencèrent à être employées dès que l’usage des drains fut jugé dangereux.
C'est en 1883, peu de temps après la campagne menée par Felsenreich (1) contre le drainage dans les « Arch. für Gynækoloqie » de Berlin, que s’observèrent, en France, les premiers faits de guérison de rupture de l'utérus par les injections antiseptiques : M. Bar (2) cite trois succès obtenus par ce mode de traitement, en 1883, par Tarnier à la Maternité ; plus un obtenu par Alberts. L'année suivante, Pajot en obtint un quatrième que nous avons trouvé signalé dans la thèse de son élève Labusquière (3).
C'étaient d'heureux auspices ; et il est indéniable que ces premiers succès contribuèrent grandement à assurer la vogue rapide des injections antiseptiques, tout en occasionnant la chute du drainage qu'elles étaient momentanément appelées à remplacer.
Presque immédiatement après l'entrée en scène de cette nouvelle méthode de traitement, les vues des accoucheurs divergèrent sur son compte ; si bien que la pratique des injections ne tarda pas à être diversement conseillée.
Voici comment on procédait à la Maternité de Paris : aussitôt après l'accouchement, on appliquait sur l’abdo- ) FELSENREILCH, loc. cit.
) Bar, Méthodes antiseptiques, 1883:
3) LaBusquière, loc. cit.
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men un pansement compressif destiné à abaisser l'utérus le plus possible. On maintenait sur le ventre de la glace, soit en vessie, soit sous forme de cataplasmes glacés, eton se contentait de pratiquer quotidiennement des injections vaginales, sous faible pression, afin de ne pas faire pénétrer du liquide dans l'utérus. |
Il était d'autres accoucheurs qui considéraient ces injections vaginales superficielles comme insuffisantes. Ceux-là se déclaraient au contraire partisans d’injections intra-utérines profondes et fréquemment renouvelées dans le but de débarrasser les organes génitaux de tout détritus putrescible.
Il y en avait enfin, mais c’étaient les moins nombreux, qui préféraient aux injections intermittentes l'irrigation continue, si fatigante pour la femme, si dangereuse quand on ne prend pas soin d'employer des solutions faiblement antiseptiques.
Le liquide employé fut d’abord la liqueur alcoolique de Van-Swieten pure. Plus tard, pour éviter tout danger d’intoxication, on ne fit usage que de solutions de sublimé à 1 p. 4.000 ou 1 p. 5.000. Aujourd’hui, c’est encore de ces solutions faibles de bichlorure de mercure qu'on se sert le plus communément ; mais, il est bon de savoir qu'après l'emploi de solutions mercurielles méme faibles, il est indispensable d’irriguer l'utérus avec un courant abondant d’eau boriquée ou d’eau bouillie pour empêcher la formation de tout dépôt mercuriel pouvant donner naissance à de l’hydrargyrisme. — On peut tout aussi avantageusement utiliser des solutions de permanganate de potasse à 1 p. 1.000, ou de biiodure de mercure à 1 p. 4.000. — L'acide borique a toujours été peu employé à cause de son faible pouvoir antiseptique. — Quant au phénol, son usage
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n’est pas sans danger: Tarnier recommande surtout de s'abstenir d'acide phénique chez les femmes en état de shock, « car cetagent produisant à la sui e de son absorption de l’abaissement de la température et quelquefois même du collapsus, son emploi pourrait aggraver l’état de la malade ».
Suivent quelques statistiques se rapportant au traitement des ruptures utérines par les injections antiseptiques.
Kroner (1), dans un très intéressant mémoire publié en 1884, montre le peu de valeur du drainage en opposant à ce procédé de traitement une série de 47 observations de rupture utérine traitées par les injections antiseptiques : 22 femmes guérirent, ce qui établit une mortalité d'environ 54 0/0.
Dans sa thèse, Brossard (2) arrive à des résultats analogues : il note 30 guérisons sur un nombre total de 63 observalions de rupture de l’utérus traitées toujours par les injections antiseptiques avec ou sans bandage compressif de l'abdomen (3).
Ilest intéressant de remarquer que dans son relevé, fait en 1893, des résultats fournis par les différentes méthodes de traitement utilisées dans les ruptures de lutérus, Merz (4) passe sous silence le procédé qui nous occupe. C'est que déjà à cette époque les injections antiseptiques avaient cédé la place au tamponnement. Malgré sa grande simplicité, la méthode des injections à toujours laissé fort
(4) Kroxer, Zur Therap.der puerperalen Uterusrupt. Cent. für Gynäk., juin 1884, n° 24. |
(2) Brossarn, loc, cit.
(3) Voir notre statistique personnelle dans le « tableau rétrospectif
général » que nous publions, p. 163, (4) Merz, loc. cit.