‹ Étude Comparée Des Résultats De La Symphyséotomie Et De L'Opération Césarienne Dans Les Bassins VicieuxChapitre 7 sur 32 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Comparaison des deux opérations

Si nous comparons les deux opérations, dont nous venons d'étudier les résultats, les faits seuls suffiront à nous éclairer surleur valeur respective, D'un côté lasymphyséolomie avec son cortège de dangers et de complications : hémorragies graves, déchirures souvent considérables des parties molles, lésions de l'appareil urinaire, difficultés pour l'extraction de l'enfant qui nécessite presque toujours de nombreuses interventions préjudiciables à sa vitalité; morbidité considérable dans les suités de couches, incontinence d'urine persistante et rebelle à toul traitement, douleurs dans les articulations du bassin, troubles de la marche, obligation pour la symphyséotomisée de faire un long séjour à la clinique, etc. Mortalité maternelle 12,50 0/0; mortalité infantile 14,58 0/0.

De l’autre, l'opération césarienne avec sa technique plus facile, de l'avis même de Zweirez au Congrès de Moscou, l'absence de complications post-opératoires, la guérison beaucoup plus rapide, la possibilité pour la mère d’avoir des grossesses ultérieures ; mortalité maternelle 11 0/0, inférieure, comme on le voit, à celle de la symphyséotomie ; mortalité infantile 7,68 0/0, c’est-à-dire presque la moitié seulement de celle de la symphyséo-

DD

tomie, qui ne remplit donc pas son but: sauver l'enfant.

En face de ces résultats, la conclusion s'impose : l’opéralion césarienne est préférable à la symphyséotomie.

Au congrès de Moscou, ZwetreL, parlant de la symphyséotomie, dit: «Si d’autres médecins ont pu rapporter. que leurs symphyséotomisées n'avaient pu pendant des semaines, même des mois, marcher ou n'avaient pu marcher qu'avec de grandes souffrances, c’est qu'ils avaient fait la symphyséolomie sur des bassins trop rétrécis el que, de ce fait, ils avaient produit une rupture d'une des arliculations pelviennes postérieures, d’une des articulalions sacro-iliaques. »

La symphyséotomie n’est donc pas l'opération que l’on doive préférer, à l'exclusion de toutes les autres opéralions, dans les bassins rétrécis. C'est, en tout cas, un reproche qu’on ne saurait faire à la césarienne. L'étude, que nous venons de faire de ses résultats, nous autorise à agrandir le cercle de ses indications. À ce sujet, Ocsxausex, au Congrès de Moscou, prit nettement parti dans ce sens: « Le plus grand nombre des accoucheurs se sont toujours prononcés contre l'opération césarienne à indication relative pour éviter le risque, vu la gravité pronostique liée à cette intervention, de sacrifier la mère au salut de l'enfant. Avant l’antisepsie, la césarienne était une opération dangereuse. Actuellement, les choses sont entièrement retournées. À la vérité, toutes les opérations au point de vue de la préservation de l'existence se sont améliorées, les opérations obstétricales par le vagin moins, toutefois, que la césarienne qui, sous la réserve d’une antisepsie et d'une asepsie absolues et aussi d’une exécution convenable, nous garantit presque le succès.

En dépit des résultats supérieurs signalés par Zwetrez, j'estime que, sous le rapport de la technique et de la sûrelé, la symphyséotomie reste bien en arrière de la césarienne ; je crois aussi que la symphyséotomie n'est pas une opéralion à la portée du plus grand nombre des praticiens, contrairement à l'opération césarienne. »

Notre statistique est loin de démentir ces affirmations. OLSHAUSEN signale en outre les cas nombreux où l’on fut frappé du volume considérable de l'enfant, comparé à la petitesse de la mère rachitique. Voilà encore une contreindication à la symphyséotomie. OLSHAUSEN termine en disant : « À mon avis, le cercle des indications de l’opération césarienne reste, dans la plupart des cliniques aujourd’hui, plus restreint qu'il ne faut. En ce qui concerne les maternités allemandes, celles de Dresde et de Leipzig fournissent une ample expérience. Qu'on réfléchisse que les conditions de l'indication absolue, indication en vertu de laquelle l'opération n'était faite autrefois que dans l'intérêt de la mère, sont tout autres que jadis. Dans beaucoup de cas, en effet, où jadis il ne pouvait être queslion d'indication relative, l'indication est, à l'heure actuelle, absolue par la raison que la césarienne est devenue moins dangereuse pour la mère que l'accouchement par la filière pelvienne, même avec le sacrifice de l'enfant. »

Nous avons vu en effet que la mortalité maternelle de la césarienne, dans notre statistique, est inférieure à celle de la symphyséotomie.

À la réunion des médecins Allemands à Dusseldorf (septembre 1898), Everke pensait que « lorsque les partu-

rientes arrivent de bonne heure à l'hôpital, les résultats obtenus sont meilleurs. | «La mortalité, eten particulier celle que cause l’infection (110/0), serait certainement bien moindre si les explorations n'avaient pas été antérieurement trop multipliées. Il va sans dire que, quand on peut intervenir à temps, l'accouchement prématuré artificiel est encore préférable. Quant à la symphyséotomie, c'est une opération plus difficile, qui ne met pas l'enfant à l'abri de tout danger. Elle a en outre l'inconvénient de rendre les femmes incapables de travailler. » | À la société médicale de Leipzig (séance du 10 janvier 1899), Age dit : « La répétition de l'opération césarienne ne rend pas l'opération plus dangereuse et ne cause pas une incapacité de travail plus marquée que la première intervention. Les enfants nés par l'opération césarienne se sont bien développés tant au point de vue physique qu'au point de vue intellectuel. » Notre statistique confirme ce qui précède, la mortalité infantile de la césarienne élant presque de moilié moindre que celle de la symphysèotomie. Plus récemment encore, à la 7° session de la société obstétricale de France (avril 1899), les accoucheurs ont pris parli pour la césarienne. Citons le compte-rendu dans la presse médicale. M. P. Bar: « L'opération césarienne conservatrice peut êlre pratiquéeavant le début du travail, l’atonie n'étant pas à craindre, si on fait une injection d’ergotine au début de l'intervention. On ne se trouve donc plus dans les mauvaises conditions d'une opération d'urgence, mais d’une laparotomie ordinaire. M. Bar a pratiqué à deux reprises différentes avec succès deux opérations césariennes chez lamême femme :

en tenant comple des statistiques de Zwetrez et de Léo- POLD, il considère comme contre-indiqué de priver une femme de son utérus, quand on pense que l'opération césarienne pourra être employée lors de ses accouchements ultérieurs.

Relativement à la symphyséotomie, M. Bar conclut de la manière suivante : la section de la symphyse suit un travail plus ou moins prolongé ; elle doit être complétée par l'extraction du fœtus ou l'accouchement spontané. La nécessité de l'expulsion ou de l'extraction du fœtus par le canal génital entraîne des aléas pour l'enfant. Le passage du fœtus provoque des lésions des parties molles qui acquièrent une gravité. particulière à cause des dangers d’infection. La symphyséotomie s'accompagne souvent de troubles urinaires et favorise l'apparition du prolapsus utérin. La répétition de la symphyséotomie nécessite une technique spéciale et expose davantage aux blessures de la vessie et aux plaies communicantes. Pour M. Bar, les indications relatives de la section césarienne conservatrice et de la symphyséotomie sont les suivantes: La césarienne sauvegarde complètement les intérêts de l’enfant, tandis que la symphyséotomie ne le fait qu’imparfaitement. Les risques opératoires immédiats et les dangers de mort par faute contre l’asepsie sont plus grands dans la césarienne que dans la symphyséotomie ; mais l'extraction du fœtus augmente les risques d’infection dans la symphyséotomie. Aussi les progrès del’asepsie ont-ils diminué beaucoup la mortalité et la morbidité de la mère après la section césarienne. Les suites éloignées de la césarienne sont beaucoup moins sérieuses que celles de la symphyséotomie.

Page 1